“CER­TAINS FONT AP­PEL À UN CONSEILLER. MOI, J’AIME OU J’AIME PAS, MAIS JE FAIS MES BÊ­TISES TOUTE SEULE.”

Numero Art - - Le Pad – Hélène David-weill 04 Avril Paris - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR OS­CAR DUBOŸ

Nu­mé­ro art : Quelles sont les pièces qui vous ont le plus mar­quée lors des pré­cé­dentes édi­tions du sa­lon ?

Hélène Da­vid-weill : Elles sont tel­le­ment nom­breuses… L’an pas­sé, chez Cla­ra Scre­mi­ni, il y avait les Sleeves de Lau­ra de San­tilla­na, ces rou­leaux de verre ex­tra­or­di­naires qui jouaient avec les cou­leurs. Ils ont fi­ni par rem­por­ter le prix du De­si­gn con­tem­po­rain, et j’avoue avoir beau­coup oeu­vré dans ce sens.

Lorsque vous étiez pré­si­dente du mu­sée des Arts dé­co­ra­tifs, quelle vi­sion de l’ins­ti­tu­tion dé­fen­diez-vous ?

Quand je re­cher­chais des oeuvres pour les Arts dé­co­ra­tifs, il s’agis­sait de pièces qui pou­vaient of­frir aux vi­si­teurs une nou­velle vi­sion et sus­ci­ter une en­vie. Un mu­sée ne doit pas être un lieu mort, mais un en­droit qui fait rê­ver.

La dé­si­ra­bi­li­té prime donc sur la va­leur his­to­rique ?

Oui, c’est pour­quoi je sou­tiens que le mu­sée des Arts dé­co­ra­tifs n’est pas une ins­ti­tu­tion de conser­va­teurs, mais avant tout un mu­sée de col­lec­tion­neurs : après avoir vé­cu avec elles, des per­son­na­li­tés ont of­fert leurs col­lec­tions pour qu’on puisse les ad­mi­rer. On s’y sent comme dans une mai­son.

Comment votre en­ga­ge­ment pour les arts dé­co­ra­tifs est-il né ?

J’étais “in­di­gnée” par le manque de re­con­nais­sance dont ils souf­fraient, no­tam­ment par rap­port à la pein­ture. De l’ivoire tour­né ou un cadre en bois sculp­té, c’est aus­si beau qu’un ta­bleau ! Sauf que ce­lui-ci ne vient pas vers nous, alors qu’un ob­jet, oui. Il est le ré­sul­tat de l’ef­fort de plu­sieurs per­sonnes – le créa­teur, l’ar­ti­san, etc. – dans le but d’émer­veiller, de faire rê­ver et de rendre la vie plus plai­sante et plus confor­table. C’est plus sen­suel, on peut ca­res­ser l’ob­jet, ou même le cas­ser s’il nous énerve. Tan­dis que le but d’un peintre n’est pas de plaire : son oeuvre est avant tout une vi­sion per­son­nelle.

Le de­si­gn con­tem­po­rain a moins la cote que le mo­bi­lier an­cien…

Je ne suis pas tout à fait d’ac­cord. Quand, à la bou­tique des Arts dé­co­ra­tifs, nous avons pro­po­sé à la vente des co­pies d’ob­jets an­ciens, ils ont fi­na­le­ment eu moins de suc­cès que les ob­jets contem­po­rains. Je suis na­vrée de

Pa­ris HÉLÈNE DA­VID-WEILL

ON THE OPE­NING OF PA­RIS ART + DE­SI­GN, WE MET UP WITH THE HO­NO­RY PRESIDENT OF ITS JURY – WHO IS AL­SO THE FOR­MER PRESIDENT OF PA­RIS’S MU­SÉE DES ARTS DÉ­CO­RA­TIFS – IN HER ART-FILLED HOME.

Nu­mé­ro art: Which pieces im­pres­sed you most at pre­vious edi­tions of PA­RIS ART + DE­SI­GN?

Hélène Da­vid-weill: There are so ma­ny... Last year, at Cla­ra Scre­mi­ni’s, were Lau­ra de San­tilla­na’s ex­tra­or­di­na­ry Sleeves, rolls of glass that played with co­lour. They won the prize for con­tem­po­ra­ry de­si­gn, and I ad­mit I fought hard for them.

When you were president of the Mu­sée des arts dé­co­ra­tifs, what was your vi­sion for the ins­ti­tu­tion?

When I loo­ked for works for the mu­seum, I tried to choose pieces that would of­fer vi­si­tors a new pers­pec­tive and arouse de­sire. A mu­seum shouldn’t be a dead place, but a place that makes you dream.

So de­si­ra­bi­li­ty out­weighs his­to­ri­cal va­lue?

Yes. That’s why I main­tain that the Mu­sée des arts dé­co­ra­tifs is not a cu­ra­tors’ but ra­ther a col­lec­tors’ mu­seum: af­ter li­ving with them, people do­nate their col­lec­tions so that we can all en­joy them. It feels like a home.

What made you com­mit your­self to the de­co­ra­tive arts?

I was “ou­tra­ged” by their lack of re­cog­ni­tion, es­pe­cial­ly com­pa­red to pain­ting. Sculp­ted ivo­ry or a car­ved woo­den frame is as beau­ti­ful as a pain­ting! But you don’t touch a pain­ting, whe­reas you do touch an ob­ject. It’s the re­sult of se­ve­ral people’s work – a de­si­gner, crafts­men – whose goal is to amaze us and make us dream, and to make life more plea­sant and com­for­table. Objects are sen­sual, you can ca­ress them or even break them if they an­noy you. Whe­reas pain­ters don’t aim to please; their work is a per­so­nal vi­sion.

Con­tem­po­ra­ry de­si­gn is less po­pu­lar than an­tiques...

I don’t en­ti­re­ly agree. When we sold co­pies of an­tiques at the mu­seum shop, they were ac­tual­ly less po­pu­lar than

HÉLÈNE DA­VID-WEILL ALORS QUE S’OUVRE LE PAD, LE SA­LON CONSA­CRÉ À L’ART ET AU DE­SI­GN, LA PRÉ­SI­DENTE D’HON­NEUR DE SON JURY ET AN­CIENNE PRÉ­SI­DENTE DES ARTS DÉ­CO­RA­TIFS NOUS RE­ÇOIT DANS SON HÔ­TEL PAR­TI­CU­LIER POUR ÉVO­QUER LES PRÉ­CÉ­DENTES ÉDI­TIONS, SES PIÈCES FÉ­TICHES ET LE MAR­CHÉ.

1. HUI­LIER-VI­NAI­GRIER EN POR­CE­LAINE À FRITTE DES MÉ­DI­CIS À MON­TURE EN AR­GENT DO­RÉ ET MÉ­TAL DO­RÉ, FIN XVIE SIÈCLE. 2. PEN­DULE EN GRA­NITE NOIR DE RI­CHARD ART­SCH­WA­GER, DA­TÉE 1989. 3. PI­CHET COU­VERT EN POR­CE­LAINE DE SAINT-CLOUD À FOND BLEU TUR­QUOISE À L’IMI­TA­TION DES BIS­CUITS ÉMAILLÉS DE CHINE AVEC UNE MON­TURE EN AR­GENT CI­SE­LÉ DE PAUL LE­RICHE, VERS 1715-1720. 4. NA­TURE MORTE COM­PO­SÉE (2012), DE KRIS­TIN MCKIR­DY, POUR LA MA­NU­FAC­TURE DE SÈVRES (PIÈCE UNIQUE), PO­SÉE SUR UN BU­REAU CONCRETE (2007) DE MAR­TIN SZE­KE­LY (ÉDI­TÉ PAR LA GA­LE­RIE KREO). 5. PAIRE DE GRANDS VASES DE JAMES BROWN EN AR­GENT ET CO­RAIL (1991) (ÉDI­TÉS PAR LES AMIS DE BEAU­BOURG). 6. PAIRE DE VASES EN IVOIRE À MON­TURE DE BRONZE DO­RÉ D’ÉPOQUE LOUIS XVI. LE TRA­VAIL DE L’IVOIRE EST AT­TRI­BUÉ À FRAN­ÇOIS VOI­SIN ET LES MON­TURES EN BRONZE OR­NÉES DE TÊTES DE FEMME RE­PRÉ­SEN­TANT LE PRIN­TEMPS ET L’ÉTÉ SUR UN VASE, L’HI­VER ET L’AU­TOMNE SUR L’AUTRE, SONT AT­TRI­BUÉES À PIERRE GOU­THIÈRE.

“J’ÉTAIS ‘IN­DI­GNÉE’ PAR LE MANQUE DE RE­CON­NAIS­SANCE DONT LES ARTS DÉ­CO­RA­TIFS SOUF­FRAIENT, NO­TAM­MENT PAR RAP­PORT À LA PEIN­TURE. L’OB­JET EST PLUS SEN­SUEL POUR­TANT, ON PEUT LE CA­RES­SER, OU MÊME LE CAS­SER S’IL NOUS ÉNERVE.”

HÉLÈNE DA­VID-WEILL

consta­ter que les jeunes col­lec­tionnent da­van­tage la pein­ture que les meubles, car ils n’ont pas com­pris ce qu’est un ob­jet. J’ai beau­coup d’amis à New York, qui ha­bitent des ap­par­te­ments ex­trê­me­ment froids et sans mo­bi­lier, mais dont les murs sont couverts de ta­bleaux ad­mi­rables.

Pour­tant, hor­mis quelques ex­cep­tions comme Marc New­son, c’est plu­tôt Jean Prou­vé ou Char­lotte Per­riand qui ca­ra­colent en tête des ventes.

Les meubles de Prou­vé se ca­rac­té­risent par une forme de sé­che­resse qui semble cor­res­pondre aux ap­par­te­ments de notre époque. Ajou­tez-lui un prix exor­bi­tant qui ras­sure les gens… Et il y a dé­sor­mais ces clients qui font ap­pel à un “conseiller” pour les gui­der. Moi, quand j’achète quelque chose, j’aime ou je n’aime pas, mais je fais mes bê­tises toute seule. Au­jourd’hui, la no­tion d’in­ves­tis­se­ment est de­ve­nue pré­pon­dé­rante. Ça n’a pas tou­jours été le cas, pas à ce point en tout cas. Donc, je di­rais que nous as­sis­tons à un mé­lange entre l’ef­fet de mode et la vo­lon­té d’in­ves­tir.

Le mar­ché au­rait-il sen­si­ble­ment faus­sé la va­leur des ob­jets ?

Il nous in­fluence for­cé­ment puisque nous ne pou­vons choi­sir que par­mi ce qui nous est pro­po­sé. D’un autre cô­té, ce­la ras­sure beau­coup de gens, car ils se disent : “Après tout, ça doit être for­mi­dable puisque ça vaut si cher !” Mais tout le monde ne rai­sonne pas de cette fa­çon. Le goût, la sen­si­bi­li­té et la ma­nière de vivre jouent un grand rôle. Ain­si, un grand col­lec­tion­neur comme mon ma­ri a dé­cou­vert qu’il ache­tait des pièces du XVIIIE siècle qui avaient sou­vent ap­par­te­nu à la même per­sonne, sans qu’il n’en sache rien. Ses ac­qui­si­tions étaient donc très co­hé­rentes.

Quelles sont les pièces qui ont pro­vo­qué chez vous un vé­ri­table choc ?

Il y a ce pi­chet en por­ce­laine tur­quoise du XVIIIE siècle, qui m’at­ten­drit pour son cô­té hu­main. Le ré­sul­tat est im­par­fait, et c’est jus­te­ment for­mi­dable de sen­tir la main de l’homme qui l’a fait. Il s’est peut-être trom­pé… Les er­reurs peuvent par­fois avoir du bon. Grâce à elles, cer­tains ob­jets prennent un as­pect sen­suel, comme lorsque vous faites glis­ser votre main sur une table de Mar­tin Sze­ke­ly sans vous dou­ter que c’est du ci­ment. Ne pas avoir conscience des étapes qui ont pré­cé­dé l’ob­jet fi­ni est fa­bu­leux. À ce su­jet, le tra­vail qu’on ac­com­plis­sait au XVIIIE siècle est im­pres­sion­nant. De la den­telle ! De ce point de vue-là, l’art con­tem­po­rain n’est plus du tout de la den­telle. Pour­quoi ai-je choi­si ce pi­chet, je ne sau­rais l’ex­pli­quer… Il y a tou­jours un mys­tère ou de l’ad­mi­ra­tion. Comme pour cette paire de vases qui sont d’une har­mo­nie ex­tra­or­di­naire, dont les ar­ron­dis sont par­faits ! Ils sont en ivoire et en bronze très fin – pour le coup, là, c’est de la den­telle ! C’est la per­fec­tion qui a fait la gran­deur du XVIIIE siècle, no­tam­ment grâce à cette es­pèce d’éco­no­mie des pro­por­tions et du rap­port des cou­leurs, cette vo­lon­té de ne pas en faire trop. C’est une chose que l’on re­trouve dans les an­nées 30, et peut-être au­jourd’hui. Dans la créa­tion contem­po­raine, on a de nou­veau le sens de la beau­té des ma­té­riaux. Je crois que l’on a re­noué avec cette quête de l’ex­cep­tion­nel, qui a long­temps fait dé­faut. con­tem­po­ra­ry ones. I’m sor­ry to see that young people col­lect more pain­tings than fur­ni­ture be­cause they don’t un­ders­tand what an ob­ject is. I have ma­ny friends in New York who live in ex­tre­me­ly cold apart­ments with no fur­ni­ture, but whose walls are co­ve­red with ma­gni­ficent pain­tings.

But apart from a few ex­cep­tions, like Marc New­son, it’s Jean Prou­vé and Char­lotte Per­riand who sell the best.

Prou­vé’s fur­ni­ture has a kind of dry­ness that seems to suit mo­dern-day apart­ments. Then there’s the exor­bi­tant price which reas­sures people. And now there are clients who call on an “ad­vi­ser.” When I buy so­me­thing, ei­ther I like it or I don’t, but I do my own thing. To­day, the idea of in­ves­ting has be­come pa­ra­mount. That wasn’t al­ways the case, not to this extent at least. So I’d say we’re seeing a mix bet­ween hype and the de­sire to in­vest.

Does the mar­ket si­gni­fi­cant­ly in­flate objects’ va­lue?

It in­evi­ta­bly in­fluences us, since we can only buy from what’s of­fe­red us. On the other hand, that reas­sures a lot of people, be­cause they say to them­selves, “It must be great be­cause it’s worth so much!” But not eve­ryone thinks this way. Taste, sen­si­bi­li­ty and li­fe­style play a big part. A ma­jor col­lec­tor like my hus­band dis­co­ve­red he was buying 18th-cen­tu­ry pieces that had of­ten be­lon­ged to the same per­son, wi­thout even kno­wing it. There was a lo­gic in his choices.

Which pieces that you own real­ly move you?

There’s this 18th-cen­tu­ry tur­quoise por­ce­lain jug that touches me for its hu­man side. The re­sult is im­per­fect, and it’s won­der­ful to feel the hand of the per­son who made it. Maybe they made a mis­take, but mis­takes can so­me­times be good. That’s how cer­tain objects take on a sen­sual as­pect, like when you slide your hand across a Mar­tin Sze­ke­ly table wi­thout ever ima­ging it’s made of ce­ment. Not being aware of the steps lea­ding up to the fi­ni­shed ob­ject is fa­bu­lous. In this res­pect, work from the 18th cen­tu­ry is im­pres­sive. Lace! From that point of view, con­tem­po­ra­ry art is no lon­ger com­pa­rable to lace. Why did I choose this pit­cher? I can’t ex­plain it... There’s al­ways some mys­te­ry or rea­son for ad­mi­ra­tion. Like this pair of vases, which ex­hi­bit ex­tra­or­di­na­ry har­mo­ny. Their curves are perfect! They’re made of ivo­ry and ve­ry fine bronze – like lace! It was per­fec­tion that made the 18th cen­tu­ry great, es­pe­cial­ly this kind of eco­no­my of pro­por­tions and the re­la­tion­ship bet­ween co­lours – the de­sire not to over­do it. It’s so­me­thing we see in

Vous pen­sez à un de­si­gner en par­ti­cu­lier ?

Je ne les achè­te­rais pas for­cé­ment, mais cer­taines pièces de Ron Arad sont re­mar­quables par leur den­si­té et la pu­re­té de leurs lignes. Ce sont de vrais meubles, qu’on les aime ou pas est un autre su­jet. Ce de­si­gner a com­pris le sens de la pré­sence. Peut-être n’en est-il pas même conscient. Il y a un re­tour à la qua­li­té. Nous n’au­rions pas pu avoir un Ron Arad dans les an­nées 70, par exemple.

Mais en­core…

Il y a aus­si cette paire de grands vases en ar­gent mar­te­lé et co­rail de James Brown. Ils m’épatent car ils sont faits à la main. Quand nous les avons ache­tés, les gens s’ex­cla­maient : “Mais en­fin, vous n’avez pas honte, ils ne sont pas pa­reils !” Pour­tant, l’ar­gent mar­te­lé est uti­li­sé comme on le fai­sait au­tre­fois : ce qui m’en­cou­rage à pen­ser que le sa­voir-faire et l’ins­pi­ra­tion éta­blissent une conti­nui­té entre hier et au­jourd’hui. En­fin, j’aime énor­mé­ment le bu­reau de Sze­ke­ly pour son cô­té soyeux et le rap­port qu’il éta­blit avec le cé­la­don des cé­ra­miques de Sèvres de Kris­tin Mckir­dy que j’ai po­sées des­sus. Une flui­di­té ex­tra­or­di­naire passe de l’un aux autres… On di­rait que de la lu­mière sort de ce bu­reau !

Le de­si­gn se­rait comme une ré­vé­la­tion ?

Oui, parce qu’il nous ré­vèle des choses que nous n’au­rions pas ima­gi­nées. Le con­tem­po­rain y contri­bue for­te­ment, no­tam­ment à tra­vers les nou­velles tech­niques. Par­fois, j’ai­me­rais vivre dans un ap­par­te­ment com­plè­te­ment con­tem­po­rain. Za­ha Ha­did a conçu des oeuvres ar­chi­tec­tu­rales gra­cieuses, fé­mi­nines, qui coulent… Je pos­sède l’un de ses ta­bleaux, qui, en fait, est le plan d’un de ses pro­jets en Espagne.

Mer­ci l’in­for­ma­tique !

Évi­dem­ment, ce plan a été tra­fi­co­té grâce à un or­di­na­teur, mais il est quand même mer­veilleux. Le ci­se­leur du XVIIIE siècle avait lui aus­si ses ou­tils !

Quelle est la pièce dont vous ne pour­riez pas vous sé­pa­rer ?

Il s’agit de choses très per­son­nelles, sans va­leur pé­cu­niaire. Je pense, par exemple, à un noeud réa­li­sé au Creu­sot de­vant ma mère et ma grand-mère, un jour qu’elles vi­si­taient une acié­rie [les noeuds Sch­nei­der étaient faits avec des tiges cy­lin­driques en acier]. Ce noeud a une va­leur sen­ti­men­tale, il re­pré­sente toute ma fa­mille. Je pour­rais l’em­por­ter par­tout avec moi.

Col­lec­tion­neur, c’est un mé­tier ?

Là aus­si, il faut pré­ci­ser. Je ne col­lec­tionne pas. Un col­lec­tion­neur est quel­qu’un qui va ache­ter toutes les sé­ries de co­léo­ptères exis­tantes, ce qui n’est pas mon cas : je peux aus­si bien ache­ter un lit du XVE siècle que du mo­bi­lier con­tem­po­rain. Je m’en­toure de choses qui me parlent, alors qu’un col­lec­tion­neur pur sang, si je puis dire, pos­sé­de­ra dix pièces de Sze­ke­ly. Ce n’est pas ma lo­gique.

Il vous est donc in­dis­pen­sable de vivre avec ces ob­jets ?

Oui, ab­so­lu­ment. Par­fois, quelque chose qui a tou­jours été là vous frappe à nou­veau par sa beau­té et vous plonge dans un état de grâce. Les arts dé­co­ra­tifs, c’est la vie. the 1930s as well, and maybe to­day. In con­tem­po­ra­ry creation, we’ve once again found the beau­ty of ma­te­rials. I think we’ve re­con­nec­ted with this quest for the ex­cep­tio­nal, which has long been la­cking.

Are you thin­king of any de­si­gners in par­ti­cu­lar?

I wouldn’t buy them ne­ces­sa­ri­ly, but some of Ron Arad’s pieces are re­mar­kable for their den­si­ty and the pu­ri­ty of their lines. They’re real fur­ni­ture; whe­ther one likes them or not is ano­ther mat­ter. Arad un­ders­tood the mea­ning of pre­sence. Maybe he’s not even aware of it. There’s a re­turn to qua­li­ty. You wouldn’t have seen an Arad in the 70s, for example.

Any others?

There’s al­so this pair of large ham­me­red-sil­ver and co­ral jars by James Brown. They amaze me be­cause they’re hand­made. When we bought them, people would say, “Real­ly! Aren’t you asha­med? They’re not the same!” But the ham­me­red sil­ver is used the way it used to be used, which makes me think that know­how and ins­pi­ra­tion create conti­nui­ty bet­ween yes­ter­day and to­day. And I real­ly like Sze­ke­ly’s desk for its sil­ki­ness and the link it creates with the ce­la­don of Kris­tin Mckir­dy’s Sèvres ce­ra­mics that I’ve pla­ced on it. Ex­tra­or­di­na­ry flui­di­ty flows bet­ween them... It looks like light’s co­ming out of this desk!

So de­si­gn can be a re­ve­la­tion?

Yes, be­cause it re­veals things we wouldn’t have ima­gi­ned. Our era is contri­bu­ting a lot to that, es­pe­cial­ly via new tech­niques. So­me­times I’d like to live in a com­ple­te­ly mo­dern apart­ment. Za­ha Ha­did has de­si­gned gra­ce­ful, fe­mi­nine, flo­wing ar­chi­tec­ture... I own one of her pain­tings, which is ac­tual­ly the plan for one of her pro­jects in Spain.

What piece couldn’t you part with?

Some ve­ry per­so­nal things, with no mo­ne­ta­ry va­lue. For example a knot made at Le Creu­sot for my mo­ther and grand­mo­ther one day when they vi­si­ted a steel mill [a Sch­nei­der knot made with steel rods]. It has sen­ti­men­tal va­lue. I could take it with me eve­ryw­here.

Is col­lec­ting a job?

Here too, one must be clear. I don’t col­lect. A col­lec­tor is so­meone who buys eve­ry type of beetle that exists, which isn’t my case: I can buy a 15th-cen­tu­ry bed and/or con­tem­po­ra­ry fur­ni­ture. I sur­round my­self with things that speak to me, whe­reas a pure-bred col­lec­tor, if I may say so, will buy ten Sze­ke­ly pieces. That’s not my ap­proach.

Is it im­pe­ra­tive for you to live with these objects?

Yes, ab­so­lu­te­ly. So­me­times, so­me­thing that’s al­ways been there strikes you anew for its beau­ty, and plunges you in­to a state of grace. The de­co­ra­tive arts are life!

PAD Pa­ris Art + De­si­gn, du 4 au 8 avril au jar­din des Tui­le­ries, Pa­ris.

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