ALEX ROTTER, L’HOMME QUI A VEN­DU LE DE VIN­CI AU TÉ­LÉ­PHONE

Numero Art - - 07-11 Mai New York - PAR ANN BINLOT. POR­TRAIT PAR JOSS MCKINLEY

AVEC SES LONGUES BOUCLES châ­tains, sa robe bleue ri­che­ment dé­co­rée, le globe de verre po­sé dans sa main et son regard en­ga­geant, le Sal­va­tor Mun­di de Léo­nard de Vin­ci a fas­ci­né la pla­nète à l’au­tomne der­nier. L’oeuvre a fait le tour du monde avant d’être mise aux en­chères chez Ch­ris­tie’s, à New York, le 15 no­vembre lors d’une soi­rée de ventes ti­trée Art d’après-guerre et contem­po­rain. À 70 mil­lions de dol­lars, le mon­tant de la mise à prix était dé­jà consi­dé­rable.

Ce soir-là, Jus­si Pylkkä­nen, pré­sident de la mai­son Ch­ris­tie’s, lance de­puis son pu­pitre : “Alex, avons-nous une offre à 290 [mil­lions] de votre cô­té ?” “Trois cents [mil­lions]”, ré­pond Alex Rotter, le co­di­rec­teur du dé­par­te­ment art d’après-guerre et contem­po­rain, en ligne avec l’en­ché­ris­seur. La ba­taille au­tour du Léo­nard de Vin­ci se pour­suit ain­si jus­qu’à at­teindre une enchère à 370 mil­lions de dol­lars. C’est à ce mo­ment-là qu’alex Rotter an­non­ce­ra un re­ten­tis­sant “400 !” Sous les ap­plau­dis­se­ments, le pu­blic pousse des “Oh !” et des “Ah !”, cha­cun bran­dis­sant son por­table dans le but d’im­mor­ta­li­ser l’événement par une photo. “Nous avons donc une enchère à 400 mil­lions, pla­cée au­près d’alex Rotter”, in­dique Jus­si Pylkkä­nen au pu­blic, avant de de­man­der s’il y a eu d’autres offres. “Ad­ju­gé !” dé­clare-t-il en lais­sant tom­ber son mar­teau, concluant ain­si l’enchère la plus éle­vée ja­mais at­teinte par un ta­bleau au cours d’une vente : au to­tal, 450,3 mil­lions de dol­lars, en in­cluant la prime qui re­vient à la mai­son de vente aux en­chères.

Nous voi­ci deux mois plus tard dans une salle de réunion si­tuée au siège de Ch­ris­tie’s, dans un im­meuble du Rockefeller Cen­ter, à New York. De­puis la vente, Alex Rotter a eu le temps d’ab­sor­ber l’in­croyable pic d’adré­na­line pro­vo­qué par ce re­cord his­to­rique. Sur l’iden­ti­té de l’ache­teur, il res­te­ra muet, même si le New York Times l’au­rait iden­ti­fié comme étant un prince saou­dien ré­pon­dant au nom de Ba­der bin Ab­dul­lah bin Mo­ham­med bin Fa­rhan al-saud. “Le client était très in­quiet à l’idée que son iden­ti­té puisse être ré­vé­lée, que l’on parle de lui, ou que l’on com­mente l’ac­qui­si­tion”, ex­plique-t-il.

Ce qu’alex Rotter – né en Au­triche et éta­bli à New York – a bien vou­lu ré­vé­ler, en re­vanche, c’est que la toile se­rait ex­po­sée par la suite au Louvre-abu Dha­bi, et que l’idée de réa­li­ser cette vente dans le cadre du dé­par­te­ment art d’après-guerre et contem­po­rain re­ve­nait à l’autre co­di­rec­teur de ce même dé­par­te­ment, le Suisse Loïc Gou­zer. Se­lon la per­sonne à qui vous po­se­rez la ques­tion, on vous ré­pon­dra que l’idée lui est ve­nue au cours d’une plon­gée en apnée dans les Ca­raïbes, ou sous la douche – “en­fin, quelque chose qui avait un rap­port avec l’eau”, sou­ligne Rotter en se re­mé­mo­rant la pre­mière fois où l’op­tion a été évo­quée. Loïc Gou­zer a re­mis l’idée sur le ta­pis, cette fois en­core dans un uni­vers aqua­tique, puisque c’était sur un ba­teau-taxi à Ve­nise, juste avant le ver­nis­sage de l’ex­po­si­tion contro­ver­sée de Da­mien Hirst à la Pun­ta del­la Do­ga­na, en avril 2017. Gou­zer sa­vait que Rotter connais­sait le pro­prié­taire de l’oeuvre. “J’étais chez Sotheby’s lors­qu’elle a été ven­due”, pré­cise Rotter.

New York ALEX ROTTER, THE MAN WHO SOLD A DA VIN­CI OVER THE PHONE

$450 MIL­LION WAS THE RE­CORD PRICE FOR LEO­NAR­DO DA VIN­CI’S SAL­VA­TOR MUN­DI, SOLD AT AUC­TION BY CH­RIS­TIE’S LAST NO­VEM­BER, AND IT WAS ONE OF THE CH­RIS­TIE’S CO-DI­REC­TORS, ALEX ROTTER, WHO PUL­LED IN THE FI­NAL BID OVER THE PHONE. ON THE OC­CA­SION OF ANO­THER HIS­TO­RIC CH­RIS­TIE’S SALE – MASTERPIECES FROM THE ROCKEFELLER COL­LEC­TION – NU­MÉ­RO ART TALKS TO THE MAN WITH THE GOL­DEN TOUCH.

With his light-brown curls, or­nate blue robe, glass orb and al­lu­ring gaze, Leo­nar­do da Vin­ci’s Sal­va­tor Mun­di cap­ti­va­ted the world last au­tumn when the pain­ting tou­red the globe be­fore going up for auc­tion at Ch­ris­tie’s Post-war and Contem­po­ra­ry Art Eve­ning Sale in New York on 15 No­vem­ber. Bid­ding star­ted at an as­to­ni­shing $90 mil­lion. “Will you give me $290 [mil­lion], Alex?” as­ked Ch­ris­tie’s glo­bal pre­sident Jus­si Pylkkä­nen from the ros­trum. “300!” yel­led Alex Rotter, co-chair­man of Post-war and Contem­po­ra­ry Art, Ame­ri­cas at Ch­ris­tie’s, who was on the phone with the ac­tual bid­der. The bid­ding war conti­nued, un­til it rea­ched $370 mil­lion, which was when Rotter yel­led, “400!” The audience ooooohhh­hed in ap­pro­val, their ca­me­ras up in the air in an­ti­ci­pa­tion. “At $400 mil­lion, the bid is here with Alex Rotter,” Pylkkä­nen told the audience be­fore as­king if there were any other bids. “The piece is sold,” he de­cla­red as he ham­me­red down on what would be the most ex­pen­sive pain­ting sold at auc­tion, which came in at a to­tal of $450.3 mil­lion with the auc­tion-house pre­mium.

Two months af­ter the sale, at a mee­ting room in­side Ch­ris­tie’s New York head­quar­ters at the Rockefeller Cen­ter, Rotter has had time to ab­sorb the all the ex­ci­te­ment from that his­to­ric, re­cord-brea­king mo­ment. He keeps mum about the iden­ti­ty of the buyer, who The New York Times re­por­ted was a Sau­di prince na­med Ba­der bin Ab­dul­lah bin Mo­ham­med bin Fa­rhan al-saud. “The client is ve­ry ner­vous about being re­vea­led, tal­ked about, or dis­cus­sed,” he says. What the New York-ba­sed Aus­trian is pre­pa­red to re­veal is that the pain­ting will go on show at the Louvre Abu Dha­bi, that the idea of sel­ling the Leo­nar­do in the Post-war and Contem­po­ra­ry Art sale ori­gi­na­ted with his co-chair, Loïc Gou­zer, and that, de­pen­ding on who you ask, it came ei­ther

450 MIL­LIONS D’EU­ROS, C’EST L’ENCHÈRE RE­CORD DU FA­MEUX DE VIN­CI QU’ALEX ROTTER, L’UN DES CODIRECTEURS DE CH­RIS­TIE’S, A DÉCROCHÉE AU TÉ­LÉ­PHONE EN NO­VEMBRE DER­NIER. NU­MÉ­RO ART EN A PRO­FI­TÉ POUR SE PEN­CHER SUR SON CAS ALORS QU’UNE AUTRE VENTE HIS­TO­RIQUE SE TIENT LA SE­MAINE DU 7 MAI : LES CHEFS-D’OEUVRE DE LA COL­LEC­TION ROCKFELLER.

ALEX ROTTER A ÉTÉ PHO­TO­GRA­PHIÉ À L’EN­TRÉE DU ROCKEFELLER CEN­TER, OÙ SONT ÉTA­BLIS LES BU­REAUX NEW-YOR­KAIS DE CH­RIS­TIE’S.

Les deux res­pon­sables ont ain­si pu ren­con­trer le pré­cé­dent pro­prié­taire, Dmi­tri Ry­bo­lov­lev, le­quel avait d’abord dé­cla­ré que cette oeuvre était bien la der­nière dont il ac­cep­te­rait de se dé­faire, avant de se ra­vi­ser lors­qu’on lui a an­non­cé que Six­ty Last Sup­pers (1986) d’an­dy Wa­rhold fe­rait aus­si par­tie de la vente. Alex Rotter s’est char­gé de dé­fendre la stra­té­gie mar­ke­ting de Ch­ris­tie’s pour cette huile sur bois da­tée de l’an 1500 en­vi­ron, ex­pli­quant qu’elle avait toute sa place dans une vente consa­crée à “l’art d’après-guerre et contem­po­rain”, puisque Vin­ci était “sy­no­nyme des dé­buts de ce que nous consi­dé­rons comme la tech­nique pic­tu­rale de l’époque mo­derne”.

Alex Rotter a d’abord dé­cou­vert l’art au­près de son grand-père an­ti­quaire, qui avait fui la Po­logne en proie à la guerre avant de s’ar­rê­ter à Vienne, à l’is­sue de la Se­conde Guerre mon­diale, avec l’in­ten­tion d’em­me­ner toute sa fa­mille au Bré­sil. L’homme était aus­si un col­lec­tion­neur qui avait en­voyé, pour les mettre à l’abri, des va­lises en­tières d’ar­gen­te­rie al­le­mande et de por­ce­laine de Saxe à un contact qui tra­vaillait alors pour Ch­ris­tie’s à Londres. La fa­mille est fi­na­le­ment res­tée à Vienne, et le grand-père a ou­vert un ma­ga­sin d’an­ti­qui­tés sur la Do­ro­theer­gasse. La mère d’alex Rotter pren­dra sa suite, avant d’épou­ser son père, un homme d’af­faires au­tri­chien. Ce fu­tur ex­pert a donc gran­di en­tou­ré des toiles po­lo­naises de sa mère, dans le très hup­pé pre­mier ar­ron­dis­se­ment de Vienne, près de l’hô­tel de ville (le Ra­thaus).

Bien que cer­né par l’art de toutes parts, Rotter lui pré­fé­rait alors le football, mais pas­sait tout de même ses étés au ma­ga­sin. À 12 ans, il réa­lise même sa pre­mière vente dans un sa­lon des antiquaires – une tasse et une sou­coupe Sor­gen­thal mon­nayées au­tour de 7 000 schil­lings (en­vi­ron 600 dol­lars). “Non seule­ment j’avais réa­li­sé ma pre­mière vente, mais j’étais aus­si le pre­mier de toute la ga­le­rie à né­go­cier quelque chose sur le sa­lon ce jour-là”, se sou­vient-il. Un peu avant ses 20 ans, il s’est dé­cou­vert un in­té­rêt nou­veau pour l’art, par ad­mi­ra­tion pour les sculp­tures d’al­ber­to Gia­co­met­ti et de Cons­tan­tin Bran­cu­si. Re­çu à l’aca­dé­mie des beaux-arts, il in­tègre d’abord cette ins­ti­tu­tion avant de s’aper­ce­voir qu’il n’est pas fait pour de­ve­nir ar­tiste. “Vous pre­nez un mar­teau et un ci­seau à pierre, puis vous ten­tez de vous at­ta­quer à un bloc de marbre, et là, vous vous ren­dez très vite compte que c’est loin d’être évident, ajoute Rotter. Bref, il ne s’est rien pas­sé.”

Il prend conscience à ce mo­ment-là qu’il est bien plus doué pour être mar­chand, et, après quelques tran­sac­tions ponc­tuelles, il de­vient as­so­cié dans une ga­le­rie vien­noise où il ex­pose des ar­tistes de son âge. Ce­la n’a pas du­ré bien long­temps. À la fin des an­nées 90, un ancien em­ployé de la ga­le­rie d’an­ti­qui­tés de son grand-père puis de sa mère lui passe un coup de fil pour lui pro­po­ser un stage chez Sotheby’s, à New York. Cet homme s’ap­pelle To­bias Meyer, et, à l’époque, il était com­mis­saire-pri­seur prin­ci­pal dans la mai­son de vente. Mal­gré les ré­ti­cences ini­tiales de Rotter, sa mère a for­te­ment in­sis­té pour qu’il ac­cepte. Il se sou­vient au­jourd’hui s’être dit : “Après toutes les dé­ci­sions im­por­tantes que j’ai été ame­né à prendre dans ma vie, je vais me re­trou­ver sta­giaire, à faire du ca­fé.”

Le pa­ri s’avé­re­ra néan­moins payant et, pen­dant seize ans, Alex Rotter gra­vi­ra un à un tous les éche­lons de la mai­son, pas­sant d’as­sis­tant de while ei­ther free di­ving in the Ca­rib­bean or in the sho­wer. “So­me­thing with wa­ter,” says Rotter, af­ter re­coun­ting the first time he’d heard the pro­po­sal. Kno­wing that Rotter was aware of the ow­ner, Gou­zer brought it up again, once more sur­roun­ded by wa­ter, while they were in a wa­ter taxi in Ve­nice to at­tend the opening of Da­mien Hirst’s contro­ver­sial show at Pun­ta del­la Do­ga­na. “I was at Sotheby’s when Sal­va­tor Mun­di was first sold,” explains Rotter. The two sub­se­quent­ly met up with the pain­ting’s then ow­ner, Dmitry E. Ry­bo­lov­lev, who first as­ser­ted that it was the last thing he wan­ted to sell, but, when he heard that An­dy Warhol’s Last Sup­per would al­so be in­clu­ded, chan­ged his mind. Rotter de­fends the stra­te­gy of sel­ling a can­vas pain­ted on the cusp of the 16th cen­tu­ry in a post-war and contem­po­ra­ry sale by de­cla­ring that Leo­nar­do is “...the sy­no­nym of the be­gin­ning of what we consi­der the mo­dern way of pain­ting.”

Rotter’s first ex­po­sure to art was with his an­tique-dea­ling grand­fa­ther, who had fled war-ra­va­ged Po­land, stop­ping in Vien­na af­ter World War II with the in­ten­tion of mo­ving the fa­mi­ly to Bra­zil. Rotter’s grand­fa­ther had been a col­lec­tor who sent suit­cases filled with Ger­man sil­ver and Meis­sen por­ce­lain to a man who wor­ked at Ch­ris­tie’s Lon­don for sa­fe­kee­ping. They stayed, and his grand­fa­ther ope­ned an an­tique shop on Do­ro­theer­gasse. Rotter’s mo­ther would go on to conti­nue the fa­mi­ly bu­si­ness and mar­ry his bu­si­ness­man fa­ther. Raised sur­roun­ded by his mo­ther’s Po­lish pain­tings in the up­mar­ket In­nere Stadt, near the Ra­thaus, Rotter pre­fer­red soc­cer to art, but still spent his sum­mers at the shop. At 12 years old he even made his first sale at an an­tique fair, a Sor­gen­thal cup and sau­cer that he sold for around 7,000 Schil­lings (rough­ly $500). “Not on­ly did I sell my first thing, I was ac­tual­ly the first one from the en­tire shop to sell so­me­thing at this fair,” says Rotter, who found a new in­ter­est in art in his late teens, ad­mi­ring sculp­tures by Gia­co­met­ti and Bran­cu­si. He went on to en­roll at the Aca­de­my of Fine Arts, but soon rea­li­zed he wasn’t meant to be an ar­tist. “You try and take a chi­sel and ham­mer, and whack on a block of marble, then you rea­lize, not that ea­sy,” he re­calls. “No­thing hap­pe­ned.”

Rotter found himself to be a bet­ter dea­ler and, af­ter a few tran­sac­tions, be­came a part­ner at a Vien­nese out­fit cal­led Ga­le­rie Lam. But that didn’t last long. Then, in the late 1990s, a for­mer of em­ployee of the fa­mi­ly an­tique shop cal­led to offer Rotter an in­ter­n­ship at Sotheby’s in New York. That man was To­bias Meyer, Sotheby’s then prin­ci­pal auc­tio­neer. His mo­ther in­sis­ted he go, des­pite his ini­tial re­luc­tance. “I’m going to go be an intern ma­king cof­fee af­ter ma­king all these ma­jor de­ci­sions,” Rotter re­mem­be­red

LOÏC GOU­ZER, HIS COLLEAGUE AND CO-CHAIR, WHO BE­CAME KNOWN AS A SHOW­MAN WHO HANGS OUT WITH CE­LE­BRI­TIES LIKE LEO­NAR­DO DICA­PRIO, WAS ORI­GI­NAL­LY HIS INTERN AT SOTHEBY’S. THE TWO BE­CAME IN­SE­PA­RABLE THERE, BE­FORE REUNITING AT CHRISTIES. LOÏC GOU­ZER, SON COL­LÈGUE ET CO­PRÉ­SIDENT, AP­PA­RAÎT DA­VAN­TAGE COMME UN SHOW­MAN, CE­LUI QUE L’ON VOIT SOU­VENT S’AF­FI­CHER AVEC DES CÉ­LÉ­BRI­TÉS COMME LEO­NAR­DO DICA­PRIO. AU DÉ­PART, GOU­ZER ÉTAIT EN FAIT LE STA­GIAIRE D’ALEX ROTTER CHEZ SOTHEBY’S.

L’illustre fa­mille Rockefeller, qui a fait for­tune avec le pé­trole avant d’éta­blir un em­pire fi­nan­cier, met en vente ses in­nom­brables tré­sors chez Ch­ris­tie’s : plus de 2 000 ob­jets dont 9 chefs-d’oeuvre de l’art mo­derne, im­pres­sion­niste et post-im­pres­sion­niste. Fillette à la cor­beille fleu­rie (1905) de Pi­cas­so, pièce phare de la pé­riode rose du peintre, croise La Table du mu­si­cien (1926) de Juan Gris, mais aus­si des ta­bleaux de Mo­net, Seu­rat, Gau­guin, Ma­net, Co­rot ou De­la­croix. Du mo­bi­lier eu­ro­péen aux cé­ra­miques chi­noises, la col­lec­tion dan­tesque de Peg­gy et Da­vid Rockefeller, es­ti­mée à 700 mil­lions de dol­lars, est en passe d’éta­blir un nou­veau re­cord. Loin de­vant les 484 mil­lions is­sus de la vente des tré­sors d’yves Saint Laurent et de Pierre Ber­gé en 2009. Ch­ris­tie’s se di­rige vers la nou­velle vente du siècle. Confor­mé­ment au des­sein phi­lan­thro­pique de la li­gnée, les pro­fits ti­rés de cette vente se­ront ver­sés à des or­ga­nismes ca­ri­ta­tifs.

En pré­am­bule aux en­chères du prin­temps, de mul­tiples ex­po­si­tions se dé­rou­le­ront dans les grandes mé­tro­poles in­ter­na­tio­nales : Pé­kin (du 6 au 7 avril), Los An­geles (du 6 au 12 avril), Shan­ghai (du 10 au 11 avril), puis New York. Si Da­vid Rockefeller fut un grand mé­cène des mu­sées newyor­kais et long­temps pré­sident du MOMA, la tour­née in­ter­na­tio­nale des oeuvres a pour­tant dé­bu­té à Hong Kong en no­vembre der­nier. Un hom­mage au pre­mier acte de bien­fai­sance de John. D. Rockefeller à la Chine en 1863.

re­cherche à char­gé de ca­ta­logues, puis à res­pon­sable des ventes du ma­tin, et, fi­na­le­ment, à co­res­pon­sable monde du dé­par­te­ment d’art contem­po­rain. Suite à la sug­ges­tion du pa­tron de l’époque, Bill Ru­precht, il a même te­nu un temps le mar­teau de com­mis­saire-pri­seur. “Vous êtes sûr que vous avez vrai­ment be­soin d’un autre com­mis­saire avec un accent ger­ma­nique ?” lui a de­man­dé Rotter. “Ce fut mot pour mot ma ré­ac­tion. Il a ri. Je ne voyais pas vrai­ment en quoi ce­la pou­vait être per­ti­nent.”

Rotter a quit­té Sotheby’s en 2016, pour re­joindre Ch­ris­tie’s quelques mois plus tard. Pour lui, la prin­ci­pale dis­tinc­tion tient au fait que la mai­son Sotheby’s est co­tée en Bourse, tan­dis que Ch­ris­tie’s ap­par­tient à des ac­tion­naires pri­vés, puis­qu’elle est dé­te­nue par le groupe Ar­té­mis, la hol­ding de Fran­çois-hen­ri Pinault. “Ici, c’est ‘rage against the ma­chine’, là-bas, c’est la ma­chine elle-même”, plai­sante-t-il pour ex­pli­quer la prin­ci­pale dif­fé­rence entre les deux mai­sons. De son point de vue, l’as­pect re­la­tion­nel est en tout cas net­te­ment plus va­lo­ri­sé chez Ch­ris­tie’s que chez Sotheby’s.

“Ch­ris­tie’s est une so­cié­té pri­vée dé­te­nue par un homme qui s’in­té­resse pro­fon­dé­ment à l’art et aux gens, qui sait ce que col­lec­tion­ner veut dire et qui com­prend ce qui mo­tive les ache­teurs”, voi­là ce qu’alex Rotter dit de Fran­çois Pinault. “C’est beau­coup plus simple lorsque vous êtes vous­même col­lec­tion­neur de­puis près de quatre-vingts ans. Vous sa­vez com­ment va ré­agir le col­lec­tion­neur, à quoi il va se mon­trer ré­cep­tif, ce qui le fait avan­cer.”

C’est chez Sotheby’s que Rotter a ren­con­tré son épouse, Amy, et le couple a au­jourd’hui deux gar­çons de 9 et 12 ans. “Nous avions une liai­son ro­man­tique au bu­reau : la voi­là, la vraie rai­son pour la­quelle je suis res­té à New York”, re­con­naît-il. Dans ses mo­ments de loisirs, Rotter adore em­me­ner ses fils voir les matchs des Giants ou des Ran­gers : “Ma fa­mille est vrai­ment la chose qui compte le plus dans ma vie. Elle passe avant tout le reste. En­suite viennent le tra­vail et l’art.”

Loïc Gou­zer, son col­lègue et co­pré­sident, ap­pa­raît da­van­tage comme un show­man, ce­lui que l’on voit sou­vent s’af­fi­cher avec des cé­lé­bri­tés comme Leo­nar­do Dica­prio. Au dé­part, Gou­zer était en fait le sta­giaire d’alex Rotter chez Sotheby’s. C’est là que le duo est de­ve­nu in­sé­pa­rable, avant de se re­for­mer chez Ch­ris­tie’s. “Si lui, c’est le show­man, alors moi, je se­rais da­van­tage le bu­si­ness­man”, s’amuse Rotter. Si vous vou­lez une com­pa­rai­son dans le do­maine du football amé­ri­cain, lui c’est le quar­ter­back, et moi, le coach.” Quand on lui de­mande s’il fré­quente des per­son­na­li­tés connues, Rotter se montre pour le moins éva­sif. “Ce ne se­raient pas mes amis si je ré­vé­lais leur iden­ti­té”, glisse-t-il avec un sou­rire ma­li­cieux.

Rotter ne pense pas que le re­cord éta­bli par l’oeuvre de Léo­nard de Vin­ci puisse être bat­tu de si­tôt. Il existe moins d’une ving­taine de ta­bleaux du peintre ita­lien dans le monde, ceux-ci sont donc par­mi les plus rares ac­tuel­le­ment. Pour l’heure, notre homme se concentre sur la vente Rockefeller pré­vue au mois de mai à New York, et dont le clou se­ra, nous dit-il, Fillette à la cor­beille fleu­rie, une toile de Pa­blo Pi­cas­so peinte en 1905, pen­dant sa “pé­riode rose”. Le ta­bleau re­pré­sente une jeune fille nue, de­bout, le regard pen­sif, te­nant dans ses mains une cor­beille de fleurs rose vif. Son prix est es­ti­mé entre 70 et 100 mil­lions de dol­lars. “Voi­là exac­te­ment ce à quoi l’art est cen­sé par­ve­nir : lors­qu’il vous sti­mule et vous in­ti­mide en même temps”, conclut Alex Rotter. thin­king. But the move paid off, and over a 16-year per­iod he clim­bed the ranks, going from re­search as­sis­tant to ca­ta­lo­guer to head of the mor­ning sale to glo­bal co-head of the contem­po­ra­ry-art de­part­ment. He even stood on the ros­trum as auc­tio­neer, at then CEO Bill Ru­precht’s sug­ges­tion. “You need ano­ther auc­tio­neer with a Ger­man accent?”, he re­mem­bers as­king. “That was li­te­ral­ly my reac­tion. He lau­ghed. I didn’t see the point.”

Rotter left Sotheby’s in 2016, joi­ning Ch­ris­tie’s some months la­ter. He says that the main dif­fe­rence bet­ween the two is that Sotheby’s is pu­bli­cly tra­ded, while Ch­ris­tie’s is still pri­va­te­ly held, by Groupe Ar­té­mis, the hol­ding com­pa­ny of Fran­çois-hen­ri Pinault. “Here it is rage against the ma­chine, there it is the ma­chine,” says Rotter, be­fore ad­ding that he finds that re­la­tion­ships are more va­lued at Ch­ris­tie’s than Sotheby’s. “Ch­ris­tie’s is a com­pa­ny that’s pri­va­te­ly held by a gent­le­man who dee­ply cares about art and about people, who knows how to be a col­lec­tor, and who un­ders­tands how col­lec­tors are sti­mu­la­ted,” he says about Pinault. “It’s much ea­sier if you’ve been a col­lec­tor for al­most 80 years. It means you know how col­lec­tors react, what they re­spond to, what gets them going.”

Rotter and his wife Amy, who he met at Sotheby’s, have two boys, who are nine and 12. “We were an of­fice ro­mance, she was real­ly the rea­son why I stayed in New York,” he re­veals. In his spare time, he loves to at­tend Giants and Ran­gers games with his sons. ”My fa­mi­ly is the most im­por­tant thing in my life, that goes be­fore eve­ry­thing, then come work and art.

Rotter’s co-chair, Gou­zer, who be­came known as a show­man who hangs out with ce­le­bri­ties like Leo­nar­do Dica­prio, was ori­gi­nal­ly his intern at Sotheby’s. The two be­came in­se­pa­rable there, be­fore reuniting at Ch­ris­tie’s. “If he’s the show­man, I’m more of the bu­si­ness­man,” ana­lyses Rotter. “If you want a football com­pa­ri­son, gi­ven that it’s Su­per Bowl in a week, he’s the quar­ter­back and I’m the coach.” When as­ked if he hangs out with any ce­le­bri­ties, Rotter re­mains coy. “They wouldn’t be my friends if I re­vea­led them,” he smirks.

Rotter doesn’t think that the Leo­nar­do sale will be top­ped for a while. (There are fe­wer than 20 da Vin­ci pain­tings in exis­tence, ma­king the ar­tist one one of the ra­rest on the pla­net.) For now he’s concen­tra­ting on the up­co­ming Rockefeller sale this May, whose high­lights in­clude, he says, a 1905 Pi­cas­so pain­ting from his rose per­iod. Pro­sai­cal­ly en­tit­led Fillette à la cor­beille fleu­rie, it de­picts a young nude girl stan­ding with a pen­sive stare while hol­ding a bas­ket of pink flo­wers, and has an es­ti­ma­ted ham­mer price of bet­ween $70 mil­lion and $100 mil­lion. “This is real­ly what art is sup­po­sed to be – when it ex­cites you and it in­ti­mi­dates you at the same time!”, ex­claims Rotter.

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