Clea­rau­dio In­no­va­tion Ba­sic

On Magazine - - SOMMAIRE -

Der­nière née de la fa­mille ul­tra haut de gamme In­no­va­tion du fa­bri­cant ger­ma­nique Clea­rau­dio, la Ba­sic re­prend les grands stan­dards tech­niques et es­thé­tiques de ses grandes soeurs. Avec son châs­sis en forme d’étoile et ses trois plots, elle de­vient la toute pre­mière pla­tine de cette marque à pou­voir ac­cep­ter deux bras de lec­ture, même tan­gen­tiels. Nous l’avons tes­té avec un bras Clea­rau­dio Cla­ri­fy à pi­vot ma­gné­tique et une cel­lule MM Clea­rau­dio Vir­tuo­so V2.

L’offre de Clea­rau­dio est as­sez large tant au ni­veau des pla­tines, que des bras et des cel­lules, tout en pro­po­sant éga­le­ment un nombre im­por­tant d’ac­ces­soires et ou­tils d’op­ti­mi­sa­tion. La série in­no­va­tion de Clea­rau­dio comp­tait dé­jà trois mo­dèles : Com­pact In­no­va­tion, In­no­va­tion (tout court) et In­no­va­tion Mas­ter. En 2016, elle ac­cueille une nou­velle pe­tite soeur qui re­prend, pour un prix lé­gè­re­ment plus ac­ces­sible, les grandes lignes tech­niques et mu­si­cales de ses aî­nées. Mais at­ten­tion, le terme Ba­sic ne veut ab­so­lu­ment pas dire au ra­bais, car, dès le dé­bal­lage, nous nous aper­ce­vons que nous avons af­faire à une grande Clea­rau­dio.

Une base à l’épreuve des balles qui ab­sorbe les vi­bra­tions pa­ra­sites et les trans­forme en cha­leur

La Ba­sic uti­lise donc le même châs­sis prin­ci­pal en forme d’étoile que les autres mo­dèles de la série In­no­va­tion. Cette par­tie est com­po­sée d’un sand­wich conçu au­tour de deux couches d’alu­mi­nium en­châs­sant un mul­ti­plis en bois spé­cial dit Pan­ze­rholz (bois à l’épreuve des balles ou bois d’ar­mure). Cette struc­ture de bois est pres­sée sous 60 tonnes tout en étant rem­plie de pe­tites pas­tilles conte­nant plus de 10 000 pe­tites billes en mé­tal dont le but est d’ab­sor­ber les vi­bra­tions et les trans­for­mer en cha­leur. Au bout des trois pieds en alu­mi­nium, qu’une ron­delle de ca­ou­tchouc dé­so­li­da­rise cha­cun mé­ca­ni­que­ment du châs­sis, on dis­pose de pointes ré­glables en hau­teur pour une par­faite mise à ni­veau de la pla­tine. De pe­tites pla­quettes en mé­tal sont four­nies pour éven­tuel­le­ment ac­cueillir ces pointes et ne pas rayer le sup­port.

Deux pla­teaux tourne-disque au choix sur rou­le­ments cé­ra­miques

Le pla­teau du disque par­fai­te­ment équi­li­bré, de 40 mm d’épais­seur, est en po­ly­oxy­mé­thy­lène (POM) ou plus cou­ram­ment ap­pe­lé Del­rin dans la ver­sion Ba­sic Black (usi­nage CNC), tan­dis que dans la ver­sion Ba­sic Wood, ce pla­teau est en acry­lique trans­lu­cide, le choix entre les deux mo­dèles est une ques­tion d’es­thé­tique, cha­cun ses goûts. Nous tom­bons en­suite sur le sys­tème de rou­le­ments in­ver­sé très in­gé­nieux dit CMB pour Ce­ra­mic Ma­gne­tic Bea­ring avec d’une part un sous-pla­teau avec une gorge en bronze dans la­quelle s’in­sère un axe en cé­ra­mique fixé au châs­sis prin­ci­pal. Ce rou­le­ment est sou­mis à un champ ma­gné­tique par l’op­po­si­tion des forces de deux bagues ai­man­tées, le pla­teau semble car­ré­ment lé­vi­ter au-des­sus du

châs­sis. C’est in­gé­nieux et as­sez im­pres­sion­nant. Ain­si, les risques de fric­tion d’un axe contre une bille en fond de pa­lier sont an­nu­lés.

Contrôle in­fra­rouge de la vi­tesse et deux em­pla­ce­ments pour bras

Le mo­teur en cou­rant continu (DC en an­glais) à couple éle­vé s’uti­lise bien sûr avec une cour­roie et sa puis­sance est con­trô­lée par un rayon in­fra­rouge (sous le pla­teau) qui capte la vi­tesse de ro­ta­tion en temps réel. C’est le prin­cipe OSC (Op­ti­cal Speed Con­trol) qui as­sure une ro­ta­tion par­fai­te­ment li­néaire et stable à l’in­no­va­tion Ba­sic. Un disque de ré­glage est four­ni avec la pla­tine, et trois pe­tits trous per­mettent, si be­soin, de ré­gler le plus fi­ne­ment pos­sible les vi­tesses de ro­ta­tion (33 1/3, 45 et 78 tr/min). L’ali­men­ta­tion est de son cô­té to­ta­le­ment ex­ter­na­li­sée, elle se branche sur l’un des trois plots de la pla­tine. Comme pré­ci­sée plus haut, l’in­no­va­tion Ba­sic peut ac­cueillir deux bras de lec­ture. Ils se fixent sur des plaques faites en alu­mi­nium. Toute une série de plaques dé­jà per­cées au bon ga­ba­rit sont dis­po­nibles sui­vant le bras de lec­ture choi­si qu’il soit un Clea­rau­dio ou d’une autre marque : Re­ga, SME, Gra­ham, 9, 12 ou 14 pouces...

Un bras sans fric­tion et une cel­lule MM «vir­tuose»

Le Cla­ri­fy est le se­cond d’une longue série de bras Clea­rau­dio bien avant tous les mo­dèles tan­gen­tiels TT. Consti­tué d’un tube tout en fibre de car­bone qui re­çoit d’un cô­té le porte-cel­lule en alu­mi­nium mas­sif et de l’autre le contre­poids. L’azi­mut (la bonne ver­ti­ca­li­té) de la cel­lule peut être ré­glé grâce à une vis si­tuée sous la co­quille et le ré­glage de la force d’ap­pui s’ef­fec­tue en se ser­vant d’une pe­tite mo­lette pla­cée en bout de bras qui ac­tive le rap­pro­che­ment ou l’éloi­gne­ment du contre­poids sur le tube. Ce contre­poids est en mé­tal et de forme ex­cen­trée, son centre de gra­vi­té est de fait abais­sé. Mais le plus in­té­res­sant est le sys­tème de pa­lier ma­gné­tique qui, grâce à deux ai­mants en op­po­si­tion de po­la­ri­té, offre un mou­ve­ment ro­ta­tif tout à fait li­bé­ré de toutes fric­tion ou usure. Clea­rau­dio ap­plique ici le même prin­cipe que ce­lui du sys­tème du pla­teau. Un bou­ton sous la base du bras per­met le ré­glage de l’an­ti­ska­ting, il agit sur la ten­sion d’un fil re­lié à la sec­tion in­fé­rieure du rou­le­ment. Les fils de liai­son partent de la co­quille pour se ter­mi­ner par un câble d’une lon­gueur d’1,2 m. Le câble choi­si par Clea­rau­dio est un mo­dèle Di­rect Wire Plus avec une struc­ture double mo­no et masses sé­pa­rées. Il a été construit au­tour de plu­sieurs conduc­teurs en cuivre désoxy­gé­né de haute pu­re­té avec une iso­la­tion par gaines Te­flon. Il est conçu spé­ci­fi­que­ment pour éloi­gner les phé­no­mènes de mi­cro­pho­nie.sur le bras est mon­tée une cel­lule à ai­mant mo­bile Vir­tuo­so V2 d’un poids de 8,4 g. Son corps est en bois d’ébène po­li afin de ré­duire toutes ré­so­nances mé­ca­niques. Il ren­ferme un can­ti­le­ver en alu­mi­nium et un dia­mant de forme el­lip­tique. Cette Vir­tuo­so V2 offre un ni­veau de sor­tie de 3,6 mv avec une sé­pa­ra­tion des ca­naux de 30 db, un ré­sul­tat ob­te­nu grâce à des ai­mants hy­per puis­sants et de nou­velles bo­bines.

Un ex­cellent ti­cket d’en­trée dans le High End

Clea­rau­dio, voi­là bien un nom qui illustre à la lettre les qua­li­tés de clar­té et de trans­pa­rence of­fertes par cette pla­tine. L’in­no­va­tion Ba­sic ain­si mon­tée est re­dou­table pour al­ler dé­ni­cher toutes les mi­cro-in­for­ma­tions des disques vi­nyles. Avec elle, rien ne nous échappe que ce soit la res­pi­ra­tion un peu forte d’un mu­si­cien, le pin­ce­ment des cordes d’une gui­tare et toutes les har­mo­niques hautes qui suivent. En un mot, la Ba­sic est pas­sée maître dans l’art de tout nous dé­voi­ler sans re­te­nue. La res­ti­tu­tion so­nore nous rap­proche des mu­si­ciens, créant de fait un vrai rap­port de proxi­mi­té. Nous avons le net sen­ti­ment qu’un voile in­vi­sible s’est en­vo­lé entre nous et la scène so­nore. Trans­pa­rence et ré­so­lu­tion ne sont pas des mots vains pour dé­crire le ca­rac­tère de cette pla­tine. La voix de Lou Reed sur le mor­ceau «Walk on the Wild Side» du disque «Trans­for­mer» (RCA) est d’une pré­sence as­sez unique. L’image sté­réo­pho­nique est ou­verte, of­frant des qua­li­tés de pré­ci­sion et de fo­ca­li­sa­tion ra­re­ment ren­con­trées à un tel ni­veau. C’est comme si nous avions fait le point sur une image au contour un peu flou. La basse élec­trique est sèche et ne dé­borde ja­mais, elle reste tou­jours ten­due. Le bas du spectre est donc d’une im­pi­toyable net­te­té ré­vé­lant une pla­tine Clea­rau­dio par­fai­te­ment maî­tri­sée sur tous les plans mé­ca­niques. Le gui­ta­riste qui rythme la mé­lo­die en jouant au se­cond plan est par­fai­te­ment au­dible. Nous pou­vons suivre sa suite d’ac­cords sans au­cun pro­blème, il prend avec cette pla­tine une place sou­vent ef­fa­cée avec d’autres marques. Cette pré­ci­sion n’en écarte pas non plus une no­tion d’en­semble tout aus­si co­hé­rente lors­qu’un or­chestre au grand com­plet prend place entre les en­ceintes. L’exemple nous en est don­né avec l’écoute du disque, certes an­cien, puis­qu’il s’agit de l’oeuvre d’or­chestre de Ri­chard Strauss di­ri­gé par Ru­dolf Kempe (Pathé Mar­co­ni/emi) en­re­gis­tré à l’eglise Saint-luc de Dresde en 1970. Choi­sis­sant le pas­sage des valses ex­traites du «Ro­sen­ka­va­lier», nous re­trou­vons le rythme ef­fré­né et vif de cette par­ti­tion. L’in­no­va­tion Ba­sic ne fait pas dans le ro­man­tisme, mais s’éver­tue à bien pla­cer tous les plans so­nores avec une géo­mé­trie par­faite des dif­fé­rents rangs d’ins­tru­ments. L’équi­libre to­nal joue plu­tôt sur la clar­té et la pré­ci­sion, et lors de pas­sages en­ga­geant toutes les forces de l’or­chestre, cette pla­tine suit la par­ti­tion sans mon­trer une quel­conque confu­sion. Les at­taques de notes sont franches les lais­sant aus­si s’éteindre sans les cou­per pré­ma­tu­ré­ment. Tous les ef­forts des concep­teurs à la fois sur le choix des ma­tières, les sys­tèmes de rou­le­ment sans fric­tion semblent ad­mi­ra­ble­ment por­ter leurs fruits. L’in­no­va­tion Ba­sic avec ce bras et cette cel­lule est un ré­gal pour ceux qui sou­haitent en­tendre en­fin tout ce qui est gra­vé sur leurs ga­lettes noires. Pour notre part, nous pen­sons que cet en­semble pla­tine et bras pour­rait al­ler en­core beau­coup plus loin avec une cel­lule MC de plus grande en­ver­gure. Rien n’em­pêche l’ac­qué­reur de fran­chir un cap sup­plé­men­taire avec par exemple une Ta­lis­man V2 Gold ou une Con­cer­to V2, l’in­no­va­tion Ba­sic et le Cla­ri­fy le mé­ritent bien. Cet en­semble est un ex­cellent ti­cket d’en­trée vers le très haut de gamme en ma­tière de lec­ture ana­lo­gique, il se dé­guste comme un verre de cham­pagne qui pé­tille de mille bulles.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.