IT’S GOOD TO BE THE KING !

Playboy (France) - - L’interview Tout Nu -

Trente ans de té­lé, dont dix à la tête de Sa­lut les Ter­riens !, sept livres au comp­teur, beau­coup de hauts, un peu de bas. Et la han­tise de­ve­nir le pro­chain Mi­chel Dru­cker? Alors que les soixante-dix bou­gies ap­prochent, Thier­ry Ar­dis­son se désha­bille pour Play­boy.

“Après le pain, l’édu­ca­tion est le pre­mier be­soin du peuple ”, di­sait Dan­ton. “Et la té­lé­vi­sion ”, ajou­te­rait sans nul doute Thier­ry Ar­dis­son, l’homme par qui le mal (et le mâle !) est ar­ri­vé dans la pe­tite lu­carne au beau mi­lieu des an­nées 80. Une époque dont il a re­le­vé le col avec Des­cente de po­lice, mas­sa­crant ses in­vi­tés en im­per fer­mé avant de les faire boire dans Bains de mi­nuit, de les per­ver­tir dans Lu­nettes noires pour nuits blanches et de fi­na­le­ment les ré­vé­ler dans Double Jeu; où ap­pa­raît un cer­tain Baf­fie em­bus­qué der­rière la ca­mé­ra – part­ner in crime idéal ve­nant d’ef­fec­tuer son re­tour aux cô­tés de son “pas d’ami comme toi ” après dix ans de pur­ga­toire im­po­sés par Ca­nal+. L’homme en noir a ain­si pro­fi­té de sa mi­gra­tion sur C8 pour ré­cu­pé­rer son sni­per in­oxy­dable. Vé­ri­table Fer­ra­ri de la vanne cinq étoiles, qui, en 1992, lan­çait à Aman­da Lear, à qui l’ani­ma­teur de Double Jeu ve­nait de de­man­der quand elle avait vu un homme tout nu pour la pre­mière fois : “A l’ar­mée, comme les autres. ” C’est en force que Thier­ry Ar­dis­son tra­verse cette sai­son té­lé puisque 1,2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs suivent au­jourd’hui Sa­lut les Ter­riens ! (SLT). Il y a des in­no­va­tions comme le Warm up, vrai-faux mo­ment de “off ” contem­po­rain, des in­ter­views for­ma­tées (An­ti-por­trait chi­nois, Alerte rose…) que l’on ado­rait dé­jà dans Tout le monde en parle, émis­sion dont tout le monde parle en­core... Et dont on re­trouve des ex­traits sa­vou­reux dans Gé­né­ra­tion Ar­dis­son, ain­si que dans La Té­lé de Baf­fie qui passent en ce mo­ment sur C8. Un triomphe ro­main pour Thier­ry ?

Car jus­qu’ici tout va bien : le jeune Tom Villa est de plus en plus drôle, Guillon tou­jours aus­si éner­vant que doué, et les Grée­ments de For­tune aus­si im­pla­cables dans l’exé­cu­tion du Move on up de Cur­tis May­field. Mais les fans que nous sommes de­puis l’ado­les­cence exigent for­cé­ment plus de ce­lui qui les a tant de fois faits pas­ser de l’autre cô­té du mi­roir té­lé­vi­suel... Sa­lut les Ter­riens fonc­tionne bien, trop bien peut-être, pour que l’on n’at­tende pas autre chose de son an­chor man dans les émis­sions à ve­nir. L’homme qui a in­ven­té la nuit en té­lé avec Pa­ris der­nière, ré­in­ven­té les dî­ners en ville avec 93 Saint-Ho­no­ré et qui s’est lui-même ré­in­ven­té avec Rive droite/Rive gauche a l’obli­ga­tion de renverser la table, une fois de plus. Et si le Da­vid Bo­wie de la té­lé fran­çaise (68 ans), aus­si pop que ca­mé­léon, en­trait dans sa pé­riode Let’s Dance ? Voire Tin Ma­chine ? Et si l’on re­ve­nait aux fon­da­men­taux Space Od­di­ty ?

C’est “l’af­faire” Fa­rid Be­nyet­tou, l’émir des Buttes-Chau­mont, s’af­fi­chant en re­pen­ti aux in­so­lentes lu­nettes noires (un hom­mage ?) dans l’émis­sion du 7 jan­vier der­nier en bran­dis­sant un badge “Je suis Char­lie” qui a fait sif­fler les oreilles du lapin Play­boy. La se­maine qui a sui­vi, Baf­fie se re­biffe, re­gret­tant pu­bli­que­ment sur Twit­ter d’avoir eu à ser­rer la main du sinistre per­son­nage deux ans pile-poil après le mas­sacre de Char­lie. Lo­lo fe­ra même re­mar­quer à Ti­ti les yeux dans les yeux sur le pla­teau de SLT que l’“ani­ma­tueur” à gages avait ou­blié de de­man­der à son “in­vi­té du sa­me­di 20 heures” si les bé­né­fices du livre pu­blié par Be­nyet­tou (Mon Dji­had, iti­né­raire d’un Re­pen­ti, co-écrit avec Dou­nia Bou­zar, aux édi­tions Au­tre­ment) iraient bien aux fa­milles des vic­times de la rue Ni­co­las-Ap­pert. Quelques se­maines après cette mi­ni-tem­pête, il était temps de ren­con­trer l’idole TV pour “faire le bi­lan” des dix ans de Sa­lut les Ter­riens, émis­sion qui a connu des “ups and downs”. Thier­ry dé­cide de se mettre à table au Meu­rice, son QG de tou­jours pour notre ma­ga­zine, bible (Bilbe ?) des ba­by-boo­mers, où il a lui-même te­nu la ru­brique noc­turne dans ses an­nées Pa­lace. Fi­dèle à sa lé­gende, il ar­rive à l’heure dite dans le hall du Da­li, grand res­tau­rant de l’hô­tel, et com­mande des cou­teaux gra­ti­nés.

Tu te fais in­ter­vie­wer dans un jour­nal pour le­quel tu as ja­dis col­la­bo­ré…

Oui, j’ai bos­sé pour Play­boy. Da­niel Fi­li­pac­chi avait créé Lui et comme il avait aus­si ra­che­té Play­boy, il avait nom­mé une an­cienne maî­tresse, An­nick Geille, à sa tête pour ne pas faire trop d’ombre à Lui. Il était très gen­til en fait, Fi­li­pac­chi, il trou­vait tou­jours du bou­lot à ses ex. Elle se pi­quait de lit­té­ra­ture, avait pu­blié deux ou trois livres chez Gras­set, elle avait carte blanche pour Play­boy, peu im­porte si ça se ven­dait ou pas. Elle a com­men­cé à ap­pe­ler des écri­vains pour for­mer un pe­tit groupe : Pa­trick Poivre d’Ar­vor, alors dans toute sa splen­deur, ain­si qu’un cer­tain Gon­zague Saint-Bris, le mou­ve­ment néo-ro­man­tique, sorte de mi­ni-vague qui res­sem­blait plus à un bru­shing… Comme je sor­tais beau­coup dans ma pé­riode post-Fa­çade, j’étais en charge des pa­piers sur la nuit et ça m’al­lait bien.

Pas que. Tu as aus­si écrit un ar­ticle, Le Charme dis­cret des co­lo­nies, qui a fait grand bruit…

Oui, un ar­ticle dans le­quel j’ex­pli­quais qu’au-de­là du pro­blème mo­ral de la co­lo­ni­sa­tion, il y avait un style co­lo­nial re­mar­quable, avec des ar­chi­tectes comme Mal­let-Ste­vens. J’avais donc écrit sur ce qui était fran­çais au Laos, ita­lien en So­ma­lie, por­tu­gais à Goa, al­le­mand en Na­mi­bie, toutes les traces, les ves­tiges… On avait un pro­jet de do­cu­men­taire aus­si sur ce thème avec Dai­sy de Ga­lard, mais quand elle est al­lée ra­con­ter l’his­toire aux bol­chos de France 3, les mecs ont dit: “Ça va pas la tête ?” J’avais écrit aus­si un ar­ticle sur le “tos­sing” à San Fran­cis­co. Tu lances une pièce en l’air pour sa­voir avec qui tu vas bai­ser, dans ce qu’ils ap­pellent le “meat mar­ket”... Une sorte d’ins­tant sex avant la lettre.

Play­boy, est-ce que ça a comp­té dans ton édu­ca­tion sexuelle ?

Pas vrai­ment, car il n’exis­tait qu’aux Etats-Unis dans les an­nées 60. Nous, pour voir des filles à poil, on ache­tait Le Hé­ris­son ou Pa­ris-Flirt. Ma vraie édu­ca­tion sexuelle, je l’ai faite dans les chiottes de la gare rou­tière d’Albertville en at­ten­dant l’au­to­car. Ça m’a ren­du ac­cro, tous ces mes­sages grif­fon­nés sur les murs : “J’aime ta queue ”, “Viens me bai­ser”, “Je suce tous les jours ici à 6h”… Je voyais ça en at­ten­dant de re­par­tir chez les cu­rés. Ce qui m’a ren­du to­ta­le­ment fou. Jus­qu’à au­jourd’hui.

“MA VRAIE ÉDU­CA­TION SEXUELLE, JE L’AI FAITE DANS LES CHIOTTES DE LA GARE ROU­TIÈRE D’ALBERTVILLE. ”

C’était avant ton dé­pu­ce­lage dont tu dis ne plus te sou­ve­nir du tout…

Oui, je n’ai pas de sou­ve­nir pré­cis de “la” pre­mière fois. J’ai com­men­cé à bai­ser en vrac à 16 ans, une fois que je me suis bar­ré avec les 3 000

balles que m’avait don­né mon père en ré­com­pense de mon bac. J’ar­rive à Juanles-Pins et là, un mec me drague. Moi, j’étais à la rue, ma gon­zesse ve­nait de me trom­per. Et grâce à ce mec, je de­viens disc­jo­ckey – on di­sait “dis­quaire” – au Whis­ky A Go­go sans rien y connaître. Il y avait un mor­ceau des Stones sur Af­ter­math qui s’ap­pe­lait Goin’ Home et qui du­rait 11’35’’. Je met­tais le disque et j’al­lais bai­ser des filles dans la pi­nède. Je me dé­pê­chais, je cou­rais comme un con, j’éja­cu­lais ra­pi­de­ment, un vrai qui­ckie… Et au re­tour je met­tais un bon vieux tube soul !

Et le mec dans tout ça, tu as fi­ni par cou­cher avec lui ?

Ben, j’étais dis­po­nible, mais le mec m’a fi­na­le­ment dit “non” et a ajou­té: “Ne de­viens pas pé­dé, c’est une vie de merde.” Il or­ga­ni­sait des par­touzes aux­quelles j’as­sis­tais sans y par­ti­ci­per. Je voyais des mecs se faire sau­ter par des types qui avaient des bites énormes. Il y en avait un qui était al­lon­gé, un autre ar­ri­vait avec un sexe de vingt-cinq cen­ti­mètres, on se di­sait : “Ça pas­se­ra ja­mais”, mais ça pas­sait. Et sous les ap­plau­dis­se­ments des convives ! Quand tu as 16 ans et que tu vois ça, t’es as­sez blin­dé pour la suite.

C’est comme ça que tu t’es mis à ai­mer la nuit ?

Oui, du­rant mes études à Mont­pel­lier, j’ai conti­nué à bos­ser dans des boîtes. En­suite, j’y ai pas­sé moins de temps. A Pa­ris, dans les an­nées 70, les gens co­ol pré­fé­raient se réunir chez eux pour prendre des acides et écou­ter du rock pla­nant. Moi, c’était pas trop mon truc. Du coup je suis par­ti en Asie, à Ba­li, puis à Vien­tiane, et je suis re­tour­né en boîte quand le club­bing est re­de­ve­nu à la mode avec le Pa­lace à la fin des an­nées 70. Là, j’étais bien, en phase...

On dit que ceux qui parlent beau­coup de cul sont gé­né­ra­le­ment des mau­vais coups. Tu confirmes ?

Non, tout va bien pour moi ! J’ai eu la chance de connaître cette pé­riode très li­bé­rée sur le plan sexuel entre la pi­lule et le si­da, la fa­meuse “pa­ren­thèse en­chan­tée”. Si je parle beau­coup de cul, c’est parce qu’à la té­lé, quand je suis ar­ri­vé, il y avait une langue té­lé, comme il y a une langue po­li­tique. Comme on n’abor­dait pas ces ques­tions, j’en ai ra­jou­té en étant sans doute le pre­mier à abor­der le su­jet dans Bains de mi­nuit. On a fait ren­trer la vraie vie dans la té­lé.

Tu re­grettes cette époque de li­ber­té et d’in­so­lence où tout ne tom­bait pas dans l’as­siette avec You­porn ou Tinder ?

C’est Clé­men­ceau qui di­sait “Le meilleur mo­ment, c’est quand on monte l’es­ca­lier. ” Mais l’acte c’est bien aus­si, non ? Per­so je vis bien l’idée du trop-plein, sexe ou drogue... En 1974, j’ai connu la ea­sy life, on était à Ba­li, je snif­fais de la su­per poudre toute la jour­née sans m’en rendre compte. Mais le pro­blème avec l’hé­roïne, c’est qu’au dé­but, tu en prends pour être bien et après, tu en prends pour ne plus être mal. Donc bon, est ar­ri­vé un mo­ment où il a fal­lu glo­ba­le­ment pas­ser à autre chose.

Ras­sure-nous,

tards ? tu fumes tou­jours des pé-

Oui, trois ou quatre par jour, mais ja­mais avant l’émis­sion, plu­tôt après, quand c’est ter­mi­né. J’ai d’ailleurs un as­sis­tant qui roule à la perfection. Vieille ha­bi­tude : un bain, un pé­tard, un concept. “La­peyre, y’en a pas deux ! ”, j’ai trou­vé ça dans mon bain mous­sant, com­plè­te­ment dé­fon­cé.

Tu as donc en­core de la marge avant de de­ve­nir le nou­veau Dru­cker, comme le disent cer­taines mau­vaises langues ?

A la base, je n’ai ja­mais vou­lu faire de la té­lé. Mais de­puis que Ma­rie-France Brière m’a pro­po­sé de faire Des­cente de po­lice, ça s’est en­chaî­né. La té­lé, c’est l’en­droit où l’on m’a don­né de l’ar­gent pour faire tout ce que je vou­lais. J’avais le sens du titre, du concept, je ve­nais de la pub donc j’étais ef­fi­cace, créa­tif, in­no­vant, même sur la lu­mière, la ty­po­gra­phie... J’in­ter­ve­nais sur tout et tout le monde était très content – les agences, les clients…

Oui, la té­lé, c’est chez toi, tu y fais tout ce que tu veux. Quand tu re­çois par exemple Fla­vie Fla­ment pour son livre où elle ra­conte son viol par un grand pho­to­graphe, tu lâches le nom de Da­vid Ha­mil­ton à l’an­tenne et…

Oui, mais on l’a bi­pé !

Mais en­fin, tu sa­vais bien que ça res­sor­ti­rait sur le Net non bi­pé. Tu penses au sui­cide d’Ha­mil­ton en t’en­dor­mant le soir ?

Ab­so­lu­ment pas ! Si c’était à re­faire, je le re­fe­rais, si c’est ce que tu veux sa­voir ! C’est dé­gueu­lasse ce qu’il a fait, la suite je n’y peux rien. (Il se ren­frogne.) Bon je ne com­prends pas vrai­ment ces ques­tions, on est là à dis­cu­ter de ce que je pense d’Un­tel ou d’Un­tel, fran­che­ment c’est ce que j’ai tou­jours évi­té de faire à la té­lé. On s’en fout de ce mec, non ?

C’est juste qu’on a l’im­pres­sion que Thier­ry le Trans­gres­sif se muait en jus­ti­cier, le tout dans un cli­mat de sus­pi­cion gé­né­ra­li­sée, avec l’af­faire Ha­mil­ton, Po­lans­ki et même Hit­ch­cock, à qui l’ac­trice Tip­pi He­dren re­proche, soixante ans après, de l’avoir har­ce­lée sur le tour­nage des Oi­seaux…

On peut détester le moralisme et “avoir de la morale ”, comme on di­sait chez Audiard !

Il y a comme un re­tour de bâ­ton gé­né­ra­li­sé presque cin­quante ans après 68 ?

Ouais, si on veut… Mais bon, je suis pas so­cio­logue, merde !

Al­lez…

Il y a un nou­veau cycle en ef­fet, la pa­role ré­ac­tion­naire se li­bère, on ne peut plus tout faire, ni tout dire. Il y a des as­so­cia­tions, les gens se dé­fendent. Quant aux en­fants, c’est tout ce qu’il reste de sa­cré au­jourd’hui. Ça te va ?

“ON PEUT DÉTESTER LE MORALISME ET “AVOIR DE LA MORALE ” COMME ON DI­SAIT CHEZ AUDIARD ! ”

Dans ce “bor­del am­biant ”, comme di­rait Ro­land Mo­re­no, est-ce que tu te sens tou­jours mo­nar­chiste

? Plus que ja­mais ! Il n’y a qu’à voir le bor­del d’au­jourd’hui, comme tu dis. Ce qui a sa­li l’idée de Mo­nar­chie en France c’est le fait que, en créant l’Ac­tion fran­çaise, Maur­ras se soit ap­pro­prié cette idée pour en faire une idéo­lo­gie d’ex­trême droite – alors que fon­ciè­re­ment, le roya­lisme n’est ni de droite ni de gauche, c’est même son prin­cipe de base. Si tu te dé­clares mo­nar­chiste au­jourd’hui, tu es aus­si­tôt ca­ta­lo­gué Front na­tio­nal par les igno­rants. Grave er­reur.

Tu pu­blies les Fan­tômes des Tui­le­ries sur les dau­phins du pa­lais, mais nos mau­vais es­prits pensent for­cé­ment que ce pen­chant pour la cou­ronne est un coup d’Ar­dis­son le pu­bli­ci­taire…

Dé­trompe-toi ! Quand j’ai sor­ti Louis XX en 1986, ça m’a coû­té du bou­lot, plu­sieurs fois il a fal­lu que je m’ex­plique, et je pense que c’est pour ça que je ne suis pas al­lé sur Ca­nal+ au dé­part : Alain De Greef était per­sua­dé que j’étais d’ex­trême droite ! C’est ain­si, l’his­toire de France a été écrite par les vain­queurs ré­pu­bli­cains. Ce n’est pas

un truc mar­ke­ting, puisque ça m’a cou­té plus que ça ne m’a rap­por­té et que je suis ra­re­ment mau­vais en af­faires... Donc trente ans après, oui je suis tou­jours mo­nar­chiste !

Pour al­ler dans ton sens, sans for­cé­ment vou­loir un Roi, n’as­siste-t-on pas au cré­pus­cule des dé­mo­cra­ties telles qu’on les a connues, avec le Brexit, Trump, la mon­tée de Ma­rine Le Pen ?

Tu as rai­son, je me pose très sou­vent cette ques­tion. Hit­ler a été élu au suf­frage uni­ver­sel mais, si le Kai­ser était res­té au pou­voir dans les an­nées 30, Hit­ler n’au­rait pas pris pos­ses­sion de l’Al­le­magne. Le sou­ve­rain est une ga­ran­tie contre les aven­tures per­son­nelles, un garde-fou. Or Hit­ler a été élu, Trump a été élu, Ro­dri­guo Du­terte aux Phi­lip­pines a été élu… Les gens dé­couvrent en ce mo­ment que le suf­frage uni­ver­sel peut ame­ner des dingues au pou­voir ! Je ne cherche pas à re­mettre en cause le droit de vote, hein. C’est le mé­lange du suf­frage uni­ver­sel, des mé­dias et des ré­seaux so­ciaux qui pose pro­blème. A l’époque où De Gaulle ins­taure l’élec­tion pré­si­den­tielle au suf­frage uni­ver­sel di­rect, l’idée était bonne car il n’y avait qu’une seule chaîne de té­lé. Au­jourd’hui, avec les mé­dias en conti­nu et les ré­seaux so­ciaux, les gens se shootent aux fake news – les “vé­ri­tés al­ter­na­tives” ou post-vé­ri­tés, qui ne sont plus des vé­ri­tés du tout ! L’avan­tage de la Mo­nar­chie, c’est que le pou­voir su­prême est confis­qué a prio­ri, qui plus est par une fa­mille ayant in­té­rêt à ce que le pays soit en bon état car son fils va en hé­ri­ter, et après lui le pe­tit-fils, et ain­si de suite… Ce qui est as­sez beau car on a tous en com­mun une chose: lais­ser le plus bel hé­ri­tage pos­sible à nos en­fants.

Il n’existe plus de trans­cen­dance ré­pu­bli­caine à vos yeux ?

Je suis pour la Ré­pu­blique, mais une Ré­pu­blique cou­ron­née. Ce­la ne fait pas de moi un an­ti-ré­pu­bli­cain. C’est seule­ment que la Mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle est une Ré­pu­blique amé­lio­rée, avec une conti­nui­té qui a dis­pa­ru d’un sys­tème po­li­tique où les lea­ders ne pensent plus qu’à leur ré­élec­tion. A peine élus, ils sont dé­jà en cam­pagne, ce qui s’ac­cé­lère en­core avec le quin­quen­nat et, main­te­nant, avec les pri­maires. Fillon, Ma­cron, Ha­mon, Mé­len­chon ou Le Pen ce n’est pas eux le pro­blème, puisque c’est le sys­tème qui est mau­vais. Alors Ma­cron, au moins, a com­pris que les gens vou­laient quelque chose “au-des­sus ” de la gauche et de la droite. Il est al­lé à Or­léans sa­luer Jeanne d’Arc, au Puy-du-Fou voir Villiers… Je pense qu’il a pi­gé un truc, il a ce sens de l’His­toire, en­fin “avait” car il s’est plan­té sur toute la lon­gueur avec l’Al­gé­rie.

Puis­qu’on parle de pou­voir, quelles sont tes re­la­tions avec Vincent Bol­lo­ré ?

Bonnes. Je l’ai connu en 1981. Nous nous sommes tou­jours vus, mais pas plus que ça. Il pense que j’ai des idées, mon émis­sion marche, on s’es­time... Mais je n’ai au­cun rap­port di­rect avec lui dans ou hors bou­lot. J’au­rai plus de contacts avec lui pour Stu­dio Ca­nal concer­nant mes pro­jets de ci­né­ma mais, pour l’ins­tant, c’est cor­dia­le­ment dis­tant. Et puis bon, Bol­lo­ré, j’ai ja­mais ou­blié que sa fa­mille pos­sé­dait le pa­pier à rou­ler OCB, ah ah ah !

“Cor­dia­le­ment dis­tant ”, mais quand Sté­phane Guillon cri­tique sa ges­tion de Ca­nal+ sur France 5, tu l’ap­pelles pour sau­ver la tête de ton chro­ni­queur…

C’était ex­cep­tion­nel. Je n’ap­pelle pas Vincent Bol­lo­ré tous les deux jours comme Cy­ril Ha­nou­na à ce qui se dit. Mais oui, là, je l’ai ap­pe­lé parce que je n’ai pas en­vie de perdre Guillon. Il ap­porte une di­men­sion gauche bo­bo – pas la mienne, vous l’au­rez com­pris – qui est utile à l’émis­sion.

En même temps, s’il avait été vi­ré, tu au­rais fait des éco­no­mies (Sté­phane Guillon tou­che­rait jus­qu’à 10 000 € par émis­sion, NDR). C’est plus ou moins que Gas­pard Proust ?

Non, c’est pa­reil.

Et que Tom Villa ?

Ah non, lui, c’est beau­coup moins ! Pour le mo­ment.

Qu’est-ce que tu ré­ponds à ceux qui af­firment que la té­lé est un mé­dia ob­so­lète, ar­guant du fait que 70% des bud­gets pu­bli­ci­taires sont dé­sor­mais al­loués à Google ou Fa­ce­book et qu’elle est en vase clos, sans contact avec la réa­li­té…

Je ré­ponds que c’est le seul en­droit où l’on te file du po­gnon pour pro­duire des émis- sions ! Tout le monde me parle d’In­ter­net, mais je ne sais pas com­ment on gagne de l’ar­gent là-des­sus. Je ne suis pas Ama­zon ou Netflix. Un pro­gramme comme Sa­lut les Ter­riens coûte 180 000 € par se­maine. Va les trou­ver sur In­ter­net ! Quand France 2 a ar­rê­té Ta­ra­ta­ta, c’est parce que ça coû­tait trop cher. Na­gui s’est alors dit que les gens al­laient payer pour voir Ta­ra­ta­ta sur In­ter­net. Mais per­sonne n’a ja­mais payé un seul eu­ro pour voir une émis­sion sur In­ter­net.

Tu aimes tou­jours la té­lé ?

Oui, j’aime en­core la té­lé. J’ai gran­di en pro­vince où c’était notre seule fe­nêtre sur le monde, avec des pro­grammes comme Dim Dam Dom, qui dis­til­laient à leur ma­nière l’idée du chic, du dan­dy, du bran­ché, avec des réa­li­sa­teurs comme le re­gret­té Jean Chris­tophe Aver­ty, il y a un très beau doc sur lui, des gens comme Jean Yanne…

Pour­tant, ton truc, au dé­part, c’est plus la lit­té­ra­ture.

Oui, j’ai pu­blié au Seuil dans les an­nées 70 Ci­né­moi et La Bilbe, un peu dans le vide, sans qu’un édi­teur vienne me dire: “Ce n’est pas en­core as­sez bien, il faut que tu re­tra­vailles ton ro­man. ” Si ce­la avait été le cas, qui sait ? J’au­rais peut-être connu une autre car­rière… Pour Rive droite, par exemple, j’ai tra­vaillé avec Ra­phaël So­rin qui m’a fait trans­pi­rer et le livre est bon. Quand c’est sor­ti en 1983, je fré­quen­tais tout un groupe d’écri­vains – Pa­trick Bes­son, Eric Neu­hoff, De­nis Tilli­nac, Di­dier van Cau­we­laert, tous ces Nou­veaux Hus­sards dont le grand kif était d’al­ler bouf­fer à la Fré­gate avec Mi­chel Déon et de sor­tir bour­rés à 4h00 de l’après-mi­di. Ils étaient nos­tal­giques, par­laient des écri­vains des an­nées 30, 40, 50… Rien de nou­veau, rien de mo­derne ! Les Hus­sards, c’était un peu pous­sié­reux, comme la Rive gauche. Et puis, écrire un livre tous les deux ans, c’est as­trei­gnant, tout ça pour avoir un pa­pier dans le Nou­vel Ob­ser­va­teur ou Tech­ni­kart, pfff, ça va cinq mi­nutes, pire, c’est une vraie souf­france ! Moi, j’ai tel­le­ment man­qué d’ar­gent quand j’étais môme que je vou­lais en ga­gner beau­coup. Et ce n’est pas avec la lit­té­ra­ture que je pen­sais y par­ve­nir. Ni avec la presse.

Pour­tant ton mo­dèle était l’an­cien pa­tron du Play­boy fran­çais, Da­niel Fi­li­pac­chi, qui a aus­si mon­té Lui, un homme de presse…

Oui, mais quel homme de presse ! Il s’était as­so­cié avec Hugh Hef­ner, il a aus­si pu­blié New­look, et Pen­thouse avec le pro­duc­teur Bob Guc­cione, Union... Di­sons que Da­niel est la seule per­sonne qui m’ait vé­ri­ta­ble­ment im­pres­sion­né de­puis que je suis

“ON EST QUAND MÊME DANS UN PAYS OÙ JU­DITH GODRÈCHE A PU RÉA­LI­SER UN LONG MÉ­TRAGE ! ”

ar­ri­vé à Pa­ris en 1969. Je l’ai connu quand je fai­sais Fa­çade, on est al­lé le voir et je lui ai de­man­dé: “Qu’est-ce que vous fai­siez quand vous aviez notre âge pour réus­sir ? ”, et il m’a ré­pon­du : “Tout ce que je pou­vais ”. A l’époque sa grande de­vise était “En Concorde ou à pied ”. C’est-à-dire que soit il pre­nait un su­per­so­nique pour New York, soit il mar­chait dans Pa­ris. Un vrai gé­nie !

Un vrai pa­tron aus­si ?

Oui, mais c’était un “dis­rup­tif ” comme on dit au­jourd’hui. Il avait une montre qui mar­chait à l’en­vers, il ar­ri­vait au bu­reau à 19h00, le week-end ou au mois d’août. Moi, c’est pa­reil avec mon vieux té­lé­phone : tout le monde me dit que je dois en chan­ger, à com­men­cer par mes en­fants, mais c’est comme ça, je garde mon No­kia à cla­pet en hom­mage à Fi­li­pac­chi !

En par­lant de “dis­rup­tif ”, la Palme re­vient à ce Fa­rid Be­nyet­tou, “l’émir des But­tesC­hau­mont ” en lu­nettes noires qui a don­né bien des nuits blanches à Baf­fie et quelques autres…

Fa­rid Be­nyet­tou n’est pas pour­sui­vi par la jus­tice. Il a payé sa dette à la so­cié­té. Sa pa­role est à prendre en compte, que l’on croie ou non à son re­non­ce­ment au dji­ha­disme. Je montre la réa­li­té, puis je fais confiance au pu­blic pour se faire une opi­nion.

Le badge “Je suis Char­lie” pré­sen­té en pack­shot à la fin de l’in­ter­view, fai­sait très «Ar­dis­son’s touch». Im­pos­sible que ce soit ar­ri­vé par ha­sard, car le ha­sard n’est vrai­ment pas ton truc, si ?

Non ce n’était pas préparé, je te jure ! On m’a aus­si de­man­dé pour­quoi je ne l’avais pas cou­pé au mon­tage. Mais pu­tain, vous ap­pe­lez la cen­sure de vos voeux ? C’est mar­rant, comme ré­flexe: les gens ré­clament qu’on coupe ! Je le ré­pète: ce n’était pas préparé. Le mec sort le badge, c’est un peu too much, je suis d’ac­cord avec toi, c’est très lourd, sur­tout pour les fa­milles de vic­times. Mais pour­quoi veux-tu que je sup­prime la sé­quence au mon­tage ?

Parce que tu es maître de ton émis­sion et que tu coupes d’autres choses au mon­tage.

Je coupe quand c’est chiant, pas les trucs im­por­tants. Comme vous cou­pe­rez les trucs chiants que j’ai dit quand vous ré­di­ge­rez ce pa­pier...

Certes mais si tu tour­nais en di­rect, on ne se se­rait peut-être pas po­sé la ques­tion.

Il y a des choses qui valent vrai­ment le coup d’être en di­rect, d’autres, non. Quand tu re­çois Liane Fo­ly ou Ni­kos Alia­gas (in­vi­tés de l’émis­sion tour­née la veille de l’itw- NDR), qu’est-ce qu’on en a à faire que l’émis­sion soit en di­rect ou pas ? Là, avec «l’émir», on a fait comme si c’était en di­rect. Ce n’était pas un coup mon­té. Il nous ar­rive de mon­ter des coups, mais pas ce­lui-là (rires) !

On s’est dit que tu vou­lais faire un coup pour al­ler au Zap­ping, qui n’existe plus, ou que tu ten­tais de faire un coup de pub à C8…

Mais non ! Tu sais, C8, c’est le Far West. Ce­lui qui ouvre un sa­lon de coif­fure se­ra coif­feur, ce­lui qui fe­ra la banque se­ra ban­quier. Tout le monde m’a cri­ti­qué au dé­part: qu’est-ce que tu vas faire sur la chaîne d’Ha­nou­na, etc. Mais, au­jourd’hui, on fait plus d’au­dience sur C8 que lors de la der­nière sai­son sur Ca­nal, le pu­blic a ra­jeu­ni, des gens qui ne me connais­saient pas viennent nous voir ! On a 10% de CSP +, c’est bien ! On tra­vaille comme des ar­ti­sans de luxe. Après le dé­jeu­ner, j’ai un mo­tard qui vient me cher­cher et m’em­mène au mon­tage, je ne le fais plus en en­tier comme au temps de Tout le monde en parle. C’est épui­sant mais j’y vais pour tout vi­sion­ner et faire le bou­clage. C’est ma vie, et elle est pas trop mal…

Par­lons ci­né­ma : tu veux mon­ter un film sur le Pa­lace de­puis un mo­ment et…

Oui, de­puis que j’en ai par­lé, des réa­li­sa­teurs m’ont ap­pe­lé, sur­tout un avec qui j’ai­me­rais bien tra­vailler, mais je lui ai dit: «Il nous faut un scé­na­rio d’abord.» Il n’a pas com­pris et m’a en­voyé un sy­nop­sis de trois pages le len­de­main… Moi, je veux faire un ci­né­ma de pro­duc­teur comme on en fait aux Etats-Unis ou comme le fait Luc Bes­son ici : le pro­duc­teur a l’idée du film, il choi­sit un scé­na­riste, dé­ve­loppe un scé­na­rio, puis choi­sit un réa­li­sa­teur et avec le réa­li­sa­teur, ils font le cas­ting puis le réa­li­sa­teur tourne le film... C’est simple non ? Dans mon es­prit, le pro­duc­teur est le chef d’or­chestre du film. En France, sur­tout de­puis la Nou­velle Vague, le pro­duc­teur aide le réa­li­sa­teur à faire son film. C’est la fa­meuse “po­li­tique des au­teurs”. Le pro­duc­teur trouve de l’ar­gent, de la coke, des putes, tou­jours au ser­vice du réa­li­sa­teur. J’ai fait un film comme ça, Max, avec Ma­thilde Sei­gner et Joey Starr. Alors bon je veux bien être le chaouche de Mar­tin Scor­sese, mais le chaouche de la fille qui a fait mon film (Sté­pha­nie Mu­rat NDR), si tu veux, bon… J’avais eu l’idée du film, payé le dé­ve­lop­pe­ment du scé­na­rio, fait le cas­ting, et le pre­mier jour du tour­nage, la fille me dit : “Bon ben, sa­lut ! ”

“OUI, JE CONTI­NUE À FU­MER TROIS OU QUATRE PÉTARDS PAR JOUR. ”

Pour­quoi ne pas être réa­li­sa­teur toi­même ?

Parce que je ne suis pas réa­li­sa­teur ! Les gens me disent: “On va t’en­ga­ger un bon chef-op’, ne t’in­quiète pas, al­lez… ” Clint East­wood, ou Mar­tin Scor­cese, ils ont un bon chef-op’, ça ne veut rien dire. Eux, ce sont des réa­li­sa­teurs ! Cette fa­çon de pen­ser fait que tu n’as pas plus de cinq films re­gar­dables dans le cof­fret des Cé­sar. On est quand même dans un pays où Ju­dith Godrèche a pu réa­li­ser un long mé­trage !

Tu choi­sis donc l’ombre, mais on a pour­tant l’im­pres­sion que ça pa­tine…

Si tout le monde pou­vait pa­ti­ner comme ça ! J’ai mon­té une boîte, No­li­ta Ci­né­ma, avec deux jeunes mecs, Ro­main Rous­seau et Maxime De­lau­ney, qui bossent à la fran­çaise et eux le vivent très bien. Tant mieux, et en plus, ça marche: les Sou­ve­nirs de Jean-Paul Rouve, un mil­lion d’en­trées ! Il a dé­jà tes yeux, trois se­maines en haut du box-of­fice ! C’est feel good mais j’aime beau­coup. J’ai aus­si une sé­rie sur la té­lé en pré­pa­ra­tion, Talk Show, une autre sur Faust, DreamMa­ker… Je co­pro­duis aus­si un film avec Nai­dra Aya­di, la beu­rette de Po­lisse, très forte per­son­na­li­té. Le film est ti­ré d’un ro­man de Ber­nard Cla­vel dont j’ai ache­té les droits, et qui a dé­jà don­né lieu à un film avec Fer­nan­del (“Le Voyage du Père”, De­nys de la Pa­tel­lière, 1966, NDR). Le pitch, c’est un père dans le Ju­ra qui a per­du sa grande fille à Lyon, il n’a pas de nou­velles. Il la cherche toute la nuit dans la grande ville et se rend compte au pe­tit ma­tin qu’elle est de­ve­nue pute. Je vais la trans­po­ser à Pa­ris avec Ro­sch­dy Zem dans le rôle prin­ci­pal. Cette his­toire me touche car c’est un peu ce qui m’est ar­ri­vé, quand mon père est ve­nu me voir à l’hô­pi­tal après une ten­ta­tive de sui­cide.. J’ai aus­si des pro­jets avec ma fille Ma­non qui vit à Londres, elle vient de rem­por­ter un prix à Sun­dance, c’est dingue non ? Je suis très fier d’elle.

Pour­quoi conti­nuer la té­lé avec tous ces pro­jets sur le feu ?

Mais pour­quoi ar­rê­ter ? De­ni­sot m’avait dit un jour que ce bou­lot de­ve­nait un rêve à par­tir du mo­ment où tu sa­vais le faire

– même si lui ne per­dait pas beau­coup de temps à pré­pa­rer ses in­ter­views. Moi, c’est le moyen le plus sym­pa que je connaisse de ga­gner sa vie ! Bon les gars on ter­mine, mon mo­tard m’ap­pelle je dois al­ler au mon­tage... Vous avez ce qu’il faut la, non ?

Juste une der­nière ques­tion sur l’un­der­ground, que tu as dé­fen­du dans le ma­ga­zine Fa­çade, puis dans les émis­sions Bains de Mi­nuit ou Pa­ris Der­nière... Un peu comme Yves Mou­rou­si, tu ra­me­nais la marge au centre. Est-ce que tu conti­nues ce tra­vail au­jourd’hui ?

Non pas du tout. Car les émis­sions dont tu parles pas­saient tard, no­tam­ment Bains de Mi­nuit sur la 5 de Ber­lus­co­ni. En “ac­cess prime time” sur C8 tu ne peux plus te per­mettre de mettre la marge au centre du jeu, comme le fai­sait Mou­rou­si en ef­fet, et comme je l’ai brau­coup fait. J’ai fait des Tout le monde en a par­lé sur Jim­my avec des an­ciens bran­chés... Au­jourd’hui on a fait des “Té­ki­toi” avec Char­lie le Min­du, Rou­steing de Bal­main, tu pen­sais à qui ?

Sé­bas­tien Tel­lier ?

Ah ah oui, Di­vine, ce n’est pas une chan­son mais un sou­ve­nir de chan­son, j’aime bien... Après c’est vrai que sur la 5 on avait ame­né Wen­ders, Mo­ra­via, je me sou­viens même d’un an­glais to­ta­le­ment dingue avec des pots de yaourt sur les oreilles... Très un­der­ground ! L’époque a chan­gé, est moins folle... Je ne suis pas un vieux ré­ac mais on n’a plus for­cé­ment les mêmes in­vi­tés. Pa­reil en mu­sique, on n’a plus de grands mé­lo­distes. Tout le monde fait de la mu­sique sur son or­di, mon fils le pre­mier, mais il n’y a plus de Beatles qui écri­vaient leurs chan­sons en 5 ans. Quand on a re­çu Ju­lien Clerc l’autre jour dans l’émis­sion, on a du cou­per sa “mu­sic sto­ry” en deux tel­le­ment il avait de tubes... Tu me vois faire la même chose avec Bio­lay ? On par­lait de dé­mo­cra­tie tout à l’heure : tout le monde est écri­vain, on n’a plus de livres, ci­néaste, on n’a plus de films... Ou presque ! Mon mo­tard est là, vous sor­tez fu­mer une clope ?

Ma­gné­to, Thier­ry ! Ar­ticle de Thier­ry Ar­dis­son pa­ru dans le Play­boy francais d’août 79, une pièce de mu­sée !

Les Fan­tômes des Tui­le­ries, Flam­ma­rion — Sa­lut les Ter­riens, sur C8 tous les sa­me­dis à 19h05

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