Da­vid BO­WIE 1976

Playboy (France) - - Playboy Vintage - Un en­tre­tien scan­da­leux avec l’ac­teur, le chan­teur de rock et l’icône sexuelle. Ca­me­ron Crowe | Play­boy | sep­tembre 1976 | Pho­to­gra­phies — Ter­ry O’neill

Il était une fois un chan­teur de folk dé­braillé, aux che­veux cou­leur miel. Il est de­ve­nu le lea­der dan­dy d’un groupe pop, The Buzz. Puis un chan­teur ré­so­lu­ment bisexuel. Puis un gui­ta­riste an­dro­gyne et illu­mi­né aux che­veux rouges, jouant dans un groupe ap­pe­lé The Spi­ders From Mars. Puis un chan­teur de soul. Puis un ac­teur de ci­né­ma… et fi­na­le­ment un ar­tiste à la Si­na­tra plu­tôt con­ser­va­teur. Da­vid Bo­wie–on ne prend pas de risque à dire ça–fe­rait tout pour exis­ter. Et alors qu’au­jourd’hui il a réus­si, il conti­nue­ra à tout faire pour lais­ser son em­preinte. A 29 ans, il est beau­coup plus qu’une enième rock star. C’est un ma­ni­pu­la­teur des mé­dias au­to­pro­cla­mé qui ne connaît pas le tact ou la ti­mi­di­té. Le seul ob­jec­tif de sa car­rière est pour le moins éclec­tique: l’at­ten­tion qu’on lui porte. Sans elle, il se flé­tri­rait et fi­ni­rait par mou­rir. De­vant des spec­ta­teurs qui ont payé leur place, si pos­sible.

Nous sommes en sep­tembre 1976, Da­vid Bo­wie a 29 ans. Quelques mois au­pa­ra­vant, il a sor­ti son al­bum Sta­tion To Sta­tion, na­vi­guant entre funk et krau­trock. Dé­pra­vé, dro­gué, schi­zo, fa­cho ? Le «Thin White Duke» ré­pond à toutes les ques­tions de Ca­me­ron Crowe.

En avril 1975, Bo­wie an­nonce qu’il aban­donne le per­son­nage de Zig­gy Star­dust. “Je laisse tom­ber le rock’n’roll, dit-il. C’est une voie sans is­sue. Je ne fe­rai plus d’al­bums ou de tour­nées. Je ne veux sur­tout pas être un pu­tain de chan­teur de rock in­utile. ” C’est la se­conde fois qu’il fait une telle dé­cla­ra­tion. Il a d’abord an­non­cé sa re­traite rock lors d’un grand concert à Londres en 1973, après quoi, sans tran­si­tion, il a sor­ti l’al­bum Dia­mond Dogs et s’est em­bar­qué pour une tour­née amé­ri­caine de trois mois. En no­vembre 1975, il or­ga­nise une in­ter­view par sa­tel­lite à par­tir de sa mai­son de Los An­geles dans talk-show le plus po­pu­laire d’An­gle­terre pour an­non­cer qu’il sort un nou­vel al­bum rock, Sta­tion To Sta­tion. Il va bien­tôt bien­tôt en­ta­mer une tour­née éclair de six mois dans le monde en­tier. Bo­wie n’est pas l’homme le plus ap­pré­cié de l’in­dus­trie mu­si­cale. Pour­tant, il a mar­qué son temps. Quand il ap­pa­raît la pre­mière fois sur une scène amé­ri­caine en 1972, il si­mule un acte sexuel avec son gui­ta­riste, ma­quillé à ou­trance et af­fu­blé de vê­te­ments fé­mi­nins ul­tra­mou­lants. Il créé ins­tan­ta­né­ment un nou­veau genre : le «glam rock». Mick Jag­ger et les Rol­ling Stones, El­ton John, Alice Coo­per, Todd Rund­gren, Lou Reed et nombre de groupes comme Queen, Roxy Mu­sic, Slade, T. Rex et Co­ck­ney Re­bel lui em­boîtent le pas. Alors que Bo­wie dé­sta­bi­lise tout le monde avec cette pre­mière tour­née amé­ri­caine, il ne faut pas long­temps pour que son al­bum The Rise and Fall of Zig­gy Star­dust and The Spi­ders from Mars, l’his­toire d’un de­mi-dieu du rock condam­né, se hisse en haut des charts. Ses trois al­bums pré­cé­dents–des flops à leur sor­tie–se vendent à la pelle. La presse pro­clame que Bo­wie est la plus grande star de­puis la sé­pa­ra­tion des Beatles. Tout aus­si ra­pi­de­ment, elle se ra­vise et se re­tourne pour at­ta­quer le phé­no­mène qu’elle a créé. Les mu­si­ciens et les cri­tiques se ré­voltent d’une seule voix contre la dé­ca­dence de Bo­wie. Mais Bo­wie a dé­jà en­dos­sé une nou­velle iden­ti­té tout aus­si ab­surde et, cette fois-ci, dis­co soul. Tout à coup, ce frêle ro­cker an­dro­gyne se frotte au rythm’n’blues. Et ça marche. Bo­wie sort deux énormes hits, Young Ame­ri­cains et Fame. Puis ar­rive la consé­cra­tion ul­time: il de­vient l’un des très rares Blancs à être in­vi­té à l’émis­sion Soul Train. Pour as­seoir son suc­cès, Bo­wie a de­puis adop­té la pos­ture du bon vieil ar­tiste en cos­tume noir et che­mise blanche. L’al­bum Sta­tion to Sta­tion se vend à 500 000 exem­plaires. La tour­née mon­diale qui suit est un triomphe. Alors que Bo­wie vit la plus grande an­née de sa car­rière jus­qu’à pré­sent, le roi des paillettes / reine du rock va, pour une fois peu­têtre, te­nir sa pro­messe. Il a tou­jours pré­ten­du être une vraie star de ci­né­ma, et sa per­for­mance dans le film The Man Who Fell To Earth (L’homme qui ve­nait d’ailleurs) de Ni­co­las Roeg a ré­col­té des cri­tiques élo­gieuses. Pour le New York Times, le choix de Bo­wie dans le rôle titre est ins­pi­ré : “Mon­sieur Bo­wie livre une per­for­mance ex­tra­or­di­naire. ” Nous avons pen­sé qu’il était temps d’ar­rê­ter un ins­tant Bo­wie dans sa “croi­sade” pour ré­gner sur le monde. Ré­dac­teur en chef de Rol­ling Stone Ma­ga­zine, Ca­me­ron Crowe ren­contre la su­per­star la plus ar­ro­gante des an­nées 70.

Com­men­çons par une ques­tion que vous avez tou­jours sem­blé évi­ter : quelle est la part de réa­li­té dans votre bi­sexua­li­té et quelle est la part de faux ?

C’est vrai, je suis bisexuel. Mais je ne peux pas nier que je l’ai uti­li­sé à mon avan­tage. Je sup­pose que c’est la meilleure chose qui me soit ja­mais ar­ri­vée. Je me suis beau­coup amu­sé. Je vous di­rai tout.

Pour­quoi “la meilleure chose qui vous soit ja­mais ar­ri­vée ” ?

Eh bien, pour une rai­son in­con­nue, les filles ont tou­jours cru que j’avais gar­dé ma vir­gi­ni­té hé­té­ro­sexuelle. J’ai vu toutes ces filles es­sayer de me faire pas­ser de l’autre cô­té : “Al­lez, Da­vid, ce n’est pas si mal, je vais te mon­trer.” Ou, mieux:“Nous al­lons te mon­trer.” Je res­tais tou­jours muet. D’un autre cô­té, quand j’avais 14 ans, le sexe est sou­dai­ne­ment de­ve­nu très im­por­tant pour moi. Ça n’avait pas d’im­por­tance avec qui ou avec quoi je le fai­sais, tant qu’il s’agis­sait d’une ex­pé­rience sexuelle. Il y avait de très beaux gar­çons dans ma classe ou ailleurs que j’em­me­nais à la mai­son et que je bai­sais soi­gneu­se­ment sur mon lit à l’étage. C’était comme ça. Ma pre­mière pen­sée était :“Si ja­mais je suis en­voyé en pri­son, je sais com­ment être heu­reux. ”

“Je dé­teste la des­cente et les drogues lentes comme l’herbe. ”

Sommes-nous cen­sés vous croire? Votre an­cien agent, l’ex­grou­pie Cher­ry Va­nilla, dit qu’elle a cou­ché avec vous et que vous n’êtes pas du tout gay. Elle dit que vous lais­sez les gens pen­ser que vous ai­mez les hommes.

Oh, je se­rais ra­vi de ren­con­trer cet im­pos­teur dont elle parle. C’est sûr que ce n’est pas moi. Dans la ma­nière d’uti­li­ser les mé­dias, Cher­ry est presque aus­si bonne que moi.

Pour­tant, on ne vous a ja­mais vu avec un amant mas­cu­lin. Pour­quoi ?

Oh mon Dieu, je ne suis plus gay de­puis un mo­ment. Pen­dant un cer­tain temps, c’était en­core du 50-50. Main­te­nant, la seule fois où ça me tente, c’est quand je vais au Ja­pon. Il y a de si beaux gar­çons là­bas… 18 ou 19 ans. Ils ont une mer­veilleuse men­ta­li­té. Ils sont tous gay jus­qu’à 25 ans puis, tout à coup, ils de­viennent des sa­mou­raïs, ils se ma­rient et ont des mil­liers d’en­fants. J’adore ça.

Pour­quoi, à un mo­ment où per­sonne d’autre dans le rock n’au­rait osé faire al­lu­sion à ça, avez-vous choi­si d’ex­ploi­ter la bi­sexua­li­té?

Je di­rais que l’Amé­rique m’a for­cé. Quel­qu’un m’a de­man­dé un jour dans une in­ter­view, si j’étais gay. J’ai ré­pon­du : “Non, je suis bisexuel. ” Le gars, un jour­na­liste pour un ma­ga­zine an­glais, n’avait au­cune idée de ce que si­gni­fiait le terme. Donc, je lui ai ex­pli­qué. Ce­la a été pu­blié et c’est là que tout a com­men­cé. Ça semble si loin… 1971 a été une bonne an­née en Amé­rique. Le sexe était en­core cho­quant. On avait très peu évo­qué la bi­sexua­li­té ou la puis­sance gay avant que je n’en parle. In­cons­ciem­ment, j’ai vrai­ment créé le phé­no­mène, même si je ne suis pas le pre­mier à avoir fait connaître la bi­sexua­li­té.

“J’ai tou­jours pen­sé que la seule chose à faire était de tra­ver­ser la vie comme un su­per­hé­ros. ”

Qui d’autre ?

James Dean l’a fait, très sub­ti­le­ment et très bien. J’ai une idée à ce su­jet. Dean me res­sem­blait pro­ba­ble­ment beau­coup. Eli­za­beth T ay­lor me l’a dit une fois. Dean cal­cu­lait. Il ne fut pas le re­belle qu’il a in­car­né avec tant de gé­nie. Il ne vou­lait pas mou­rir. James Dean in­carne au­jourd’hui une image res­pec­table du mâle. Ce­la fai­sait par­tie de son ma­gné­tisme in­croyable. Mais vous sa­vez, il était… une pu­tain. Il avait l’ha­bi­tude d’al­ler sur Times Square pour ga­gner de l’ar­gent alors qu’il au­rait dû se rendre chez Lee Stras­berg ( di­rec­teur ar­tis­tique de l’Ac­tor’s Stu­dio - NDLR ) et ap­prendre à être Mar­lon Bran­do. Il avait une ré­pu­ta­tion as­sez sor­dide. Je l’ad­mire tel­le­ment, ce­la de­vrait ré­pondre aux ques­tions que vous pour­riez avoir sur le fait d’avoir un hé­ros.

Vous êtes par­tis à la re­traite à deux re­prises en ju­rant que vous n’aviez plus rien à faire avec le rock’n’roll. Pour­tant, vous ve­nez de ter­mi­ner un concert au mi­lieu d’une tour­née de six mois, et vous com­men­cez la pro­mo­tion de votre nou­vel al­bum, Sta­tion To Sta­tion. Pour­quoi ces contra­dic­tions ?

Parce que je mens. C’est as­sez fa­cile. Rien ne compte, sauf ce que je fais en ce mo­ment. Je ne peux même pas me rap­pe­ler à quel point je crois et à quel point je ne crois pas. Le but est de de­ve­nir la per­sonne que vous êtes à l’in­té­rieur. Je n’ai pas la moindre idée de l’en­droit où je vais être dans un an. Un fou dé­li­rant, un dic­ta­teur, une sorte de ré­vé­rend, je ne sais pas. Voi­là ce qui m’em­pêche de m’en­nuyer.

Par­lez-nous des drogues.

En quelle an­née est-on? 1976? J’ai frap­pé aux portes du pa­ra­dis de­puis en­vi­ron onze ans main­te­nant, avec dif­fé­rents types de dé­lires. Les seules drogues que j’uti­lise sont celles qui me per­mettent de tra­vailler pen­dant de longues pé­riodes. Je n’ai pas pris quelque chose de fort de­puis 1968. J’ai flir­té avec l’hé­roïne, mais c’était seule­ment pour le mys­tère et la cu­rio­si­té. Je n’ai pas ap­pré­cié du tout. J’aime les drogues ra­pides. Je dé­teste la des­cente et les drogues lentes comme l’herbe. Je dé­teste dor­mir. Je pré­fère res­ter de­bout et tra­vailler tout le temps. Ce­la m’énerve tel­le­ment que l’on ne puisse rien faire contre le som­meil ou le rhume.

Vous rap­pe­lez-vous la pre­mière fois où vous avez été dé­fon­cé ?

J’ai pris des tonnes de pi­lules de­puis mes 13 ou 14 ans. Mais la pre­mière fois que j’ai été stone avec de l’herbe, c’était il y a de long­temps, avec John Paul Jones de Led Zep­pe­lin, quand il était en­core un joueur de basse avec les Her­man’s Her­mits. On par­lait de Ram­blin’ Jack El­liot ( grand chan­teur de folk - NDLR ) et John m’a dit : “Viens je vais te faire dé­cou­vrir l’herbe. ” Là, dans sa grande chambre avec un orgue Ham­mond im­mense, j’ai re­gar­dé avec émer­veille­ment John en train de rou­ler trois énormes joints. Et nous nous sommes dé­fon­cés cha­cun de notre cô­té. Je suis mon­té très haut et j’ai eu su­bi­te­ment une pu­tain de faim. J’ai man­gé deux miches de pains. Puis le té­lé­phone s’est mis à son­ner. John m’a dit :“Va ré­pondre pour moi. ” Je suis des­cen­du pour ré­pondre au té­lé­phone, mais je suis sor­ti et j’ai mar­ché dans la rue sans ja­mais me re­tour­ner. Je me sou­viens d’avoir été fas­ci­né par les fis­sures dans la chaus­sée.

Avez-vous pris des acides ?

J’en ai pris trois fois. Tout était alors très co­lo­ré, mais j’avais une ima­gi­na­tion très riche. Les acides donnent sur­tout une clé aux gens pour ac­cé­der à leur propre ima­gi­na­tion. Je l’avais dé­jà. Il n’y avait rien de nou­veau pour moi. Il y avait juste beau­coup de cou­leurs. Des lu­mières fla­shy et ce genre de trucs.

A quel point les drogues ont-elles in­fluen­cé votre mu­sique ?

La mu­sique est juste une ex­ten­sion de moi-même, donc la vraie ques­tion est : qu’est-ce que les drogues ont fait pour moi ? Elles m’ont fou­tu en l’air, je pense. Elles m’ont fou­tu en l’air gen­ti­ment et j’ai bien ai­mé l’ef­fet que ça fai­sait de se foutre en l’air.

Etes-vous d’ac­cord avec cette cri­tique sur votre al­bum Young Ame­ri­cans : “C’est un pu­tain d’al­bum fou­tu en l’air par une pu­tain de rock star qui se fout en l’air ” ?

En fait, The Man Who Sold the World, en 1970, est l’al­bum où je me suis le plus dé­fon­cé. Young Ame­ri­cans est sans doute le deuxième dans mon hit pa­rade – il cor­res­pond plus à ma prise de drogues ac­tuelle. Pen­dant The Man Who Sold the World, j’étais très ha­schich. Dès que j’ai ar­rê­té cette drogue-là, j’ai réa­li­sé qu’elle avait ra­len­ti mon ima­gi­na­tion. Ce truc me rend ma­lade. Je n’en n’ai pas tou­ché de­puis dix ans.

Vous pré­ten­dez que vous ai­mez tra­vailler tout le temps, mais vous ne sor­tez qu’un al­bum par an. Que faites-vous exac­te­ment entre les ses­sions d’en­re­gis­tre­ment ?

J’écris des chan­sons, des scé­na­rios et des poèmes, je peins, je fais de la pho­to­gra­phie, je sais m’oc­cu­per. Je n’ar­rête ja­mais, je pro­duis, j’en­re­gistre, par­fois je pars en tour­née. Je pour­rais vous mon­trer cinq nou­veaux al­bums de Da­vid Bo­wie tout de suite. Je pour­rais les sor­tir. J’ai un in­croyable stock de pro­jets en cours. Le tra­vail, le tra­vail, le tra­vail !

Ar­ri­vez-vous à vous dé­tendre ?

Si vous vous de­man­dez si je prends des va­cances, la ré­ponse est non. Je me re­laxe dans le cadre du tra­vail, je suis très sé­rieux là-des­sus. J’ai tou­jours pen­sé que la seule chose à faire était d’es­sayer de vivre sa vie comme Su­per­man, la tra­ver­ser comme un su­per­hé­ros. Je ne pou­vais pas exis­ter en pen­sant que la seule chose im­por­tante est d’être un hon­nête homme. Je veux être un su­per-être et amé­lio­rer toutes mes ca­pa­ci­tés, les dé­ve­lop­per à 300%. Et je pense que c’est pos­sible de le faire.

Don­nez-nous quelques exemples de votre au­to-amé­lio­ra­tion ?

Quand j’ai com­men­cé à écrire, je ne pou­vais pas mettre deux mots l’un de­vant l‘autre. Main­te­nant, je pense que j’écris beau­coup mieux. Je ne connais­sais rien au ci­né­ma. Je veux dire rien du tout. Donc, je m’y suis mis, je me suis pro­cu­ré les plus grands films, je les ai re­gar­dés et j’ai tra­vaillé des­sus. Main­te­nant, j’ai une ex­cel­lente connais­sance de cet art. Je suis de­ve­nu un pu­tain de bon ac­teur. Je pour­rais aus­si être un fan­tas­tique réa­li­sa­teur. La ques­tion est seule­ment de dé­ci­der de ce qu’on veut faire.

Vous ar­rive-t-il de dou­tez-vous de vous-même ?

Pas tel­le­ment. Il y a deux ans, je me suis aper­çu que j’étais de­ve­nu le pro­duit de mon per­son­nage Zig­gy Star­dust. J’ai donc vou­lu re­con­qué­rir

ma propre iden­ti­té. Je me suis mis à nu et j’ai tout re­com­men­cé de­puis le dé­part, couche par couche. Je m’as­seyais sur mon lit et, une fois par se­maine, je ré­flé­chis­sais à quelque chose que je n’ai­mais pas ou que ne com­pre­nais pas. Et du­rant la se­maine, j’es­sayais de ré­soudre l’équa­tion.

Par quoi avez-vous com­men­cé?

La pre­mière chose dont je me suis oc­cu­pé, c’est mon manque de sens de l’hu­mour. Puis la ti­mi­di­té. Pour­quoi ai-je l’im­pres­sion d’être su­pé­rieur aux autres ? Je de­vais ar­ri­ver à une ré­ponse. Je ne l’ai pas en­core, mais je cherche en moi-même. C’est une très bonne thé­ra­pie.

Chan­ger tout le temps de per­son­na­li­té n’a-t-il pas ten­dance à vous rendre un peu schi­zo­phrène ?

Mes quatre moi peuvent vous ré­pondre. Une par­tie de moi l’est pro­ba­ble­ment, mais d’un autre cô­té, je suis so­lide comme un roc. En fait, je ne suis pas schi­zo­phrène du tout, même si je pense que ma fa­çon de pen­ser est très frag­men­tée, c’est évident. Je pense sou­vent à mille choses en même temps. Toutes ces choses s’in­ter­fèrent les unes les autres. Et ça n’est pas bon quand je suis au vo­lant.

N’avez-vous pas du mal à dé­ci­der qui est le vrai Da­vid Bo­wie?

Hon­nê­te­ment, je ne sais pas où est le vrai Da­vid. Etre cé­lèbre m’aide à re­pous­ser les ques­tions sur ma vraie per­son­na­li­té. C’est la prin­ci­pale rai­son pour la­quelle je me suis ef­for­cé de me for­ger un uni­vers ar­tis­tique. Je veux lais­ser une marque. Le dé­but de ma car­rière, je l’ai construite par pure pré­ten­tion. Je me consi­dère comme le prin­ci­pal res­pon­sable d’un nou­veau genre de pré­ten­tion, et ce dont je parle doit dire beau­coup de choses à cer­tains, n’est-ce pas, El­ton (John) ? Je ri­gole.

“Avec Zig­gy Star­dust, j’ai fi­ni par être convain­cu d’être le Mes­sie. ”

Vous dites que le sexe n’est plus cho­quant…

Oui, dé­so­lé, Hugh (Hef­ner). Le sexe n’a ja­mais vrai­ment été cho­quant, ce qui cho­quait, c’est le por­no. Main­te­nant, tout le monde s’en fout. Tout le monde baise tout le monde. La seule chose qui choque, ce sont les com­por­te­ments ex­trêmes. Comme moi qui cours en ou­vrant ma gueule, ou en train de me bran­ler. A moins de faire ça, per­sonne ne fe­ra at­ten­tion à vous. Vous de­vrez les frap­per sur la tête pour qu’ils vous re­gardent.

Est-ce la re­cette du suc­cès Bo­wie?

Ça l’a tou­jours été. Par exemple, Zig­gy Star­dust était un chan­teur rock to­ta­le­ment cré­dible, beau­coup plus que ce que The Mon­kees pour­raient ja­mais pro­po­ser. Je veux dire, mon rock sans âme était beau­coup plus creux que n’im­porte quel autre. C’était ce que les gens vou­laient. Et ils le veulent tou­jours. La plu­part des gens veulent tou­jours que leurs idoles et leurs dieux soient su­per­fi­ciels, comme des jouets bon mar­ché.

Pour­quoi pensez-vous que les ado­les­cents sont comme ils sont ?

Ils courent par­tout comme des four­mis, ils mâchent du che­wing-gum et se fo­ca­lisent sur leur look de la jour­née, qui est la chose la plus pro­fonde qu’ils puissent faire. Il n’est pas sur­pre­nant que Zig­gy ait été un énorme suc­cès.

Est-ce pour ce­la que vous avez dit que vous fi­nis­siez par de­ve­nir le per­son­nage de Zig­gy ?

Je le suis de­ve­nu sans même y pen­ser. Au dé­but, j’as­su­mais juste le per­son­nage sur scène. En­suite, tout le monde a com­men­cé à me trai­ter comme Zig­gy, comme si j’étais quelque chose de gran­diose, puisque je dé­place des masses de gens. J’ai fi­ni par être convain­cu d’être le Mes­sie. Très ef­frayant. Je me suis ré­veillé as­sez ra­pi­de­ment.

Vous dites que vous n’avez ja­mais été un mu­si­cien. Vous êtes quoi, alors ?

Le pro­blème, c’est que j’ai tou­jours vou­lu être réa­li­sa­teur. Et les deux dis­ci­plines se sont in­cons­ciem­ment fu­sion­nées, je fai­sais des films en disques. Tu crées le concept de ton al­bum de base, qui de­vient à la fin d’une lour­deur as­som­mante. Main­te­nant, je sais que si je veux faire un al­bum, je dois faire un al­bum qui me plaise mu­si­ca­le­ment, ou bien tout sim­ple­ment faire un pu­tain de film. Beau­coup de mes al­bums concep­tuels, comme Alad­din Sane, Zig­gy et Dia­mond Dogs, étaient seule­ment à 50% de leur po­ten­tiel. Ils au­raient dû être des ob­jets vi­suels. Je pense que cer­tains des ac­teurs les plus ta­len­tueux sont dans le rock. Je pense que le re­nou­veau du ci­né­ma vien­dra du rock. Non à cause de lui, mais mal­gré lui.

Mais vous avez dit que vous trou­viez le rock dé­pri­mant et sté­rile, mal­fai­sant même…

Il est dé­pri­mant et sté­rile et, oui, en fin de compte, il est mau­vais. Tout ce qui contri­bue à la stag­na­tion est mal. Quand on s’y ha­bi­tue, ce n’est plus du rock’n’roll. Il est un bruit blanc. Un chant fu­nèbre. Il suf­fit de re­gar­der la mu­sique dis­co: le rythme em­pri­son­né sans fin. C’est vrai­ment dan­ge­reux. Donc, je suis pas­sé à autre chose. J’ai éta­bli le fait que je suis un ar­tiste, Da­vid Bo­wie, pas juste un autre chan­teur de rock en­nuyeux. J’ai fait un film avec Ni­co­las Roeg, The Man Who Fell To Earth (L’homme qui ve­nait d’ailleurs). Et je vais en faire beau­coup d’autres, en sai­sis­sant un maxi­mum de chances. La der­nière chose que je veuille, c’est d’être quel­qu’un d’ac­co­pli. Je veux al­ler me cou­cher chaque soir en me di­sant :“Si je ne me ré­veille pas de­main, j’au­rais vé­cu au­tant que je le pou­vais. ”

Re­ve­nons à la dis­co. Vous dites que c’est un chant fu­nèbre mais vous avez sor­ti le plus grand hit dis­co de l’an­née der­nière avec Fame et vous avez re­com­men­cé cette an­née avec Gol­den Years. Com­ment ex­pli­quez-vous ce­la ?

Mais j’adore le dis­co! C’est un moyen tel­le­ment vi­vant pour s’éva­der, tant que ça ne passe pas en boucle nuit et jour sur les ra­dios, ce qui le cas ces temps-ci. Fame était un coup de bluff in­croyable qui a fonc­tion­né. Je fais tout ce qui est pos­sible avant d’échouer. Et quand je réus­sis, j’ar­rête. Mais soyons hon­nêtes, mon rythm’n’ blues est sans âme. Mon al­bum Young Ame­ri­cans, dont est ti­rée Fame, est, je di­rais, l’al­bum soul le plus dé­fi­ni­ti­ve­ment ar­ti­fi­ciel. Ce sont des restes écra­sés de mu­sique eth­nique écrits et chan­tés par un pe­tit Blanc. Si vous m’aviez joué Young Ame­ri­cans il y a cinq ans, j’au­rais ri. Hys­té­ri­que­ment.

Qu’au­riez-vous fait si nous vous avions dit :“Ce­la va être l’al­bum que vous fe­rez dans cinq ans ” ?

Je vous au­rais fou­tu de­hors, vous et l’al­bum.

Que pensez-vous de la re­prise de votre titre Life on Mars par Bar­bra Strei­sand ?

Hor­rible. Dé­so­lé, mais c’était atroce.

Vous n’êtes pas connu pour avoir des re­la­tions cor­diales avec les autres ar­tistes. Pour­tant, la ru­meur dit que vous avez voya­gé en Eu­rope pour pas­ser une an­née sab­ba­tique avec Bob Dy­lan. Qu’en est-il ?

C’est faux. Je n’ai pas quit­té ce pu­tain de pays de­puis des an­nées. J’ai vu Dy­lan à New York il y a sept, huit mois. Nous n’avions pas beau­coup de su­jets de conver­sa­tion. Nous ne sommes pas de grands amis. En fait, je crois qu’il me dé­teste.

Dans quelles cir­cons­tances l’avez-vous ren­con­tré ?

Dans de très mau­vaises cir­cons­tances. Nous sommes al­lés chez quel­qu’un après un concert dans un club. J’étais alors dans une phase très… ba­varde. Et je lui parle pen­dant des heures et des heures, je ne sais vrai­ment pas si je l’ai amu­sé, si je lui ai fait peur ou vrai­ment re­pous­sé. Je n’ai même pas at­ten­du ses ré­ponses. J’ai juste par­lé de tout et n’im­porte quoi. Et puis je lui ai dit bonne nuit. Il ne m’a ja­mais té­lé­pho­né.

Com­ment êtes-vous de­ve­nu un ro­cker ?

La vé­ri­té ? J’étais cas­sé. Je suis dans le rock car c’était bien agréable de faire de l’ar­gent et de prendre quatre ou cinq ans pour pla­ni­fier mon pro­chain pro­jet. Avant, j’ai es­sayé la pu­bli­ci­té et c’était tout sim­ple­ment hor­rible. Dé­pri­mant. Mais je jouais bien de mon pe­tit saxo­phone, alors je suis par­ti de la pub pour faire un es­sai dans le rock. Vous pou­viez prendre du bon temps et ga­gner as­sez d’ar­gent pour vivre. Sur­tout à ce mo­ment-là. C’était le triomphe de la mode. Avoir de beaux vê­te­ments, c’était ga­gner la moi­tié de la ba­taille.

“Vous de­vez être un sa­laud pour sur­vivre dans le bu­si­ness. ”

Mais les beaux vê­te­ments coûtent cher…

A l’époque, pas né­ces­sai­re­ment. Je fouillais dans les pou­belles au­tour de Car­na­by Street. Les meilleurs jeunes de­si­gners étaient là-bas. Et si l’une des che­mises en vente avait per­du un bou­ton, elle par­tait à la pou­belle. Nous avons ré­cu­pé­ré des ar­moires en­tières de vê­te­ments pour… rien. Tout ce que vous aviez à faire était de re­coudre un bou­ton ou de faire un rac­cord sur une manche. On de­vait être à la mode.

En quoi croyez-vous ?

En moi-même. En la po­li­tique. Au sexe.

Vous consi­dé­rez-vous comme un grand pen­seur ?

Pas du tout. Plu­tôt comme un ar­na­queur de bon goût. Ma seule dé­marche ar­tis­tique ré­sulte du vol. Qu’est-ce que crée réel­le­ment un ar­tiste, au fond ? Si vous êtes un in­ven­teur, vous in­ven­tez quelque chose en es­pé­rant que les gens vont vous co­pier. Je veux que l’art soit juste pra­tique. L’art peut être une ré­fé­rence po­li­tique, une force sexuelle, tout ce que vous vou­lez, mais il de­vrait être uti­li­sable. Qu’est-ce qu’ils veulent, tous ces ar­tistes ? De­ve­nir des pièces de mu­sées ? Je re­grette d’avoir ex­pri­mé mon ad­mi­ra­tion pour d’autres ar­tistes en di­sant :“Je vais uti­li­ser ce pas­sage ” ou “J’ai pris cette phrase d’un­tel et cette mélodie d’un­tel ”. Mick Jag­ger, par exemple, re­fuse d’être dans la même pièce que moi de peur que je lui pique une idée. Il sait que j’en suis ca­pable.

Il pa­raît qu’il vous a dit une fois qu’il al­lait tra­vailler avec l’ar­tiste fran­çais Guy Peel­laert pour la po­chette d’un al­bum des Rol­ling Stones et que vous avez dé­bau­ché Peel­laert pour votre propre al­bum, Dia­mond Dogs, qui est sor­ti en pre­mier. Vrai ?

Mick était un idiot. Je veux dire, il n’au­rait ja­mais dû me mon­trer ça. Je suis al­lé chez lui, il avait toutes ces images de Guy Peel­laert sur la table. Il m’ a de­man­dé ce que je pen­sais de cet ar­tiste. Je lui ai dit qu’il était in­croyable. Alors j’ai pris le té­lé­phone et je l’ai ap­pe­lé im­mé­dia­te­ment. Vous de­vez être un sa­laud pour sur­vivre dans le bu­si­ness.

Cer­tains psy­chiatres qua­li­fient votre com­por­te­ment de com­pul­sif. Est-ce que le fait d’avoir des cas de fo­lie dans votre fa­mille vous a per­tur­bé?

Mon frère Ter­ry est in­ter­né dans un asile. Je vou­drais croire que ma fa­mille est consti­tuée de gé­nies de­ve­nus fous, mais je ne pense pas que ce soit le cas. La plu­part d’entre eux sont juste in­exis­tants. J’aime le concept de fo­lie, en fait. C’est une belle idée à faire cir­cu­ler dans les di­ners en ville, vous ne pensez pas ? Tout le monde dit :“Ma fa­mille est com­plè­te­ment folle. ” La mienne l’est vrai­ment. Ce sont vrai­ment des ta­rés, juste sor­tis ou prêts à en­trer à l’asile. Ou morts.

Que pensent-ils de vous?

Au­cune idée. Je ne leur ai pas par­lé de­puis des an­nées. Mon père est mort. J’ai dû par­ler à ma mère il y a quelques an­nées. Je ne les com­prends pas. Je suis pas­sé à autre chose.

“Adolf Hit­ler était l’une des pre­mières rocks stars. ”

Vous avez sou­vent dit que vous croyiez en l’idéo­lo­gie fas­ciste. Vous af­fir­mez éga­le­ment que vous se­rez un jour le Pre­mier mi­nistre an­glais. Une ma­ni­pu­la­tion de plus ?

Mon Dieu, tout est une ma­ni­pu­la­tion des mé­dias. Je se­rais ra­vi d’en­trer en po­li­tique. Je le fe­rai un jour. J’ado­re­rais être Pre­mier mi­nistre. Et, oui, je crois fer­me­ment dans l’idéo­lo­gie fas­ciste. La seule fa­çon de ré­gler la ques­tion du li­bé­ra­lisme est de mettre en place un sys­tème dic­ta­to­rial et d’en fi­nir le plus vite pos­sible. Les gens ont tou­jours ré­agi avec une grande ef­fi­ca­ci­té sous un ré­gime dic­ta­to­rial. Les li­bé­raux perdent leur temps en de­man­dant : “Eh bien, main­te­nant, quelles sont vos idées ? ” Mon­trez-leur ce qu’il faut faire, pour l’amour de Dieu! Si vous ne le faites pas, rien n’ar­ri­ve­ra. La té­lé­vi­sion est fas­ciste, par exemple. Et Adolf Hit­ler était l’une des pre­mières rocks stars.

Quoi !?

Re­gar­dez les images que l’on a de lui, la fa­çon dont il bou­geait. Je pense qu’il était presque aus­si bon que Mick Jag­ger. Il est in­croyable. Et quand il ar­ri­vait sur une scène il gal­va­ni­sait le pu­blic. Ce n’était pas un po­li­ti­cien mais un ar­tiste mé­dia­tique ! Il a uti­li­sé la po­li­tique et la théâ­tra­li­té et a créé cette… chose qui a gou­ver­né et contrô­lé ce pays pen­dant douze ans.

Pour­quoi avez-vous dé­ci­dé de faire The Man Who Fell To Earth ?

On m’a en­voyé le script et j’ai tout de suite été in­tri­gué par le per­son­nage de New­ton, qui avait beau­coup en com­mun avec moi. Il re­dou­tait les voi­tures, mais ado­rait la vi­tesse. Il était phy­si­que­ment éma­cié, il y avait tant de ca­rac­té­ris­tiques que nous avions en com­mun. Un pro­blème: je dé­tes­tais le script.

Com­ment avez-vous ré­so­lu le pro­blème ?

Ni­co­las Roeg, le réa­li­sa­teur, est ve­nu chez moi quelques se­maines après avoir en­voyé le scé­na­rio. Il est ar­ri­vé à l’heure mais j’avais ou­blié notre ren­dez-vous. Je suis re­tour­né chez moi avec neuf heures de re­tard, en pen­sant bien sûr, qu’il était par­ti. Il était as­sis dans la cui­sine de­puis des heures. J’étais tel­le­ment gê­né. Il a dit : “Eh bien, Da­vid, que pensez-vous du script ? ” J’ai ré­pon­du : “C’est un peu rin­gard, non ? ” Son vi­sage s’est dé­com­po­sé. Puis il a com­men­cé à par­ler. Deux ou trois heures plus tard, il m’a convain­cu qu’il s’agis­sait d’une his­toire très forte. Et je ne com­prends tou­jours pas toutes les ra­mi­fi­ca­tions qu’il a mises dans le film. Il est d’un ni­veau ar­tis­tique qui me dé­passe to­ta­le­ment.

Com­bien de temps vous a t-il fal­lu pour vous adap­ter aux ca­mé­ras ?

Moins d’une heure. Pour mon pre­mier film, je ne pou­vais pas tra­vailler avec quel­qu’un que je consi­dé­rais comme in­fé­rieur à moi – et j’ai une opi­nion très, très haute de mes propres ca­pa­ci­tés. Au bout d’une heure sur le pla­teau, je sa­vais que c’était le bon. Mais at­ten­dez que je de­vienne met­teur en scène. Je se­rai énorme.

Le mé­tier d’ac­teur est-il plus in­té­res­sant que le rock’n’roll ?

Faire du rock, c’est être ac­teur. Tous mes al­bums, c’est moi en train de jouer dif­fé­rents per­son­nages. Voi­là pour­quoi je ne suis pas fier de beau­coup de mes al­bums, le cô­té vi­suel fait cruel­le­ment dé­faut. Et ma pré­sence dans un film rat­trape tout ce­la.

Der­nière ques­tion. Con­fir­mez-vous tout ce que vous ve­nez de dire ?

Je confirme tout, sauf les pro­pos scan­da­leux

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