CI­NÉ­MA — MÉ­LA­NIE KLEIN

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Je suis amou­reuse de Louis gar­rel.

Quand je l’ai vu à Cannes, dans ma robe somp­tueuse, j’ai vou­lu l’al­pa­guer. Hé­las, il était aux bras de sa femme. Donc je me suis abs­te­nue .

Je me connais, j’au­rais été ca­pable de hur­ler : Lae­ti­tia Casse-toi !

Je n’ai rien dit et elle est tou­jours à ses cô­tés. Moi pas en­core, mais ça ne sau­rait tar­der : il va bien­tôt lire mon pa­pier.

A part moi, ce gar­çon a tout : beau­té, in­tel­li­gence, hu­mour et pe­di­gree. Et oui, Louis est fils de. Fils de Phi­lippe, hé­ri­tier de la nou­velle vague, ami de Jean-Luc Go­dard. Coïn­ci­dence avec son ac­tua­li­té? Dieu (donc Louis) seul le sait.

De fait, une ques­tion m’ha­bite : com­ment être le hé­ros d’un film “J’en­cule Go­dard” quand on nour­rit une af­fec­tion presque gé­né­tique pour le­dit Jean-Luc ?

Louis Gar­rel joue Go­dard, le “Dieu de l’art” dans le re­dou­table film d’Ha­za­na­vi­cius : Le Re­dou­table.

Fi­ni l’hu­mour po­tache et po­pu­laire des oSS; Ha­za­na­vi­cius se veut plus éli­tiste :faire connaître au grand pu­blic un mec odieux, dont l’ex­pres­sion Nou­velle Vague n’est pas is­sue d’un ca­ta­logue de coif­fure mais bien le nom d’un genre ci­né­ma­to­gra­phique. Bref, Ha­za­ni­vi­cius fait dans le film po­pu­lo-snob.

Le Re­dou­table roule au­tour de la pé­riode qui a sui­vi la fa­bri­ca­tion du film La Chi­noise. Alors que le pu­blic at­tend un nou­veau film à la Go­dard, Jean-Luc se lance dans un ci­né­ma qu’il consi­dère ré­vo­lu­tion­naire (marxiste, col­lec­tif :tout le contraire de Jean-Luc Mé­len­chon), une voie qui va l’iso­ler au­tant dans sa dé­marche de ci­néaste que dans son couple.

Faute de bud­get, ce n’est pas moi qui ai été choi­sie pour cam­per Anne, femme de Go­dard, mais l’ac­trice de Nym­pho­ma­niac : Sta­cy Mar­tin. Eblouis­sante de fraî­cheur et de sen­sua­li­té, elle mime par­fai­te­ment la po­tiche et ses fesses sont très bien fil­mées; la scène de nu des deux ac­teurs est d’ailleurs tant em­plie de beau­té, de drô­le­rie et de vé­ri­té que long­temps après le film, elle m’a ha-bi­té-e.

Le film est adap­té du livre qu’Anne wia­zem­sky a écrit sur cette pé­riode. Quel re­gret alors de voir cette grande écri­vaine re­lé­guée au rang de gon­zesse ty­pique du ci­né­ma! Je suis mi­gnonne-je le sais-je me tais.

Sû­re­ment une vo­lon­té du réa­li­sa­teur d’en faire le faire-va­loir de Louis Gar­rel. Comme à son ha­bi­tude en ef­fet, son je(u) est re­dou­table : son ta­lent, sa che­ve­lure, son hu­mour et son che­veu sur la langue en font le can­di­dat idéal pour le Cé­sar du meilleur Go­dard.

Le film est ac­ces­sible à tous car fort de nous dres­ser le por­trait d’un ci­néaste odieux et un peu an­ti­sé­mite sur les bords, il se penche sur­tout sur l’his­toire d’amour entre Jean-Luc et Anne. iro­nie du sort, si le film montre à quel point il est dif­fi­cile d’être un gé­nie pour soi-même et pour les autres, il nous prouve en­core plus à quel point il est dif­fi­cile de faire un film gé­nial. Vous l’au­rez com­pris :je l’ai trou­vé bien lisse ce Re­dou­table, pour un film Nou­velle vague, qui res­te­ra le nom d’un sous-ma­rin.

Alors les adeptes du dé­ca­lage me di­ront que je n’ai rien com­pris à Ha­za­na­vi­cius, qui use à l’en­vi du “for­mat Go­dard ” : clin-d’oeil dans la mise-en-scène, ca­drages, foi­son­ne­ment d’idées, trai­te­ment vintage de l’image très réus­si ( comme c’était dé­jà le cas dans oSS ). Mais je ré­pon­drai juste que faire du (sous) Go­dard pour par­ler de Go­dard, c’est sym­pa­thique, drôle et agréable mais sans réelle am­bi­tion.

Bref, Le Re­dou­table est un film-ob­jet dont je n’ai re­te­nu que le su­jet, Gar­rel. Car c’est Louis

Le Re­dou­table, 2017 De Mi­chel ha­za­na­vi­cius Avec Louis gar­rel, Sta­cy Mar­tin,

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