ré­veiller nos sens

Psychologies - - L’OEIL - Par Ilios Kot­sou, cher­cheur en psy­cho­lo­gie, avec Fla­via Ma­ze­lin Sal­vi

Nos so­cié­tés va­lo­ri­sant les chiffres, la rai­son,

l’ana­lyse et l’abs­trac­tion, nous sommes ha­bi­tués à lire et vivre le monde à tra­vers le prisme de notre men­tal. Et nous ou­blions trop sou­vent que nous avons un corps, et pas seule­ment une tête. Dé­con­nec­tés de nos sens, nous avons beau­coup de mal à faire l’ex­pé­rience sen­so­rielle de ce qui se dé­roule ici et main­te­nant, et à ap­pré­cier les pe­tits plai­sirs qui par­ti­cipent à un état de bien-être plus glo­bal. Or, la re­cherche scien­ti­fique montre que cette ca­pa­ci­té à vivre plei­ne­ment les ex­pé­riences per­met de mieux ap­pré­cier la vie1. 1. Jour­nal of Be­ha­vio­ral Me­di­cine, 2014. Ilios Kot­sou est l’au­teur d’Éloge de la lu­ci­di­té (Ma­ra­bout, prix Psy­cho­lo­gies- Fnac 2015) et d’In­tel­li­gence

émo­tion­nelle et ma­na­ge­ment ( De Boeck su­pé­rieur). l’exer­cice

Ré­veiller notre sen­so­ria­li­té com­mence par prendre l’ha­bi­tude de des­cendre de notre tête

à notre corps. Ce­la passe par une at­ten­tion ac­crue por­tée à nos sens. Une ma­nière simple de culti­ver l’état de pré­sence à soi-même est de faire une pause lors d’un mo­ment agréable. Po­sons-nous alors les ques­tions sui­vantes : quelles sen­sa­tions res­sen­tons-nous ? Quels sont nos sen­ti­ments ? Quelles sen­sa­tions sont en lien avec ces sen­ti­ments ? Cet exer­cice peut se pra­ti­quer à l’oc­ca­sion de plu­sieurs ex­pé­riences du quo­ti­dien : une ba­lade, un re­pas, une sa­tis­fac­tion d’ordre pro­fes­sion­nel. En va­cances, l’at­ten­tion por­tée à notre sen­so­ria­li­té de­vrait être une prio­ri­té. Prendre le temps de sa­vou­rer la ca­resse du so­leil ou de la brise sur notre peau, ap­pré­cier d’en­tendre rire nos en­fants ou nos amis, goû­ter des saveurs qui sortent de l’or­di­naire… Le té­moi­gnage Fran­çois, 45 ans, tech­ni­cien in­for­ma­tique « Je suis un bon vi­vant, sen­sible aux plai­sirs cu­li­naires et es­thé­tiques, mais je me suis ren­du compte que je ne vi­vais pas vrai­ment ces ex­pé­riences, je les consom­mais. Je m’en suis aper­çu en com­men­çant à mé­di­ter. Ma tête m’em­me­nait dans mille di­rec­tions en même temps, mais ja­mais là où se trou­vait mon corps. Alors je me suis ef­for­cé de re­ve­nir à ma res­pi­ra­tion et à mes sen­sa­tions en me ques­tion­nant. Ça a été sa­lu­taire. J’ap­pré­cie tout cent fois mieux : une tasse de ca­fé, un jeu de lu­mière, le con­tact des draps frais sur ma peau… Tout est source de plai­sir et mon hu­meur est beau­coup plus joyeuse. »

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