Ke­vin Mor­by

Rock & Folk - - Disques - ERIC DEL­SART

“Still Life”

WOODSIST/DIF­FER-ANT

Exi­lé de Woods et The Ba­bies, deux des groupes les plus re­mar­quables à être is­sus du Brook­lyn lo-fi au dé­but des an­nées 2010, Ke­vin Mor­by a sur­pris son monde en 2013 avec son su­perbe pre­mier al­bum so­lo nom­mé “Har­lem Ri­ver”. On y dé­cou­vrait un vé­ri­table au­teur/ com­po­si­teur aux mots justes et aux mé­lo­dies folk-rock lim­pides. Si “Har­lem Ri­ver” était une ode à New York, son suc­ces­seur “Still Life” est un disque dé­ra­ci­né où le poète iti­né­rant Ke­vin Mor­by chante la route et où la mort rôde à chaque coin de rue. Bien sûr, dans un exer­cice aus­si ba­li­sé que le folk-rock, où em­poi­gner une gui­tare et in­ter­pré­ter des chan­sons in­vite à la com­pa­rai­son de tant de géants, Mor­by a dû choi­sir une école de pen­sée. La sienne se si­tue au croi­se­ment de Bob Dy­lan et de Leo­nard Co­hen, pour son ima­ge­rie sym­bo­lique (“The Jes­ter, The Tramp & The Acro­bat”, “Drow­ning”), l’om­ni­pré­sence de la mort (“Amen”) et de la thé­ma­tique du voyage (“Mo­tors Run­nin’ ”). Au­teur sub­til, Mor­by trace les contours de ses per­son­nages aux­quels il par­vient à in­suf­fler de la vie en quelques es­quisses (“The Bal­lad Of Ar­lo Jones” est un mo­dèle du genre). Il em­prunte à Dy­lan cer­tains ma­nié­rismes, no­tam­ment cette fa­çon de lâ­cher non­cha­lam­ment le der­nier mot de chaque cou­plet pour en ac­cen­tuer l’ef­fet (comme sur le tu­besque “All Of My Life” ou “Our Moon”). Bal­lades lu­mi­neuses, mé­lo­dies aux ar­pèges simples, chan­sons cré­pus­cu­laires... Mor­by gère les temps forts et faibles à la per­fec­tion. Sur un titre ma­gni­fique tel que “Pa­rade”, il par­vient même à at­teindre l’in­ten­si­té et la maî­trise de ses mo­dèles. At­ten­tion, ar­tiste culte en de­ve­nir. ✪✪✪✪

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