Dans la place

Rock & Folk - - Bande Dessinée -

“Ba­by Boom”

(Ur­ban Co­mics) de Brian Wood et Ryan Kel­ly se­ra le nou­veau guide du rou­tard à l’usage de tous les lec­teurs qui en­vi­sagent de vi­si­ter la Grosse Pomme dans les se­maines à ve­nir car ses au­teurs ont eu la riche idée de bien pré­ci­ser les lieux où se dé­roulent les pé­ri­pé­ties de l’his­toire. Ce­pen­dant, à la dif­fé­rence du bou­quin pré­fé­ré des hip­pies de na­guère, “NY4” est sur­tout et avant tout une BD pé­tillante qui ra­conte, dans un pre­mier temps, les joies de la co­lo­ca­tion éco­no­mique chez quatre jeunes filles qui font aus­si leur en­trée dans les affres de la vie pro­fes­sion­nelle. Même si les per­son­nages prin­ci­paux sont ex­clu­si­ve­ment fé­mi­nins, les pro­blé­ma­tiques abor­dées ac­cro­che­ront au­tant les gar­çons que les filles dans cette his­toire qui traite sur­tout de la ma­nière de faire ses pre­miers pas non ac­com­pa­gnés dans la vie. Même si “NY4” a été écrite dans les an­nées 2000 et dé­crit une jeu­nesse ac­cro à son por­table, on ne peut pas dire que l’his­toire ait pris une ride. Pour les com­plé­tistes, qu’ils soient ici ras­su­rés, l’édi­teur a bien pris soin de pu­blier la suite, “The New York 5”, au sein de cette même in­té­grale. Joann Sfar est l’ar­ché­type de la suc­cess sto­ry. Il est donc en pre­mière ligne pour sus­ci­ter une cer­taine ja­lou­sie de la part des autres car c’est un sen­ti­ment plus fa­cile à développer que ce­lui d’avoir du ta­lent. Mal­heu­reu­se­ment, quand le bon­homme tra­verse une mau­vaise passe, la poisse semble pro­por­tion­nelle à la veine des bons mo­ments. C’est un peu ce qu’il tente d’ex­pli­quer dans

(Del­court) qui ra­conte la ca­ta de ces der­niers mois aus­si bien sur le plan sen­ti­men­tal que sur ce­lui de ses amis disparus en groupe. Ces quelques pages ne risquent pas de chan­ger grand-chose à ce qui s’est pas­sé mais elles ont le mé­rite de mon­trer com­ment un être hu­main ré­agit face à une suc­ces­sion d’évè­ne­ments im­pré­vus. Comme le lais­sait au­gu­rer le pre­mier vo­lume sor­ti l’an­née pas­sée, le deuxième vo­lume de (Del­court) sous-ti­tré “Le Fan­tôme” du des­si­na­teur Col­lin Wil­son dé­marre pied au plan­cher grâce aux ef­forts conju­gués du duo de scé­na­ristes Du­val et Pé­cau. Dans ce San Fran­cis­co du dé­but des an­nées 80, l’ins­pec­teur Spa­dac­ci­ni, dé­sor­mais sus­pen­du, com­mence à trou­ver les ré­ponses aux nom­breuses ques­tions sou­le­vées dans le pre­mier vo­lume. Ce qui est bien dans le scé­na­rio concoc­té par Du­val et Pé­cau, c’est le prin­cipe des vases com­mu­ni­cants pour ce qui est des ré­ponses ap­por­tées aux ques­tions sou­le­vées dans le pre­mier vo­lume et la mon­tée pro­por­tion­nelle de nou­velles zones d’ombre. Pour le reste, le des­sin de Wil­son, tou­jours aus­si ef­fi­cace, res­ti­tue l’am­biance de San Fran­cis­co il y a qua­si­ment trente-cinq ans avec un sens du dé­tail qui de­vrait sa­tis­faire le lec­teur le plus exi­geant, même si ce der­nier n’a ja­mais mis les pieds dans la place. Ga­bi Bel­trán (scé­na­riste) et Bar­to­lo­mé Se­guí (des­si­na­teur) sont tous les deux nés à Pal­ma, sur l’île de Ma­jorque, au large des côtes es­pa­gnoles, et l’en­droit n’est pas for­cé­ment aus­si pa­ra­di­siaques pour les gens autres que les tou­ristes de pas­sage. Dans les deux tomes de “(Bayou), Ga­bi Bel­trán ra­conte son bar­rioC­hi­no d’en­fance à tra­vers une suc­ces­sion de say­nètes prises au ha­sard de ses sou­ve­nirs. Là, il ne faut pas s’at­tendre à de la poé­sie des ban­lieues mais sur­tout et avant tout à une suc­ces­sions de si­tua­tions à deux balles comme seule la vie dans un quar­tier dé­fa­vo­ri­sé peut of­frir à ses ha­bi­tants. C’est sexe, drogue et pas de rock and roll, mais qu’est-ce que c’est bien ra­con­té et des­si­né par Se­guí qui a su pré­ser­ver la nar­ra­tion ori­gi­nale sans se mettre en avant.

Rock&Folk est fan du trait de Eu­gé­nie La­ve­nant. En re­vanche, Rock&Folk n’est pas fan d’ap­prendre que Jean Vau­trin n’était pas éter­nel et nous a quit­tés le seize juin der­nier. C’est le pro­blème avec les su­per hé­ros, on les croit in­vul­né­rables, ça sé­cu­rise, et puis pa­ta­tras... Heu­reu­se­ment, avant de par­tir, il au­ra sui­vi et cor­ri­gé mi­nu­tieu­se­ment jus­qu’au bout

(La Boîte à Bulles), deuxième nou­velle ex­traite de son re­cueil à suc­cès du même nom de 1986 et ad­mi­ra­ble­ment pun­koï­sé par Eu­gé­nie La­ve­nant.

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