Lloyd Cole The Com­mo­tions

Rock & Folk - - Rééditions - “COL­LEC­TED RE­COR­DINGS 1983-1989”

Uni­ver­sal Ce cher Lloyd Cole... Mal­gré tout son suc­cès, l’Ecos­sais s’est fait beau­coup mo­quer en son pays. Lors­qu’il est ar­ri­vé avec son pre­mier al­bum, le jouf­flu s’est mis à ci­ter à tout va Joan Di­dion, Nor­man Mai­ler, Eva Marie Saint, Si­mone de Beau­voir, “Jules et Jim”, on en passe et des meilleurs. Etu­diant en lit­té­ra­ture et phi­lo­so­phie (la honte...), il em­ployait des mots comme “cy­ni­cism”, “me­ta­phor” et “Sym­pa­thize”. Les jeunes frères Gal­la­gher, qui ne com­pre­naient pas tout, n’étaient pas trop fans. Et le Royau­meU­ni, qui aime sa pop bien wor­king­class et an­crée au fond du pub, ne voyait pas pour­quoi ce jeune homme fai­sait ain­si le ma­lin. Car, comme il est écrit dans “Pro­verbes 12 : 33”, “l’hom­mea­vi­séne fait­pa­sé­ta­la­ge­de­ses­con­nais­sances, les­sot­sex­hi­bent­leur­bê­tise”. D’au­tant que sur scène, il fai­sait des trucs bi­zarres avec ses yeux et se pas­sait beau­coup la main dans les che­veux. Et lors­qu’il chan­tait, il avait ce tic très ir­ri­tant qui don­nait l’im­pres­sion qu’il dé­glu­tis­sait à chaque phrase. Ça ri­go­lait sec chez les fans de Motö­rhead. Mais pour­tant, Lloyd Cole avait la classe. Ce nom dé­jà. Et puis, en veste en daim, col rou­lé noir et Le­vi’s blanc, il ar­ri­vait à point nom­mé après les âne­ries go­thiques et néo-ro­man­tiques, of­frant une ver­sion contem­po­raine cré­dible d’un jeune beat­nik new-yor­kais en 1962. Il avait aus­si, sous le bras, des chan­sons par­faites, réunies dans un pre­mier al­bum par­fait. “Rat­tles­nakes”, sor­ti en 1984, est l’un des rares exemples d’al­bums où tout converge : les com­po­si­tions, l’in­ter­pré­ta­tion, la pro­duc­tion et l’époque. Ce cof­fret réunis­sant les trois al­bums ain­si que deux CD de ra­re­tés et in­édits (et un DVD réunis­sant les vi­déos) montre très clai­re­ment à quel point Cole et son groupe étaient en forme. Après un pre­mier titre in­édit, funk atroce comme en pra­ti­quaient plu­sieurs groupes pé­nibles en An­gle­terre à l’époque, des dé­mos de “Rat­tles­nakes” montrent que tout était prêt, note pour note, y com­pris le so­lo de “Fo­rest Fire” (nous y re­vien­drons). Le Cole avait des ré­fé­rences im­pec­cables : Love, Bob Dy­lan, le Vel­vet Un­der­ground, Te­le­vi­sion, les Byrds, T Rex, ain­si que Boo­ker T & The MG’s, Al Green et Chic (une mode noire lan­cée dans sa ville de Glasgow par son aî­né Edwyn Col­lins of­fi­ciant chez Orange Juice, le groupe phare du coin, alors las­sé du post punk). Une ma­jo­ri­té d’Amé­ri­cains, en fait. Et pour­tant, la mu­sique de “Rat­tles­nakes” et des Com­mo­tions en gé­né­ral ne res­semble à rien de tout ce­la. Même la pré­di­lec­tion du gé­nial Neil Clark — le gui­ta­riste le plus doué de sa gé­né­ra­tion en An­gle­terre avec John­ny Marr — pour les ar­pèges et les douze-cordes ne par­ve­naient pas à rendre l’en­semble byrd­sien : les Com­mo­tions avaient in­ven­té quelque chose. Et sur cet al­bum, se dé­clen­chait une ava­lanche de mor­ceaux phé­no­mé­naux. “Are You Ready To Be Heart­bro­ken ?”, “2cv”, “Char­lotte Street”, “Pa­tience”, “Down On Mis­sion Street”, “Speed­boat”, etc. Rien à je­ter.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.