The Long Ry­ders

Rock & Folk - - Rééditions - “FI­NAL WILD SONGS” 088 R&F MARS 2016

Cher­ry Red (im­port Gi­bert Jo­seph) Les an­nées passent, on de­vient bla­sé : dif­fi­cile d’ima­gi­ner au­jourd’hui la sin­gu­la­ri­té des Long Ry­ders en leur temps... Alors que leurs confrères du Pais­ley Un­der­ground ca­li­for­nien se dé­mar­quaient de la new wave an­glaise et de la scène hard­core ca­li­for­nienne en se res­sour­çant dans les six­ties psy­ché­dé­liques, les Long Ry­ders dé­viaient sen­si­ble­ment pour em­prun­ter une route ahu­ris­sante à l’époque : fas­ci­nés par les Byrds (d’où le y dans leur nom ti­ré d’un wes­tern de Wal­ter Hill), puis par les Flying Bur­ri­to Bro­thers et Buf­fa­lo Spring­field, le groupe de Sid Grif­fin — ré­cem­ment échap­pé d’un groupe de ga­rage ra­di­cal, les Un­clai­med — et de Ste­phen Mc­Car­thy al­lait réin­ven­ter le coun­try rock, car­ré­ment. Les Long Ry­ders n’étaient pas les seuls à cette époque à al­ler fouiller dans les ra­cines amé­ri­caines : le Gun Club avait re­pris Tom­my John­son et Son House, les Blas­ters flir­taient avec le rock fif­ties, les Knit­ters for­més par des membres de X ado­raient Hank Williams, bien­tôt ap­pa­raî­trait Lone Jus­tice, etc. Mais les Ry­ders pous­saient le re­vi­va­lisme as­sez loin : la po­chette de leur pre­mier al­bum était un dé­calque d’un in­édit de Buf­fa­lo Spring­field, Gene Clark en per­sonne y fai­sait une ap­pa­ri­tion, et toute cette clique était ha­billée et coif­fée comme les Byrds en 1967. Le tout avec Ri­cken­ba­cker douze cordes, pe­dal steel, voix et choeurs comme des pho­to­co­pies ul­times de ce que fai­saient McGuinn, Cros­by et Clark en leur temps... Un beau coffret de quatre CD réunit au­jourd’hui leurs oeuvres et, cu­rieu­se­ment, elles ont bien ré­sis­té, la pro­duc­tion ré­tro de l’époque leur évi­tant de som­brer dans les mau­vais sou­ve­nirs eigh­ties. Il y eut d’abord un mi­ni-al­bum en 1983 où le ga­rage et le psy­ché­dé­lisme (en par­ti­cu­lier sur le mer­veilleux “And She Rides”) jus­ti­fiaient l’ap­par­te­nance à la scène Pais­ley mais, avec “Na­tive Sons”, “State Of Our Union” et “Two Fis­ted Tales”, soit de 1984 à 1987, c’en était fi­ni avec les mo­tifs ca­che­mire tan­dis que les 12-cordes se met­taient à ca­rillon­ner avec plus d’in­sis­tance. Le groupe avait de bonnes com­po­si­tions et jouait à la per­fec­tion ce genre an­tique, mais sans doute ses ob­ses­sions l’em­pê­chait-il d’in­no­ver à la ma­nière de Green On Red ou du Dream Syn­di­cate, trop oc­cu­pé qu’il était à son­ner exac­te­ment comme ses pairs. Sid Grif­fin al­lait plus tard de­ve­nir jour­na­liste pour la presse mu­si­cale an­glaise, s’ins­tal­lant à Londres pour y fon­der les sym­pa­thiques Coal Por­ters, écrire un livre sur Gram Par­sons et se spé­cia­li­ser dans la pé­riode qui l’avait tant mar­qué. Son groupe au­ra pré­cé­dé le genre alt coun­try de plu­sieurs an­nées et lan­cé le re­vi­val Byrds bien avant que les An­glais (voir le pre­mier et tra­gique al­bum de Pri­mal Scream) ne s’y mettent. Des nos­tal­giques en avance sur leur temps ? Quel pa­ra­doxe... pour In­ter­view — et te­nait une li­brai­rie new-yor­kaise pour ci­né­philes, Ci­ne­ma­bi­lia. Ama­teur de mu­sique, Ork avait ren­con­tré Ri­chard Hell et Tom Ver­laine, et avait dé­ci­dé que Te­le­vi­sion se­rait son propre Vel­vet Un­der­ground. Mon­tant un la­bel de ma­nière très ar­ti­sa­nale pour dif­fu­ser ses trou­vailles, Ork al­lait croi­ser et pu­blier quelques lé­gendes de son temps, toutes fi­nis­sant par le lâ­cher pour, évi­dem­ment, s’orien­ter vers des struc­tures plus pro­fes­sion­nelles. En deux CD, ce coffret très beau re­trace la car­rière du la­bel, et ce n’est rien de dire que Ork avait du flair : d’abord, Te­le­vi­sion avec le my­thique “Lit­tle John­ny Jewel” en 1975, puis “Blank Generation” de Ri­chard Hell l’an­née sui­vante, et en­suite, une en­fi­lade de jeunes gens très doués, dont les Fee­lies (avec, ici, une si­dé­rante ver­sion in­édite de “Fa Cé-La”) et les dB’s, ain­si que le re­tour d’Alex Chil­ton sur le­quel per­sonne n’au­rait mi­sé à l’époque, un in­édit de Len­ny Kaye en­re­gis­tré en 1965 sous le nom de Link Crom­well, Mick Far­ren en per­sonne, Ri­chard Lloyd en so­lo (re­pre­nant les Stones) et en­fin, quelques lo­sers, dont les Idols (Ar­thur Kane, Jer­ry No­lan et Steve Dior s’en pre­nant à Da­vid Jo­han­sen sur “You”) et Chee­tah Chrome, le monstre des Dead Boys, sans ou­blier les plai­san­te­ries de Les­ter Bangs ta­qui­nant le mi­cro et la mau­vaise imi­ta­tion de Pat­ti Smith des Era­sers. Tout n’est pas gran­diose, même si plu­sieurs pé­pites se bous­culent (voir les in­éga­lables “All Of This Time” et “Bang­kok” de Chil­ton ou la pop par­faite de Ch­ris Sta­mey), mais, pris dans leur en­semble, ces titres de Ork Re­cords donnent une idée très pré­cise de la scène new-yor­kaise un­der­ground de l’époque. Gloire à Ter­ry Ork, donc, qui, après avoir tout per­du, a tout lâ­ché dans les an­nées 80 et s’est exi­lé à Los An­geles (avant d’y pas­ser quelque temps der­rière les bar­reaux) dans l’in­dif­fé­rence gé­né­rale. et John Holm­strom, les Dic­ta­tors, ap­pa­rus vers 1974, étaient ap­pe­lés à réa­li­ser de grandes choses. Avec Hand­some Dick Ma­ni­to­ba, un cat­cheur, au mi­cro, et les gui­tares de Scott Kemp­ner et Ross TheBoss Fu­ni­chel­lo, un so­lide sens de l’humour sé­rieu­se­ment dé­ca­lé et des goûts im­pec­cables en ma­tière de rock and roll, le groupe avait tout pour plaire, in­ven­tant au pas­sage deux ou trois choses qu’al­laient re­prendre les Ra­mones (qui joue­raient plus vite parce que moins bien), comme ces ré­mi­nis­cences six­ties en­ten­dues sur ce pre­mier al­bum char­mant (ex­cel­lentes ver­sions de “I Got You Babe” de Son­ny & Cher” et du gran­diose “Ca­li­for­nia Sun” des Rivieras que les Ra­mones al­laient bien­tôt re­prendre aus­si, avec moins de brio). San­dy Pearl­man du Blue Öyster Cult si­gnait une ex­cel­lente pro­duc­tion — il se­rait moins ins­pi­ré quelques an­nées plus tard sur “Give ’Em En­ough Rope” des Clash — et fai­sait chauf­fer les gui­tares, tan­dis que le groupe lâ­chait un ré­per­toire jouis­sif si­gné Andy Sher­noff avec des mor­ceaux comme “Back To Afri­ca”, “(I Live For) Cars And Girls”, “Wee­kend”, “Mas­ter Race Rock” ou “Teen­ge­ne­rate”, et, sur scène, of­frait se­lon les té­moins, un spec­tacle in­va­ria­ble­ment ré­jouis­sant. Ce clas­sique ul­tra rock and roll sort en­fin re­mas­te­ri­sé (les ver­sions pré­cé­dentes en CD fai­saient pi­tié) agré­men­té de quelques bo­nus sans grand in­té­rêt. In­dis­pen­sable tout de même, ne se­rait-ce que pour pas­ser “Two Tub Man” à fond la caisse.

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