Ash vs Evil Dead

Oc­tobre 1982.

Rock & Folk - - Cinéma - 108 R&F MARS 2016

Sitges en Es­pagne. Sam Rai­mi et son pote pro­duc­teur Ro­bert Ta­pert se pointent avec les bo­bines de leur “Evil Dead” sous le bras, tout contents qu’ils sont d’être pro­je­tés dans leur tout pre­mier fes­ti­val. On dé­couvre ain­si en ce dé­but d’au­tomne es­ti­val le fu­tur film culte ab­so­lu du ci­né­ma d’hor­reur des eigh­ties. L’ac­cueil est di­thy­ram­bique et Sam Rai­mi de­vient ins­tan­ta­né­ment une rock star. Le porte-pa­role ab­so­lu du gore ou­tran­cier et dé­com­plexé. A tel point que même le diable le vou­drait pour dieu ! En fai­sant la fies­ta en sa com­pa­gnie, on s’aper­çoit vite que le bon­homme est très bran­ché sur l’humour zin­zin. A tel point que, pince-sans-rire (c’est son style), il nous ré­sume quelques gags ou­tran­ciers qu’il ver­rait bien dans une éven­tuelle suite. “Au­ca­soù‘EvilDead’mar­cheen­salles”, pré­cise-t-il les yeux rê­veurs. Et de nous dé­tailler ain­si quelques gags gore (dont le fa­meux go­bage d’yeux) que l’on re­trou­ve­ra six ans après dans son “Evil Dead 2”. Car Rai­mi, comme il le confiait il y a 33 ans, est un dingue ab­so­lu de l’humour agres­sif. Par­ti­cu­liè­re­ment ce­lui des Three Stooges, co­miques des­troy peu connus en France mais cultes aux Etats-Unis pour leurs cé­lèbres confron­ta­tions sa­do-ma­so à base de pincements de chair et de coups de mar­teau sur le crâne. Rai­mi aime le sang, certes, mais dans une am­biance si pos­sible po­tache. Après une longue pa­ren­thèse au ser­vice — entre autres — de block­bus­ters po­lis (ses “Spi­der­man”), d’un gé­nial wes­tern leo­nesque (“Mort Ou Vif”) et d’un pe­tit re­tour aux gey­sers de sang pro­vos (“Jus­qu’En En­fer”), il fi­nit par en­tendre en­fin l’ap­pel des mil­liers de fans d’ “Evil Dead” à tra­vers le monde qui le sup­plient de re­mettre le cou­vert. 23 ans après l’opus 3 (sor­ti aux Etats-Unis en fé­vrier 1993), Rai­mi en­clenche en­fin le 4. Mais sous la forme d’une sé­rie té­lé puisque l’hor­reur — la vraie, la pure, la dure — se trouve dé­sor­mais du cô­té des pe­tites lu­carnes. “Ame­ri­can Hor­ror Sto­ry” et “The Wal­king Dead” l’ont am­ple­ment prou­vé. Co­écrit avec son frère aî­né Ivan Rai­mi (que l’on aper­çoit dans “Evil Dead 1” et “... 3”) “Ash vs Evil Dead” est donc fa­bri­qué sur la charte humour ou­tran­cier/gey­sers­de­san­ghal­lu­ci­nés. Pro­duc­teur de la sé­rie et réa­li­sa­teur du pi­lote, Rai­mi in­siste donc plus que ja­mais sur le gore car­too­nesque à tra­vers les pé­ri­pé­ties san­glantes de Ash, tou­jours in­car­né par ce sa­ta­né Bruce Camp­bell et qui, en vieillis­sant, a dé­sor­mais la mâ­choire presque aus­si car­rée que celles des frères Bog­da­noff. Lut­tant contre les forces du mal qui in­ves­tissent sa ré­gion, Ash — dé­sor­mais ac­com­pa­gné d’un im­mi­gré sans pa­piers et d’une jeune pay­sanne sexy — res­sort le ca­non scié et la tron­çon­neuse (gref­fée à la place de sa main droite) usi­tés à foi­son dans chaque épi­sode. Les têtes volent, les tripes tombent, les corps s’ex­plosent contre les murs, le pus suinte et la ca­mé­ra, tou­jours spee­dée, vient se pla­quer di­rect sur les vi­sages ef­fa­rés de ces com­bat­tants du dé­mon. Sans ou­blier — his­toire de sa­tis­faire les fans de la pre­mière (ci­né­ma) et deuxième (VHS) heure — tout le fé­ti­chisme qui se doit d’ac­com­pa­gner la marque “Evil Dead”. De l’in­dis­pen­sable “Livre Des Morts” qui ré­veille une fois en­core les forces du mal jus­qu’aux ef­fets spé­ciaux old school en la­tex à la BO de Jo­seph LoDu­ca qui si­gnait dé­jà celle du pre­mier film. Tout fun qu’il soit, “Ash vs Evil Dead” ne re­trouve quand même pas la poé­sie ma­cabre des “Evil Dead” ori­gi­naux. Faute à un tour­nage en vi­déo — le grain de la pel­li­cule manque pour ac­cen­tuer la ma­gie — mais aus­si à beau­coup de sé­quences gore fi­gno­lées nu­mé­ri­que­ment en post-pro­duc­tion, his­toire d’être plus ef­fi­caces dans leur cô­té car­too­nesque mais éga­le­ment pour amoin­drir les nom­breux im­pacts hor­ri­fiques, la sé­rie se vou­lant être aus­si co­mique que san­glante. Groo­vy, vo­lon­tai­re­ment dé­bile, gen­ti­ment dis­trayant, “Ash vs Evil Dead” est une vraie fête du sang et des in­tes­tins en ba­lade tel qu’on la pra­ti­quait sur les grands bou­le­vards à l’époque du théâtre du Grand-Gui­gnol.

On prend les mêmes (re­quins !) et on re­com­mence... De­ve­nue culte, la sé­rie des “Shark­na­do” (des­cen­dance loin­taine d’ “Evil Dead” avec le­quel elle tente va­gue­ment de par­ta­ger en­vo­lées san­glantes ab­surdes et se­cond de­gré ra­va­gé) est conçue et ven­due comme une image d’Epi­nal du na­nar. Dans ce sens, l’opus 3 en ra­joute en­core des couches... Les re­quins vo­lants en syn­thèse pour­rie, pleu­vant en masse sur Wa­shing­ton (sta­tue de Lin­coln et Mai­son-Blanche com­prises) sont une fois de plus dé­gom­més sans fin à coups de tron­çon­neuse et de mi­trailleuse lourde. Dieu que c’est con ! Dieu que c’est... bon ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.