Lift To Ex­pe­rience

Rock & Folk - - Rééditions - 080 R&F MARS 2017

“THE TEXAS-JERUSALEM CROSSROADS”

Mute (im­port Gi­bert Jo­seph) Le der­nier grand chef-d’oeuvre du rock — chef-d’oeuvre, au sens de “Beg­gars Banquet”, “Fun House” ou “Psy­cho­can­dy” — date donc de 2001 mais au­rait été mis en boîte deux ans au­pa­ra­vant. A l’époque, sur scène ou sur disque (“au­disque”, disent les cri­tiques de musique clas­sique), ce fut une gifle mo­nu­men­tale et par­fai­te­ment in­at­ten­due. Trois Texans au look de dé­gé­né­rés échap­pés de “Dé­li­vrance” ou de “Sou­thern Com­fort”, sor­taient un double al­bum (si long que par rap­port aux doubles al­bums his­to­riques pa­rus en vi­nyle, il res­sem­blait plus à un triple) d’une beau­té, d’une in­ven­tion et d’une constance à pleu­rer. D’abord, Josh T Pear­son (mi­cro, Jazz­mas­ter, pé­dales va­riées, mais pas comme au Dé­pôt), Josh TheBear Brow­ning (basse) et An­dy TheBoy Young (bat­te­rie) pro­po­saient la ré­vi­sion et la ré­in­ven­tion de l’un des genres les plus abs­cons du rock : le shoe­ga­zing. Le­quel était por­té par une bande de Bri­tan­niques n’ayant rien com­pris aux groupes dont ils ten­taient vai­ne­ment de s’ins­pi­rer, les Je­sus & Ma­ry Chain, leurs en­fants My Bloo­dy Va­len­tine et les grands pré­cur­seurs, les Coc­teau Twins. Des mi­nables comme Ride, Slow­dive, Lush, on en passe et des meilleurs, s’obs­ti­naient à sa­lir un hé­ri­tage pour­tant consi­dé­rable. Ce sont donc des Amé­ri­cains qui ont rap­pe­lé aux An­glais leurs ra­cines, tout comme les Stones et les Yard­birds avaient en leur temps ra­vi­vé les leurs dans la mé­moire des Yan­kees. Lo­gi­que­ment, c’est sur le la­bel Bel­la Union, te­nu par un an­cien Coc­teau Twins (Ro­bin Gu­thrie, fa­meux in­ven­teur des gui­tares shoe­gaze), que Lift To Ex­pe­rience pu­blia son unique al­bum, pro­duit par Si­mon Ray­monde, ex-Coc­teau éga­le­ment, et fils du grand Ivor Ray­monde (Dus­ty Spring­field, Wal­ker Bro­thers, etc). Mais du shoe­ga­zing, Josh T Pear­son ne gar­da que la re­verb in­sen­sée et les fa­meuses gui­tares aqua­tiques, éthé­rées ou ca­thé­dra­lesques. Pour le reste, c’était tout autre chose : pas du shoe­gaze, mais du sou­thern­go­thic pur jus, au sens lit­té­raire du terme... Un gos­pel dé­li­rant, dan­tesque, wag­né­rien et mys­tique. Un al­bum mons­trueux sur la ré­demp­tion et la trans­cen­dance, une somme, par­don, de rock chré­tien, bi­blique, vé­hi­cu­lant ses my­tho­lo­gies di­rec­te­ment sor­ties de l’An­cien Tes­ta­ment. A ce titre, on peut dire que Pear­son, fils de pas­teur pen­te­cô­tiste (ceux qui font dan­ser les ser­pents sur les têtes en pra­ti­quant des exor­cismes très bruyants) tout droit sor­ti d’un ro­man de Do­nald Ray Pol­lock, est le der­nier des grands pro­phètes du rock and roll, le der­nier à avoir eu une vi­sion, comme ses aî­nés, qui se­raient non pas les frères Reid, Ke­vin Shields, Eli­za­beth Fra­ser ou Ja­son Pierce (qui a dû se dé­cro­cher la mâ­choire en en­ten­dant tout ce­la pour la pre­mière fois) mais plu­tôt Hank Williams, Jef­frey Lee Pierce (le dé­but de “In­to The Storm” sonne comme une va­ria­tion au­tour de “Bad Ame­ri­ca”) et Nick Cave. “The Texas-Jerusalem Crossroads” est une sorte de livre so­nore où, de cha­pitre en cha­pitre, de la pre­mière à la der­nière page, tout se­rait par­fait, où tout se­rait co­hé­rent. Chaque baisse ou hausse de vo­lume, chaque en­vo­lée, chaque sou­pir, est une lé­gende en soi. On ne peut que s’émer­veiller de­vant la per­fec­tion d’un tel pre­mier al­bum : les membres du groupe avouent eux-mêmes qu’au mo­ment de

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