JAMAICA JAMAICA !

Ska, reg­gae, dub et rocks­tea­dy sont di­gne­ment cé­lé­brés à la Phil­har­mo­nie de Pa­ris.

Rock & Folk - - Sommaire 599 - Oli­vier Ca­chin

Une ex­po­si­tion ma­jeure sur la mu­sique d’une île à peine plus grande que la Corse, peu­plée de deux mil­lions d’ha­bi­tants et do­tée d’un rayon­ne­ment pla­né­taire sym­bo­li­sé par le plus mes­sia­nique chan­teur ve­nu du tiers-monde, Bob Mar­ley.

De­puis que le ska des six­ties a lais­sé la place au reg­gae roots des se­ven­ties, de­puis que les Ska­ta­lites ont été dé­trô­nés par les Wai­lers, le son du reg­gae a fait le tour du monde. C’est en Ja­maïque que des dee­jays (éga­le­ment ap­pe­lés toas­ters) ont com­men­cé à par­ler en rythme sur la mu­sique, pré­fi­gu­rant le rap qui dé­bar­qua à New York au mi­lieu des an­nées 1970 via des pion­niers comme DJ Kool Herc, d’ori­gine ja­maï­caine. Toute la sa­ga de la mu­sique ja­maï­caine est ré­su­mée de fa­çon éclec­tique, lu­dique mais sé­rieuse dans l’ex­po­si­tion “Jamaica Jamaica !”, à la Phil­har­mo­nie de Pa­ris. Une phrase du toas­ter Bri­ga­dier Jer­ry da­tant de 1984 ré­sume à elle seule le par­cours de cette ex­po : “Take the sha­ckles off my feet/ I want to rock to the beat” ( En­lève ces chaînes que j’ai aux pieds/ Tout ce que je veux c’est dan­ser).

Tré­sors et fan­tômes

Car le reg­gae est une mu­sique de li­bé­ra­tion qui trouve ses ori­gines au dé­but des an­nées 1960, après l’in­dé­pen­dance de cette ex-co­lo­nie bri­tan­nique qui va in­ven­ter avec le ska, le rocks­tea­dy, le reg­gae roots et le reg­gae dan­ce­hall les moyens d’ex­pri­mer son iden­ti­té. On le sait, le reg­gae va in­fluen­cer aus­si bien la pop (The Po­lice, 10cc, Ro­bert Pal­mer) que le punk (The Clash, The Ruts, The Mem­bers) et bien sûr le hip-hop. À l’ori­gine était le sound sys­tem, cette dis­co­mo­bile du ghet­to qui à New York se trans­for­me­ra en block par­ty. Sé­bas­tien Ca­rayol, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion, a pla­cé dans une des salles ces énormes en­ceintes qui cra­chaient les lourdes basses lors des nuits fu­meuses de King­ston : V-Rocket Sound Sys­tem ou Tub­by’s Ho­me­town Hi-Fi, ces to­tems ra­content des mil­liers d’heures de transe. Autre sym­bole de l’âge d’or du reg­gae, ver­sant dub : la table de mixage de King Tub­by, avec son bou­ton rouge en haut à droite et ses douze cur­seurs. Un ou­til my­thique sur­plom­bé de la plus fa­meuse pho­to de Tub­by

at the controls, le casque sur les oreilles, l’air concen­tré. Les tré­sors (et les fan­tômes) qui peuplent ce par­cours reg­gae sont lé­gion : les des­sins ori­gi­naux de To­ny Wright pour les po­chettes des al­bums “Po­lice & Thieves” et “War Ina Ba­by­lon” et celles de To­ny McDer­mott pour l’al­bum de Yel­low­man & Jo­sey Wales “Two Giants Clash”, l’in­croyable ma­quette du ba­teau de Mar­cus Gar­vey, le Black Star Li­ner, réa­li­sée avec des mil­liers d’al­lu­mettes, la po­chette du tout pre­mier 45 tours de Bob Mar­ley, le me­lo­di­ca d’Au­gus­tus Pa­blo, les ma­nus­crits de Leonard Ho­well le pre­mier ras­ta, les te­nues de scène ex­tra­va­gantes de Lee Scratch Per­ry (dont une tiare de car­di­nal !), la ma­chine à écrire avec la­quelle Per­ry Hen­zell ré­di­gea le scé­na­rio de “The Har­der They Come”, des flyers, des pho­tos ex­clu­sives plus mille autres ar­te­facts et gris-gris. Un vé­ri­table trip au coeur du son ja­maï­cain, qui a l’im­mense mé­rite d’ex­plo­rer la luxu­riante fo­rêt ca­chée der­rière l’arbre Mar­ley. OLI­VIER CA­CHIN Ex­po­si­tion “Jamaica Jamaica ! De Mar­ley Aux Dee­jays” jus­qu’au 13 août à la Phil­har­mo­nie de Pa­ris

Scat­ter, 1987

Dad­dy Shark, 1986

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