ROYAL BLOOD

Comment se re­nou­ve­ler quand on n’a qu’une basse et une bat­te­rie ? C’est avec cette in­ter­ro­ga­tion en tête que le bi­nôme à suc­cès de Brigh­ton livre son deuxième al­bum.

Rock & Folk - - Sommaire 599 - Sa­cha Ro­sen­berg

La vie est une suite d’ob­jec­tifs à at­teindre. Pa­reil en mu­sique. Les ob­jec­tifs rythment la vie d’un groupe : trou­ver un son, un nom, un bat­teur qui a une bat­te­rie, des riffs, des concerts, des ti­ckets bois­sons, un pu­blic, des filles au pre­mier rang, un stu­dio, un la­bel, faire un al­bum, de­ve­nir nu­mé­ro 1, al­ler voir un match de cri­cket avec Mick Jag­ger... Ce plan par­fait peut connaître un éven­tuel ac­croc : que se passe-t-il lors­qu’on réa­lise tout ça très vite ? Quelle est la suite ? Royal Blood a re­mis le rock sur les rails, en un al­bum. Mais main­te­nant, que faire ?

Dans les hanches

“J’avais une ré­ponse hy­per in­tel­li­gente à cette ques­tion... At­tends, je vais m’en sou­ve­nir... Je n’y ar­rive pas, ça de­vait être trop in­tel­li­gent pour que je m’en sou­vienne ! Une chose est sûre, on de­vait faire un deuxième al­bum !” Le truc, c’est que se re­mettre d’un clas­sique ins­tan­ta­né peut s’avé­rer com­pli­qué, l’au­to-pla­giat peut sur­gir à tout mo­ment. Face à ce pro­blème, Mike et Ben

ont cher­ché à se ré­in­ven­ter mu­si­ca­le­ment. “On pen­sait mettre beau­coup de pia­no, même

uni­que­ment du pia­no mais on est Royal Blood, donc on a ar­rê­té d’en jouer ! Tu vois, avec le pre­mier al­bum, on a ins­tau­ré cette règle : seule­ment de la basse, de la bat­te­rie et de la voix. Pour ce­lui là, on a vou­lu cas­ser cette règle, ajou­ter d’autres élé­ments. En gros, faire tout ce qu’il faut pour rendre ces chan­sons in­croyables, le truc c’est que ça nous a très vite fa­ti­gué, ça res­sem­blait à ce que tout le monde fait, il n’y avait au­cune prise de risque. Alors on est re­tour­né aux ori­gines de Royal

Blood et là, ça nous a ex­ci­té !” Voi­là peut-être l’un des mots-clefs de ce “How Did We Get So Dark ?” : ex­ci­té. Royal Blood a réus­si à trans­for­mer sa lour­deur zep­pe­li­nienne en une pa­rade nup­tiale chère à Josh Homme. Qua­si­ment tout l’al­bum dé­gou­line de sueur, d’hu­mi­di­té

in­time. “On est de­ve­nu sexy na­tu­rel­le­ment, quand on écrit on groove plus qu’avant et sur­tout les choses dont on parle sont plus sexy. Et puis re­garde nous, comment veux-tu qu’on ne se trouve pas sexy ? On fait bou­ger les hanches main­te­nant !” Une dif­fi­cul­té peut se ca­cher. Pas dans les hanches sauf après 70 ans, mais dans la tête sur­tout quand on a un pu­blic aus­si énorme que ce­lui du duo. “Les bons jours on n’y pense pas, mais les mau­vais jours c’est for­cé­ment plus dur. On a beau­coup de bons jours, donc ça va. On est les deux seules per­sonnes à qui on es­saie de faire plai­sir, on sort quelque chose uni­que­ment si on trouve ça co­ol, c’est comme une blague, tu la ra­contes parce qu’elle te fait rire toi et à par­tir de là, il y a des chances pour quel­qu’un la trouve drôle aus­si ! Si tu com­mences à pen­ser à ce que les gens vont dire de tes chan­sons, il faut faire autre chose, un bow­ling ou al­ler à l’aqua­rium de Brigh­ton !”

A nou­veau hea­vy

C’est peut-être ce dé­ta­che­ment qui leur a per­mis d’avoir une bonne am­biance pen­dant l’en­re­gis­tre­ment : “Tu sais, on avait au­cune règle, à part en­le­ver ses chaus­sures dans le stu­dio et pas de bruit après 21 h 00 !” Une hu­meur joyeuse sur fond de pieds nus qui contraste avec le titre de l’al­bum qui est, par tra­duc­tion in­ter­po­sée,

sombre. “‘How Did We Get So Dark ?’ est une ré­flexion sur tout ce qu’il y a dans l’al­bum, no­tam­ment au ni­veau des pa­roles. J’ai eu en­vie de par­ler de choses plus per­son­nelles. J’ai es­sayé d’être plus hon­nête et plus vul­né­rable. Et c’est un su­per titre.” Un su­per titre pour un al­bum ul­tra at­ten­du par les fans évi­dem­ment mais aus­si par pas mal d’autres groupes qui de­puis la sor­tie du pre­mier al­bum en 2014, se sont bi­zar­re­ment re­mis à son­ner hea­vy tout en en­le­vant cer­taines fio­ri­tures élec­tro­niques. “C’est le but de la mu­sique, elle est faite pour ins­pi­rer les gens, pour être em­prun­tée, co­piée, ré­ar­ran­gée par d’autres per­sonnes, c’est comme ça que ça marche ! Même nous, on a

sur­ement vo­lé des trucs à d’autres groupes.” C’est l’avan­tage du mé­lan­gisme rock, la seule chose qui soit pos­sible de cho­per, c’est un bon riff.

“Pas de bruit après 21 h 00 !”

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