UL­RI­KA SPACEK

En deux al­bums sor­tis en au­tant d’an­nées, le groupe lon­do­nien s’est im­po­sé comme l’un des plus in­tri­gants de la nou­velle scène bri­tan­nique. Por­trait d’un col­lec­tif mys­té­rieux qui vit dans sa bulle.

Rock & Folk - - Sommaire 599 - Eric Del­sart

La pre­mière chose qui in­ter­pelle lors­qu’on se penche sur le dos­sier Ul­ri­ka Spacek, c’est le choix de ce nom qui prête à in­ter­ro­ga­tion. Ca­ram­bo­lage ap­proxi­ma­tif entre Ul­rike Mein­hof (membre de la bande à Baa­der) et Sis­sy Spacek (l’ac­trice), Ul­ri­ka Spacek n’est pas une chan­teuse de l’Est mais un quin­tet ar­ty ver­sé dans le shoegaze, le krau­trock et l’in­die-rock fa­çon Yo La Ten­go, me­né par deux gui­ta­ristes ho­mo­nymes, Rhys Williams et Rhys Ed­wards (qui, sans sur­prise, ont tous deux des as­cen­dances gal­loises). Têtes pen­santes du groupe, ils ont conçu la base de leur col­la­bo­ra­tion à Ber­lin. “On se connaît de­puis long­temps, mais on s’était un peu per­dus de vue” ex­plique Ed­wards, le plus vo­lu­bile de ces mu­si­ciens in­tro­ver­tis. “Rhys est ve­nu me rendre vi­site à Ber­lin, et il m’a fait écou­ter les mor­ceaux qu’il avait mis sur sa page Sound­cloud. J’ai ai­mé et je lui ai pro­po­sé de faire de la mu­sique en­semble. Quand je suis ren­tré à Londres, nous avons réuni des amis pour for­mer un groupe.” En réunis­sant au­tour d’eux un bat­teur is­su de la scène est-lon­do­nienne des an­nées 2000 (An­ti­mat­ter People, Sheen) et d’ex-membres de Trip­wires, le groupe pré­cé­dent d’Ed­wards, les deux Rhys ont ain­si mon­té une for­ma­tion à trois gui­ta­ristes qui sort de l’or­di­naire.

La dé­brouille est une né­ces­si­té

Chez Ul­ri­ka Spacek les gui­tares dia­loguent, un Rhys ré­pon­dant à l’autre à la fa­çon des so­listes de Te­le­vi­sion, une des in­fluences re­ven­di­quées

du groupe. “On ne joue pas la même chose, on ne veut pas faire de mur de son. On veut pou­voir ajou­ter de la tex­ture. C’est éton­nant que si peu de groupes aient trois gui­tares” ob­serve Ed­wards. Plus qu’un groupe, c’est un vé­ri­table pro­jet de

vie qu’Ul­ri­ka Spacek a mon­té, in­ves­tis­sant une

mai­son pour en faire son QG : “C’est une vieille mai­son vic­to­rienne que l’an­cien lo­ca­taire avait trans­for­mé en ga­le­rie d’art. Il a mis ce pan­neau avec ces trois lettres écrites en grand –K E N – au des­sus de la porte d’en­trée, sans doute parce que la mai­son est sur Ken­sing­ton Road. C’est de­puis le nom qu’on at­tri­bue au lieu, KEN. C’est ici que Rhys, Ben (White, bas­siste) et moi­même vi­vons. C’est à Ho­mer­ton, dans le dis­trict de Ha­ck­ney, dans le Nord-Est de Londres”. Un lieu fan­tas­ma­go­rique qu’on peut voir dans les vi­déos du groupe et qui oc­cupe une place privilégiée dans la ge­nèse de son esthétique. “On a en­re­gis­tré nos al­bums dans le sa­lon. Nous avons la chance de pou­voir jouer de la mu­sique sans que le voi­si­nage ne se plaigne, et d’avoir une pro­prio qui sou­tient les ar­tistes et garde les loyers bas”. Ul­ri­ka Spacek est l’exemple d’un groupe de son temps pour qui la dé­brouille est une né­ces­si­té. Le groupe vit en­semble, ré­pète, en­re­gistre et filme ses propres clips à la mai­son. Le chan­teur Rhys Williams conçoit les po­chettes, le groupe or­ga­nise ses propres concerts dans un pub de Dal­ston lors de soi­rées nom­mées Oys­ter­land. D’où une imagerie maî­tri­sée et une iden­ti­té forte. Les Ul­ri­ka Spacek se­raient-ils des control freaks ? “C’est tout ou rien pour nous, et si ça foire, on ne peux s’en prendre qu’à soi- même, confirme

Ed­wards. Com­bien de fois a-t-on en­ten­du un mu­si­cien dire ‘Oh, le pro­duc­teur n’a pas sai­si ce qu’on vou­lait faire’ ? Nous ne vou­lons pas être dans cette si­tua­tion, mais nous ne sommes pas pour au­tant fer­més à des col­la­bo­ra­tions”.

Pla­fond très bas

Ces mu­si­ciens, qui comme nombre de leurs congé­nères ne vivent pas de leur art mais de pe­tits bou­lots, fonc­tionnent avec les moyens du bord :

“Ça reste de l’ar­ti­sa­nat pour­suit Ed­wards, quand on a en­re­gis­tré le pre­mier al­bum (‘The Al­bum

Pa­ra­noia’), on l’a fait avec un seul mi­cro, le seul que nous avions. On a en­re­gis­tré la bat­te­rie dans une toute pe­tite pièce, avec le pla­fond très bas, ce qui n’était pas fan­tas­tique pour le son et ça a été per­çu comme un choix esthétique alors que ça ne l’était pas vrai­ment, mais je trouve que c’est la beau­té de la chose. Les li­mi­ta­tions obligent à se mon­trer créa­tif, nous sommes tou­jours en train d’ap­prendre notre art”. Dans ces condi­tions par­ti­cu­lières, le groupe a conçu deux ex­cel­lents al­bums en peu de temps et ne semble pas près de s’ar­rê­ter : “On est dé­jà en train de conce­voir les mor­ceaux du pro­chain. On en­vi­sage de chan­ger de fa­çon d’en­re­gis­trer. On ai­me­rait en­re­gis­trer dans un en­droit plus spa­cieux et re­ve­nir mixer chez nous. La salle a at­teint ses limites. C’est un en­droit fan­tas­tique pour mixer, on le sait, mais il est temps qu’on sorte de notre sa­lon.”

“On a en­re­gis­tré dans le sa­lon”

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