Je­ter des ponts

Rock & Folk - - La discotheque ideale 2 -

Si beau­coup de groupes in­dé re­ven­diquent une éti­quette mu­si­cale qui leur colle en­suite à la peau, d’autres es­saient de s’en af­fran­chir et re­cherchent une li­ber­té créa­trice qui leur per­mette d’évo­luer et de s’aven­tu­rer

dans de nou­veaux pay­sages mu­si­caux en pio­chant entre cultures, styles et cou­rants dif­fé­rents. C’est le cas de la plu­part des huit sé­lec­tion­nés du mois (par­mi les soixante-dix huit ar­ri­vages à la ré­dac­tion).

Quelle est cette étrange créa­ture dé­nom­mée La Poison ? Il s’agit d’un trio pa­ri­sien (une fille et deux gar­çons) qui aime brouiller les pistes et le prouve avec ce pre­mier EP 4 titres, “Smash You Up”, qui évoque ir­ré­sis­ti­ble­ment Blon­die, alors que “Open Your Eyes” ré­vèle des ré­mi­nis­cences des B 52’s ou de De­vo. Jouant du contraste entre rock à gui­tare et rock syn­thé­tique vin­tage, l’en­semble agréable et pé­tillant af­firme sa co­hé­rence en lor­gnant sans com­plexe du cô­té des an­nées qua­tre­vingt qu’il re­met au goût du jour : ré­tro mais pas trop (“An­ti­do­teForLove”, Snobb&06.72.82.81.37)

Avant d’en­re­gis­trer son pre­mier disque, le trio Li­ving­stone (des Hauts-deSeine) a en­tre­pris son voyage ini­tia­tique : fan de rock amé­ri­cain, il se fait les dents lors d’une tour­née roots aux USA. Et l’ex­pé­rience se ré­vèle si concluante qu’il y re­tourne à deux re­prises pour y en­ri­chir son ré­per­toire. En­re­gis­tré live, ce se­cond al­bum de­puis 2014 té­moigne de cette mon­tée en puis­sance : il at­taque fa­çon rock sto­ner (“That Cold”) avant de re­ve­nir aux fon­da­men­taux blues-rock (“Hey Hey”) en se dé­lec­tant de gui­tares fa­çon Queens Of The Stone Age, de cas­sures de rythme et d’in­fluences bien as­si­mi­lées (“Li­ving­stone”, &01.44.53.80.80).

Le pre­mier al­bum du duo pa­ri­sien Beau­ty And The Beast (en ac­ti­vi­té de­puis 2011) dé­fend un mé­lange ré­jouis­sant : jouant sur le charme com­plé­men­taire de leurs deux voix et de leurs mul­tiples ins­tru­ments, la Belle ju­vé­nile (et fé­mi­nine) et la Bête mas­cu­line (avec plus d’an­nées au comp­teur) peau­finent un folk-pop aé­rien ou pé­tu­lant aus­si cré­dible en an­glais qu’en fran­çais. Et ils té­les­copent al­lè­gre­ment les in­fluences les plus di­verses, se mon­trant aus­si à l’aise dans le swing jaz­zy que dans la mé­lo­pée coun­try (“So­me­thingNew”,Quart DeLune&06.74.41.44.69, dis­tri­bu­tionL’Au­treDis­tri­bu­tion).

Six ans après ses dé­buts lors de jams dans des squats ou des tro­quets, Bab El West monte au cré­neau avec un pre­mier al­bum qui illustre sa vo­lon­té mu­si­cale : je­ter des ponts entre le Magh­reb et l’Oc­ci­dent. Le trio ori­gi­nel fran­co-ma­ro­cain a en­ri­chi sa pa­lette so­nore en de­ve­nant quin­tette et en in­té­grant un gui­ta­riste blues-rock et un joueur de qa­nûn (an­cêtre de la harpe) : l’en­re­gis­tre­ment a per­mis d’ac­cen­tuer cette ten­dance grâce à de mul­tiples in­vi­tés et, à l’ar­ri­vée, le peps des mor­ceaux illustre bien cette vo­lon­té trans­cul­tu­relle (“Douar”, BigMa­maMu­sic&06.26.26.57.91, dis­tri­bu­tionInOuïe).

En dé­ve­lop­pant son pro­jet so­lo, Co­chrane s’est éloi­gné du col­lec­tif qu’il a fon­dé (The Po­ly­mor­phists) et de ses mul­tiples ex­pé­riences du cô­té de Mul­house. De la new wave de ses dé­buts, il n’a conser­vé que le goût des cli­mats pour re­ve­nir à des va­leurs beau­coup plus in­tem­po­relles. Son pre­mier EP, réa­li­sé dans son home stu­dio, im­pose une pop an­glo­phile tein­tée de psy­ché et de folk grâce à une voix au timbre at­ta­chant et des mé­lo­dies soyeuses qui peuvent s’ap­puyer sur les gui­tares acé­rées de son fis­ton, par ailleurs gui­ta­riste de The Hook (“Hit­ched!”,Me­dia­pop Re­cords&06.02.35.56.52).

Coup de ton­nerre avec le pre­mier al­bum de Dar­cy, qui, dans la fou­lée d’un re­mar­quable “Ar­ma­ged­don”, ma­ni­feste sa pro­pen­sion à al­ter­ner le chaud et le froid, tout comme sa tête de proue vo­cale évo­lue avec ai­sance entre la re­te­nue las­cive et le dé­chaî­ne­ment pri­mal. De­puis ses dé­buts en 2011, le qua­tuor de Rennes a dé­lais­sé ses es­sais mé­lan­co­liques tein­tés d’elec­tro pour s’im­mer­ger dans un rock haute ten­sion, tou­jours sur la ligne de crête et en har­mo­nie avec des textes fran­co­phones qui claquent. De quoi re­don­ner une nou­velle vi­ta­li­té au punk rock fran­çais (“Tigre”,Ve­ry­cords &06.86.40.53.74,dis­tri­bu­tionWar­ner).

Le pre­mier EP de Ni­ka Songs consti­tue une opé­ra­tion de charme dès l’ou­ver­ture et donne cette im­pres­sion tout au long des six titres. Ce duo aty­pique et sin­gu­lier des en­vi­rons de Mont­pel­lier réunit un bat­teur ve­nu du rock et une chan­teuse of­fen­sive dou­blée d’une gui­ta­riste qui a joué avec di­vers groupes dont The Li­miña­nas. Adepte d’une esthétique un peu bi­zarre et dé­ca­lée, il tisse pro­gres­si­ve­ment sa toile en pa­riant sur le charme en­sor­ce­lant de ses mé­lo­pées an­glo­phones et sur des va­ria­tions d’at­mo­sphères qui main­tiennent l’at­ten­tion (“Hey Right”,Boo­me­rangP­ro­duc­tions& 06.12.33.45.41,dis­tri­bu­tionPIAS).

Avec son nou­vel al­bum am­bi­tieux et to­nique, Dis­so­nant Na­tion en­tend ré­vé­ler l’éten­due de son spectre mu­si­cal et prou­ver que son in­té­rêt ne se li­mite pas à son im­pact scé­nique. Moins fré­né­tique qu’à ses dé­buts, ce trio mar­seillais qui tourne de­puis 4 ans ba­ti­fole entre rock des 70’s et des 90’s tout en n’hé­si­tant pas à s’ap­pro­prier avec brio des rythmes fun­ky (“Who Killed The Pre­sident”, “South Of France”). Et il ne se dé­par­tit ja­mais d’un par­ti-pris ré­so­lu­ment mo­derne au gré de mor­ceaux an­glo­phones plai­sants, va­riés et dan­sants (“Agi­ta­toC­ha­ris­ma­tic”, Wa­shiWa­sha&01.53.25.18.18).

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