Ten­du L’Homme In­vi­sible

Rock & Folk - - Le Film Du Mois - JUILLET 2020 R&F 089

a ten­dance à fron­cer les sour­cils quand on lui an­nonce le re­boot d’un clas­sique du genre. Voir, par­mi mille exemples, les ver­sions ré­centes de “Fog”, “La Ma­lé­dic­tion”, ou de l’in­sup­por­ta­ble­ment po­seur “Sus­pi­ria”. Une ex­pé­rience re­make qui a également foi­ré quand la firme Uni­ver­sal s’est mise en tête de re­mettre au goût du jour quelques clas­siques de l’âge d’or du fan­tas­tique des an­nées 30. Fes­ti­vi­tés ou­vertes avec une nouvelle ver­sion de “La Mo­mie” avec Tom Cruise qui, tel­le­ment ca­tas­tro­phique à tous les ni­veaux (box of­fice, ac­cueil pu­blic et cri­tique), que les autres pro­jets an­non­cés sont par­tis di­rec­te­ment dans les pou­belles d’Hol­ly­wood. Adieu donc à Ja­vier Bar­dem en Fran­ken­stein. Idem pour Rus­sell Crowe en Je­kyll/ Hyde. Et John­ny Depp en Homme In­vi­sible. Ou plu­tôt adieu John­ny Depp tout court. L’Homme In­vi­sible, lui, res­tant tou­jours sur le coup... Pu­blié en 1897, le cé­lèbre ro­man de HG Wells don­na lieu à une pre­mière et for­mi­dable adaptation de James Whale en 1933, avant d’être dé­cli­né jus­qu’en mi­lieu des an­nées 40 en une série de longs mé­trages (“Le Retour De L’Homme In­vi­sible”, “L’Agent In­vi­sible Contre La Ges­ta­po”...).

Et ce, avant de connaître au cours des dé­cen­nies sui­vantes, maintes autres adap­ta­tions sous forme de sé­ries té­lé­vi­sées et de films (dont “Les Aven­tures D’Un Homme In­vi­sible” de John Car­pen­ter). En 2019, Uni­ver­sal s’as­so­cie avec Ja­son Blum, le Ro­ger Cor­man des an­nées 2000, pour co­pro­duire à sept mil­lions de dol­lars (pe­tit bud­get pour Hol­ly­wood) cet “Homme In­vi­sible” 2020. Et en confiant les rennes à un cer­tain Leigh Whan­nell. Après un pre­mier un long mé­trage anec­do­tique (voire foi­reux : l’épi­sode 3 de la fran­chise hor­ri­fique “In­si­dious”), le réa­li­sa­teur aus­tra­lien étonne avec son deuxième long : l’ex­cellent “Up­grade”, série B de science-fic­tion d’une ef­fi­ca­ci­té tei­gneuse re­vi­si­tant “Ter­mi­na­tor” à sa fa­çon. Lo­gique donc que Ja­son Blum (dé­jà pro­duc­teur sur ce coup) pro­pose à Whan­nell de gé­rer cet “Homme In­vi­sible” en chan­geant la donne. L’ac­tion n’étant plus vé­cue (comme dans le ro­man et le film ori­gi­nel) du point de vue de l’homme in­vi­sible mais de ce­lui de sa vic­time. Une femme qui, sous la coupe ma­chiste et vi­ce­larde de son scien­ti­fique de ma­ri, pense avoir re­trou­vé sa li­ber­té le jour où ce­lui-ci se sui­cide. Peu de temps après sa mort, elle com­mence par être han­tée par une pré­sence in­vi­sible qui la traque constam­ment, jour après jour... Une grande par­tie de l’ac­tion se dé­roule dans une immense mai­son high-tech où Leigh Whan­nell cu­mule les mé­ta­phores et les am­biances : film fé­mi­niste (les rap­ports hou­leux entre le scien­ti­fique et sa femme ba­fouée), hom­mage élé­gant au bon ci­né­ma fan­tas­tique des an­nées 70, 80 et 90 (de “L’Em­prise” à “Hol­low Man”) et dia­tribe contre les pro­grès déshu­ma­ni­sant de cer­taines tech­no­lo­gies. Le tout avec une réa­li­sa­tion au cor­deau où le moindre coin de cadre et le plus pe­tit rac­cord dans le mou­ve­ment ren­voient à un cer­tain ci­né­ma de genre d’an­tan dans le­quel le spec­ta­teur a tou­jours la sen­sa­tion de sa­voir exac­te­ment où il se si­tue dans l’es­pace. Pour le coup, “L’Homme In­vi­sible” reste in­croya­ble­ment ten­du d’un bout à l’autre. Sans temps mort et sans gras. Et sans ces dis­pen­sables apar­tés hu­mo­ris­tiques propres à une grande par­tie du ci­né­ma fan­tas­tique contem­po­rain. Mais “In­vi­sible Man” doit aus­si beau­coup à sa for­mi­dable ac­trice, Eli­sa­beth Moss (de tous les plans), ré­vé­lée au monde en­tier dans “Mad Men” et “The Hand­maid’s Tale”, qui se dé­fend de cet homme in­vi­sible avec tel­le­ment d’achar­ne­ment qu’elle s’ins­crit désormais dans la liste des grandes hé­roïnes du ci­né­ma fan­tas­tique. Comme Ri­pley/ Si­gour­ney Wea­ver dans “Alien” ou Sa­rah Con­nor/ Lin­da Ha­mil­ton dans “Ter­mi­na­tor”. Dé­ga­gé des ci­nés quelques jours après sa sor­tie en mars suite au Co­vid-19, “L’Homme In­vi­sible” re­vient faire son pe­tit tour en salles en dé­but d’été pour ga­gner quelques fu­turs fans. Il faut s’y pré­ci­pi­ter, car ça mé­rite vrai­ment le grand écran

gore hys­té­rique shoo­té par le fils du réa­li­sa­teur de “Rambo 2”). Mais que le ré­sul­tat soit moyen ou nul (en tout cas ja­mais très bon), Cage semble tou­jours très im­pli­qué. Sys­té­ma­ti­que­ment dé­chaî­né, hur­lant une fois sur deux ses dia­logues comme si sa vie en dé­pen­dait, il est ex­tra­or­di­nai­re­ment fas­ci­nant. Y com­pris dans “Kill Chain” huis clos mol­le­ment ten­du dans un mo­tel avec un chas­sé croi­sé constant entre des flics, des gang­sters, des tueurs et une femme fa­tale. On ne fait donc pas grand cas de cette in­trigue à base de ven­geances, de

et de tra­hi­sons ab­surdes pour mieux se fo­ca­li­ser sur le ca­bo­ti­nage et les ric­tus de l’ac­teur. Et en se de­man­dant sans cesse à quel mo­ment il va par­tir en vrille. “Kill Chain” vaut sur­tout pour les

Ceux qui, ma­so­chis­te­ment fans, re­gardent ab­so­lu­ment tous les films de Nicolas Cage, pour le meilleur et pour le pire

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.