BREN­DAN BEN­SON

A Na­sh­ville, l’homme des Ra­con­teurs re­noue avec sa car­rière so­lo via un “Dear Life” plai­sam­ment po­wer pop.

Rock & Folk - - Sommaire 635 - Vincent Ha­non

EN CES JOURS DE CONFI­NE­MENT, ils ne sont pas lé­gion à avoir au­tant d’atouts dans leur jeu. Bren­dan Ben­son, lui, a tout. Les chan­sons, le style, et des mômes. Dé­tail non né­gli­geable : per­sonne ne vient l’en­qui­qui­ner pour lui de­man­der un au­to­graphe quand il fait ses courses chez l’épi­cier, seule ac­ti­vi­té qu’il avoue s’au­to­ri­ser sur la pla­nète fin avril 2020. “Dear Life”, sep­tième al­bum où il donne dans la po­wer pop de qua­li­té, est le pre­mier chez Third Man Re­cords, la­bel de Jack White. Une his­toire de fa­mille, puisque le mu­si­cien-com­po­si­teur a aus­si par­ti­ci­pé aux trois al­bums des Ra­con­teurs. Le bran­leur mé­lo­dique du qua­tuor s’y ac­quitte bien de son rôle — c’est d’ailleurs lui qui a com­po­sé le tube “Stea­dy, As She Goes”. Lu­cide en so­lo, il écri­vait dès ses dé­buts qu’il n’était “pas John Len­non”, et pré­cise au­jourd’hui que son “cer­veau est lent” au dé­tour de chan­sons jo­li­ment trous­sées, dans le sillage d’un George Har­ri­son. Cé­lé­bra­tion de la vie en bonne et due forme, l’en­semble s’avale d’une traite : BB ap­pelle ça sa “non-crise de la cin­quan­taine”. Gen­ti­ment stone du­rant le confi­ne­ment, il ar­ti­cule chaque mot, ex­hibe le ban­da­na qui lui sert de masque et s’in­quiète de ce que les Amé­ri­cains aient l’air aban­don­nés à leur sort à l’heure où toute la pla­nète se trouve dans la même pièce ou presque, de Na­sh­ville à Bel­le­ville.

Grâce à la ma­ri­jua­na

ROCK&FOLK : A quand re­montent les chan­sons de ce “Dear Life” très réus­si ? Bren­dan Ben­son : Cinq ou six ans pour la plu­part. Je les avais en­re­gis­trées dans mon an­cien stu­dio, dé­mo­li de­puis. Il a fal­lu que je dé­gage, le bâ­ti­ment al­lait être ra­sé. Na­sh­ville est en plein boom, tout le monde veut y in­ves­tir. Moi qui m’étais poin­té ici pour faire de la mu­sique... Dans mon an­cien chez-moi, je ne pou­vais pas jouer fort à cause de mes en­fants à l’étage, dont un nou­veau-né. J’ai fi­ni par dé­mé­na­ger, et j’ai désormais un stu­dio digne de ce nom. Je n’y ai écrit que quelques chan­sons, “I’m In Love” ou “I Quit”. Une nouvelle tour­née avec The Ra­con­teurs a ren­voyé “Dear Life” aux ca­lendes grecques. Je me suis conso­lé en di­sant que ça n’était pas un pro­blème. Jus­qu’à ce qu’ar­rive ce Co­vid (rires).

R&F : Ecrire vous est fa­cile ? Bren­dan Ben­son : Oui, grâce no­tam­ment à la ma­ri­jua­na, qui m’a ai­dé à com­po­ser. J’avais ten­dance à pas mal pi­co­ler, mais j’ai ar­rê­té il y a six ans.

R&F : Etre père in­flue-t-il sur votre écri­ture ?

Bren­dan Ben­son : Psy­cho­lo­gi­que­ment, oui. Je fais da­van­tage gaffe à ce que je vais lais­ser der­rière moi. Je suis ex­trê­me­ment sin­cère avec ce disque, je m’y ex­prime très sim­ple­ment. Je ne vais pas dire que ça a été ca­thar­tique, mais ça m’a fait du bien. Je plaide cou­pable pour avoir pon­du des pa­roles com­pro­met­tantes par le pas­sé (rires). J’ai­mais tel­le­ment les mé­lo­dies que j’avais par­fois ten­dance à me foutre du reste.

R&F : Mu­si­ca­le­ment, vos en­fants ont-ils dé­teint sur vous ?

Bren­dan Ben­son : Oui, même si je me suis aus­si fait l’ef­fet d’un type qui ne com­prend pas ce que son fils de 7 ans trouve à Jus­tin Bie­ber, au point de lui dire : “Eteins ça, c’est atroce !”... jus­qu’à ce que je baisse la garde et me mette à ap­pré­cier (rires).

R&F : Quels sou­ve­nirs gardez-vous de l’en­re­gis­tre­ment de “The Weird­ness”, l’al­bum qui mar­quait les re­trou­vailles en 2007 des Stooges ?

Bren­dan Ben­son : C’était dé­ment. J’étais en Eu­rope avec The Ra­con­teurs quand mon ma­na­ger m’a ap­pe­lé pour m’an­non­cer qu’Ig­gy vou­lait que je chante sur le disque. J’ai pris l’avion di­rec­tion Chi­ca­go, je ne pou­vais pas lou­per ça ! L’es­pace d’une se­conde, j’avais l’im­pres­sion de faire par­tie de ces pu­tains de Stooges (rires) ! J’ai eu un bol in­croyable, ça reste un mo­ment es­sen­tiel de ma vie.

Pro­blèmes de concen­tra­tion

R&F : A Na­sh­ville, vous avez pro­duit quelques disques, comme ce­lui de Ro­byn Hit­ch­cock...

Bren­dan Ben­son : J’adore ça, d’au­tant que ça me per­met de res­ter chez moi plus souvent. Mais les gens n’em­bauchent pas en ce mo­ment... Soit ils pro­duisent eux-mêmes, soit ils prennent car­ré­ment des poin­tures. Il reste peu de place pour les poids moyens dans mon genre.

020

R&F

JUILLET 2020

R&F : Com­ment avez-vous vé­cu ces jours étranges ?

Bren­dan Ben­son : Dif­fi­ci­le­ment. J’ai fait peu de choses. Je n’écou­tais pas trop de mu­sique, n’en écri­vais pas non plus. Beau­coup, comme moi, étions dans cet état de flot­te­ment... J’ai fait des live sur Ins­ta­gram, j’es­sayais de ré­pondre aux ques­tions du pu­blic. Mais j’ai par­fois des pro­blèmes de concen­tra­tion — l’herbe n’aide pas... Ou peut-être que si, après tout (rires).★

“Faire par­tie de ces pu­tains de Stooges”

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