Une jeu­nesse bri­sée

Secrets d'Histoire - - AU COEUR D’UNE VIE -

Ma­riée et deux fois reine à 16 ans, Ma­rie Stuart se re­trouve à 18 ans veuve, pri­vée de sa cou­ronne fran­çaise, sans ap­pui et vouée à un avenir in­cer­tain. Se­lon la for­mule du poète Mal­herbe, son bon­heur n’a vé­cu que « l’es­pace d’un ma­tin ».

En ce 14 août 1561, Ma­rie Stuart a le coeur lourd, alors qu’elle em­barque à Ca­lais. Des­ti­na­tion de ce voyage qui doit du­rer cinq jours : l’Écosse. Elle vient de dé­ci­der de ren­trer pour re­con­qué­rir son trône. Elle a 19 ans ; elle ne sait rien de ce pays qui l'a pour­tant vue naître et dont elle est la reine.

Pla­cée sous la pro­tec­tion de la France

Lorsque Ma­rie vient au monde à Lin­li­th­gow, dans les en­vi­rons d’Édim­bourg, le 8 décembre 1542, son père, Jacques V, ago­nise dans un châ­teau voi­sin. Le roi d’Écosse n’a que 30 ans mais il est usé par sa charge. Il vient d’être dé­fait à la ba­taille de Sol­way Moss par son oncle, le puis­sant Hen­ri VIII d’An­gle­terre, qui veut im­po­ser l’an­gli­ca­nisme dans tout le royaume. Jacques V a juste le temps d’être in­for­mé de la nais­sance de sa fille avant de rendre son der­nier souffle. Sa veuve, la fran­çaise et ca­tho­lique Ma­rie de Lor­raine, de­vient ré­gente d’Écosse. Des an­nées plus tard, sou­hai­tant contrer la puis­sance an­glaise, elle place sa fille sous la pro­tec­tion de la France. C’est ain­si que, pro­mise au fils aî­né d’Hen­ri II et de Ca­the­rine de Mé­di­cis, Ma­rie Stuart ar­rive à la cour de France en août 1548. Elle a 5 ans et 8 mois.

Un ca­rac­tère doux et gé­né­reux

« Il lui suf­fit de sou­rire pour tour­ner la tête à tous les Fran­çais ! » Même l’Ita­lienne Ca­the­rine de Mé­di­cis se laisse sé­duire par les qua­li­tés de celle qui doit de­ve­nir reine de France un jour. En­fant douée et pré­coce, Ma­rie Stuart sub­jugue son en­tou­rage. Elle chante, danse et joue de la mu­sique. Elle est bonne écuyère et ex­celle dans la chasse au fau­con. Elle s’en­tend bien avec son fu­tur époux, le Dau­phin Fran­çois qui, au contraire d’elle, a une san­té dé­li­cate. Une

Pro­mise au fils aî­né d’Hen­ri II et de Ca­the­rine de Mé­di­cis, Ma­rie ar­rive à la cour de France en août 1548. Elle a 5 ans et 8 mois.

autre chose les op­pose : le goût d'ap­prendre. Elle étu­die avec avi­di­té. Lit­té­ra­ture, his­toire, géo­gra­phie, es­pa­gnol, ita­lien, latin, rien n’est né­gli­gé dans sa for­ma­tion. Son oncle, le car­di­nal Charles de Lor­raine, se charge de lui pro­di­guer une édu­ca­tion ca­tho­lique très or­tho­doxe. En­fin, Ma­rie montre un ca­rac­tère doux, gé­né­reux et fi­dèle, où trans­pa­raissent par­fois une na­ture im­pul­sive et la trop grande fier­té des Stuart. S’ajou­tant à tant de qua­li­tés, sa beau­té se ré­vèle de jour en jour. Elle s'af­firme, ado­les­cente dé­jà, dans tout l’éclat de sa fé­mi­ni­té.

Elle n'est plus rien !

Le 24 avril 1558, Ma­rie Stuart, 15 ans, s'unit à Fran­çois de Valois, 14 ans, lors d’une cé­ré­mo­nie gran­diose dans la ca­thé­drale Notre-Dame de Pa­ris. La fête qui suit est mé­mo­rable et, dans toute la ville, la jeune fille est ac­cla­mée. Elle sur un nuage… Las, en l’es­pace d’un an et de­mi, son avenir qui s’an­non­çait si ra­dieux vire au ciel d’orage. En juillet 1559, Hen­ri II, son pro­tec­teur, meurt des suites d’une bles­sure à l’oeil sur­ve­nue lors d’un tour­noi. Elle de­vient reine de France. Aux cô­tés de son époux, Fran­çois II, elle a à peine le temps de vivre la san­glante conju­ra­tion d’Am­boise : le 17 mars 1560, des fe­nêtres du châ­teau, elle as­siste à l’exé­cu­tion de pro­tes­tants qui, le jour même, ont ten­té d’en­le­ver le roi pour le sous­traire à l’in­fluence des Guise. En juin, elle perd sa mère. En décembre, son époux, at­teint d’un ab­cès à l’oreille, meurt. En France, elle n’est plus rien ! Le dé­part s'im­pose… C’est à tout ce­la qu'elle songe, lors de sa tra­ver­sée de l’été 1561. Elle pense aus­si à sa mère qu’elle a peu connue mais dont elle sait qu’elle s’est bat­tue pour lui pré­ser­ver son trône d'Écosse. Tan­dis qu’elle ac­coste près d’Édim­bourg, sur le ri­vage de son royaume, Ma­rie se jure de por­ter haut le nom des Stuart.

1556 – Ma­rie Stuart, âgée de 13 ans, dé­clame dans la salle des Ca­rya­tides du Louvre (1836), de Gillot Saint-Èvre. De­vant la Cour, la pe­tite fian­cée du fu­tur Fran­çois II pro­nonce une orai­son fu­nèbre en latin de sa com­po­si­tion, sus­ci­tant l'ad­mi­ra­tion de Ca­the­rine de Mé­di­cis.

Le châ­teau de Stir­ling (xvex­vie siècles), ja­dis ré­si­dence des rois d'Écosse. Ma­rie Stuart y fut cou­ron­née le 9 sep­tembre 1543.Por­trait du car­di­nal de Lor­raine (1572), d'El Gre­co.

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