Centre de for­ma­tion Em­po­li

Mo­deste club ita­lien, Em­po­li mise es­sen­tiel­le­ment sur ses jeunes du centre de for­ma­tion pour four­nir en ta­lent l'équipe pre­mière. Mon­tel­la, Di Na­tale et Ru­ga­ni sont no­tam­ment pas­sés par là.

So Foot Club - - SOMMAIRE - PAR VA­LEN­TIN PAULUZZI, À EM­PO­LI. PHO­TOS: GIU­SEPPE CAROTENUTO

Si l'Em­po­li fré­quente ré­gu­liè­re­ment la Se­rie A (mal­gré une relégation en Se­rie B à la fin de cette sai­son 2016-2017), c'est avant tout grâce à son centre de for­ma­tion très per­for­mant qui lui per­met de réa­li­ser de belles plus-va­lues et de pé­ren­ni­ser le cercle ver­tueux. Ne manque plus qu'à mettre fin à la ma­lé­dic­tion des fi­nales…

La route de cam­pagne se fraye un che­min au mi­lieu des vignes et des oli­viers et il faut par­fois pa­tien­ter der­rière un trac­teur par­ti re­joindre ses champs. C’est l’oc­ca­sion de pro­fi­ter du dé­cor de la splen­dide Tos­cane, puis­qu’on croi­rait presque prendre le che­min d’un gîte ru­ral, mais les pro­jec­teurs sont là pour rap­pe­ler la na­ture de l’éta­blis­se­ment per­ché au som­met d’une pe­tite col­line. L’en­vi­ron­ne­ment est pai­sible, dé­ten­du, na­ture, on per­çoit de suite que l’es­prit de fa­mille n’est pas un terme gal­vau­dé au centre d’en­traî­ne­ment de Mon­te­bo­ro, à quelques en­ca­blures d’Em­po­li. “J’ha­bite à un ki­lo­mètre d’ici, j’y passe qua­si­ment tout mon temps libre. Le sa­me­di et le di­manche, je viens voir jouer nos

jeunes”, an­nonce Fa­bri­zio Cor­si. Pré­sident du club de­puis 1991, il mène cette po­li­tique sans y dé­ro­ger d’un io­ta: “Il y avait dé­jà une cer­taine tra­di­tion, l’Em­po­li a tou­jours été un club qui s’est au­to­fi­nan­cé, car c’est tout sim­ple­ment le seul moyen de per­du­rer au haut ni­veau. Je n’ai fait que la dé­ve­lop­per en ou­vrant ce centre, et en­core, il n’est pas fi­ni, on doit construire un ou deux ter­rains

sup­plé­men­taires.” Ce qui per­met­trait d’ac­cueillir en­fin l’in­té­gra­li­té des équipes. Pa­ra­doxe, mais pas tant que ça, le centre de for­ma­tion pos­sède sa mai­son, tan­dis que les pros s’en­traînent au stade Car­loCas­tel­la­ni en ville. Le confort, c’est avant tout pour les jeunes pousses, c’est aus­si de cette fa­çon que l’Em­po­li a cons­truit sa ré­pu­ta­tion. “Avant, les ga­mins qui ve­naient de loin étaient hé­ber­gés chez des veuves qui avaient une ou deux chambres à cou­cher, main­te­nant, ils sont tous re­grou­pés ici”, pour­suit le boss. Un bâ­ti­ment à deux étages avec vue sur les ter­rains où les étran­gers et non-tos­cans mangent et dorment. C’est Ed­win et Flo­re­ci­ta, un couple phi­lip­pin, qui leur font office de pa­pa et ma­man: “Ils ont le droit de sor­tir en ville quatre fois par se­maine pour avoir une vie so­ciale, mais il faut qu’ils soient ren­trés avant dî­ner”,

pré­cise le cuis­tot mous­ta­chu. Il y a pire comme cadre de vie.

Ba­lades sur le lit­to­ral

Par­mi les dix-neuf pen­sion­naires, pas mal de Na­po­li­tains, cibles pri­vi­lé­giées de l’Em­po­li de­puis des dé­cen­nies. An­cien joueur du club re­con­ver­ti en­traî­neur

“Je trouve ça étrange que le Na­po­li ne soigne pas sa for­ma­tion, car il a un bas­sin énorme à dis­po­si­tion. Mais ça ne s'ap­prend pas du jour au len­de­main.” An­to­nio Bus­cè, en­trai­neur des U15

des U15, An­to­nio Bus­cè élu­cide cette par­ti­cu­la­ri­té avant d’ava­ler les 400 bornes au vo­lant de son mi­ni­bus pour re­joindre Por­de­none où il a

un tour­noi le len­de­main: “Il y a cette af­fi­lia­tion avec l’école de foot de Cas­tel­lo di Cis­ter­na, c’est de là-bas que sont ve­nus Di Na­tale et Mon­tel­la. Je suis moi-même na­po­li­tain, et je trouve ça étrange que le Na­po­li ne soigne pas sa for­ma­tion, car il a un bas­sin énorme à dis­po­si­tion. Mais ça ne s’ap­prend pas du jour au len­de­main. Alors on en pro­fite, et tant mieux parce que le Na­po­li­tain apporte une touche de ma­lice, il fait par­tie de ces joueurs ap­pre­nant en­core le foot­ball dans la rue et qui sont donc tech­ni­que­ment plus à l’aise.” Un as­pect qui ca­rac­té­rise énor­mé­ment le pro­to­type de l’Em­po­li, comme le dé­ve­loppe Mar­co Ber­tel­li, di­rec­teur du “Set­tore Gio­va­nile”: “On a tou­jours été une équipe pro­dui­sant du jeu. On cherche d’abord la tech­nique plu­tôt que le phy­sique, les joueurs bons en un contre un et sa­chant prendre les bonnes dé­ci­sions, ce qui tend à se ra­ré­fier.” Pour les dé­ni­cher, vingt bon­hommes sillonnent la Tos­cane avec une pré­fé­rence pour le lit­to­ral afin de ne pas trop se mar­cher sur les pieds avec la Fio­ren­ti­na: “On a in­ves­ti dans les clubs af­fi­liés pour ac­croître le sens d’ap­par­te­nance dès le plus jeune âge, ce­la per­met de ri­va­li­ser avec les top clubs. On nous com­pare sou­vent à l’Ata­lan­ta, mais elle re­pré­sente une ville et une zone géo­gra­phique d’un

mil­lion de per­sonnes, alors qu’Em­po­li, c’est 45 000 ha­bi­tants.” Dans l’op­tique de ren­for­cer cette co­hé­sion, les joueurs de l’ef­fec­tif pro sont ame­nés à s’in­té­res­ser à

leurs suc­ces­seurs. “Le mec de 30 ans doit com­prendre où il tra­vaille et sa­voir don­ner un coup de main aux plus jeunes. C’est ce que j’avais fait avec Sa­po­na­ra dont le pa­pa était ve­nu me re­mer­cier en per­sonne pour les conseils que je don­nais à son fis­ton”,

ré­vèle Bus­cè, qui en­chaîne: “Après, cer­tains y tiennent moins, mais pour moi, c’est fon­da­men­tal de com­prendre com­ment ces ga­mins gran­dissent et ar­rivent en équipe une. Et puis ici, on forme des bons joueurs, mais aus­si des bons en­traî­neurs.” Double preuve: Alessandro Bi­rin­del­li, onze ans de boîte à la Juve, est re­ve­nu là où tout avait com­men­cé et a pris le com­man­de­ment des U17. Quant au coach de la Pri­ma­ve­ra, Alessandro Dal Can­to, il est ar­ri­vé di­rec­te­ment des U17 ita­liens.

Rien à ca­cher

Comme en pleine sai­son des ven­danges, les ca­mion­nettes en­chaînent les al­lers­re­tours et dé­posent les ga­mins qui sortent du col­lège et du ly­cée. Cer­tains pa­rents les ac­com­pagnent eux-mêmes et s’ins­tallent en bord de ter­rain. Tout est ou­vert au pu­blic, il n’y a rien à ca­cher, pas même la mé­tho­do­lo­gie d’en­traî­ne­ment: “On mise beau­coup sur le men­tal, les coachs in­duisent les so­lu­tions et ne sont pas les pro­ta­go­nistes ab­so­lus, ex­plique Ber­tel­li. On en­seigne à nos joueurs à prendre des ini­tia­tives à tra­vers un che­mi­ne­ment di­dac­tique qui les met en condi­tion de ré­soudre seuls un pro­blème. Ils doivent le faire eux. L’en­traî­neur fait faire

“L'en­traî­neur ne traite pas ses élèves comme des sol­dats. Le foot est un sport de si­tua­tions et il ne faut pas se re­trou­ver le di­manche face à des si­tua­tions qu'on ne maî­trise pas.” Mar­co Ber­tel­li, di­rec­teur du “Set­tore Gio­va­nile”

“Je ne crois pas à la mal­chance, il manque for­cé­ment un pe­tit truc pour perdre au­tant de fois en fi­nale.” Mar­co Ber­tel­li

un exer­cice, mais il ne traite pas ses élèves comme des sol­dats. Le foot est un sport de si­tua­tions et il ne faut pas se re­trou­ver le di­manche face à des si­tua­tions qu’on ne maî­trise pas.” Ar­ri­vé di­rec­te­ment du foot­ball ama­teur en 2014, il prend im­mé­dia­te­ment deux ini­tia­tives im­por­tantes. La pre­mière

concerne les ef­fec­tifs: “Je me suis sé­pa­ré de 10 à 15 joueurs par ca­té­go­rie afin de ga­gner en qua­li­té. Dès les U11, il n’y a qu’une équipe. Et puis ça évite le trau­ma­tisme de l’ex­clu­sion. Pour­quoi faire en­tre­prendre un cer­tain par­cours à un jeune sa­chant très bien qu’il n’ar­ri­ve­ra pas en Pri­ma­ve­ra (les U19, ndlr)? Ça épargne les sa­cri­fices in­utiles.”

Le se­cond vise le temps de jeu: “J’ai ra­jou­té un en­traî­ne­ment heb­do­ma­daire et je dis bien aux pa­rents de lais­ser leurs ga­mins jouer avec leurs potes dans la cour de l’im­meuble, même avec les plus grands.” Si le joueur de l’Em­po­li a du bal­lon et sent le jeu, il pêche un peu phy­si­que­ment: “C’est

quelque chose qu’on doit amé­lio­rer, on ren­contre des dif­fi­cul­tés de ce point de vue à par­tir des U16, car on a trop pen­sé au ta­lent et non à la struc­ture, il faut un bon mé­lange des deux”, ad­met Ber­tel­li.

Ma­lé­dic­tion, relégation et pro­chain pro­dige

Ce­la n’em­pêche pas d’ob­te­nir d’ex­cel­lents ré­sul­tats même si les épi­logues sont dou­lou­reux. Les U19 n’ont plus rem­por­té de tro­phée de­puis 2000, c’était le pres­ti­gieux Tour­noi de Via­reg­gio. De­puis, ils ont per­du quatre fi­nales, en 2004, 2008, 2010 et cette an­née. Leur der­nier titre de cham­pion re­monte à 1999 avec une fi­nale en 2010. Les U15 se sont éga­le­ment in­cli­nés à ce stade de la com­pé­ti­tion en 2008 et 2009, tan­dis que les U17 font bien pire avec des fi­nales per­dues en 2008, 2011, 2012, 2013 et 2015. Une vé­ri­table ma­lé­dic­tion, comme le re­con­naît Ber­tel­li: “La vic­toire

est im­por­tante, je n’aime pas ceux qui disent le contraire, mais on doit y par­ve­nir d’une cer­taine fa­çon, pas en étant des bour­rins ou parce qu’on a les joueurs les plus cos­tauds. Main­te­nant, je ne crois pas à la mal­chance, il manque for­cé­ment un pe­tit truc pour perdre au­tant de fois en fi­nale.” Ef­fec­ti­ve­ment, la qua­li­té du tra­vail ne peut être re­mise en ques­tion, d’ailleurs, l’in­at­ten­due relégation de l’équipe une en

Se­rie B a même un cô­té po­si­tif: “Je ne di­rais pas qu’on la di­gère plus fa­ci­le­ment, mais on va pou­voir se re­con­cen­trer sur la for­ma­tion dont nos pros dé­pendent clai­re­ment. Il y au­ra huit joueurs du centre dans l’ef­fec­tif, ça couvre pas mal de postes. Par exemple, on au­ra un joueur né en 1996 et un autre en 1998 de­vant, et je ne re­cru­te­rai per­sonne d’autre en at­taque afin de pou­voir les faire pro­gres­ser”, ra­conte le pré­sident Cor­si, pas fan des com­pli­ments. “Inu­tile de se re­gar­der dans le mi­roir et se dire qu’on est les meilleurs dans ce qu’on fait, on doit sans cesse s’amé­lio­rer. Il y a du pain . sur la planche”, conclut-il. Et deux der­niers ter­rains à réa­li­ser grâce aux re­ve­nus de la vente du pro­chain pro­dige.

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