L'épo­pée: FC Bar­ce­lone 1992

Avant 1992, le Bar­ça pen­sait être mau­dit en Ligue des cham­pions. Mais les Blau­gra­na en­traî­nés par Johan Cruyff vont rompre le mau­vais sort.

So Foot Club - - SOMMAIRE - PAR AN­TOINE DONNARIEIX. PHO­TOS: PANORAMIC / DR

L'his­toire d'amour entre la C1 et le FC Bar­ce­lone au­rait pu par­fai­te­ment com­men­cer. De fait, en 1961, les Bar­ce­lo­nais éli­minent le Real Ma­drid au pre­mier tour, alors que les Ma­dri­lènes ve­naient de rem­por­ter les cinq pre­mières édi­tions de la com­pé­ti­tion et n'avaient ja­mais été éli­mi­nés. Mal­gré cet ex­ploit, et alors que le titre leur sem­blait pro­mis, les Blau­gra­na s'in­clinent en fi­nale face au Ben­fi­ca. Il leur fau­dra at­tendre 25 ans pour se re­trou­ver en fi­nale. Mais à nou­veau, ils s'in­clinent, cette fois- ci aux tirs au but face à un nou­vel out­si­der, le Steaua Bu­ca­rest. Deux ter­ribles épreuves qui font pas­ser l'ins­ti­tu­tion ca­ta­lane pour une pois­sarde. C'est pour­tant au cré­pus­cule de cette sai­son 1985-1986 que le Bar­ça va po­ser la pre­mière pierre de la réus­site du club dans la reine des com­pé­ti­tions eu­ro­péennes. Cette pierre, c'est l'ar­ri­vée au

club du gar­dien An­do­ni Zu­bi­zar­re­ta, qui,

coïn­ci­dence, est né en 1961. “Au mo­ment où j’ar­rive, il est clair que cette dé­faite face au Steaua était en­core dans les têtes de tout le monde, se sou­vient l'ac­tuel di­rec­teur spor­tif de l'OM. À ce ni­veau-là, c’était com­pli­qué d’al­ler de l’avant.” En­li­sé dans une cer­taine si­nis­trose, le Bar­ça va trou­ver un nou­veau souffle grâce à l'ar­ri­vée du fils pro­digue.

Kai­sers­lau­tern, l’en­fer puis la lu­mière Ba­ke­ro

Ins­tal­lé à la tête du Bar­ça dès le dé­but de sai­son 1988-1989, Johan Cruyff suc­cède à Luis Ara­go­nés. Les at­tentes pla­cées en lui sont énormes, étant don­né le vi­rage phi­lo­so­phique don­né par l'homme au Bar­ça en tant que joueur. Zu­bi­zar­re­ta ap­porte pour­tant un cer­tain contraste. “Les pre­mières sai­sons ne furent pas simples. Nous avions rem­por­té la C2 contre la Samp­do­ria

(2-0 en 1989, ndlr), mais la Li­ga était plus dif­fi­cile à ga­gner. Seule la pre­mière place de la Li­ga pou­vait nous don­ner l’am­bi­tion de rem­por­ter la Coupe d’Eu­rope des clubs cham­pions.” Clope au bec sur le banc ou aux en­traî­ne­ments, Cruyff se tri­ture les mé­ninges pour par­ve­nir à la sym­biose par­faite. Il la trouve à l'aube de la sai­son 1991-1992, après avoir conquis son pre­mier cham­pion­nat d'Es­pagne. “Nous étions un bon groupe is­su du nord du pays: Txi­ki, Zu­bi, Ba­ke­ro, Ló­pez Re­karte, ex­plique Jon An­do­ni Goi­koetxea, ai­lier de poche re­cru­té en 1990 par Cruyff. Ajou­té à ce­la, nous avions des joueurs étran­gers qui étaient aus­si des per­sonnes très hu­maines. Stoi­ch­kov, Koe­man, Lau­drup… C’était un groupe sou­dé grâce au grand tra­vail de Johan Cruyff.” Un groupe qui s'ap­prête à pas­ser par toutes les épreuves.

Vain­queur du Han­sa Ro­stock au pre­mier tour ( 3-0, 0-1), le Bar­ça se col­tine en­suite le voi­sin de Kai­sers­lau­tern. Le match al­ler se passe au mieux, puisque les Ca­ta­lans s'im­posent 2-0 grâce à deux buts de Be­gi­ristáin. L'af­faire semble bien em­bar­quée, mais au re­tour, le Més

que va com­plè­te­ment flan­cher. De­mir Ho­tić ins­crit un dou­blé qui per­met à Kai­sers­lau­tern de re­ve­nir à 2-2 sur l'en­semble des deux matchs. Jus­qu'à la frappe croi­sée de Bjarne Goldbæk pour le 3-0. À quinze mi­nutes du terme de la ren­contre, le Bar­ça se trouve vir­tuel­le­ment éli­mi­né. “On pen­sait pou­voir mar­quer d’un ex­ploit in­di­vi­duel, d’une frappe ou d’un coup franc di­rect avec Koe­man ou Stoi­ch­kov, se

re­mé­more Zu­bi­zar­re­ta. Mais leur dé­fense cen­trale était tel­le­ment grande en taille qu’on n’ima­gi­nait pas du tout mar­quer un but de la tête!” C'est pour­tant ce scé­na­rio qui s'écrit: sur une passe longue de Koe­man à la der­nière mi­nute, Jo­sé María Ba­ke­ro place une tête im­pa­rable qui se dé­pose dans le pe­tit fi­let op­po­sé. Le Bar­ça sort du bour­bier al­le­mand et pour­suit sa marche vers la gloire. “Le but de Jo­sé María éteint tout le

stade, ex­plique Goi­koetxea. C’est ce qui nous donne une force énorme pour la suite de la com­pé­ti­tion.” La poule est en­suite pas­sée haut la main contre le Spar­ta Prague, Ben­fi­ca et le Dy­na­mo Kiev. En bon lea­der, le Bar­ça ob­tient son ti­cket pour la fi­nale à Wem­bley. L'heure de vé­ri­té.

Pres­sion olym­pique, stress et Koe­man

Consi­dé­ré à juste titre comme fa­vo­ri face à la Samp­do­ria, le Bar­ça s'ap­prête donc à dis­pu­ter sa troi­sième fi­nale de C1. “Cruyff vou­lait sur­tout don­ner de la nor­ma­li­té à ce match, il fal­lait en­le­ver de la ten­sion,

confie Zu­bi­zar­re­ta. Il nous avait rap­pe­lé le pour­quoi de notre pré­sence dans cette fi­nale: notre qua­li­té et notre conti­nui­té de jeu. Pour le reste, il ne chan­geait rien à sa mé­thode.” En réa­li­té, une vic­toire du Bar­ça dans cette fi­nale pour­rait lan­cer de la meilleure fa­çon pos­sible l'été spor­tif pré­vu dans la ci­té de Gaudí, or­ga­ni­sa­trice des JO d'été. Mais en face, les deux pointes of­fen­sives Ro­ber­to Man­ci­ni et Gian­lu­ca Vial­li sont dan­ge­reuses en per­ma­nence. Dans ses cages, Gian­lu­ca Pa­gliu­ca mul­ti­plie les ar­rêts de grande classe, puis se voit même sau­vé par son po­teau droit sur un tir de Stoi­ch­kov. Plus en place, le Bar­ça do­mine

les dé­bats grâce au pré­cieux tra­vail de son jeune mi­lieu de ter­rain, Pep Guar­dio­la.

“Guar­dio­la était la grande ré­vé­la­tion de cette sai­son, ex­plique Goi­koetxea. Quand il est en­tré dans le groupe à la de­mande de Cruyff, nous avons tout de suite per­çu sa grande per­son­na­li­té, son style de jeu fait pour ce Bar­ça. Il est peu à peu de­ve­nu un élé­ment es­sen­tiel de notre équipe, un lien permanent entre la dé­fense et l’at­taque.”

Pour au­tant, la nais­sance du pro­dige ne suf­fit pas à vaincre la va­leu­reuse Samp. Em­bar­qué en pro­lon­ga­tion, le match se rap­proche de plus en plus des tirs au but quand Eu­se­bio Sa­cristán par­vient à ob­te­nir un coup franc à l'en­trée de la sur­face. Ni une ni deux, Ro­nald Koe­man se charge de pla­cer le bal­lon pour en­voyer une puis­sante frappe dans le but ad­verse. “Sur le coup, je

res­sens une joie in­des­crip­tible, rem­bo­bine Goi­koetxea, en­tré en jeu en cours de

match. J’avais confiance en Koe­man sur ce coup franc, parce qu’il avait l’ha­bi­tude de ce type de frappe. Quand on marque, c’est une énorme li­bé­ra­tion. Toute la ner­vo­si­té res­sort.” Ce but per­met au Bar­ça d'ins­crire en­fin

son nom par­mi les vain­queurs de la C1. “En An­gle­terre, nous avons cé­lé­bré ce titre, mais le plus fort était au re­tour à Bar­ce­lone, conclut

Goi­koetxea. Dans la rue, on voyait des vieux mes­sieurs qui nous ap­plau­dis­saient, c’était la pre­mière fois qu’ils connais­saient cette vic­toire. Voir cette joie com­mune et te dire que c’est grâce à ton équipe, ce­la te rend heu­reux.”

der­nière.. Ou­blié 1961 et 1985. 1992 marque l'ar­ri­vée du Bar­ça sur le toit de l'Eu­rope. Pour la pre­mière fois. Mais pas la

“Dans la rue, on voyait des vieux mes­sieurs qui nous ap­plau­dis­saient, c’était la pre­mière fois qu’ils connais­saient cette vic­toire.” Jon An­do­ni Goi­koetxea

Jon An­do­ni Goi­koetxea et Pep Guar­dio­la.

Mi­chael Lau­drup

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