In­fil­tré.

So Foot - - SOMMAIRE - TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AN­TOINE VÉDEILHÉ, À TAICANG (CHINE) / PHOTOS: AV

L’OL s’est lan­cé à la conquête de la Chine en créant no­tam­ment une équipe eSport ins­crite dans le championnat pro­fes­sion­nel lo­cal de Fi­fa. On est al­lés à leur ren­contre.

De­puis que des Chi­nois sont en­trés au ca­pi­tal de l’Olym­pique Lyon­nais, le club de Jean-Mi­chel Au­las s’est lan­cé à la conquête de l’em­pire du Mi­lieu en créant no­tam­ment une équipe eSport ins­crite dans le championnat pro­fes­sion­nel lo­cal de Fi­fa. On était à l’ou­ver­ture de la sai­son. Mau­ro Icar­di n’en fi­nit plus de plan­ter. Sur un bal­lon en pro­fon­deur glis­sé par Na­bil Fe­kir, l’at­ta­quant contrôle, pi­vote, et marque à l’aide du po­teau. L’Ar­gen­tin cé­lèbre l’ou­ver­ture du score avec Cris­tia­no Ro­nal­do. L’Olym­pique Lyon­nais tient jus­qu’au bout grâce à un im­mense Ma­nuel Neuer et l’em­porte 1 à 0, pre­nant du même coup le bon wa­gon en tête du championnat. L’équipe est al­lé­chante mais, mal­heu­reu­se­ment pour Jean-Mi­chel Au­las, la ren­contre n’a pas lieu au Parc OL un sa­me­di soir de ligue 1 mais au vil­lage eSport de Taicang, pe­tite ville laide et aus­tère de la grande ban­lieue de Shan­ghai. “Il ne faut pas se men­tir, si on jouait avec l’ef­fec­tif réel de l’OL, on n’au­rait au­cune

chance dans ce championnat”, souffle en cou­lisse Zhang Meng­meng, re­pré­sen­tant de l’Olym­pique Lyon­nais en Chine. Pre­mier club eu­ro­péen à avoir mon­té une équipe d’eSport dans l’em­pire du Mi­lieu, le sep­tuple cham­pion de France par­ti­cipe à son deuxième championnat par­mi le gra­tin des clubs élec­tro­niques chi­nois. “Chaque sai­son com­prend deux cham­pion­nats, re­si­tue Zhang

Meng­meng. Et on re­com­pose les équipes avant chaque

tour­noi sur le prin­cipe d’une draft NBA.” L’OL, sep­tième sur douze équipes en­ga­gées lors de la pre­mière par­tie de la Fi­fa Star League (FSL) peut ain­si ali­gner un onze où se cô­toient Ser­gio Ra­mos, Ben­ja­min Men­dy, CR7, ou en­core Alexis San­chez. “Bon, on a quand même pris Na­bil Fe­kir parce que c’est une vo­lon­té de notre part d’avoir

un vrai joueur de l’OL dans notre équipe”, jus­ti­fie Zhang Meng­meng, le Bru­no Ge­ne­sio de l’ava­tar des Gones.

“Mon joueur pré­fé­ré, c’est ‘Fa­ria­no’”

En Chine, Lyon est ve­nu pour­suivre sa stra­té­gie d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion et tente de se faire un nom sur le plus grand mar­ché de la pla­nète. Pour y par­ve­nir, tous les moyens sont bons, et après avoir mis en place des par­te­na­riats avec des clubs ama­teurs lo­caux, l’OL pour­rait te­nir le bon fi­lon en s’im­plan­tant du­ra­ble­ment sur la scène eSport chi­noise. Le pays compte 170 mil­lions de joueurs ré­gu­liers, et l’an der­nier, la pra­tique a gé­né­ré près de 7 mil­liards d’eu­ros de re­cettes. “On est ici

pour ga­gner en vi­si­bi­li­té, c’est clair, ac­quiesce Zhang Meng­meng. Les ama­teurs du jeu Fi­fa sont des ama­teurs de foot. À terme, on ai­me­rait bien voir des Chi­nois avec le maillot de l’OL.” En at­ten­dant, l’Olym­pique Lyon­nais a mi­sé sur six jeunes âgés de 23 à 27 ans. Des nerds pas­sion­nés de foot, mais qui de­viennent plus hé­si­tants au mo­ment d’évo­quer le club dont ils portent le maillot. “Je connais l’OL de­puis qu’ils ont bat­tu ré­gu­liè­re­ment le Real Ma­drid en ligue des cham­pions dans les an­nées 2000, fan­fa­ronne Fing Rui, doyen et ca­pi­taine de l’équipe. J’ai­mais beau­coup

“Il ne faut pas se men­tir, si on jouait avec l’ef­fec­tif réel de l’OL, on n’au­rait au­cune chance dans ce championnat” Zhang Meng­meng, re­pré­sen­tant de l’OL en Chine

La­ca­zette, mais aujourd’hui, mon joueur pré­fé­ré, c’est

Fa­ria­no.” Fa­ria­no? “Euh Ma­ria­no!” bre­douille le joueur ori­gi­naire du Grand Nord chi­nois en vé­ri­fiant le nom de son at­ta­quant ve­dette sur Bai­du, le Google lo­cal.

“La connais­sance de l’OL et de son his­toire n’était pas

un cri­tère de re­cru­te­ment, ex­cuse Zhang Meng­meng, qui, après six ans pas­sés à Lyon, reste en contact di­rect

avec Jean-Mi­chel Au­las. Nous les avons choi­sis avant tout parce que ce sont d’ex­cel­lents joueurs d’eSport.”

Tous pro­fes­sion­nels, les joueurs de la team OL gagnent entre 500 et 650 eu­ros par mois. Leur sa­laire, tout comme leur contrat de tra­vail, est gé­ré par une société tiers man­da­tée par IDG, le fonds d’in­ves­tis­se­ment chi­nois qui dé­tient 20 % du ca­pi­tal de l’OL de­puis un peu plus d’un an. Épar­pillés dans les dif­fé­rentes pro­vinces chi­noises, ils mouillent leur tee-shirt en acry­lique en ré­seau, entre cinq et dix heures par jour, et se re­trouvent pour les com­pé­ti­tions.

Buf­fon au Stade Bres­tois

Les ren­contres, dif­fu­sées en di­rect sur dix sites in­ter­net chi­nois et sur une chaîne de té­lé­vi­sion de Can­ton, n’at­tirent au­cun spec­ta­teur pen­dant les tours pré­li­mi­naires, mais l’am­biance est mal­gré tout as­su­rée par des ani­ma­trices fai­sant of­fice de pom-pom girls. Sur la scène éclai­rée par des spots bleu élec­trique, Sun Jian­feng s’agace sur sa ma­nette. Les yeux écra­sés sur son écran, il ne par­vient pas à per­cer le ri­deau dé­fen­sif de New­bee, qui joue avec… le Stade Bres­tois. “Oui, on sait

que cette équipe est nulle, tacle Ding Li­jun, rem­pla­çant dans l’équipe des New­bee. Mais sur leur lo­go, il y a écrit ‘SB’, et en chi­nois, ça se pro­nonce ‘sha­bi’, ce qui veut dire

‘gros idiot’. Ça nous a fait mar­rer.” Stres­sé, Sun Jian­feng par­vient fi­na­le­ment à trom­per par deux fois la vi­gi­lance de Gian­lui­gi Buf­fon, qui garde les buts des New­bee bres­tois, et en­voie les Lyon­nais en play-offs. À l’is­sue de la ren­contre, Fing Rui, en bon ca­pi­taine, s’ins­talle dans le ca­na­pé en cuir de la zone mixte et ex­hibe fiè­re­ment un tee-shirt blanc qu’il porte très près du corps. Im­pri­mée sur le tis­su, une im­mense photo où on le voit ser­rant la main de Fe­kir, cha­cun une ma­nette de jeu vi­déo dans sa main

libre. “C’était en juillet der­nier, quand l’OL a fait sa tour­née asia­tique, rem­bo­bine-t-il

fiè­re­ment. C’est ma cou­sine qui m’a of­fert ce tee-shirt et c’est de­ve­nu mon por­te­bon­heur.” Le match a-t-il eu un vain­queur? “C’est Fe­kir qui a ga­gné, 5-4, ré­pond du tac au tac le ca­pi­taine chi­nois. Il jouait avec Lyon, moi avec la Chine. Il n’est vrai­ment pas mau­vais.” Na­bil Fe­kir, un ar­tiste de la con­sole? “Bon OK, je l’ai lais­sé ga­gner, fi­nit par avouer Fing Rui. Il se dé­brouille très bien, mais si j’avais joué sé­rieu­se­ment, je l’au­rais bat­tu 5-0. Et en­core, je suis mo­deste.” Comme son pa­tron.

“Un M5 s’il vous plaît !”

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