Me­tin Oktay.

So Foot - - SOMMAIRE - Par Tho­mas Le­comte, à Is­tan­bul / Pho­tos: DR

Meilleur bu­teur de l’his­toire de Ga­la­ta­sa­ray et idole des sup­por­ters dans les an­nées soixante, l’at­ta­quant à la gueule d’ac­teur a eu droit à un bio­pic de son vi­vant. Dom­mage que le film soit sor­ti si tôt, l’après­car­rière aus­si au­rait mé­ri­té d’être fixée sur la pel­li­cule. Le sy­nop­sis? Des ba­garres de rue et des cuites au ra­ki…

“Ins­cris le mon­tant que tu veux sur ce chèque et re­joins-nous à Fe­ner­bah­çe” Le pré­sident du Fe­ner, Müslüm Bag­ci­lar, à Me­tin Oktay

Des buts à la pelle, une gueule d’ac­teur et une loyau­té sans faille: Me­tin Oktay était l’idole des sup­por­ters de Ga­la­ta­sa­ray dans les an­nées soixante. Sur­nom­mé “le Roi sans cou­ronne”, il reste au­jourd’hui le meilleur bu­teur du club le plus ti­tré de Tur­quie et sa fi­gure la plus lé­gen­daire. Une re­con­nais­sance qui ne l’a pas em­pê­ché d’en­ta­mer, après la fin de sa car­rière, une longue des­cente aux en­fers, entre ba­garres de rue et cuites au ra­ki…

Un mo­ment de flot­te­ment tra­verse le stade Mi­that­pa­sa, à Is­tan­bul. Po­sée sur les bords du Bos­phore, l’en­ceinte ou­verte aux quatre vents ac­cueille, en ce prin­temps de l’an­née 1959, la fi­nale al­ler du tout pre­mier cham­pion­nat de Tur­quie. Sans sur­prise, Ga­la­ta­sa­ray af­fronte son grand ri­val de la rive asia­tique, Fe­ner­bah­çe, dans une am­biance sur­vol­tée. Le score est tou­jours de zé­ro à zé­ro lorsque, à la 37e mi­nute, Me­tin Oktay, l’avant-centre de Ga­la­ta­sa­ray, re­çoit un centre à l’en­trée de la sur­face et arme une re­prise de vo­lée. La suite, c’est Can­de­mir Berkman, l’un de ses ex-co­équi­piers, qui la ra­conte: “Sur le mo­ment, per­sonne sur le ter­rain n’a com­pris ce qu’il ve­nait exac­te­ment de se pas­ser. J’ai juste vu le bal­lon at­ter­rir dans une fosse der­rière les cages. Et puis, un joueur de notre équipe a re­mar­qué que les fi­lets du Fe­ner

étaient dé­chi­rés au ni­veau de la lu­carne droite. Un trou cau­sé par le tir de Me­tin! Nous nous sommes tous pré­ci­pi­tés vers l’ar­bitre qui a fi­ni

par va­li­der le but…” Une frappe lé­gen­daire qui ne suf­fi­ra pas à Ga­la­ta­sa­ray pour dé­cro­cher son pre­mier titre national: Fe­ner­bah­çe rem­porte le cham­pion­nat à l’is­sue de cette double confron­ta­tion. Avec onze réa­li­sa­tions au comp­teur cette sai­son, Me­tin Oktay est tout de même sa­cré Gol kra­li, lit­té­ra­le­ment “roi des bu­teurs”. Les sup­por­ters de Ga­la­ta­sa­ray ont trou­vé leur pre­mier sou­ve­rain.

Che­vro­let, di­vorce et mon­da­ni­tés

Quatre ans plus tôt, Oktay n’évo­lue en­core que pour la mo­deste équipe de sa ville na­tale, Iz­mir, où, neu­vième en­fant et pre­mier gar­çon de la fra­trie, le fu­tur roi a gran­di au sein d’une fa­mille pauvre. L’an­née pré­cé­dente, en 1954, il manque de re­joindre les rangs de Be­sik­tas, son club de coeur, mais le trans­fert ca­pote: l’at­ta­quant est ju­gé trop frêle par les di­ri­geants des Aigles Noirs. Né en 1936, Me­tin Oktay

a 19 ans lors­qu’il croise fi­na­le­ment la route de Gündüz Ki­liç, le di­rec­teur tech­nique de Ga­la­ta­sa­ray, lors d’un match de cham­pion­nat lo­cal. Il ne faut qu’un quart d’heure à ce­lui que tout le monde ap­pelle “Ba­ba” –“Père”– pour se rendre compte du po­ten­tiel du jeune bu­teur. Cette fois, l’af­faire est vite pliée. Au mo­ment de né­go­cier le prix de son trans­fert, Me­tin Oktay, un peu in­ti­mi­dé, ne de­mande qu’une chose: une voi­ture pou­vant ser­vir de taxi afin d’as­su­rer une source de re­ve­nus à sa fa­mille, sa mère étant alors femme au foyer et son père ou­vrier à l’usine. Une brou­tille pour les di­ri­geants du Cim­bom, qui lui offrent une Che­vro­let en échange d’un contrat de cinq ans. Dès sa pre­mière sai­son, Me­tin Oktay ter­mine meilleur bu­teur du cham­pion­nat d’Is­tan­bul. Deux ans plus tard, Fe­ner­bah­çe es­saye à son tour de re­cru­ter la nou­velle co­que­luche turque. Au cours d’un dî­ner, Me­tin Oktay est ap­pro­ché par le pré­sident du club, Müslüm Bag­ci­lar. L’homme sort de sa veste un chèque dé­jà si­gné. “Ins­cris le mon­tant que tu veux et re­joins Fe­ner­bah­çe”, pré­cise-t-il à Me­tin. Du tac au tac, le jeune joueur lui ré­pond cette phrase, dé­sor­mais culte: “Cher ami, ne tra­his­sons pas ceux qui nous aiment.”

Avec la no­to­rié­té viennent aus­si les mon­da­ni­tés. “Nous n’avions pas du tout le même mode de vie, se re­mé­more Can­de­mir Berkman. Quand Me­tin est ar­ri­vé à Is­tan­bul, il a un peu dé­cou­vert le monde. Il sor­tait beau­coup et dé­pen­sait sans comp­ter.”

Le pe­tit gars d’Iz­mir aime la fer­veur des nuits stam­bou­liotes. Son phy­sique de brun té­né­breux laisse peu de femmes in­dif­fé­rentes. La seule à ne pas ap­pré­cier ce chan­ge­ment de sta­tut, c’est Oya Sa­ri, sa pre­mière épouse, is­sue d’une fa­mille de no­tables d’Iz­mir. En 1960, après cinq longues an­nées pas­sées à Is­tan­bul, la jeune femme im­plore son ma­ri de re­tour­ner jouer pour son an­cien club. Re­fus ca­té­go­rique de l’in­té­res­sé, qui pré­fère en­core de­man­der le di­vorce. “Ga­la­ta­sa­ray est plus fi­dèle que toi”, lâche-t-il à son ex-femme en guise d’adieu.

Qua­rante-cinq jours de mi­tard

La même an­née, la Tur­quie est se­couée par un coup d’État fo­men­té par l’ar­mée. Une mau­vaise nou­velle pour Me­tin Oktay, à qui les au­to­ri­tés re­prochent d’avoir écour­té de huit jours son service mi­li­taire: il est ar­rê­té et en­voyé di­rec­te­ment en pri­son. Condam­né à une peine de deux mois et de­mi, il res­te­ra fi­na­le­ment qua­rante-cinq jours der­rière les bar­reaux, le temps pour Ga­la­ta­sa­ray de né­go­cier son am­nis­tie. À sa sor­tie de taule,

Me­tin Oktay écume toute la nuit les bars stam­bou­liotes. Le len­de­main ma­tin, son “Ba­ba” Gündüz doit le ti­rer du lit: “Me­tin, nous avons un match im­por­tant au­jourd’hui, et les sup­por­ters veulent ab­so­lu­ment te voir jouer!”

Gueule de bois ou pas, Me­tin Oktay re­joint ses co­équi­piers sur le pré et claque deux buts pour son re­tour à la com­pé­ti­tion. Mais son di­vorce et ce sé­jour à l’ombre ont mar­qué ce­lui qui a com­men­cé à fu­mer et boire plus que de rai­son. Alors, pour se chan­ger les idées, le roi dé­cide de quit­ter pro­vi­soi­re­ment ses terres et s’en­gage pour deux sai­sons avec Pa­lerme à l’été 1961. Mau­vaise pioche. Mal­gré des dé­buts pro­met­teurs, Me­tin Oktay s’adapte mal à la Si­cile. “Me­tin était quel­qu’un qui ai­mait beau­coup com­mu­ni­quer sur et en de­hors du ter­rain, pré­cise Can­de­mir Berkman.

Or, il ne par­lait pas un mot d’ita­lien… Ça ne pou­vait pas mar­cher pour lui à l’étran­ger.” Sur­tout, le gaillard a le mal du pays. Is­tan­bul lui manque. Après seule­ment un an, douze matchs et trois pe­tits buts en

Se­rie A, il plie ba­gage et rentre en Tur­quie. De re­tour dans son royaume, Me­tin Oktay re­trouve l’ins­tinct du bu­teur, plante 47 pions toutes com­pé­ti­tions confon­dues lors de la sai­son 62-63, et Ga­la­ta­sa­ray réa­lise son pre­mier dou­blé coupe-cham­pion­nat sous son im­pul­sion. “Avant l’ar­ri­vée de Me­tin Oktay, Ga­la­ta­sa­ray était en­core une ins­ti­tu­tion as­sez fer­mée sur elle-même, re­si­tue Alp Ula­gay, un membre du club. À l’époque, ce n’était pas en­core le club le plus po­pu­laire de Tur­quie. Me­tin Oktay a été le pre­mier joueur –non ori­gi­naire d’Is­tan­bul– à s’im­po­ser comme un lea­der de l’équipe. Ce­la a contri­bué à ou­vrir le club vers l’ex­té­rieur. Du­rant sa car­rière, le nombre de sup­por­ters a été mul­ti­plié par cent!” L’au­ra de Me­tin Oktay dé­passe même les cli­vages ha­bi­tuels du foot en

Tur­quie. “C’était quel­qu’un de très fair-play, il ne cher­chait ja­mais à hu­mi­lier l’ad­ver­saire et res­pec­tait tou­jours les sup­por­ters de l’équipe en face. C’est le seul joueur de l’his­toire de Ga­la­ta­sa­ray à faire l’una­ni­mi­té par­tout, même chez les fans de Fe­ner­bah­çe, ra­joute Alp

Ula­gay, jour­na­liste dans le ci­vil. On ra­conte même que le nombre de bé­bés pré­nom­més Me­tin a ex­plo­sé dans les an­nées soixante!”

“Le film est ter­mi­né”

Preuve ul­time de cette po­pu­la­ri­té in­édite en Tur­quie: en 1965, un réa­li­sa­teur de­mande au foot­bal­leur d’in­ter­pré­ter son propre rôle dans un film à sa gloire. Son titre? Le Roi sans

cou­ronne, évi­dem­ment. Pour convaincre le bu­teur, en­core en ac­ti­vi­té, de jouer la co­mé­die, les pro­duc­teurs lui pro­posent un ca­chet su­pé­rieur à ce­lui des plus grandes ve­dettes de l’époque. C’est d’ac­cord! L’his­toire se concentre sur le dé­but de car­rière de Me­tin Oktay et

“Un joueur de notre équipe a re­mar­qué que les fi­lets du Fe­ner étaient dé­chi­rés au ni­veau de la lu­carne droite. Un trou cau­sé par le tir de Me­tin!” Can­de­mir Berkman, an­cien co­équi­pier de Me­tin Oktay

in­siste lour­de­ment sur son cô­té séducteur. Les ac­trices les plus sé­dui­santes du pays sont cas­tées pour lui don­ner la ré­plique. Mais le beau Me­tin, qui vient de se re­ma­rier, a un peu de mal à se lâ­cher pen­dant le tour­nage. Des an­nées plus tard, la co­mé­dienne Gönül Yazar confes­se­ra à la té­lé­vi­sion qu’elle a ren­con­tré quelques dif­fi­cul­tés du­rant une scène lé­gè­re­ment olé olé: “À un mo­ment, je sor­tais d’une pis­cine en maillot de bain et Me­tin de­vait m’em­bras­ser. Mais il n’ar­ri­vait pas à se lan­cer! Au bout de la troi­sième fois, je lui ai dit: ‘Me­tin, je crois que nous sommes payés suf­fi­sam­ment cher pour faire ce tra­vail, main­te­nant il faut y al­ler!’” Un ap­pel que le pu­blic n’en­ten­dra pas, le film est un échec com­mer­cial. Qu’im­porte. Pour Me­lih Sa­ba­no­glu, spé­cia­liste de l’his­toire de Ga­la­ta­sa­ray, ce long-mé­trage en noir et blanc a sur­tout le mé­rite de faire pas­ser Me­tin Oktay à la pos­té­ri­té: “Le Roi sans cou­ronne est ré­gu­liè­re­ment re­dif­fu­sé à la té­lé­vi­sion. Cer­tains jeunes sup­por­ters de Ga­la­ta­sa­ray qui n’ont ja­mais vu jouer Me­tin Oktay connaissent son his­toire grâce à ce film!” Loin des pla­teaux, Le roi des bu­teurs conti­nue d’em­pi­ler les tro­phées jus­qu’en 1969. Après un sixième et ul­time titre de meilleur bu­teur du cham­pion­nat, qui porte son to­tal à plus de 300 buts pour les Lions, Me­tin Oktay dé­cide fi­na­le­ment de des­cendre de son trône. Pour son ju­bi­lé, Ga­la­ta­sa­ray af­fronte Fe­ner­bah­çe, bien sûr. En se­conde mi-temps, le nu­mé­ro 10 jaune et rouge en­file pour la seule fois de sa vie le maillot rayé bleu et jaune. À la fin du match, les sup­por­ters des deux équipes l’ac­clament. Conscient que les heures fastes de son règne sont der­rière lui, Oktay glisse à son beau-fils, Ri­fat Ha­lil Pa­la, dans la voi­ture qui le ra­mène chez lui après la ren­contre: “Le film

est ter­mi­né.” Ce­lui de son épo­pée his­to­rique. Ma­nière de dire, aus­si, qu’il n’est pas se­rein pour la suite.

“Il se bat­tait sou­vent”

Mal­gré des re­ve­nus confor­tables du­rant sa car­rière, le néo­re­trai­té sait qu’il n’a pas amas­sé un tré­sor très consé­quent. La faute, outre les sor­ties, à un goût pro­non­cé pour les jeux d’ar­gent et une trop grande gé­né­ro­si­té, dont cer­taines per­sonnes peu scru­pu­leuses ont par­fois abu­sé. “Me­tin avait du mal

à s’im­po­ser, se rap­pelle Sa­mi Çöl­ge­çen, membre his­to­rique de Ga­la­ta­sa­ray. On ra­conte qu’il n’a ja­mais réus­si à ré­cu­pé­rer l’ar­gent

gé­né­ré par son ju­bi­lé.” Très vite, Me­tin Oktay se re­trouve dans l’obli­ga­tion de trou­ver une nou­velle source de re­ve­nus pour sub­ve­nir aux be­soins de sa fa­mille. Après un ra­pide pas­sage sur les bancs de Ga­la­ta­sa­ray et Bur­sa­spor en tant que coach ad­joint au dé­but des an­nées soixante-dix, il se ra­bat sur le bou­lot de chro­ni­queur pour les pages spor­tives d’un grand quo­ti­dien, Milliyet. Pen­dant des an­nées, il est char­gé de suivre les matchs du Cim­bom et de ré­di­ger quelques pa­piers. Mais sa ma­jes­té n’ar­rive pas à s’ha­bi­tuer à son nou­veau quo­ti­dien loin des pro­jec­teurs. D’au­tant plus que cô­té vie pri­vée, le bon­heur n’est pas non plus au ren­dez-vous. Son unique en­fant, une fille is­sue de son deuxième ma­riage, est morte quelques heures après sa nais­sance, en 1966. Pour ou­blier son triste sort, il noie son cha­grin dans des verres de ra­ki, le pas­tis turc. “J’avais 28 ans lorsque j’ai ren­con­tré Me­tin Oktay pour la pre­mière fois, se re­mé­more

le jour­na­liste Ha­lil Özer. Lui avait dé­jà la cin­quan­taine. À l’époque, je n’étais qu’un jeune re­por­ter et on m’avait char­gé d’être, en quelque sorte, son as­sis­tant. À table, lors des re­pas, Me­tin bu­vait beau­coup, sou­vent trop.

“À un mo­ment, je sor­tais d’une pis­cine en maillot de bain et Me­tin de­vait m’em­bras­ser. Mais il n’ar­ri­vait pas à se lan­cer! Je lui ai dit: ‘Me­tin, je crois que nous sommes payés suf­fi­sam­ment cher, main­te­nant il faut y al­ler!’” Gönül Yazar, ac­trice qui a joué le rôle de sa co­pine dans le bio­pic dé­dié à la vie de Me­tin Oktay

Dans ces mo­ments-là, je de­vais m’oc­cu­per de tout. Je ra­mas­sais son man­teau der­rière lui, je l’ai­dais à se re­le­ver. Je l’ai ra­me­né plu­sieurs fois à son do­mi­cile parce qu’il était trop saoul pour conduire. Je le dé­po­sais avec sa voi­ture, puis je re­par­tais dans l’autre sens en bus pour al­ler cher­cher la mienne. Mais ja­mais je ne me suis plaint de cette si­tua­tion. C’était un hon­neur de tra­vailler à ses cô­tés!” L’idole des six­ties sombre dans l’al­coo­lisme. Ses proches ne le re­con­naissent plus. “À la fin, Me­tin, c’était un peu doc­teur Je­kyll et mister Hyde, glisse Sa­mi Çöl­ge­çen. Dès qu’il était ivre, il de­ve­nait agres­sif. Il se bat­tait sou­vent, et comme il était as­sez cos­taud, ça pou­vait faire des dé­gâts!”

Une ten­dance à dé­gou­piller dont a failli faire les frais son an­cien co­équi­pier, Can­de­mir Berkman: “Un soir, j’ai croi­sé Me­tin dans un bar et je lui ai dit gaie­ment: ‘Me­tin, sans toi, nous n’au­rions ja­mais réa­li­sé tout ce que nous avons fait!’ À ma grande sur­prise, ce­la l’a beau­coup éner­vé et il a es­sayé de me mettre un coup de poing. Je pense qu’il a cru que j’étais en train de me mo­quer de lui…” Mal­gré ces écarts de conduite, Me­tin Oktay conserve en Tur­quie son

sta­tut d’homme in­tou­chable. “Il n’avait même pas be­soin de billets pour voya­ger, se re­mé­more Ha­lil Özer. Tout le monde le lais­sait pas­ser!” Et le grand pu­blic de fer­mer les yeux. “C’est simple, vous ne trou­ve­rez per­sonne pour vous dire du mal de Me­tin Oktay sur ses pro­blèmes avec la bou­teille”, ré­sume Sa­mi Çöl­ge­çen.

Ac­ci­dent de voi­ture mor­tel

12 sep­tembre 1991. Le len­de­main, Ga­la­ta­sa­ray af­fronte Gen­ç­ler­bir­li­gi à An­ka­ra. Comme avant chaque match à l’ex­té­rieur, Me­tin Oktay et son bras droit Ha­lil Özer se re­trouvent dans les lo­caux du jour­nal Milliyet, à Is­tan­bul, pour pré­pa­rer leur dé­pla­ce­ment. Le jour­na­liste se sou­vient en­core très bien de cette scène:

“Avant de le quit­ter, je lui ai dit: ‘Me­tin Abi (‘grand frère’ en VF, ndlr), rentre chez toi, ne bois pas trop ce soir, nous pre­nons l’avion tôt de­main ma­tin.’” Évi­dem­ment, le meilleur bu­teur de l’his­toire de Ga­la­ta­sa­ray ne sui­vra pas les re­com­man­da­tions de son jeune col­lègue. Ce soir-là, il re­joint à une fête or­ga­ni­sée par Ga­la­ta­sa­ray sur une pe­tite île au mi­lieu du Bos­phore. Il y croise Can­de­mir Berkman, ve­nu dî­ner avec sa femme: “Me­tin est pas­sé nous sa­luer et il nous a dit qu’il ne comp­tait pas res­ter long­temps car il avait des amis chez lui.” Mais l’ap­pel de l’ivresse est trop fort. Me­tin Oktay at­ter­rit fi­na­le­ment dans un bar à proxi­mi­té et se saoule jus­qu’à 4 heures du ma­tin. Sur le che­min du re­tour, seul au vo­lant de sa voi­ture, il per­cute une bar­rière à la sor­tie du pre­mier pont qui en­jambe le Bos­phore. Le roi meurt sur le coup. “Pour moi, c’était un

sui­cide, avance son an­cien ami Sa­mi Çöl­ge­çen. Me­tin ne sup­por­tait plus la per­sonne qu’il était de­ve­nu…”

Le jour de son en­ter­re­ment, dix mille per­sonnes se pressent dans le stade Ali Sa­mi Yen de Ga­la­ta­sa­ray pour rendre un der­nier hom­mage au “Roi sans cou­ronne”. Son cer­cueil, pla­cé dans le rond cen­tral, est re­cou­vert d’un grand dra­peau aux cou­leurs de son club de tou­jours. “À un mo­ment, un mon­sieur âgé est des­cen­du des gra­dins, il a mar­ché len­te­ment jus­qu’au mi­lieu du ter­rain et a plan­té sur le cer­cueil de Me­tin un pe­tit fa­nion de Fe­ner­bah­çe, ra­conte

Sa­mi Çöl­ge­çen. C’était un mo­ment d’une spon­ta­néi­té in­croyable!” Me­tin Oktay, le foot­bal­leur res­pec­té par tous, re­pose au vieux ci­me­tière de Koz­lu, au pied des rem­parts de l’an­cienne By­zance, de­ve­nue Cons­tan­ti­nople puis Is­tan­bul, la ville des em­pe­reurs, des

donc.• sul­tans, et d’un roi,

“Je l’ai ra­me­né plu­sieurs fois à son do­mi­cile parce qu’il était trop saoul pour conduire. Je le dé­po­sais avec sa voi­ture puis je re­par­tais dans l’autre sens en bus pour al­ler cher­cher la mienne” Ha­lil Özer, as­sis­tant jour­na­liste de Me­tin au jour­nal Milliyet

Sur le tour­nage de son bio­pic.

Me­ga-Oktay.

Imi­ta­tion de Car­los.

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