LE BU­REAU DES LEGENDES

Les des­sous de la meilleure sé­rie fran­çaise, par ceux qui la font

Society (France) - - LA UNE -

1. LA GENESE

Alex Ber­ger (co­pro­duc­teur): “Un ma­tin, Éric Ro­chant est ve­nu me voir pour me par­ler d’une nou­velle idée. Il m’a sim­ple­ment dit: ‘Ça s’ap­pelle Le Bu­reau des lé­gendes.’ Son pitch a du­ré une mi­nute tout au plus: il vou­lait ra­con­ter l’his­toire du bu­reau qui gère les agents clan­des­tins dans les ser­vices de ren­sei­gne­ment fran­çais. Ce­la me par­lait for­cé­ment: dans les an­nées 50, mon père a été es­pion à Londres pour le compte des Amé­ri­cains.”

Éric Ro­chant (co­pro­duc­teur et sho­wrun­ner): “Après mes pré­cé­dents films, comme Les Pa­triotes ou Mö­bius (qui traitent res­pec­ti­ve­ment du Mos­sad et des ser­vices se­crets russes, ndlr), il me fal­lait conti­nuer à dé­cor­ti­quer ce qu’est l’es­pion­nage. D’une cer­taine ma­nière, j’avais l’im­pres­sion de ne pas être al­lé au bout d’une étude. Je veux com­prendre com­ment une struc­ture, son poids et son in­fluence, peuvent agir sur un hu­main et créer des conflits. Je n’étais pas ras­sa­sié. Et je pou­vais ca­pi­ta­li­ser sur le suc­cès de Ma­fio­sa, que j’avais re­prise pour Ca­nal+. J’avais une fe­nêtre de tir pour me­ner à bien un nou­veau pro­jet. Je m’y suis en­gouf­fré en me di­sant qu’il était peut-être temps de faire une nou­velle sé­rie.”

Alex Ber­ger: “Éric et moi tra­vaillons en­semble de­puis 2008. Au dé­part, on avait un pro­jet de sé­rie bap­ti­sé The Oli­garchs, sur la fin de l’union so­vié­tique et la nais­sance du ca­pi­ta­lisme russe, que l’on es­sayait alors de dé­ve­lop­per. Il s’agis­sait d’un pro­jet très com­pli­qué à mon­ter. On a donc dé­ci­dé de don­ner la prio­ri­té au Bu­reau des lé­gendes.”

Ca­mille de Cas­tel­nau (scé­na­riste se­nior): “Je me suis far­ci des pa­vés très com­pli­qués, et en an­glais, sur l’éco­no­mie so­vié­tique et Éric, lui, avait dé­jà deux malles rem­plies du même genre de lit­té­ra­ture. Puis le pro­jet s’est ar­rê­té et, deux ans plus tard, Éric m’a contac­tée pour Le Bu­reau des lé­gendes. Je lui ai dit que je n’y connais­sais rien au monde de l’es­pion­nage. Il m’a ras­su­rée en m’in­di­quant que lui avait une idée du su­jet.”

Éric Ro­chant: “Il y a du ro­ma­nesque dans l’es­pion­nage. C’est un thème où il est ques­tion de men­songe et de sé­duc­tion. Et puis ça parle du monde et de sa marche. Pour toutes ces rai­sons, l’es­pion­nage est se­lon moi bien plus in­té­res­sant à trai­ter que le fait di­vers. Voi­là pour­quoi j’aime les ro­mans de John Le Car­ré, et pour­quoi j’ai réa­li­sé Les Pa­triotes ou Mö­bius.”

Fa­brice de la Pa­tel­lière (di­rec­teur de la fic­tion à Ca­nal+): “En mai 2013, Éric Ro­chant est ve­nu dans les bu­reaux de Ca­nal+ pour nous par­ler de sa nou­velle idée. Ça nous a tout de suite in­té­res­sés.”

Éric Ro­chant: “La chaîne m’a de­man­dé d’écrire deux pages pour pré­ci­ser le pro­jet. Ça n’a pas été très com­pli­qué tant j’avais l’his­toire en tête. Qua­rante-huit heures plus tard, Ca­nal+ re­ce­vait une note d’in­ten­tion et com­man­dait le scé­na­rio d’un pi­lote ain­si que les arches de la sé­rie.”

Alex Ber­ger: “La chaîne nous a don­né son feu vert en juillet 2014, pour un bud­get to­tal de quinze mil­lions d’eu­ros.”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “C’était une écri­ture chère, lourde, avec plus d’au­teurs que d’ha­bi­tude. Il y avait un vrai risque, sur­tout fi­nan­cier, et on n’avait pas de fi­let de sé­cu­ri­té. Il a fal­lu faire de la pé­da­go­gie au­près de la di­rec­tion gé­né­rale et la di­rec­tion fi­nan­cière.”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Les pre­mières arches que l’on a pro­po­sées à la chaîne ont été presque en­tiè­re­ment re­fu­sées. Ce­la fai­sait cinq ou six mois que je tra­vaillais des­sus et je n’ar­ri­vais pas à dire autre chose que: ‘Ça ne fonc­tionne pas.’ On ou­vrait tout un tas de portes et on fi­nis­sait par être com­plè­te­ment per­dus. J’étais à deux doigts de quitter la sé­rie.”

“Il y a du ro­ma­nesque dans l’es­pion­nage. C’est un thème où il est ques­tion de men­songe et de sé­duc­tion. Et puis ça parle du monde. C’est se­lon moi bien plus in­té­res­sant à trai­ter que le fait di­vers” Éric Ro­chant

Jean-pierre Dar­rous­sin (Hen­ri Du­flot dans la sé­rie): “Je dois dire que je n’ai pas été très en­thou­sias­mé par les pre­miers scé­na­rios que j’ai re­çus. Je me de­man­dais dans quoi je m’étais em­bar­qué.”

Cé­cile Du­crocq (scé­na­riste ju­nior): Le per­son­nage prin­ci­pal ne tra­his­sait pas par amour, plu­tôt pour que sa fille ac­cède à un poste, ce qui était un en­jeu un peu plus faible, ce n’était pas as­sez noble. Éric et la chaîne se sont dit qu’il fal­lait quelque chose d’un peu plus fort. Éric est re­par­ti tout seul avec Ca­mille, et en une ou deux se­maines, ils ont ré­écrit les arches et ont four­ni la ver­sion pour la­quelle Ca­nal a don­né le feu vert.

Éric Ro­chant: “Pour mon film Mö­bius, Jean Du­jar­din était en ba­lance avec Ma­thieu Kas­so­vitz pour le rôle prin­ci­pal. J’avais pris Du­jar­din. Du coup, pour Le Bu­reau des lé­gendes, ce­la me pa­rais­sait lo­gique de faire ap­pel à Ma­thieu. Je lui ai en­voyé un tex­to pour sa­voir si le pro­jet pou­vait l’in­té­res­ser. Au dé­part, il a fait du Kas­so­vitz: ‘Un per­son­nage qui s’ap­pelle Ma­lo­tru? Ouais, bon, en­voie-moi le scé­na­rio.’ Un jour, je suis tom­bé sur une pho­to de lui à un cock­tail pa­ri­sien dans un jour­nal. Il de­vait donc être à Pa­ris. J’ai de­man­dé à la di­rec­trice de cas­ting de le joindre. Une se­maine plus tard, il si­gnait.”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “Il nous fal­lait un co­mé­dien dont la no­to­rié­té nous ai­de­rait à por­ter la sé­rie. Dès qu’éric Ro­chant a évo­qué le nom de Ma­thieu Kas­so­vitz, on a dit ban­co.”

Ma­thieu Kas­so­vitz (Guillaume De­bailly/ma­lo­tru dans la sé­rie): “En réa­li­té, dès que j’ai ap­pris que le per­son­nage s’ap­pe­lait Ma­lo­tru, j’ai su que cette sé­rie était pour moi.”

2. LA METHODE DE TRA­VAIL

Alex Ber­ger: “Le con­cept et la mé­thode de dé­ve­lop­pe­ment et de pro­duc­tion étaient in­dis­so­ciables: une sai­son de dix épi­sodes par an. En France, Ca­nal+ a sur­tout édu­qué le pu­blic aux sé­ries amé­ri­caines, qui re­ve­naient chaque an­née avec un vrai en­ga­ge­ment émo­tion­nel en­vers les per­son­nages ré­cur­rents. La créa­tion ori­gi­nale de Ca­nal+ pro­dui­sait des sai­sons de huit épi­sodes tous les trois ans. On de­vait faire aus­si bien que les Amé­ri­cains. Pre­nez Les Re­ve­nants: un car­ton gé­nial, mais trois ans plus tard, la sai­son 2 ar­rive et comme dit mon fils: ‘On ne se rap­pelle plus les per­son­nages.’”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “De notre cô­té, on com­men­çait à s’aper­ce­voir que mettre deux ans ou plus pour dif­fu­ser une nou­velle sai­son de sé­rie, c’était pro­blé­ma­tique, au re­gard de l’offre crois­sante. Le pu­blic est de moins en moins pa­tient. C’était donc, à l’époque, un en­jeu: il fal­lait al­ler plus vite.”

Éric Ro­chant: “Avec Le Bu­reau des lé­gendes, on ne ven­dait pas seule­ment une sé­rie, mais éga­le­ment un pro­cé­dé. J’ai dit à Ca­nal+ que si on fai­sait cette sé­rie comme on avait dé­jà fait Ma­fio­sa, ça ne m’in­té­res­sait pas. Je vou­lais faire Le Bu­reau des lé­gendes à l’amé­ri­caine, soit une sai­son par an, en se met­tant en ordre de marche.”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “Le sys­tème amé­ri­cain pense la pro­duc­tion de ma­nière in­dus­trielle. Il en­vi­sage la pro­duc­tion dès l’écri­ture, se donne les moyens d’écrire mieux, plus vite, et met plus d’ar­gent dans le dé­ve­lop­pe­ment.”

Alex Ber­ger: “Pour la pré­pa­ra­tion de The Oli­garchs, Éric et moi avons pas­sé du temps aux États-unis. Et no­tam­ment avec Todd Kess­ler, scé­na­riste sur les So­pra­no et créa­teur de Da­mages et Bloo­dline. On est al­lés dans sa room, on a ob­ser­vé sa ma­nière de tra­vailler, et on a vite com­pris que pour li­vrer une sai­son par an, il fal­lait mettre sur pied une or­ga­ni­sa­tion dif­fé­rente, une vé­ri­table usine avec un ate­lier d’écri­ture struc­tu­ré. Il nous fal­lait des stu­dios comme à Bur­bank, To­ron­to ou New York. Un en­droit li­néaire où ne pas perdre de temps, où la salle d’écri­ture, la pro­duc­tion, les pla­teaux et le mon­tage se­raient réunis. On a in­ves­ti la Ci­té du ci­né­ma, qui était le seul en­droit nous per­met­tant de faire ça.”

Flo­rence Loi­ret Caille (Ma­rie-jeanne Du­thil­leul dans la sé­rie): “La Ci­té du ci­né­ma est un énorme cube, comme dans 2001, l’odys­sée de l’es­pace, à l’in­té­rieur du­quel il y a tout le monde: la pro­duc­tion, les dé­cors, la can­tine. Quand on a fi­ni le ma­quillage, que l’on est prêt pour jouer, on se dit que l’on va in­té­grer une énorme ma­chine, un rou­leau com­pres­seur.”

Jean-pierre Dar­rous­sin: “Moi, j’aime me dire que je vais à l’usine le ma­tin. À l’en­trée, il y a cette bar­rière qui se lève, on se dit bon­jour entre col­lègues, le mi­di on se re­trouve à la can­tine, qui est d’ailleurs très bonne.”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “Pour qu’une telle ma­chine fonc­tionne, il faut trou­ver un sho­wrun­ner, un créa­teur ca­pable d’ani­mer une équipe. Ce genre de per­sonne est en­core rare en France.”

Éric Ro­chant: “Jusque-là, les pro­duc­teurs fran­çais ont tou­jours vou­lu être les di­rec­teurs ar­tis­tiques des pro­jets. C’est un pro­blème. Sur Ma­fio­sa, la pro­duc­trice vi­sion­nait le cas­ting avant moi! Elle m’ap­pe­lait pour me dire qu’elle avait vu deux ou trois ac­teurs. Elle re­gar­dait aus­si les pho­tos des re­pé­rages avant moi. Les Amé­ri­cains, eux, ont vite com­pris que l’au­teur de­vait être au centre de tout, qu’il de­vait même fi­nir par de­ve­nir pro­duc­teur.”

Hé­lier Cis­terne (réa­li­sa­teur sur plu­sieurs épi­sodes): “Pour la pre­mière fois en France, on a, à la tête d’une sé­rie, un mec qui a été réa­li­sa­teur et scé­na­riste de tous ses films. Quand Éric Ro­chant te parle de dé­cou­page tech­nique, de mise en place, de ré­pé­ti­tions, de tous les as­pects de la fa­bri­ca­tion d’un film, il sait de quoi il parle. Il a donc une lé­gi­ti­mi­té ab­so­lue.”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Éric in­sis­tait sur la né­ces­si­té de pro­duire une sai­son par an, ce qui est consub­stan­tiel se­lon lui à l’idée même de sé­rie. De fait, il fal­lait al­ler vite. Il di­sait: ‘On construit un pa­que­bot à me­sure qu’il avance, et ça ne peut pas s’ar­rê­ter.’”

Éric Ro­chant: “À par­tir du mo­ment où la chaîne com­mande une sai­son, c’est-à-dire sa mise en pro­duc­tion, elle com­mande de fait l’écri­ture de la sai­son qui suit. Ce­la va avec. C’est la seule ma­nière de pou­voir avoir une sai­son par an. Ce­la oblige les gens de la chaîne à ré­pondre à temps à ce qu’on leur en­voie. Or, pen­dant long­temps, ces der­niers ont pen­sé qu’ils pou­vaient avoir une sai­son par an, ain­si que la pos­si­bi­li­té de tem­po­ri­ser quand ils le sou­hai­taient. Du coup, au dé­but, ils avaient ten­dance à dire: ‘Tant que ce n’est pas bien, on n’avance pas.’ Mais ce n’est pas comme ça que l’on de­vait fonc­tion­ner! Lors­qu’on leur di­sait que pen­dant qu’ils li­saient l’épi­sode 1, on écri­vait l’épi­sode 5, ils flip­paient, mais on s’en fou­tait!”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “Il ar­ri­vait à Éric de nous en­gueu­ler car se­lon lui, on tar­dait à ré­agir. Il y a eu des ten­sions, mais en fin de compte, on a dé­ci­dé de se lais­ser al­ler et de s’as­treindre à son rythme.”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Au dé­part, on tra­vaillait avec un ate­lier d’écri­ture. On se réunis­sait plu­sieurs jours par se­maine dans un bu­reau: il y avait des au­teurs se­niors, dont je fai­sais par­tie, des gens avec qui Éric avait dé­jà tra­vaillé et en qui il avait confiance, ain­si que des au­teurs ju­niors, des scé­na­ristes de tous les âges, ex­pé­ri­men­tés ou non, mais qui n’avaient ja­mais bos­sé avec Éric.”

Éric Ro­chant: “Au cours d’un sé­jour aux États-unis, j’avais exa­mi­né com­ment était struc­tu­rée le WGA, la guilde des scé­na­ristes amé­ri­cains, avec des se­niors et des ju­niors. Je n’ai fait que co­pier ce truc-là. Et puis j’ai éga­le­ment or­ga­ni­sé un cas­ting d’au­teurs jeunes dans le mé­tier.

“Lors­qu’on ar­rive sur le pla­teau, Ro­chant est dé­jà en train de vi­sion­ner des rushs. Lors­qu’on part, il est en­core en train de re­gar­der des rushs. Le reste du temps, il est soit dans la salle d’écri­ture de la Ci­té du ci­né­ma, soit sur le pla­teau. Il est très in­tri­gant” Flo­rence Loi­ret-caille

Ele­na Has­san (scé­na­riste ju­nior): “À l’époque, je fi­nis­sais un mas­ter pro­fes­sion­nel en scé­na­rio et écri­ture au­dio­vi­suelle à Nan­terre. Je cher­chais du tra­vail et je me ba­la­dais sur les pages Fa­ce­book des réa­li­sa­teurs que j’ai­mais bien lorsque je suis tom­bée sur un mes­sage d’éric Ro­chant, qui lan­çait une sorte d’ap­pel d’offres à l’at­ten­tion de qui­conque cher­chait à par­ti­ci­per à un nou­veau pro­jet de sé­rie.”

Duong Dang Thai (scé­na­riste ju­nior): “Lorsque les autres sta­giaires et moi avons dé­bar­qué dans l’ate­lier d’écri­ture, on nous a dit de fer­mer notre gueule. Tex­to. On ne pou­vait qu’écou­ter ce que les autres scé­na­ristes di­saient. C’était un peu abs­cons.”

Éric Ro­chant: “Pour faire une sé­rie, il faut al­ler très vite, pen­ser vite et écrite vite. Du coup, quel­qu’un qui pose une ques­tion dé­bile fait perdre du temps à tout le monde. Le sta­giaire ne parle pas, et il écoute. De cette ma­nière, il peut s’im­pré­gner de la fa­çon dont on tra­vaille.”

Co­rinne Gar­fin (scé­na­riste ju­nior): “À chaque fois que l’on en­voyait une scène, on avait peur de se faire vi­rer. C’était sti­pu­lé dans les contrats que l’on avait si­gnés, les ju­niors comme les se­niors: on pou­vait être dé­bar­qués à tout mo­ment si le tra­vail four­ni n’était pas suf­fi­sant. Cha­cun es­sayait donc de faire en sorte de res­ter le plus long­temps pos­sible dans la room. Ce­la dit, Ro­chant est quel­qu’un de gé­nial avec ses col­la­bo­ra­teurs. Il nous a plei­ne­ment in­té­grés à la fa­bri­ca­tion de la sé­rie.”

Ele­na Has­san: “C’était un vé­ri­table la­bo­ra­toire. Le champ des pos­sibles était in­fi­ni, on me­nait des hy­po­thèses à pro­pos des per­son­nages jus­qu’au bout. On avait beau­coup de li­ber­té, à tel point qu’il m’est sou­vent ar­ri­vé de par­ler de moi pour ima­gi­ner une his­toire. Je me suis li­vrée, j’ai par­lé des gens que j’avais croi­sés dans ma vie, de mes his­toires de couple, de mes res­sen­tis.”

Co­rinne Gar­fin: “Après l’écri­ture de la sai­son 1, on for­mait une équipe, avec l’im­pres­sion de vivre une belle aven­ture tous en­semble. On de­vait tous se re­voir à la ren­trée pour en­ta­mer les tra­vaux de la sai­son 2. Et puis en sep­tembre, les trois autres ju­niors et moi avons re­çu un e-mail d’éric Ro­chant nous in­di­quant qu’il aban­don­nait le sys­tème des ju­niors et que, de fait, il n’avait plus be­soin de nous. On a quit­té la sé­rie du jour au len­de­main.”

Éric Ro­chant: “Il faut sa­voir par­ler la même langue. Ceux qui n’ar­rivent pas à nous ai­der partent très vite. Les rares fois où je n’ai pas sui­vi mon in­tui­tion, où j’ai es­sayé d’ac­cor­der du temps, de don­ner sa chance à quel­qu’un qui n’était vi­si­ble­ment pas là où il de­vait être, on s’est plan­tés et ça a été dou­lou­reux pour le pro­jet. Pour les gens qui n’ont pas sai­si tout ça, j’ai pu don­ner l’im­pres­sion d’être ty­ran­nique.”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Cette room d’écri­ture est un peu un mythe. Au­jourd’hui, Éric et moi fai­sons les arches d’oc­tobre à jan­vier. En­suite, trois au­teurs écrivent les épi­sodes: ils dis­cutent avec Éric et re­partent chez eux pen­dant quinze jours pour bos­ser. À la fin, on re­prend le tout avec Éric et on en­voie à Ca­nal+.”

3. AU CENTRE ERIC RO­CHANT!

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “La mise en oeuvre du Bu­reau des lé­gendes est ba­sée sur le tra­vail et la per­son­na­li­té d’éric Ro­chant. C’est un sys­tème qui lui res­semble, qui cor­res­pond à sa psy­cho­lo­gie. Il l’a construit comme ça, au­tour de lui.”

Alex Ber­ger: “Éric a une consti­tu­tion men­tale ab­so­lu­ment éton­nante. Il est brillant et com­pul­sif. Lors­qu’il s’em­pare d’un su­jet, ça tourne for­cé­ment à l’ob­ses­sion. Il va tout lire, en sou­li­gnant, en pre­nant des notes, pour avoir une idée ex­haus­tive du su­jet.”

Ma­thieu Kas­so­vitz: “Je me suis com­plè­te­ment lais­sé gui­der par Éric Ro­chant, qui connais­sait par­fai­te­ment le su­jet. Je n’ai ja­mais dé­bar­qué sur le pla­teau en lui di­sant que ce qu’il ra­con­tait n’était pas vrai. C’est son truc, on joue le jeu avec lui.”

Hé­lier Cis­terne: “Com­ment est-ce qu’on ef­face les ego d’ac­teurs confir­més et de réa­li­sa­teurs ar­ro­gants? Par la res­pon­sa­bi­li­sa­tion. Éric n’est pas un dé­miurge ni un grand ma­ni­tou, il n’es­saie pas d’être à ta place dans ta tête, il te donne les contours du pro­jet et à l’in­té­rieur, il te dit: ‘Fais comme tu le sens.’”

Ele­na Has­san: “Éric Ro­chant peut vous ap­pe­ler au dé­bot­té, par­fois un sa­me­di ou un di­manche, et vous de­man­der une scène pour l’heure sui­vante. Heu­reu­se­ment, il ar­rive à trans­mettre son ob­ses­sion, à im­pri­mer son rythme.”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Il tra­vaille tout le temps. Moi, je ne bosse bien que si j’ai des pauses. Je suis une fonc­tion­naire de l’écri­ture. Du coup, avant d’en­ta­mer le tra­vail de la sai­son 2, j’ai dit à Éric que je ne fe­rais rien s’il conti­nuait à me de­man­der le ven­dre­di soir d’écrire quelque chose pour le di­manche. Im­pos­sible. Il l’a très bien com­pris et, à par­tir de là, je n’ai plus ja­mais re­çu de mes­sage le ven­dre­di soir.”

Cé­cile Du­crocq: “Quand il a quelque chose à vous dire, il prend ra­re­ment des pin­cettes. Au lieu de sim­ple­ment dire qu’il fau­drait pen­ser à une autre idée pour telle ou telle scène, il peut vous lâ­cher: ‘Ça, c’est vrai­ment de la merde, t’as rien com­pris, mais où on va? C’est la fin de la sé­rie!’ Il peut être très vé­hé­ment, voire violent dans sa ma­nière de par­ler, mais ça ne prête ja­mais à consé­quence. Cinq mi­nutes plus tard, c’est ou­blié, et sur­tout il re­vient tou­jours avec des conseils d’écri­ture, de lec­ture, de mé­thode, avec une grande gé­né­ro­si­té.”

Flo­rence Loi­ret-caille: “Quand il tra­vaille, il est en apnée, il ne pense qu’à ça. Lors­qu’on ar­rive sur le pla­teau, il est dé­jà en train de vi­sion­ner des rushs. Lors­qu’on part, il est en­core en train de re­gar­der des rushs. Le reste du temps, il est soit dans la salle d’écri­ture de la Ci­té du ci­né­ma, soit sur le pla­teau. Il est om­ni­pré­sent. J’ai­me­rais en sa­voir plus sur lui. Il est très in­tri­gant.”

Léa Dru­cker (Doc­teur Balmes dans la sé­rie): “Par­fois, sur le tour­nage, on pense qu’éric n’est pas là, on tourne, on est di­ri­gés, et tout à coup il sur­git de nulle part et dit: ‘Il manque un plan!’ Il voit tout, il su­per­vise tout si­mul­ta­né­ment. Il est très exi­geant, il n’est pas dans le sen­ti­men­ta­lisme, bous­cule un peu tout le monde et at­tend qu’on se confronte aus­si pas­sion­né­ment à cette his­toire.”

Hé­lier Cis­terne: “L’un de ses leit­mo­tivs, c’est de dire que les moyens de ci­né­ma uti­li­sés pour chaque plan doivent être né­ces­saires et jus­ti­fiés. Éric a tout de suite ex­pli­qué aux réa­li­sa­teurs qu’il ne vou­lait pas d’ef­fets de style. Il peut dire des trucs du genre: ‘Ne soyez pas des réa­li­sa­teurs fran­çais clas­siques, ne trans­for­mez pas le scé­na­rio, res­pec­tez-le, c’est la Bible.’ Je n’ai ja­mais en­ten­du Ro­chant me dire: ‘Ça a de la gueule’ ou ‘Ça claque’. Il n’a ja­mais un vo­ca­bu­laire de com­mer­cial ou de pro­duc­teur clas­sique, son lan­gage est tou­jours ce­lui d’un ci­néaste.”

Jean-pierre Dar­rous­sin: “Éric Ro­chant est quand même un homme par­ti­cu­lier: il porte sou­vent des che­mises à fleurs. C’est un per­son­nage ami­cal, do­té d’une cer­taine fan­tai­sie.”

Éric Ro­chant: “J’aime le ci­né­ma amé­ri­cain des an­nées 70: Alan J. Pa­ku­la, Syd­ney Lu­met, Sam Pe­ckin­pah. Un ci­né­ma po­li­ti­sé, ou­vert sur le monde. Et sur­tout très réa­liste, presque do­cu­men­taire. J’aime les dé­tails, ce qui peut par­ti­ci­per à la mise en scène d’un cer­tain réa­lisme. De fait, sur le tour­nage, il y avait des choses qui pou­vaient me rendre dingue. Je pense par exemple à cette scène dans la­quelle deux per­son­nages se trans­mettent des in­fos se­cret-dé­fense dans un cou­loir de la DGSE. Et les ac­teurs par­laient à un mètre l’un de l’autre! Mais ça, ça n’existe pas! C’est comme s’ils par­laient la porte ou­verte!”

Léa Dru­cker: “J’avais dans l’idée qu’un psy­cho­logue de­vait for­cé­ment avoir un cô­té ma­ter­nant, mais Éric Ro­chant m’a vite ar­rê­tée: on est à la DGSE, et les agents de la DGSE ne se laissent en au­cun cas ma­ter­ner. Toute ten­ta­tive sen­ti­men­tale peut ap­pa­raître comme quelque chose de très condes­cen­dant. Il fal­lait ac­cep­ter de ren­trer de­dans presque comme dans un do­cu­men­taire.”

“J’ai dit à Ca­nal+ que si on fai­sait cette sé­rie comme on avait dé­jà fait Ma­fio­sa, ça ne m’in­té­res­sait pas. Je vou­lais faire Le Bu­reau des lé­gendes à l’amé­ri­caine, avec une sai­son par an” Éric Ro­chant

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Pour pré­pa­rer l’écri­ture de la sé­rie, on s’est do­cu­men­tés. On a lu des livres et on est beau­coup al­lés sur In­ter­net, avec des re­cherches Google as­sez par­ti­cu­lières: ‘Iran’, ‘cen­trale nu­cléaire’, ‘Daech’, ‘tor­ture’. On m’a de­man­dé si j’avais ren­con­tré des otages pour pré­pa­rer la sai­son 3. Pas du tout. En réa­li­té, j’ai ta­pé ‘otage + psy­chisme’ dans ma barre de re­cherche. C’est comme ça que j’ai ap­pris qu’un otage fran­çais au Li­ban avait pu te­nir le coup pen­dant sa cap­ti­vi­té en don­nant

des miettes de pain aux four­mis qui cou­raient sur le sol de sa cel­lule. Ce­la l’ai­dait à ne pas de­ve­nir fou. J’en ai par­lé à Éric, et on a trans­for­mé l’idée: notre otage, lui, pour­rait trou­ver de l’hu­ma­ni­té dans la re­la­tion qu’il noue­rait avec un chien.”

4. L'OMBRE DE LA DGSE

Alex Ber­ger: “Au mo­ment où on a dé­mar­ré le dé­ve­lop­pe­ment de la sé­rie, on a ap­pe­lé le mi­nis­tère de la Dé­fense pour sa­voir s’il était pos­sible de ren­con­trer des membres de la DGSE afin qu’ils nous ren­seignent à pro­pos de leur tra­vail. Le len­de­main, on a re­çu un coup de fil d’un type qui se fai­sait ap­pe­ler ‘Mon­sieur Ni­co­las’. Il nous a dit: ‘J’ai­me­rais ve­nir vous voir. Je suis de la DGSE.’”

Fa­brice de la Pa­tel­lière: “Si les gens de la DGSE ont été si ré­ac­tifs, c’est sû­re­ment parce qu’ils connais­saient dé­jà le tra­vail d’éric Ro­chant. On a ap­pris que cer­taines scènes de son film Les Pa­triotes –qui ra­conte la vie du Mos­sad, les ser­vices se­crets is­raé­liens– sont pro­je­tées aux nou­velles re­crues.”

“Un ma­tin, on a re­çu un coup de fil d’un type qui se fai­sait ap­pe­ler ‘Mon­sieur Ni­co­las’. Il nous a dit: ‘J’ai­me­rais ve­nir vous voir. Je suis de la DGSE’” Alex Ber­ger, co­pro­duc­teur

Alex Ber­ger: “Après avoir ex­pli­qué à Mon­sieur Ni­co­las ce que l’on sou­hai­tait faire, ce­lui-ci nous a ré­pon­du: ‘Vous con­nais­sez la mai­son, nous ne sommes pas très lo­quaces.’ Ce­la dit, il nous a in­vi­tés à ren­con­trer la di­rec­tion de la DGSE au siège. No­tam­ment parce qu’on vou­lait uti­li­ser son lo­go et que pour ce­la, il fal­lait son ac­cord, il nous fal­lait pas­ser une sorte de grand oral pour ex­pli­quer le pro­jet.”

Éric Ro­chant: “À la DGSE, on re­gar­dait tout au­tour de nous. Dans la cour, il y avait cette femme qui fai­sait tran­quille­ment son jog­ging ; dans un cou­loir, on a croi­sé deux geeks aux che­veux longs et qui por­taient des bas­kets sales. Il n’y avait pas de G.I. Joe: c’était ex­trê­me­ment nor­mal et, du coup, com­plè­te­ment éton­nant. On a fi­na­le­ment été re­çus dans la salle des ‘étran­gers’ par des hommes en cos­tume. Il y avait no­tam­ment ce type avec une cra­vate et des chaus­settes dé­li­rantes qui a ins­pi­ré le per­son­nage d’hen­ri Du­flot, que joue Jean-pierre Dar­rous­sin. Ce qui était drôle, c’est que ses col­lègues se fou­taient de lui: on pou­vait donc tra­vailler à la DGSE et être dé­ten­du.”

Alex Ber­ger: “À par­tir de ce mo­ment, lors­qu’on avait une ques­tion, on la sou­met­tait à Mon­sieur Ni­co­las, puis à ce­lui qui l’a rem­pla­cé, ‘Mon­sieur Phi­lippe’. À chaque fois, ce sont eux qui se sont dé­pla­cés jus­qu’aux bu­reaux de la pro­duc­tion.”

Éric Ro­chant: “L’idée, c’était qu’ils nous aident à conce­voir quelque chose qui s’ap­proche du réel. Je ne leur ai ja­mais de­man­dé qu’ils me ra­content tout de leur vie, mais au moins qu’ils m’in­diquent si j’étais à cô­té de la plaque ou pas. Qu’ils me fassent un pe­tit signe de tête ou quelque chose dans le genre.”

Cé­cile Du­crocq: “On leur a po­sé des ques­tions très concrètes. ‘Quand vous dé­ci­dez d’une mis­sion, est-ce que vous écri­vez? Il y a des do­cu­ments? Quand vous en par­lez avec des gens, est-ce que c’est dans une salle de réunion? Est-ce que vous pou­vez par­ler de vos mis­sions à la can­tine?”

Ca­mille de Cas­tel­nau: “Dans notre scé­na­rio, on avait ima­gi­né que la DGSE éli­mi­ne­rait la mère de l’agent Cy­clone, par­tie le cher­cher en Al­gé­rie alors qu’il y est re­te­nu pri­son­nier. Pour le coup, ils nous ont dit que c’était une idée qui ne te­nait pas de­bout: ils ne fe­raient ja­mais ça à la mère d’un agent, sur­tout quand ils pou­vaient sim­ple­ment se dé­brouiller pour lui sub­ti­li­ser son pas­se­port. C’est as­sez lo­gique, en fin de compte.”

Éric Ro­chant: “Je me de­man­dais aus­si quels rap­ports les agents pou­vaient en­tre­te­nir avec leur mé­tier dans la sphère pri­vée. S’ils sortent avec quel­qu’un, à quel mo­ment peuvent-ils lui en par­ler? Et doivent-ils avoir l’au­to­ri­sa­tion de leur hié­rar­chie pour le faire? En­core une fois, ils nous ont ré­pon­du d’une ma­nière que l’on n’au­rait pas ima­gi­née de prime abord: ‘Si c’est une re­la­tion sé­rieuse, c’est à toi de voir.’”

Ma­thieu Kas­so­vitz: “Il faut ar­rê­ter de pen­ser l’es­pion­nage se­lon ce que l’on a vu dans James Bond. Il faut se sor­tir de la tête ces his­toires de ba­gnoles qui roulent sous l’eau et de montres avec des la­sers.”

Jean-pierre Dar­rous­sin: “Ce­la dit, les hommes de la DGSE ont un vrai sens de la gra­vi­té, car au bout de toutes les dé­ci­sions qu’ils prennent, il y a po­ten­tiel­le­ment la mort. On l’a res­sen­ti. Ce sont des gens qui sont confron­tés à des réa­li­tés vio­lentes alors qu’ils évo­luent dans un cadre tout à fait clas­sique.”

Ma­thieu Kas­so­vitz: “À part les hommes qui consti­tuent la di­rec­tion, on n’a ja­mais vrai­ment su à qui on par­lait. On au­rait dit que l’on s’adres­sait à des re­pré­sen­tants en com­merce qui di­saient des choses sans trop les dire. À chaque fois, je pen­sais qu’ils de­vaient se mar­rer en me par­lant: ‘Le con, il est en train de nous croire.’ En­fin, s’ils ne nous ont ja­mais dit si ce que l’on ra­con­tait était vrai, ils ne nous ont ja­mais dit non plus que c’était faux. C’est peut-être un signe.”

Alex Ber­ger: “On a aus­si ob­te­nu de la DGSE que notre chef dé­co­ra­teur vi­site leurs bu­reaux. Il a pu faire un tour, voir la salle de crise, sans rien prendre en pho­to.”

Pa­trick Du­rand (chef dé­co­ra­teur): “J’ai de­man­dé à voir cer­taines par­ties des bu­reaux que l’on sou­hai­tait uti­li­ser comme dé­cors: les salles de veille, d’ana­lyse, les pièces oc­cu­pées par la di­rec­tion. J’ai sim­ple­ment ap­por­té un ru­ban à me­sure pour re­te­nir les di­men­sions. On m’a dit de le lais­ser à l’en­trée: pour les agents de la DGSE, c’était consi­dé­ré comme le pre­mier ins­tru­ment de ren­sei­gne­ment. Je suis donc en­tré à la DGSE sans rien, à part un car­net et un sty­lo. Lorsque je suis sor­ti, j’ai im­mé­dia­te­ment fait des cro­quis de ce que ma mé­moire avait pu re­te­nir.”

Alex Ber­ger: “Et un an plus tard, lors­qu’on a fait vi­si­ter le pla­teau de tour­nage au pa­tron de la DGSE, ce­lui-ci a été un peu in­ter­lo­qué. Il s’est de­man­dé com­ment on avait fait, il en a par­lé à son aide de camp, qui était avec lui pour sa­voir si toutes les pro­cé­dures re­la­tives à la vi­site des bu­reaux avaient été res­pec­tées sur le mo­ment. On avait tout, les mêmes or­di­na­teurs, les mêmes badges. Plus tard, on a ap­pris qu’une en­quête in­terne avait été di­li­gen­tée au sein des ser­vices.”

Pa­trick Du­rand: “Les bu­reaux ont été dis­po­sés en vis-à-vis parce que les agents tra­vaillent en col­la­bo­ra­tion, la salle de réunion a le même bleu pé­tant que dans la réa­li­té. On a choi­si les mêmes éti­quettes, les mêmes té­lé­phones spé­ciaux aus­si, que l’on a com­man­dés chez des en­tre­prises spé­cia­li­sées. Et lors­qu’il était im­pos­sible de ré­cu­pé­rer du ma­té­riel, on l’a fait faire. Aus­si, la salle de réunion des ‘étran­gers’ existe presque telle quelle, avec sa table en forme de U, ses murs boi­sés or­nés de rai­nures, et ses sous-main en cuir sur les­quels on a fait gra­ver le lo­go de la DGSE.”

Éric Ro­chant.

Les dé­cors de la sé­rie.

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