Ra­quel Gar­ri­do

Mais à quoi joue la grande gueule des Insoumis?

Society (France) - - LA UNE - PAR AN­TOINE MESTRES ET VINCENT RIOU

“Je t’em­merde.” Après deux heures d’in­ter­view, Ra­quel Gar­ri­do se lève, puis s’éclipse du fond du bar du XIIE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris où elle a don­né ren­dez-vous en cet après-mi­di d’oc­tobre pour al­ler cher­cher un peu d’air. Il était alors ques­tion du lo­ge­ment HLM oc­cu­pé à quelques en­ca­blures de là par le couple qu’elle forme avec Alexis Cor­bière. De­puis que ce der­nier a été élu dé­pu­té en juin der­nier, ils se sont vu prier par le bailleur mu­ni­ci­pal de quit­ter les lieux. Heu­reux ti­ming, voi­là jus­te­ment le conjoint qui dé­boule dans le ca­fé. “On ne trouve pas comme ça un lo­ge­ment en quatre mois pour une fa­mille de cinq per­sonnes, dé­fend-il. Tous ceux qui me donnent des le­çons ont re­çu de l’ar­gent fa­mi­lial pour ache­ter. Moi, je n’ai pas de for­tune per­son­nelle. Com­pre­nez que toute cette cam­pagne de presse contre nous est hu­mi­liante.” Fi­na­le­ment, Ra­quel Gar­ri­do vient se ras­seoir, com­mande une bière et –en avo­cate de pro­fes­sion– en re­met une couche sur l’achar­ne­ment dont elle se­rait vic­time de la part du Ca­nard en­chaî­né sur ses ar­rié­rés de co­ti­sa­tions Urs­saf et sa dette en­vers sa caisse de re­traite. “Avec toutes vos conne­ries, là, on n’au­ra pas de prêt ban­caire.”

Deux se­maines après cet in­ci­dent, le couple semble avoir quand même réus­si à bou­cler son dos­sier de fi­nan­ce­ment. Il a of­fi­cia­li­sé son fu­tur dé­mé­na­ge­ment en Seine-saint-de­nis.

Si Ra­quel Gar­ri­do est un peu à cran, c’est que la ren­trée fut in­tense. Dans une sé­quence po­li­tique qui a vu un nombre im­pres­sion­nant de nou­velles têtes émer­ger, elle a réus­si l’ex­ploit de de­ve­nir l’une des per­son­na­li­tés po­li­tiques dont on parle le plus, sans être élue. Avant la po­lé­mique du HLM, c’est son ar­ri­vée en tant que chro­ni­queuse dans l’émis­sion de Thier­ry Ar­dis­son sur C8, Les Ter­riens du di­manche, qui a al­lu­mé la mèche. Sans que l’homme en noir ne com­prenne où pour­rait être le pro­blème. “Si elle a en­vie de se faire en­tendre, mieux vaut être dans une émis­sion qui risque de bien mar­cher plu­tôt que d’avoir un haut-par­leur dans une ma­nif où il y a trois per­sonnes. Pour dé­tour­ner un avion, il faut être de­dans!” En l’oc­cur­rence, Gar­ri­do est as­sise en pre­mière classe, as­pi­rée par la les­si­veuse mé­dia­tique, à tel point que les ré­vé­la­tions du Ca­nard en­chaî­né à son su­jet sont dé­sor­mais re­layées sur le blog de Jean-marc Mo­ran­di­ni ou sur le site de Té­lé Loi­sirs. Et comme si ce­la ne suf­fi­sait pas, elle re­met ré­gu­liè­re­ment une pièce dans la ma­chine: tweets polémiques sur l’ef­fon­dre­ment d’une tri­bune du stade de foot d’amiens alors que ses consé­quences pour les vic­times sont en­core in­con­nues, clashs mé­dia­tiques avec les spi­ri­tuels Pierre Mé­nès et Gilles Ver­dez, ap­pa­ri­tions sur Snap­chat au­près du you­tu­beur Je­rem­star pour ré­pondre au Ca­nard… Tout ce­la va-t-il trop loin? Dans les rangs de la France in­sou­mise, on ne se pose plus vrai­ment la ques­tion. On a la ré­ponse. Une tête d’af­fiche du par­ti: “Avec les cadres du mou­ve­ment, on en parle, c’est un su­jet ré­gu­lier en ce mo­ment, on se dit: ‘Quelle ca­ta’, on est conster­nés à chaque nou­velle sor­tie, cer­tains com­mencent même à s’éner­ver qu’il n’y ait pas de ré­ac­tion of­fi­cielle et qu’elle puisse conti­nuer à se re­ven­di­quer porte-pa­role de la France in­sou­mise. On se de­mande où ce­la va fi­nir…” Un an­cien proche émet lui aus­si quelques ré­serves sur la “tac­tique” de Ra­quel: “Certes, il faut al­ler por­ter la bonne pa­role dans les tran­chées en­ne­mies, c’est la nou­velle stra­té­gie de la France in­sou­mise. Après, où est la ligne jaune? Quand tu rentres dans une lo­gique de spec­tacle, où est-ce que tu t’ar­rêtes?” La ques­tion de la co­hé­rence avec la stra­té­gie mé­dia­tique du par­ti est évi­dem­ment po­sée. Pour re­prendre la mé­ta­phore chère à Thier­ry Ar­dis­son: Ra­quel Gar­ri­do est-elle la bonne per­sonne à mettre dans le cock­pit d’un avion que l’on sou­haite dé­tour­ner? “Elle est en train de se construire un per­son­nage de pa­sio­na­ria mé­dia­tique et il ne faut pas qu’elle se fasse bouf­fer par ce­lui-ci. La ligne po­li­tique de la France in­sou­mise est ba­sée sur la dé­non­cia­tion des struc­tures oli­gar­chiques du pou­voir et en par­ti­cu­lier des mé­dias, c’est un rap­port fron­tal, à tel point qu’ils créent le leur. Donc elle se met en porte-à-faux, elle ne peut plus être au centre de la stra­té­gie”, ana­lyse Pas­cal Cher­ki, qui a bien connu Ra­quel Gar­ri­do à L’UNEF et à la Gauche so­cia­liste. Ra­quel, elle, as­sure avoir le cuir épais. Et re­la­ti­vise: “Fran­che­ment, il n’y a que le pe­tit mi­lieu jour­na­lis­tique pa­ri­sien qui m’agresse et me fait payer le fait d’être chro­ni­queuse.”

Après tout, pour­quoi Ra­quel Gar­ri­do se re­nie­rait-elle? Sa po­si­tion ac­tuelle est le fruit d’un tra­vail de sape. Et la consé­quence d’un pro­ces­sus en­ta­mé en 2012, lorsque Alexis Cor­bière avait émer­gé mé­dia­ti­que­ment pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, de­ve­nant un ha­bi­tué des pla­teaux. À l’époque, quand Cor­bière re­çoit dif­fé­rentes in­vi­ta­tions à la même heure, il n’hé­site pas à y ré­pondre fa­vo­ra­ble­ment, quitte à dé­cli­ner au der­nier mo­ment et à en­voyer à sa place Gar­ri­do, la­quelle se met très vite dans sa roue et “ap­prend à son tour à har­ce­ler les jour­na­listes”, dixit une vieille com­pa­gnonne de route au Par­ti de gauche, puis à la France in­sou­mise. Bonne stra­té­gie. De sep­tembre 2014 à juillet 2015, Ra­quel est in­vi­tée à par­ti­ci­per à un dé­bat heb­do­ma­daire ani­mé par Ch­ris­tophe Hon­de­latte sur BFM-TV et qui l’op­pose à la jeune conseillère de Pa­ris des Ré­pu­bli­cains, Ma­rie-laure Ha­rel. Quand elle ne squatte pas Les Grandes Gueules sur RMC… “Elle était trop fière de nous dire qu’elle y avait son rond de ser­viette”, glisse une an­cienne mi­li­tante in­sou­mise. Ra­quel Gar­ri­do, elle, se sou­vient qu’elle n’avait au dé­part rien à faire dans une émis­sion pro­gram­mée pour ac­cueillir des dé­pu­tés. “Et puis un jour, ils ont vou­lu m’in­vi­ter, ça a créé un dé­bat en in­terne, car je n’étais pas une élue, et ils ont fi­ni par se dire: ‘C’est pas pos­sible de faire au­tre­ment, il faut qu’on l’in­vite.’” Pour­quoi? “Parce que pour être in­vi­té aux Grandes Gueules, il faut com­men­cer par en être une”, sup­pose-t-elle. Un an­cien porte-pa­role d’un can­di­dat à la pri­maire de la gauche se rap­pelle, lui, avoir été “cho­qué par la conni­vence to­tale” entre le couple Cor­bière-gar­ri­do et les jour­na­listes de BFM-TV dans les cou­loirs de la chaîne. Il ra­conte que lors­qu’il af­fron­tait l’un dans un dé­bat, il était fré­quent de voir l’autre dé­bar­quer “alors qu’il n’avait au­cune rai­son d’être là, si ce n’est sa­luer les jour­na­listes, leur dire qu’il faut se réin­ven­ter mu­tuel­le­ment parce que c’est bon pour l’au­dience et donc pour tout le monde”. Il sou­pire: “Quand on est an­ti­sys­tème et qu’on tire à lon­gueur de jour­née sur ‘les mé­dias plou­to­crates’, bon…”

Entre Dray et Mé­len­chon

Tout au long de sa car­rière, Ra­quel Gar­ri­do a tou­jours mon­tré une cer­taine ap­ti­tude à faire du bruit. Au dé­but de sa pre­mière an­née de droit à Nan­terre, en 1993, celle qui étu­die par ailleurs l’art dra­ma­tique au con­ser­va­toire de Saint-ger­main-en-laye par­ti­cipe à une as­sem­blée gé­né­rale qui la convainc de mi­li­ter contre la sup­pres­sion an­non­cée de L’ALS (al­lo­ca­tion de lo­ge­ment so­ciale) par le gou­ver­ne­ment Bal­la­dur. En­car­tée nulle part, elle se re­trouve à prendre la pa­role de­vant un am­phi de 800 “ga­mins”. Gri­sée par l’adhé­sion du pu­blic à son dis­cours, elle pro­pose et fait vo­ter la grève: “Une fo­rêt de bras se sont le­vés. Sur ce, je suis al­lée au lo­cal du syn­di­cat dont je ne fai­sais pas par­tie pour le leur an­non­cer. Ils m’ont tous re­gar­dée, in­cré­dules: ‘Mais il n’y avait pas de consignes!’ Du coup, j’étais re­pré­sen­tante à la coor­di­na­tion na­tio­nale des non syn­di­qués. Un élec­tron libre, quoi!” Cette ex­pé­rience de tri­bun “dé­gonfle” ses dé­si­rs de théâtre. “J’ai vé­cu quelque chose de plus in­tense

en dé­fen­dant mon propre texte, mes propres am­bi­tions.” Forte de cet ac­ti­visme free-lance, Gar­ri­do s’ins­crit donc à L’UNEF-ID, dé­com­plexée. Des membres du bu­reau na­tio­nal du syn­di­cat étu­diant se sou­viennent qu’il ne lui a fal­lu que six mois pour de­man­der comment on fai­sait, gros­so mo­do, pour s’as­seoir à leur place. Ra­quel Gar­ri­do fe­ra à sa fa­çon: elle squatte le siège et parle fort. “À L’UNEF, il y avait des gens exas­pé­rés: ‘Elle sort d’où? Qui est cette meuf? Ar­rête de te la ra­con­ter!’ De­puis tou­jours, ses dé­trac­teurs disent que c’est ma­dame sans­gêne”, ra­conte Fré­dé­ric Hoc­quard, l’ad­joint d’anne Hi­dal­go en charge de la nuit et de la vie cultu­relle. Pas­cal Cher­ki, qui l’a ren­con­trée lors de ses pre­mières an­nées de mi­li­tan­tisme, pré­cise: “Elle avait dé­jà une haute idée d’elle-même, elle a tou­jours es­ti­mé qu’elle sor­ti­rait du rang.”

Par­cours clas­sique du pro­fes­sion­nel de la po­li­tique à gauche: après L’UNEF-ID vient le PS, un en­car­tage dont elle se sent au­jourd’hui obli­gée de se jus­ti­fier. “Je ne suis pas du tout gau­chiste dans l’âme, les grou­pus­cules, ça n’a ja­mais été pour moi. J’aime les mou­ve­ments de masse, l’idée d’ac­cé­der au pou­voir et, à cette époque-là, ça ne me sem­blait pas conce­vable de le faire avec un autre ins­tru­ment que le PS.” Dans le par­ti, elle prend le sillage de deux hommes: Jean-luc Mé­len­chon et Ju­lien Dray. Si ce der­nier re­fuse au­jourd’hui de s’ex­pri­mer à son su­jet –“Il faut lais­ser Ra­quel tran­quille”, pré­co­nise-til par tex­to–, elle prend moins de gants à son pro­pos. “On était proches parce qu’il fai­sait bande avec les jeunes. En 1993, il avait quel âge Ju­lien? Qua­rante et quelques (38, ndlr). Nous, on avait 18, 19 ans, et il re­cher­chait tout le temps notre pré­sence, il vou­lait qu’on se voie le ven­dre­di et le sa­me­di soir, et comme il avait la dé­pres­sion du di­manche soir, il vou­lait qu’on aille au ci­né­ma, il or­ga­ni­sait des par­ties de po­ker. Mais il ne m’a ja­mais conseillé un livre, il ne m’a rien ap­pris po­li­ti­que­ment. Mon rap­port à Ju­lien n’a rien eu d’in­tel­lec­tuel­le­ment mar­quant.” C’est mal­gré tout Dray qui la dé­bauche lors­qu’elle re­joint SOS Ra­cisme en 1997. Lui aus­si qui, grâce à son en­tre­gent, lui per­met d’ob­te­nir son pre­mier em­ploi chez FO en tant qu’as­sis­tante au sec­teur in­ter­na­tio­nal bi­lingue en es­pa­gnol. Mais pas fa­cile au­jourd’hui de re­ven­di­quer la fi­lia­tion avec ce­lui qui est de­ve­nu le meilleur en­ne­mi de Jean-luc Mé­len­chon. De fait, Gar­ri­do pré­fère par­ler du lea­der de la France in­sou­mise. “C’était mon chef de cou­rant à la Gauche so­cia­liste, c’est donc mon chef po­li­tique de­puis 1993. Quand il fai­sait des in­ter­ven­tions au con­seil na­tio­nal, il vous ap­pre­nait des choses po­li­ti­que­ment, c’est quel­qu’un qui vous for­çait à ré­flé­chir, à vous po­si­tion­ner.” Ce qui sur­prend le plus les an­ciens co­pains de jeu­nesse mi­li­tante, c’est de voir à quel point

“Elle est en train de se construire un per­son­nage de pa­sio­na­ria mé­dia­tique et il ne faut pas qu’elle se fasse bouf­fer par ce­lui-ci” Pas­cal Cher­ki

“Alexis et Ra­quel ont com­plè­te­ment ré­écrit leur ro­man na­tio­nal à eux”. En ef­fet, le quart de siècle de com­pa­gnon­nage, le “coup de foudre” mu­tuel, la re­la­tion qua­si pa­ter­nelle de Mé­len­chon à ceux qu’il dit ap­pe­ler ses “pe­tits ché­ris” tien­draient en grande par­tie de la fable, à en croire bien des té­moins. “Je n’ai ja­mais lais­sé croire que j’étais la meilleure amie de Jean-luc de­puis 25 ans, se dé­fend Gar­ri­do. Mais je ne suis ja­mais al­lée à la man­geoire. Je ne me suis pas ral­liée à la ma­jo­ri­té du PS, je n’ai pas né­go­cié des sièges de dé­pu­tée avec Mar­tine Au­bry, je ne suis pas al­lée dans les ca­bi­nets mi­nis­té­riels. Être mé­len­cho­niste au PS, ce n’est pas la même chose qu’être avec De­la­noë et pas­ser avec armes et ba­gages à la mai­rie de Pa­ris et com­pa­gnie.” Au­jourd’hui, quelles sont les re­la­tions entre Gar­ri­do et Mé­len­chon? Dans un ré­cent ar­ticle, Pa­ris Match ré­vé­lait, avec force off, l’exas­pé­ra­tion du troi­sième homme de la pré­si­den­tielle de­vant les sor­ties mé­dia­tiques de Gar­ri­do. Une cadre de la France in­sou­mise ap­puie: “Sa re­la­tion avec Mé­len­chon n’est pas du tout celle qu’elle veut vendre. Entre ce que JLM se sent obli­gé de dire sur son blog et ce qu’il pense en son for in­té­rieur, il y a un conti­nent. Je me sou­viens que, dé­jà en 2013-2014, il es­ti­mait qu’elle était plus une plaie qu’un atout.” À l’in­verse, la fas­ci­na­tion de Ra­quel Gar­ri­do pour son lea­der semble tou­jours in­tacte. Ma­lek Bou­tih garde ain­si un sou­ve­nir pré­cis de leur der­nière ren­contre, dans une loge de ma­quillage de BFM-TV, pen­dant une soi­rée de l’entre-deux-tours de la der­nière pré­si­den­tielle: “Je lui dis ce que je pense de la po­si­tion de ne pas choi­sir entre Ma­cron et Le Pen. Et quand elle me ré­pond, là, je vois son re­gard. Comme si elle ap­par­te­nait à l’ordre du temple mé­len­cho­niste. Dès que le su­jet du Li­der Maxi­mo est sur la table, il y a un truc flip­pant qui se passe dans ses yeux. Je la trouve re­pré­sen­ta­tive de la ra­di­ca­li­té d’une gé­né­ra­tion po­ten­tiel­le­ment por­teuse d’une vio­lence ex­tra­or­di­naire, qui porte en haine la dé­mo­cra­tie, qui ne fait pas preuve de rai­son mais de pas­sion, au sens chris­tique.” Bigre! “Je ne suis pas sec­taire, jure Ra­quel. Je suis opiniâtre dans mes op­po­si­tions, mais je laisse vrai­ment sa chance au pro­duit, à tout le monde.” Idéo­lo­gi­que­ment, une idée plus que les autres rap­proche Mé­len­chon et Gar­ri­do: la VIE Ré­pu­blique. En 2014, quand Mé­len­chon dé­cide d’en faire l’axe cen­tral de son pro­jet pour l’élec­tion pré­si­den­tielle à ve­nir, Gar­ri­do pré­side la com­mis­sion sur le su­jet au Par­ti de gauche et pu­blie même un bou­quin, Guide ci­toyen de la 6e Ré­pu­blique: pour­quoi et comment en fi­nir avec la mo­nar­chie pré­si­den­tielle. Pour au­tant, elle n’y passe pas non plus ses nuits, se­lon les té­moins. “Gar­ri­do tra­vaille très peu le conte­nu mais elle est très bonne pour le vendre.” Une cadre du Par­ti de gauche se marre en­core: “Elle ré­pé­tait en boucle cette idée: ‘On s’en fiche de ré­flé­chir à ce qu’il y a dans la VIE Ré­pu­blique, ça va se faire tout seul.’ Ça fai­sait hur­ler les mi­li­tants qui bos­saient des­sus.” Char­lotte Gi­rard, à qui on en at­tri­bue le fond tech­nique et ju­ri­dique, sa­lue tout de même “son ta­lent dans le mon­tage ar­gu­men­taire, la ma­nière dont elle a su mettre en va­leur l’idée”. Dans la fou­lée, à l’hi­ver 2014, alors que le Par­ti de gauche tra­verse une pé­riode dif­fi­cile, sans élec­tions, que les co­mi­tés lo­caux se vident et manquent de moyens, Ra­quel réus­sit “à in­tri­guer pour faire pas­ser comme prio­ri­té nu­mé­ro 1 une cam­pagne sur le droit à la ré­vo­ca­tion des élus, un de ses su­jets pré­fé­rés concer­nant la VIE Ré­pu­blique”, et passe en force pour qu’un ré­fé­ren­dum “pour ou contre le droit de ré­vo­quer des élus” soit or­ga­ni­sé. C’est son idée, elle s’oc­cupe de tout, y com­pris d’an­non­cer les ré­sul­tats. Après quatre jours de vote, Gar­ri­do sort de son cha­peau le chiffre fou de 182 212 vo­tants et fait pas­ser son ré­fé­ren­dum comme un grand suc­cès po­pu­laire. “S’il y a eu 10 000 votes sur toute la France, dé­jà…”, sou­pire un mi­li­tant. Dans la fou­lée, Gar­ri­do jus­ti­fie ai­sé­ment la ma­noeuvre en ex­pli­quant que “c’est comme ça, c’est la guerre, quoi”. Ce qui prête à sou­rire chez les mi­li­tants: “Tu dis que t’es pour la VIE Ré­pu­blique mais tu pi­peautes des ré­sul­tats…” Au­jourd’hui en­core, Ra­quel Gar­ri­do se dé­fend en di­sant que les chiffres étaient “une pro­jec­tion pré­cise avec les trois quarts des urnes dé­pouillées”, et qu’elle était “pres­sée par une jour­na­liste de France In­fo qui vou­lait un chiffre”. “C’est le plus gros évé­ne­ment de l’his­toire du Par­ti de gauche, la plus grosse cou­ver­ture mé­dia­tique, 150 pages dans la presse.” Dont elle s’em­presse

“Pour être in­vi­té aux Grandes

Gueules, il faut com­men­cer par en être une” Ra­quel Gar­ri­do

bien sûr de faire un re­cueil au for­mat PDF, ba­lan­cé à toute la boucle. “Elle s’en moque d’en­voyer les mi­li­tants au cas­se­pipe si elle y gagne”, ajoute, aga­cée, l’une d’entre eux. Des an­nées plus tard, chez Ar­dis­son, re­be­lote. Elle vante le suc­cès –fi­na­le­ment as­sez re­la­tif– de la ma­ni­fes­ta­tion du sa­me­di 24 sep­tembre der­nier contre les or­don­nances Ma­cron lors d’une émis­sion en­re­gis­trée l’avant-veille de la­dite ma­ni­fes­ta­tion, ma­noeuvre dont elle s’est jus­ti­fiée avec un tweet: “Vous avez le droit de trou­ver ri­di­cule le mé­ca­nisme du pré-en­re­gis­tre­ment. Vous n’avez pas le droit de me trai­ter de men­teuse.” Les mi­li­tants, évi­dem­ment, sont gê­nés aux en­tour­nures de voir Gar­ri­do don­ner des le­çons à lon­gueur de jour­née pour fi­nir par se faire prendre les doigts dans le pot de confi­ture.

Une his­toire de fa­mille

Tout ce­la confère à Ra­quel Gar­ri­do une po­si­tion fra­gile chez les Insoumis. “Si Ra­quel vit tant de la pa­role po­li­tique au­jourd’hui, c’est parce qu’elle n’a pas réus­si à l’agrip­per par la voie élec­to­rale”, confie un proche. Pour­tant, elle s’est sou­vent bat­tue pour être en pole po­si­tion. En 2014, pour les élec­tions eu­ro­péennes, elle joue des coudes avec Co­rinne Mo­rel Dar­leux afin d’être la pre­mière femme sur la liste in­terne au Par­ti de gauche, dans la­quelle les ca­ciques de l’or­ga­ni­sa­tion éta­blissent, dans l’ordre, les per­sonnes qu’ils veulent voir élues. “Elle n’a pas hé­si­té à faire un peu d’in­ti­mi­da­tion phy­sique lors de la Fête de L’hu­ma pour ex­pli­quer que la place lui re­ve­nait”, glisse une voix. Une autre: “Une ru­meur a été lan­cée pour dire que Co­rinne cou­chait avec l’un des res­pon­sables pour avoir ac­cès à des mis­sions d’ob­ser­va­tions à l’in­ter­na­tio­nal…” Aux for­ceps, Ra­quel l’em­por­te­ra. Elle fi­ni­ra donc nu­mé­ro 2 en Île-def­rance sur la liste Front de gauche, der­rière le com­mu­niste Pa­trick Le Hya­ric. En re­vanche, en 2015, pour les élec­tions ré­gio­nales, elle se trouve écar­tée dans le jeu in­terne par ses ad­ver­saires. Pire en­core, lors du congrès du Par­ti de gauche de la même an­née, elle se fait même “sa­quer” du se­cré­ta­riat na­tio­nal de la for­ma­tion qu’elle a par­ti­ci­pé à fon­der. En 2017, pour les lé­gis­la­tives, Gar­ri­do as­sure qu’elle n’a ja­mais réel­le­ment vi­sé une dé­pu­ta­tion, “parce qu’alexis Cor­bière était dé­jà can­di­dat et qu’il était trop com­pli­qué de me­ner de front deux cam­pagnes avec trois en­fants”. Elle dit en re­vanche avoir pro­po­sé à un jeune Insoumis, Clé­ment Bo­ny, ar­chi­tecte de 28 ans du XIIE ar­ron­dis­se­ment, d’être sa sup­pléante pour l’ai­der, avant de se ré­trac­ter. Une amie donne une autre ver­sion de l’his­toire et pré­cise que c’est “un vote des mi­li­tants qui a pla­cé Clé­ment Bo­ny can­di­dat et Ra­quel sup­pléante. Poste qu’elle re­fu­se­ra en­suite pour des ques­tions de dé­compte du temps de pa­role, qui au­rait dis­sua­dé les mé­dias de l’in­vi­ter”. “Comme la se­conde place ne va­lait rien, elle a pré­fé­ré gar­der les mé­dias”, ajoute-t-elle. Ra­quel en­caisse, le plus sou­vent en si­lence. Cette amie s’étonne d’ailleurs qu’“avec tous les coups de pute in­croyables qu’elle a su­bis”, elle n’ait rien dit, “sa­chant qu’elle a des dos­siers sur tout le monde, elle a l’arme ato­mique! Si elle n’a ja­mais ap­puyé, c’est qu’elle est loyale, y com­pris avec ses en­ne­mis dans le mou­ve­ment. C’est triste parce que c’est quel­qu’un qu’on veut mettre à l’écart, que les autres n’ar­rivent pas à tuer, mais qui se tue toute seule d’une cer­taine ma­nière, en s’ex­po­sant dans les mé­dias de cette fa­çon. J’ai peur que ça la dé­truise”. De­puis qu’il sait que la soeur Gar­ri­do, Ta­tia­na, a ten­té sa chance à The Voice au Ca­na­da, Ar­dis­son se dit d’ailleurs que c’est un ata­visme fa­mi­lial: “Il faut être hon­nête, on n’en­dure pas tout ça si on n’a pas en­vie d’être cé­lèbre.”

Et si on ha­bi­tait ici?

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