Riad Sat­touf

Le qua­trième tome de la bande des­si­née L’arabe du fu­tur est aus­si drôle que les pré­cé­dents et au­ra pro­ba­ble­ment au­tant de suc­cès. Ce qui n’en fi­nit pas d’éton­ner son au­teur, Riad Sat­touf, an­cien ado fra­gile et imi­ta­teur contra­rié.

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR EM­MA­NUELLE ANDREANI ET SYL­VAIN GOU­VER­NEUR PHO­TOS: FRAN­KIE ET NIKKI POUR SO­CIE­TY

Alors que sort le qua­trième tome de L’arabe du fu­tur, son au­teur ra­conte la ge­nèse de la BD phé­no­mène, sa ges­tion du suc­cès, et re­vient sur ses jeunes an­nées de type pas vrai­ment vi­ril.

L’arabe du fu­tur est le plus gros suc­cès BD de ces der­nières an­nées. Vous sa­vez com­bien vous en avez ven­du? Je crois que c’est 1,5 mil­lion en France, se­lon mon édi­teur! Le tome 4 (sor­ti le

27 sep­tembre, ndlr) a été im­pri­mé à 250 000 exem­plaires, il me semble. C’est vrai­ment beau­coup pour un pre­mier ti­rage. J’an­goisse.

Vous vous y at­ten­diez? Fran­che­ment, non. Je me suis lan­cé dans cette sé­rie après mon film Ja­cky au royaume

des filles, qui n’a pas du tout mar­ché et a eu de très mau­vaises cri­tiques. Je me rap­pelle: pen­dant la pre­mière pro­jec­tion au Fo­rum des images, à Pa­ris, il y avait des jour­na­listes qui twee­taient: ‘Oh c’est de la merde, une ca­tas­trophe’ PEN­DANT le film ; et moi, je pen­sais: ‘J’ai bos­sé pen­dant quatre ans sur ce film comme un ma­lade et les mecs, ils tweetent avant même d’avoir vu la fin.’ Ça m’a trau­ma­ti­sé. Après cet échec, plus grand monde ne m’a ap­pe­lé...

À ce point-là? Oui, oui. Je ne pou­vais plus faire de film, et dans le même temps, je n’avais pas vrai­ment gar­dé de contact avec les édi­teurs de BD, mes livres ne mar­chaient pas tel­le­ment et je m’étais ar­rê­té long­temps pour faire du ci­né­ma. Mais Guillaume Al­la­ry, un de mes pre­miers édi­teurs, chez Ha­chette –qui, lui, m’ap­pe­lait tou­jours, en re­vanche–, m’a dit: ‘Je songe à lan­cer ma mai­son d’édi­tion. Est-ce que tu me sui­vrais si je le fai­sais?’

Et comme je l’aime beau­coup, j’ai dit oui tout de suite.

L’idée de L’arabe du fu­tur vous est ve­nue ra­pi­de­ment? J’y pen­sais de­puis long­temps. Étu­diant, j’avais fait des pages où je ra­con­tais que j’étais un pe­tit gar­çon blond, je par­lais de ma grand­mère sy­rienne… J’avais aus­si fait un film en images fixes quand j’étais en école d’ani­ma­tion aux Go­be­lins, comme, entre guille­mets, Ch­ris Mar­ker. Ça se pas­sait en Sy­rie, il y avait dé­jà les mai­sons in­ache­vées avec les trucs en fer qui dé­passent et tout. Mais je n’osais pas af­fron­ter cette his­toire de plein fouet. Sauf que là, comme j’étais ter­ro­ri­sé à l’idée que l’on me re­tire la pos­si­bi­li­té de faire des BD, je me suis dit: ‘S’il y a une bande des­si­née que tu dois faire avant d’ar­rê­ter pour tou­jours, c’est celle-là.’

J’ai bos­sé comme un fou, je ne dor­mais pas… et le livre a été un suc­cès tout de suite. Fi­na­le­ment, je dois l’im­pul­sion de L’arabe du fu­tur à l’échec de Ja­cky au royaume des filles.

Bien avant, vous aviez aus­si eu un pro­jet qui s’ap­pe­lait L’arabe de l’es­pace, non? Si, quand j’ai dé­bu­té, en 2002. C’était une BD d’an­ti­ci­pa­tion co­mique. Tous les Arabes ha­bi­taient sur Mars, et ça ra­con­tait l’his­toire de Mah­moud Ben Fu­tu­rix, un dé­tec­tive pri­vé qui en­quê­tait sur des femmes qui trom­paient leurs ma­ris avec des ro­bots, etc. Ça a été re­fu­sé par­tout. On m’avait aus­si re­fu­sé La Vie se­crète des jeunes, Pas­cal Bru­tal…

On vous a re­fu­sé Pas­cal Bru­tal? Mais oui! Ça n’a ja­mais été to­ta­le­ment évident pour moi. Après l’échec de Ja­cky, j’étais ter­ro­ri­sé à l’idée que les gens se re­mettent à me dire: ‘Hum, non

dé­so­lééééé’ à chaque nou­veau pro­jet... C’est aus­si l’une des rai­sons de mon as­so­cia­tion avec Guillaume! Je lui ai po­sé une seule condi­tion: on se lan­çait en­semble dans l’aven­ture mais je de­vais être le seul au­teur de BD de sa mai­son. Je ne vou­lais pas être dans une écu­rie, parce que quand il y a d’autres au­teurs de BD, les édi­teurs te disent: ‘On ne peut pas faire ça pour toi, si­non il faut qu’on le fasse pour tous les autres.’ Et fi­na­le­ment, tout le monde a des condi­tions nazes... Et puis ce n’est ja­mais sur le mec qui s’ap­pelle Sat­touf que l’on met­tra le pa­quet. Il y a tou­jours un autre type qui fait une BD cen­sée être mieux, plus ai­mée...

Mais vous avez re­çu un prix à An­gou­lême en 2010 pour le tome 3 de Pas­cal Bru­tal. Oui, et c’est la pre­mière fois que j’ai re­çu des lettres ra­cistes et d’in­sultes, genre: ‘Fils de pute, pé­dé de merde, c’est ma­chin qui au­rait dû avoir le prix gna­gna­gna!’ C’était sû­re­ment d’autres au­teurs de BD qui m’en­voyaient ça, ha ha! En plus de ça, nor­ma­le­ment, un prix à An­gou­lême, ça doit pro­fi­ter au livre, mais l’édi­teur n’avait pas du tout pré­vu que je puisse en avoir un, d’au­cune fa­çon. Donc il n’y avait au­cun stock. Toute l’équipe par­tait en va­cances après An­gou­lême. J’ai eu le prix, puis tout le monde est par­ti se re­po­ser. Le livre a été épui­sé pen­dant quatre mois, sans que per­sonne ne pense à lan­cer une ré­im­pres­sion ni à mettre un ban­deau. J’avais le per­son­nage le plus vi­ril du monde, et il avait la plus in­tense lose dont on puisse rê­ver. Et quand l’édi­teur a fi­ni par le ré­im­pri­mer, il y avait des li­braires qui en­le­vaient le ban­deau et le met­taient sur l’al­bum dont ils pen­saient qu’il au­rait dû ga­gner en écri­vant des­sus: ‘NOTRE PRIX’. C’était très hu­mi­liant. Alors, pour re­ve­nir à la ques­tion du dé­but: non, je n’avais pas ima­gi­né avoir un jour au­tant de suc­cès avec L’arabe du fu­tur.

À vos dé­buts, vous étiez dans un ate­lier avec Joann Sfar, Ch­ris­tophe Blain et Ma­thieu Sa­pin, rue d’avron dans le XXE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, et tout le monde a réus­si de fa­çon un peu ma­gique. À l’époque, Émile Bra­vo –qui est un im­mense au­teur et mon maître– s’était in­té­res­sé à mes pre­miers scé­na­rios. Il était gen­til, il m’en­cou­ra­geait, me conseillait, il avait pi­tié, en fait. Comme je tra­vaillais dans une toute pe­tite pièce, près de mon lit, il avait par­lé de moi à Joann et Ch­ris­tophe. C’est comme ça que je les ai ren­con­trés. Moi, j’ad­mi­rais les des­sins de Ch­ris­tophe. Quand je l’ai vu des­si­ner, c’était comme être dans un ate­lier avec Dieu. Joann, lui, avait dé­jà fait Le Chat du rab­bin, on l’en­ten­dait par­ler par té­lé­phone à son édi­teur et dire (il imite Sfar): ‘At­tends, on ré­im­prime en­core? C’est dingue! On a dé­pas­sé les

50 000?’ Ils fai­saient tous des BD de genre. Et moi, je ne vou­lais pas être un sous-eux. Il fal­lait que je trouve mon propre che­min. Or, au­cun d’entre eux ne s’in­té­res­sait au monde réel. C’est là que je me suis dit que j’al­lais trai­ter notre époque. J’ai fait

Les Pauvres Aven­tures de Jé­ré­mie, et je suis un peu en­tré dans la ca­té­go­rie ‘BD sur le réel’. Il y a tout un pan de la bande des­si­née amé­ri­caine qui ex­ploite cet uni­vers, genre on ra­conte notre pe­tit quo­ti­dien, com­ment on se mas­turbe dans notre lit le soir... Je l’ai dé­cou­vert après, j’avoue!

Les his­toires de mas­tur­ba­tion, ce n’était pas ven­deur à l’époque? Pas plus au­jourd’hui…

Et pour­tant, c’est ce qui vous a fait connaître: l’ob­ser­va­tion crue de la jeu­nesse et de l’ado­les­cence. À un mo­ment, Sfar est de­ve­nu édi­teur chez Bréal. Il a lan­cé une pe­tite col­lec­tion de livres jeu­nesse un peu pro­voc’, pas vrai­ment pour jeunes. Je lui ai pro­po­sé Ma cir­con­ci­sion et Ma­nuel du

pu­ceau, des livres pleins de gros mots et de conte­nu à ca­rac­tère sexuel. Les deux ont eu des pro­blèmes avec la cen­sure, via la Com­mis­sion de sur­veillance et de contrôle des pu­bli­ca­tions des­ti­nées à la jeu­nesse. J’étais même al­lé chez les flics, parce que c’était un ‘conte­nu in­adap­té à un lec­to­rat jeune’.

Il s’était pas­sé quoi? La plu­part des membres de cette com­mis­sion étaient très proches des va­leurs tra­di­tion­nelles, très ca­thos. Il y avait une femme qui fai­sait des crèches vi­vantes à Noël. Une autre –je ne sais plus son nom, j’avais pour­tant es­sayé de le re­te­nir pour pou­voir dire du mal d’elle– qui avait dit dans son compte ren­du de lec­ture: ‘C’est un livre pro­fon­dé­ment in­sul­tant en­vers les Cim­mé­riens et la cul­ture cim­mé­rienne!’ Parce que dans Ma cir­con­ci­sion, je ra­conte com­ment, en­fants, on se pre­nait pour des Cim­mé­riens, le peuple fic­tif du film Conan le

bar­bare. Un des mecs de la com­mis­sion m’a quand même dé­fen­du:

‘Mais les Cim­mé­riens, c’est dans Conan le bar­bare, ils n’existent pas!’, et l’autre: ‘Ah

c’est pas un peuple de Sy­rie?’ Fi­na­le­ment, toutes les pour­suites ont été an­nu­lées après des ar­ticles po­si­tifs dans Li­bé. C’est là que j’ai ren­con­tré Guillaume Al­la­ry, chez Ha­chette. Il m’a pro­po­sé de faire un livre de re­por­tage. Et je me suis dit: ‘Tiens, je vais al­ler voir dans un col­lège pa­ri­sien

très hup­pé.’ Je vou­lais voir com­ment les en­fants de ces gens-là se com­por­taient entre eux, si vrai­ment j’exa­gé­rais quand je fai­sais le Ma­nuel du pu­ceau, en par­lant des ados, de leurs ob­ses­sions, de leur vio­lence, etc. Parce que c’était ce que la com­mis­sion re­pro­chait au livre. Et ça a don­né Re­tour

au col­lège, qui a en­gen­dré Les Beaux Gosses.

Qu’est-ce qui vous in­té­resse au­tant chez les jeunes? C’est dur à dire… Peut-être la fa­çon dont la vio­lence se trans­met entre adultes et en­fants. J’ai lu beau­coup de psy­cha­na­lyse, ça m’in­té­resse énor­mé­ment de sa­voir quels in­di­vi­dus élèvent quels types d’in­di­vi­dus et com­ment, par tel com­por­te­ment, on va fa­çon­ner un en­fant. Un en­fant qui frappe a-t-il for­cé­ment été frap­pé? Ce sont des ques­tion­ne­ments so­cio­lo­giques que je vou­lais ob­ser­ver dans le monde réel, par rap­port à mon ex­pé­rience d’ado­les­cent. Ça a été très tôt un su­jet, pour moi.

Il y avait beau­coup de vio­lence dans votre jeu­nesse en Sy­rie? Oui, mais cette vio­lence-là n’était pas ré­ser­vée à mon vil­lage de Ter Maa­leh. Il y en avait aus­si en France. En fait, c’était le même type de vio­lence, le même type de com­por­te­ments, alors qu’il y avait des ten­ta­tives d’édu­ca­tion dif­fé­rentes. Et c’était pas­sion­nant à ob­ser­ver, même si ça l’était moins à vivre.

Il n’y avait pas de vio­lence de la part de l’ins­ti­tu­tion sco­laire en France, pour­tant. Alors ça, c’est très in­té­res­sant, parce que je ren­contre sou­vent des per­sonnes âgées qui viennent me dire: ‘Vous sa­vez, moi, dans mon école com­mu­nale, notre ins­ti­tu­teur nous ta­pait des­sus avec un

bâ­ton.’ Avant Mai-68, en France, c’étaient des écoles non mixtes avec des profs qui gi­flaient les élèves. On l’ou­blie.

Les scènes que vous dé­cri­vez dans La Vie se­crète des jeunes, que vous avez pu­blié en feuille­ton dans Char­lie Heb­do, sont toutes réelles. Com­ment vous y pre­niez-vous? À l’époque, j’ha­bi­tais à Ré­pu­blique, à Pa­ris, je pre­nais le mé­tro tous les jours et j’al­lais au KFC ou au Mc­do. Il suf­fi­sait d’écou­ter les dis­cus­sions des gens, c’était in­croyable. Je me rap­pelle un ga­min qui était avec son père au pre­mier étage du

“Ça m’in­té­resse beau­coup de sa­voir com­ment on va fa­çon­ner un en­fant. Par exemple, un en­fant qui frappe a-t-il obli­ga­toi­re­ment été frap­pé? ”

Mc­do de Ré­pu­blique. Ça sur­plom­bait la place, le père était là, son fils man­geait son Hap­py Meal. Le père ne par­lait pas et le ga­min, comme un ro­bot, nom­mait toutes les marques des ba­gnoles qui pas­saient dans la rue. On sen­tait qu’il avait sans doute ob­te­nu l’amour de son père en s’in­té­res­sant aux en­gins, ou un truc comme ça. Son père re­gar­dait dans le vide et lui es­sayait de lui mon­trer qu’il va­lait le coup (il prend une voix d’en­fant): ‘Clio II, Clio III, Au­di, Au­di TT, Es­pace… Es­pace die­sel, non pas die­sel… es­sence, Ford Fies­ta… Fies­ta… Fies­ta 88.’ Ce sont des scènes que l’on ne peut pas in­ven­ter, et je trouve qu’elles portent en elles un sens, elles disent des choses sur la re­la­tion entre les in­di­vi­dus et, ain­si, sur la so­cié­té en en­tier.

Il y a des gens qui se sont re­con­nus dans vos BD? Une fille, une fois, dans une his­toire pas très sym­pa, en plus. Je l’avais faite vrai­ment très moche, elle l’était moins en vrai. Elle par­lait d’un mec qui avait gra­vé une tête de Ros­well, l’ex­tra­ter­restre, sur sa table et c’était ‘trop

mys­té­rieux’ parce que quand ils fu­maient des joints, ils avaient des vi­sions en re­gar­dant la tête de Ros­well. Elle m’avait écrit sur mon site in­ter­net (il l’imite): ‘Whaa c’est chauuuud pu­tain j’ai vu la page dans Chaaar­lie lààà eh mais c’est moi, et le gars il s’ap­pelle pas… –il avait un nom bre­ton et je m’étais trom­pé dans le

nom bre­ton– eh mais je ne res­semble pas à ça quand même…’ Elle avait trou­vé ça mar­rant, elle ne m’en avait pas vou­lu.

On a l’im­pres­sion que vous pré­fé­rez des­si­ner les moches. Il y a as­sez peu de gens beaux dans vos oeuvres, ou alors ils sont as­sez vul­gaires ou ri­di­cules. La beau­té, c’est très sub­jec­tif. La ma­jo­ri­té des ac­teurs amé­ri­cains bel­lâtres d’au­jourd’hui, sont, pour moi, des sortes de bar­men de boîte de nuit bran­chée avec vrai­ment peu de ta­lent, ils sont juste at­ti­rants phy­si­que­ment pour les autres. Je trouve qu’ils ont des ex­pres­sions de dé­biles lé­gers... Alors, je ne veux pas du tout dire du mal des dé­biles, mais par exemple, dans Aven­gers, à un mo­ment, ils sont dans un avion ou je ne sais plus quoi, et il y a un blond, il a vrai­ment une tête in­croyable, on le voit ar­ri­ver, il s’ap­proche comme ça, le met­teur en scène a mis sa ca­mé­ra de face, le mec fait un mou­ve­ment de main vers l’avant parce qu’il a un pou­voir de té­lé­ki­né­sie (il avance sa main

et se met à lou­cher) et en fait, il a l’air in­croya­ble­ment stu­pide et on est cen­sés y croire? Je trouve ça hi­la­rant de nul­li­té.

Vous dé­tes­tez les ac­teurs, en fait… Pas du tout, je les adore! Mais ce n’est pas parce qu’on est sé­dui­sant et at­ti­rant sexuel­le­ment que l’on est ac­teur... J’ai tra­vaillé avec un de mes ac­teurs pré­fé­rés au monde, Di­dier Bour­don, dans Ja­cky

au royaume des filles. Vrai­ment, je l’aime de­puis tou­jours. C’est un des plus grands. Il a une force d’évo­ca­tion unique. Di­dier Bour­don, il a in­ter­pré­té dans des sketchs des ac­teurs amé­ri­cains, fran­çais, de tous les genres et styles, et je ne peux plus re­gar­der quel­qu’un qui joue un rôle sans pen­ser que Di­dier Bour­don se­rait meilleur et beau­coup plus in­té­res­sant que lui dans ce rôle. Il a mo­de­lé ma fa­çon de voir les choses, c’est une grande in­fluence pour moi. Sou­vent, on voit des films avec des ac­teurs cé­lèbres qui font un rôle de ‘com­po­si­tion’ –ils se sont lais­sés pous­ser une mous­tache, ils ont une es­pèce de per­ruque et ils re­gardent l’ob­jec­tif avec sé­rieux, on sent qu’ils rêvent de leur Cé­sar– et je me dis tou­jours: ‘Pu­rée, mais ils sont tel­le­ment moins bons que Di­dier Bour­don!’ Mais au-de­là du fait que les ac­teurs d’aven­gers ont l’air con, on a l’im­pres­sion que la lai­deur vous émeut plus que la beau­té. C’est sur­tout que les gens consi­dé­rés comme beaux, j’ai du mal à les trou­ver beaux. Par exemple, Ryan Gos­ling: en fait, il res­semble au mec qui fai­sait de la voile et étu­diait à Saint-vincent, à Rennes. Des types blonds, grands, bien nour­ris, lé­gè­re­ment prog­nathes, comme ça (il mime) avec une es­pèce de mèche, ils font de la ré­gate le week-end... Alors on leur met un blou­son pour faire bad boy et un faux ta­touage, mais en fait ce sont juste les mecs de Saint-vincent dé­gui­sés pour moi, je n’y crois pas du tout. C’est peut-être ça: j’ai beau­coup de mal à croire à un mythe com­mun que l’on vou­drait nous of­frir, et la beau­té en fait par­tie.

La vi­ri­li­té aus­si? Pas­cal Bru­tal était une ma­nière de ri­di­cu­li­ser les ar­ché­types de mas­cu­li­ni­té que j’ob­ser­vais. Le per­son­nage est ex­trê­me­ment dis­gra­cieux, et c’est fait ex­près. Dans le livre, tout le monde est là ‘Pu­tain t’es trop

beau, oh là là’, en train de lui lé­cher son gros nez dé­gueu­lasse. Et c’est vrai­ment ce que je res­sen­tais quand je voyais des filles dont j’étais amou­reux em­bras­ser des mecs ignobles que tout le monde trou­vait su­perbes.

Les BD, c’est une fa­çon de se ven­ger de l’ado­les­cence? Face à ces mecs-là, je me di­sais: ‘Mais pour­quoi lui? C’est un

nul­lard!’ C’est la fa­çon dont moi je les voyais, vrai­ment. J’ai un peu par­lé de ça dans L’arabe du fu­tur 4, par exemple, avec le mec qui m’imite tout le temps en se mo­quant de ma voix ef­fé­mi­née en classe. Mais je ne veux plus me ven­ger main­te­nant, je leur en veux moins, parce que moi aus­si j’ai hu­mi­lié des gens. Je me mo­quais de mon frère, j’étais hy­per­cruel. Je le fai­sais parce qu’on me vic­ti­mi­sait, sans doute. Pour me sen­tir re­mon­ter dans mon es­time, j’al­lais em­mer­der d’autres gens.

Vous avez dit qu’un des dé­clen­cheurs de L’arabe du fu­tur était la vo­lon­té de vous ven­ger des gens de la pré­fec­ture. Oui, c’est vrai. J’ai eu beau­coup de mal à ob­te­nir des do­cu­ments lé­gaux pour ai­der une par­tie de ma fa­mille qui ha­bi­tait en­core en Sy­rie au dé­but du conflit. Je me suis dit: ‘Il faut que je ra­conte cette his­toire de­puis le dé­but parce que je n’en peux plus que per­sonne n’en ait rien à faire.’ (Il marque une pause) Je suis cu­rieux de sa­voir com­ment les lec­teurs vont prendre le tome 4...

Ça vous pré­oc­cupe, les re­tours des lec­teurs? La pre­mière ren­contre pu­blique pour la sor­tie du pre­mier vo­lume, c’était à Saintma­lo. J’ai sen­ti qu’il se pas­sait quelque chose. Ce n’était pas du tout le même pu­blic que d’ha­bi­tude, c’étaient des ma­mans comme la mienne, d’un cer­tain âge, qui ne fai­saient pas par­tie de mon pu­blic ha­bi­tuel. Je me suis dit: ‘Mais c’est

dingue, ça les in­té­resse?!’ Et je me rap­pelle quand mon édi­teur m’a ap­pe­lé un ma­tin et m’a dit: ‘Écoute, ça marche vrai­ment, les lec­teurs adorent, on en ré­im­prime

100 000.’ En quinze ans de car­rière, je n’avais ja­mais dé­pas­sé les 20 ou 30 000. Après ce coup de fil, je suis sor­ti de chez moi, j’ai ou­vert la porte et c’est comme si j’avais po­sé un gros sac par terre. Je ne l’avais plus sur le dos. Il y avait un truc, vrai­ment, de li­bé­ra­tion. Le sen­ti­ment d’avoir été com­pris. Pour moi, le suc­cès, c’était ça: beau­coup de gens vont le lire et vont le par­ta­ger, en par­ler, vivre des émo­tions et m’en par­ler après, pas juste quelques ini­tiés.

Vous n’avez pas peur de de­ve­nir un ‘au­teur consen­suel’? Peut-être que des gens trouvent ça sus­pect, et c’est nor­mal après tout: quand il y a un suc­cès très im­por­tant, il y a for­cé­ment un truc bi­zarre der­rière, un ni­vel­le­ment par le bas… Bon, c’est vrai que j’ai des scores de sa­tis­fac­tion de dic­ta­teur. Mais de temps en temps, il y a des voix dis­cor­dantes. Par exemple, j’aime bien faire des ren­contres pu­bliques, j’en fais très sou­vent, c’est comme des mee­tings po­li­tiques, je suis comme un homme po­li­tique avec mon peuple qui m’adore, mais par­fois, j’ai des gens qui m’in­ter­pellent pour dire: ‘Alors, je n’ai pas lu votre livre en en­tier mais vous vé­hi­cu­lez les pré­ju­gés ra­cistes sur le monde arabe.’ Et qu’est-ce que vous ré­pon­dez? Une fois, avant une ren­contre, je vois un type âgé qui ar­rive, avec des che­veux très blancs. Il m’ex­plique qu’il est prof d’uni­ver­si­té, d’ori­gine li­byenne. Il res­semble à mort à mon père, il a le même par­cours. Il me dit: ‘Je vou­lais vous dire: j’ai gran­di dans le monde arabe et j’ai lu vos livres. Vrai­ment, cha­peau. Moi, je le fais lire à tout le monde, hein. Je dis: ‘Si vous vou­lez sa­voir com­ment c’était, li­sez-le.’ Et vous sa­vez ce qu’ils me disent, les en­fants? Ils me disent: ‘Pa­pa, t’es comme le père de Riad. T’es le même!’’ Et puis, on fait la ren­contre, et à un mo­ment, un mec se lève et dit: ‘Ex­cu­sez-moi, j’ai été pro­fon­dé­ment cho­qué par la ma­nière dont vous re­pré­sen­tez le monde arabe, est-ce que vous ne vé­hi­cu­lez pas des cli­chés gna­gna­gna,

etc.?’ Alors je com­mence à ré­pondre en di­sant que c’est ma vie et pa­ta­ti, et là, il y a ce prof qui se lève et il m’en­gueule, moi: ‘Qu’est-ce que tu fais à ré­pondre à ce connard, là? Tu ne lui ré­ponds pas! Tu ne

vas pas te jus­ti­fier! Il n’y connaît rien!’ Alors

de­puis, je ne ré­ponds plus rien.

C’est vrai que vous des­si­nez une image très noire de la Sy­rie et du monde arabe… Je ra­conte ma vie, je ne parle que de ce que j’ai vu! Mon vil­lage de Ter Maa­leh. Je n’ai pas l’im­pres­sion d’épar­gner la Bre­tagne, non plus... Par exemple, en Bre­tagne, chez ma mère, je ra­conte com­ment une vielle pay­sanne tuait ses chats, exac­te­ment de la même fa­çon que les gens tuaient les ani­maux en Sy­rie. Ou com­ment mon grand-père fran­çais te­nait des pro­pos ho­mo­phobes. Je ne pré­serve per­sonne dans cette his­toire. Je ne sais plus quoi ré­pondre à tout ça... Il y a des an­nées, j’ai eu une dis­cus­sion avec un type qui était d’ori­gine al­gé­rienne, il était né et avait

“Je n’ai ja­mais pris de drogue de ma vie. En­fin, un peu de can­na­bis, pour faire comme Moe­bius. Je croyais que j’al­lais voir des di­men­sions pa­ral­lèles. Mais je n’ai eu au­cune vi­sion, juste en­vie de dor­mir et de vo­mir”

gran­di en France. À un mo­ment, il m’a dit: ‘Mais toi, pour­quoi tu t’ap­pelles Riad?’ Et moi, j’ai ex­pli­qué: ‘En fait, mon père est sy­rien et ma mère est fran­çaise, etc.’ Et il a ré­pon­du: ‘Ah ouais d’ac­cord, t’es pas un vrai Arabe, en fait.’ Et je me di­sais: ‘Mais je suis tel­le­ment un mil­liard de fois plus arabe que lui! Il a gran­di en France, il ne sait même pas par­ler l’arabe, et il me pompe l’air une fois de plus avec cette his­toire des ori­gines...’ Il m’en­le­vait le fait d’être arabe. C’est pour ça que j’adore faire L’arabe du fu­tur. Parce que je me dis: ‘Si moi, je ne ra­conte pas la Sy­rie telle que je l’ai vue et vé­cue, per­sonne n’ose­ra le faire.’ Vous don­nez le sen­ti­ment d’être très dé­ta­ché par rap­port à ce que vous avez vé­cu alors que ce que vous ra­con­tez est d’une vio­lence ex­trême, en par­ti­cu­lier dans le nou­veau vo­lume. J’ai tou­jours été fas­ci­né par la vio­lence, les films su­per­vio­lents. Je dé­tes­tais les su­per-hé­ros amé­ri­cains parce que ce n’était pas as­sez violent. Les mecs étaient en col­lants et les mé­chants s’ap­pe­laient les ‘su­per-vi­lains’. C’est tel­le­ment nul! Moi, je vou­lais que les mecs s’ar­rachent des bras, j’ai­mais Ken le sur­vi­vant.

Pour­tant vous ne sem­blez pas violent… Je pense que j’au­rais pu l’être si j’avais été ba­ra­qué. Je crois que toute ma vio­lence, je l’ai mise dans mes livres. Mais je ne me suis ja­mais bat­tu. J’ai tou­jours fui, sup­plié que l’on ne me fasse pas mal, don­né toutes mes af­faires pour que l’on me laisse vi­vant… Parce que j’ai été pris dans des di­zaines de pro­vo­ca­tions, hein. Quand on marche voû­té et que l’on a des bou­tons, dans la rue, on a une éti­quette mar­quée ‘proie’ au-des­sus de sa tête.

Dans L’arabe du fu­tur, vous ra­con­tez aus­si ce­la: le fait que votre en­tou­rage, votre père et votre grand-père, mettent en doute votre vi­ri­li­té en per­ma­nence. Oui, mon grand-père fran­çais était ter­ro­ri­sé à l’idée d’avoir un pe­tit-fils ‘pé­dé’. Ce­la me com­plexait, car je me di­sais: ‘Mais si j’étais ho­mo, en fait? Ça vou­drait dire quoi? Ils me re­jet­te­raient? On ne choi­sit pour­tant pas ce qu’on est...’ Quand on est en­core un pe­tit ani­mal im­par­fait comme on l’est quand on est ado­les­cent, il y a une ru­desse dif­fi­cile à vivre.

Au­jourd’hui, vous en êtes où par rap­port à ça? Cet été, j’étais en va­cances, j’ai ap­pe­lé un res­tau­rant et une femme a dé­cro­ché. J’ai de­man­dé à ré­ser­ver une table pour deux per­sonnes. Elle m’a ré­pon­du (il imite sa voix): ‘Bon­jour ma­dame. Alors je vais re­gar­der ça…’ Et puis dans la conver­sa­tion, je lui ai dit: ‘Mon nom, c’est Mon­sieur Sat­touf.’ Et là, elle en a fait des caisses: ‘Han oh là là, je suis vrai­ment dé­so­lée!’ C’est comme si pour elle, c’était une su­prême in­sulte de m’avoir dit que j’avais une voix de femme. J’ai dit: ‘Non mais ce n’est pas grave, on me le fait tout le temps, ça ne me dé­range pas du tout.’ Pour moi, ce n’était pas une in­sulte, quoi.

Vous imi­tez bien les gens, dites-donc. C’est vrai? J’adore l’imi­ta­tion. En fait, chaque ca­té­go­rie so­ciale a une fa­çon de par­ler… Et là, at­ten­tion, je vais dire un truc pas du tout bran­ché: j’ido­lâtre Laurent Ger­ra! Ah oui? Pour moi, c’est le meilleur imi­ta­teur qui soit. Bon, il a un hu­mour par­fois de droite, tout ça, c’est mal vu par un cer­tain pan de la cul­ture, mais c’est un gé­nie. Par exemple, dans son spec­tacle, à un mo­ment, il imite Reg­gia­ni, et on sent qu’il l’aime, qu’il l’a vu, qu’il ne le fait pas du tout pour se mo­quer de lui, et on le re­garde, et pour moi, c’est comme si j’avais vu Reg­gia­ni en concert. Il trans­met une vraie vi­sion, c’est quelque chose de pro­fond. Je suis ad­mi­ra­tif de ça, le fait de com­prendre les choses de l’in­té­rieur et pas seule­ment de la sur­face, et trans­mettre une vi­sion. (Les pho­to­graphes in­ter­rompent l’en­tre­tien pour dire qu’ils l’at­tendent de­hors) Vous croyez qu’ils veulent me faire faire des trucs fan­tai­sistes? Parce que je vais leur dire non, mais il ne faut pas qu’ils se vexent. Les pho­to­graphes bran­chés ar­rivent tou­jours avec des idées créa­tives et j’ai tel­le­ment hor­reur de ça! J’ai eu un ar­ticle dans le New Yor­ker où je de­vais tout ac­cep­ter parce que c’était le New

Yor­ker. Ils avaient em­bau­ché un su­per­bon pho­to­graphe ve­nu d’al­le­magne, qu’ils

avaient dû payer une for­tune, et ils avaient loué un im­mense stu­dio pho­to, et là le mec est ar­ri­vé et, tout de suite, il m’a dit (il prend un ac­cent al­le­mand et une voix très grave): ‘Hel­lo Riad, my name is Olaf, are you OK to wear a Djel­la­ba?’ Moi,

je lui ai dit: ‘No no, sor­ry not pos­sible.’ Il a fait un peu la tête il m’a dit: ‘Oh, it’s ve­ry fun­ny, be­cause when I pho­to­gra­phed Phi­lip Roth, he en­te­red the room, he loo­ked at me

and I said: ‘Hel­lo Mr Roth, could you…’, and he said: ‘No no, you have ten mi­nutes, pho­to­graph me and that’s it.’ Main­te­nant, je crois que j’ai en­vie de faire comme Phi­lip Roth et de dire (voix grave et froide): ‘Bon­jour, vous avez deux mi­nutes.’

Ça a chan­gé votre vie, le suc­cès, l’ar­gent, la cé­lé­bri­té? C’est mar­rant parce que je crois que j’ai gar­dé des ré­flexes de pauvre. Je viens d’une fa­mille où il y avait tou­jours des ga­lères d’ar­gent –ma mère n’ar­rê­tait pas de par­ler de com­ment fi­nir le mois et mon père était ob­sé­dé par le po­gnon, ra­din, il en avait un peu mais il ne vou­lait pas y tou­cher–, et j’ai tou­jours des ré­flexes de crainte. Par exemple, si je vais au res­tau­rant et que je veux un plat plus

cher qu’un autre, je me dis tou­jours, par ré­flexe: ‘At­tends… Qu’est-ce que j’ai pré­vu l’an­née pro­chaine? J’ai cette Bd-là…

Bon ça va, je peux prendre ça.’ Ce qui a chan­gé, c’est que main­te­nant, quand je vais boire des coups avec mes potes, je me dis que je peux boire dix mo­ji­tos si je veux. Alors qu’avant, je ne bu­vais que des ca­fés al­lon­gés, pas d’al­cool: c’était beau­coup trop cher.

Donc avoir de l’ar­gent, c’est avoir le droit d’être al­coo­lique? Voi­là! Avec mon pote Émile Bra­vo, main­te­nant, on a at­teint un âge où on es­saie de boire moins, mais mieux: on va prendre une bois­son plus chère pour la dé­gus­ter un peu plus. Mais en même temps, al­lez, on en boit une autre. Et une autre.

Vous avez un ca­rac­tère ad­dic­tif? Fran­che­ment, plu­tôt. Mais je n’ai ja­mais pris de drogue de ma vie. En­fin, un peu de can­na­bis, pour faire comme Moe­bius, parce que j’avais l’im­pres­sion que j’al­lais voir des di­men­sions pa­ral­lèles et faire des des­sins ma­gni­fiques comme lui. Mais je n’ai ja­mais eu de vi­sion d’au­cune sorte, juste en­vie de dor­mir et de vo­mir… Pour les autres drogues chi­miques, je ne peux pas faire en­trer dans mon corps des choses qui ont été faites par le crime organisé. Je ne peux pas m’em­pê­cher de me dire que ce n’est pas fait se­lon des règles d’hy­giène, avec des bons pro­duits. J’ima­gine tou­jours qu’il y a for­cé­ment un mec dans un la­bo­ra­toire en train de fa­bri­quer des pi­lules, et qu’un autre ar­rive et lui lance: ‘Eh Pe­dro, on a tué ton

frère!’ Et là, il dé­cide de mettre 50 grammes de cya­nure dans la drogue pour ven­ger son frère.

Après L’arabe du fu­tur, vous sa­vez ce que vous al­lez faire? Je ne crois pas être très in­tel­li­gent. En re­vanche, j’ai un bon ins­tinct, je laisse ve­nir les trucs, les his­toires, les images… Je crois que je suis très bien re­lié à mon in­cons­cient, il y a tou­jours un truc qui ar­rive, qui dé­barque. Toutes les his­toires que j’ai faites, que ce soit les BD ou les films, ce sont elles qui sont ve­nues. Je ne me suis ja­mais dit: ‘Oh là là pu­rée, at­tends, je fais quoi, là? Je n’ai pas d’his­toire, je

n’ai pas d’his­toire…’ Je ne suis ja­mais coin­cé. J’ai tou­jours d’autres his­toires qui me viennent, qui font: ‘Toc toc, bon­jour, je suis une autre his­toire, je suis éven­tuel­le­ment dis­po­nible.’

Et je leur dis: ‘Met­tez-vous là en salle d’at­tente, j’ar­rive.’ Ça se

vrai­ment.•tous passe comme ça, PRO­POS RE­CUEILLIS PAR EA ET SG

“Les ac­teurs amé­ri­cains, pour moi, c’est des bar­men de bo^ıte de nuit bran­chée qui font de la mus­cu. Ils ont des ex­pres­sions de dé­biles lé­gers”

Dites-le avec des fleurs.

Cinq fau­teuils pour un.

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