Yoann Hu­get

En équipe de France, il est l’un des rares à ne ja­mais dé­ce­voir sous la triste ère Saint-an­dré. Sur son aile, la vie est belle pour Yoann Hu­get. À 28 ans, l’arié­geois as­cen­dant bré­si­lien va en­fin vivre une Coupe du monde quatre ans après avoir ra­té le ren

Tampon! - - SOM­MAIRE - PAR GRÉ­GO­RY LE­TORT PHO­TOS: PA­NO­RA­MIC ET DP­PI

Avant de de­ve­nir l’ai­lier ins­pi­ré et le mar­queur d’es­sais of­fi­ciel des Bleus, l’arié­geois a aus­si man­gé son pain noir. Heu­reu­se­ment pour lui et le rug­by fran­çais, le gar­çon n’est pas du genre à bais­ser la tête.

ur le flanc gauche, vous avez un ta­touage ‘On­ly god can judge me’. D’où vient-il? Je l’ai fait faire il y a deux ans à Ba­li. Même si je ne suis pas pra­ti­quant à 200%, je suis croyant. C’est Maï­té, ma mère, qui m’a édu­qué ain­si. Cette phrase, tout le monde peut la com­prendre. Mais ce n’est pas par rap­port à mon his­toire.

SVotre his­toire, c’est la der­nière Coupe du monde que vous ra­tez à cause d’une sé­rie de man­que­ments au sui­vi lon­gi­tu­di­nal an­ti­do­page. À quel mo­ment avez-vous vrai­ment com­pris que vous n’iriez pas en Nou­velle-zé­lande? Au fond, je l’ai su alors que nous étions en stage à Fal­gos (Py­ré­nées- Orien­tales). Le pré­sident de la fé­dé­ra­tion, Pierre Ca­mou, est ar­ri­vé, nous avons dis­cu­té et il m’a dit qu’il n’y avait pas d’autre is­sue que mon dé­part. J’ai alors ap­pe­lé ma mère pour lui dire de ne pas s’in­quié­ter, que beau­coup de choses se­raient dites. J’ai es­sayé au maxi­mum de pré­pa­rer mes proches. À ce mo­ment-là, ce n’était pas dur de res­ter avec l’équipe de France parce que j’es­pé­rais chaque jour avoir à mon ré­veil des nou­velles po­si­tives. Le staff était der­rière moi, Marc ( Liè­vre­mont, ndlr) ne com­pre­nait pas cette dé­ci­sion, il est même mon­té au cré­neau. Mais je pense que comme il y avait dé­jà eu une his­toire fran­çaise en Nou­velle-Zé­lande ( ré­fé­rence à la fausse agres­sion de Ma­thieu Bas­ta­reaud en 2009, à Wel­ling­ton, ndlr), il n’était pas ques­tion de prendre un risque avec un deuxième épi­sode.

Ve­nir an­non­cer votre dé­part dans l’au­di­to­rium du centre d’en­traî­ne­ment de Mar­cous­sis, ça avait été une tor­ture? Il me tar­dait de par­tir. Je ne suis pas du genre à me re­tour­ner sur le pas­sé, il n’y avait pas d’is­sue fa­vo­rable. Le seul truc dont j’avais envie, c’était de faire mes ba­gages pour par­tir et lais­ser le groupe tran­quille. Je vou­lais fer­mer cette pa­ren­thèse.

Qu’est-ce qui a été le plus dur dans cette his­toire? D’être pris en otage entre le mé­di­cal et l’ad­mi­nis­tra­tif. Mais mes co­équi­piers, en tant que spor­tifs de haut ni­veau, connais­saient L’AFLD ( Agence fran­çaise de lutte contre le do­page, ndlr) comme ses pro­cé­dures et au­cun amal­game n’a été fait par rap­port à cette his­toire. On avait fait une réu­nion pour tout

“J’ai vrai­ment eu l’im­pres­sion d’être pris en otage par rap­port à la Coupe du monde. Avant ça, per­sonne ne connais­sait L’AFLD et son pou­voir. Après mon deuxième no-show en mai, j’ai dû su­bir trois ou quatre con­trôles d’af­fi­lée. Et quand est tom­bé le troi­sième, je n’ai pas réa­li­sé” Yoann Hu­get

ex­pli­quer. Tous les joueurs avaient com­pris et étaient un peu aba­sour­dis quant au fait que cette agence puisse pri­ver quel­qu’un d’une telle com­pé­ti­tion, sa­chant qu’on a des con­trôles après les matches et qu’ils n’avaient ja­mais rien ré­vé­lé… Ce pro­blème est ar­ri­vé à l’époque à d’autres spor­tifs, dans d’autres dis­ci­plines, mais on en a moins par­lé. Moi, j’ai vrai­ment eu l’im­pres­sion d’être pris en otage par rap­port à la Coupe du monde. Avant ça, per­sonne ne connais­sait L’AFLD et son pou­voir. Après mon deuxième no-show, en mai, j’ai dû su­bir trois ou quatre con­trôles d’af­fi­lée. Et quand est tom­bé le troi­sième, je n’ai pas réa­li­sé. Quand j’ai par­lé de cette his­toire à Pro­vale ( syn­di­cat des joueurs, ndlr), on m’a dit: ‘Mais non, on fe­ra un re­cours, tout va bien se pas­ser, ils ne sont pas stu­pides.’ Il y a eu un re­cours mais 48 heures après, il y avait un re­com­man­dé pour dire ‘niet’. J’ai bien com­pris qu’il y avait an­guille sous roche.

Vous êtes tou­jours sou­mis à la géo­lo­ca­li­sa­tion au­jourd’hui? Non. Après la Coupe du monde 2011, ça a du­ré six mois. Ça fai­sait deux ans que j’étais dans ce sys­tème, c’était un sou­la­ge­ment d’en sor­tir.

À votre re­tour en Bleu en 2012, qu’est-ce qu’il y a en vous? De la re­vanche? Je ne peux pas par­ler de re­vanche. Ce qui est pas­sé est pas­sé. Mais c’était pour moi une forme de ré­com­pense et une fier­té d’être re­ve­nu. J’avais eu l’es­poir d’être rap­pe­lé pen­dant le Tour­noi des VI na­tions 2012 quand il y avait eu deux ou trois bles­sés à l’aile. Mais je vois que mon nom n’est pas ci­té et Bayonne est à la lutte pour évi­ter la re­lé­ga­tion. Il y avait des rai­sons pour ne pas faire ap­pel à moi. Mais qu’on me convoque en­suite pour une tour­née en Ar­gen­tine, alors que je m’ap­prê­tais à re­ve­nir au Stade Tou­lou­sain, ça a si­gni­fié beau­coup pour moi.

Vous avez connu toutes les sé­lec­tions de l’équipe de France. Étiez-vous pro­gram­mé pour le XV de France? Je ne pense pas. Je ne suis pas quel­qu’un de très ta­len­tueux à la base et je me suis plu­tôt ré­fu­gié dans le tra­vail. Si j’ai été ap­pe­lé dans toutes les sé­lec­tions, je le mets sur ce compte-là, sur ce bou­lot par­fois pe­sant au quo­ti­dien.

En 2009, vous étiez avec l’équipe de France A en Rou­ma­nie… J’étais en Pro D2, j’avais fait une ex­cel­lente sai­son. On avait per­du en de­mi­fi­nale mais on avait réus­si à par­tir avec mon pote Ro­main So­la, avec qui je jouais à Agen. Re­joindre l’équipe de France après une seule sai­son en Pro D2, c’était un abou­tis­se­ment. Mais c’était un peu im­pro­bable comme tour­née. Je ne sais pas si elle a ser­vi, en tout cas c’est un bon palier. Il y a quand même de la pres­sion à pas­ser du Top 14 au ni­veau in­ter­na­tio­nal. Cer­tains joueurs se font dé­mo­lir men­ta­le­ment.

Avec Yoann Maes­tri, vous n’êtes que deux de ce groupe pro­met­teur en 2009 à par­ti­ci­per à la pro­chaine Coupe du monde. Êtes-vous des res­ca­pés? Il y a beau­coup d’aléas dans le rug­by: bles­sure, mé­forme, joueurs qui ex­plosent... Estce que je suis un res­ca­pé? ( il sou­rit) J’ai eu de la chance aus­si. Quand j’ai si­gné à Bayonne, je me sou­viens que l’avi­ron au­rait dû être re­lé­gué mais avait été sau­vé ad­mi­nis­tra­ti­ve­ment. Si­non, je se­rais re­par­ti en Pro D2. Il au­rait bien fal­lu, j’avais si­gné et je n’au­rais pas pu trou­ver d’autre club. Dans un par­cours, il faut avoir un mi­ni­mum de chance. Mon pote Ro­main So­la n’en a pas eu, par exemple.

Au­jourd’hui, vous avez une ré­pu­ta­tion de bos­seur. Je ne sais pas si j’ai une ré­pu­ta­tion de bos­seur mais moi, je sais ce que je fais.

Ce n’était pas vrai­ment le cas quand vous avez quit­té Tou­louse en 2008. J’avais 18 ans… J’avais plus une ré­pu­ta­tion de bran­leur que de bos­seur, ça c’est sûr. C’est en de­ve­nant pro­fes­sion­nel, en tra­vaillant, que j’ai com­pris que ça payait. Quand ça paye, t’as envie d’in­sis­ter. C’est un cercle ver­tueux.

Les joueurs sont-ils ma­jo­ri­tai­re­ment mo­teurs de leur évo­lu­tion en pre­nant des pré­pa­ra­teurs phy­siques per­son­nels, en al­lant cher­cher des com­pé­tences ailleurs? Ce n’est peut-être pas la ma­jo­ri­té et il n’y a pas de le­çon à don­ner. Mais pour moi, tra­vailler en plus avec un pré­pa­ra­teur phy­sique, c’est ce qui me convient. À chaque sai­son, faire une pré­pa­ra­tion avant la pré­pa­ra­tion, c’est un plai­sir. Je suis avec un pote, Yann Pra­del ( ex-pré­pa­ra­teur phy­sique de l’avi­ron bayon­nais, ndlr) qui me connaît par coeur et avec qui on pousse la ma­chine.

Le dis­cours de Phi­lippe Saint-an­dré après la tour­née 2014 en Aus­tra­lie a dû vous in­ter­pel­ler: il de­man­dait aux joueurs d’en faire da­van­tage, de par­tir en va­cances ‘avec un bal­lon dans le coffre de la voi­ture’. Ça doit in­ter­pel­ler tout le monde. C’est sûr qu’il faut faire plus. Par­fois, on voit bien la dif­fé­rence entre les joueurs de l’hé­mi­sphère sud et nous. Mais cette dif­fé­rence, quand on les ren­contre en no­vembre et qu’ils ont le Rug­by Cham­pion­ship dans les jambes, elle ne se voit plus. On se sent plus forts, dans les 20 der­nières mi­nutes, on a plus de punch qu’eux. J’ai pris l’ha­bi­tude de ne pas trop m’af­fo­ler après les tour­nées d’été. En 2013, contre la Nou­velle-Zé­lande, on perd de peu avec une oc­ca­sion d’es­sai à la der­nière mi­nute. L’aus­tra­lie, on les bat en no­vembre. On n’est quand même pas loin de ces équipes quand on est sur le même plan au ni­veau de la pré­pa­ra­tion phy­sique.

Votre beau-père Phi­lippe était aus­si votre pre­mier en­traî­neur à Pa­miers. Croyez-vous que ça a eu de l’in­fluence sur votre iden­ti­té de joueur? Lui, c’est un pas­sion­né. Quand j’ai quit­té Tou­louse pour Agen, il m’a conseillé en me di­sant de me don­ner les moyens de réus­sir si j’avais vrai­ment envie de faire une car­rière. Pour lui, j’étais pas­sé à cô­té à Tou­louse. Il avait peur que ce choix amorce une tra­jec­toire Pro D2, Fé­dé­rale 1…On des­cend vite. In­cons­ciem­ment, il m’a lan­cé un dé­fi.

C’était dur d’avoir un beau-père en­traî­neur? C’était lourd. Il ne me lâ­chait ja­mais, pas­sait son temps à me faire des ré­flexions. Peut-être parce qu’il sa­vait de quoi j’étais ca­pable et qu’il me trou­vait par­fois da­van­tage spec­ta­teur qu’ac­teur. Ça l’éner­vait. À chaque tour­noi, j’en pre­nais pour mon grade. Il criait plus fa­ci­le­ment sur moi que sur d’autres.

Le pre­mier geste qu’on vous a ap­pris à l’école de rug­by de Pa­miers, c’était vrai­ment le pla­quage? C’est vrai. Tu passes le pre­mier en­traî­ne­ment à pla­quer. Je n’ai­mais pas trop ça. Main­te­nant un peu plus. En Ariège, j’ai­mais tou­cher le bal­lon et jouer des in­ter­cep­tions. Ça éner­vait pas mal.

On vous sent fier d’être Arié­geois. J’ai plai­sir à re­tour­ner en Ariège une fois par se­maine, à m’y in­ves­tir. J’y re­vois les mêmes mecs de­puis quinze ans. C’est un plai­sir de les voir me suivre. Je sais qu’ils sont fiers que je re­pré­sente l’ariège. Juste après avoir lou­pé le Mon­dial 2011, je les ai re­vus et ils m’ont de­man­dé de les em­me­ner à la Coupe du monde en An­gle­terre. C’étaient des mots tou­chants qui m’ont mo­ti­vé. L’ariège, ça fait par­tie de mon iden­ti­té.

Quand vous étiez jeune, vous aviez quand même des cas­settes vi­déo du Stade Tou­lou­sain. Vous étiez fan ou c’était pour ana­ly­ser le jeu? J’avais 10 ans, j’étais plus fan qu’autre chose. C’était l’époque du ma­gné­to­scope, elles ont dis­pa­ru, je n’ai plus rien.

Et puis vous avez re­joint le club. Com­ment Tou­louse est-il ve­nu vous cher­cher? Avec Pa­miers, on avait fait un tour­noi à cô­té de Tou­louse, jus­te­ment, et ma mère était ve­nue y as­sis­ter. Elle a en­ten­du qu’il y avait des épreuves de sé­lec­tion trois se­maines plus tard et on y est al­lés. Moi, je n’avais pas for­cé­ment envie de ten­ter ma chance. J’étais bien avec mes potes à Pa­miers, on avait un bon groupe. Pour moi, le rug­by, c’était jouer avec mes potes. Là, je par­tais dans un en­vi­ron­ne­ment qui m’était in­con­nu. C’est ma mère qui m’a pous­sé. Elle me di­sait que je me re­fe­rais des potes là-bas. J’avais cette pas­sion du rug­by mais c’est elle qui m’a pous­sé à par­tir jeune.

Elle vous a pous­sé alors qu’elle est ma­lade à l’idée de vous voir jouer… C’est vrai qu’elle ne re­gar­dait pas trop les matchs. C’est en­core

“J’avais 18 ans… J’avais plus une ré­pu­ta­tion de bran­leur que de bos­seur, ça c’est sûr. C’est en de­ve­nant pro­fes­sion­nel, en tra­vaillant, que j’ai com­pris que ça payait”

d’ac­tua­li­té. Elle est croyante et elle passe plus de temps à prier qu’à me re­gar­der. Elle re­garde sur­tout en re­play.

Lors de votre pre­mière sai­son à Tou­louse, votre mère ef­fec­tuait les al­lers-re­tours trois fois par se­maine pour vous em­me­ner à l’en­traî­ne­ment. Pour­quoi n’étiez-vous pas in­terne? J’étais trop jeune. J’avais 15 ans. Après la pre­mière an­née, je suis en­tré à l’in­ter­nat à Jo­li­mont. J’ai tout fait pour ça. Mais la pre­mière sai­son a été in­croyable: on fai­sait l’al­ler-re­tour et elle m’at­ten­dait pen­dant l’en­traî­ne­ment. Il y avait 45 mi­nutes de route, ça n’était pas fa­cile mais on s’est ac­cro­chés pen­dant une an­née. Quand il y avait une convo­ca­tion pour un tour­noi à 8h, je me le­vais à 5h30. Je n’avais pas de pres­sion par rap­port à l’in­ves­tis­se­ment de ma mère parce que, au dé­but, je ne réa­li­sais pas. Pour moi, c’était nor­mal. C’est après que j’ai com­pris. Quand j’ai eu le per­mis, j’ai bien vu ce que c’était que de faire toutes les se­maines le tra­jet Pa­miers-tou­louse.

Et en 2008, le Stade Tou­lou­sain ne vous re­tient pas… Le club me laisse car­ré­ment par­tir. On me pro­pose un contrat es­poir. Moi, je ne voyais pas quelle était mon évo­lu­tion là-de­dans et quel se­rait mon in­té­rêt. Le cham­pion­nat es­poir à l’époque, comme au­jourd’hui d’ailleurs, était un peu mer­dique. Du coup, j’avais du temps libre pour sor­tir et non pas pour m’en­traî­ner. Il fal­lait que je prenne une dé­ci­sion. Vincent Clerc et Cé­dric Hey­mans étaient au top. Je sen­tais bien que je n’étais pas une prio­ri­té. Agen m’a ap­pe­lé, à com­men­cer par Hen­ry Bron­can.

C’est quoi le pro­blème du cham­pion­nat es­poir? Le rythme des matchs est trop ir­ré­gu­lier. C’est im­por­tant de jouer quand on est jeune. Notre ca­len­drier n’était pas as­sez riche et je voyais bien que je stag­nais. Je vou­lais aus­si dé­cou­vrir la pres­sion d’un club et d’un pu­blic. Je vou­lais sa­voir si j’étais prêt à m’y confron­ter. En es­poir, il n’y avait au­cune pres­sion. Rien de si­gni­fi­ca­tif, en tout cas.

Vous aviez ar­rê­té vos études? Com­plè­te­ment. C’était la pé­riode où j’al­lais de­ve­nir pro­fes­sion­nel et je n’étais ob­nu­bi­lé que par ça.

Émile Nta­mack ra­con­tait que pour sa­voir quels étaient les meilleurs es­poirs du Stade Tou­lou­sain, il fal­lait re­gar­der ceux qui étaient le plus dé­tes­tés par le groupe pro­fes­sion­nel après les séances en op­po­si­tion et don­nait l’exemple de Maxime Mer­moz. Vous étiez aus­si dé­tes­té ou igno­ré? Je m’ac­cro­chais de temps en temps. Sur cer­taines op­po­si­tions, la pres­sion est mon­tée. Mais si je m’at­tra­pais avec Cé­dric Hey­mans ou Clé­ment Poi­tre­naud, der­rière, j’al­lais tou­jours les voir et je m’ex­cu­sais, même si tout n’était pas de ma faute. J’ai tou­jours eu du res­pect pour les joueurs au-des­sus de moi dans la hié­rar­chie. On va dire que j’étais peut-être plus di­plo­mate que Maxime Mer­moz.

La­rose pré­sente.

“Je suis par­ti de Tou­louse en ca­ti­mi­ni. Les mecs de l’équipe pre­mière sont à 10000 lieues du jeune es­poir qui va en Pro D2 à Agen”

L’an­née de votre dé­part, quand vous par­lez à Di­dier La­croix, votre en­traî­neur chez les Es­poirs, de votre pro­jet de re­ve­nir, il est du­bi­ta­tif et vous ré­pond qu’il y en a plein à avoir dit ça et qui ne l’ont pas fait… Quand je l’ai croi­sé à mon re­tour, je n’avais pas ou­blié cette conver­sa­tion. Je l’ap­pré­cie énor­mé­ment, on avait vé­cu de belles choses avec les Es­poirs et le fait de re­ve­nir m’a per­mis d’avoir une cer­taine fier­té d’avoir été à la hau­teur de mes pa­roles.

Quand vous êtes par­ti, il y a des joueurs qui ont eu un mot pour vous? Je suis par­ti en ca­ti­mi­ni. Les mecs de l’équipe pre­mière sont à 10 000 lieues du jeune es­poir qui va en Pro D2 à Agen. Mais quand on s’est re­trou­vés en équipe de France, c’est comme si on ne s’était ja­mais quit­tés. Je re­trouve Max (Mé­dard), Clé­ment (Poi­tre­naud). Mon sta­tut a un peu chan­gé, mon ap­proche est dif­fé­rente. Je ne suis plus le jeune es­poir et nous sommes sur le même plan.

À Tou­louse, vous di­siez être ‘UN PE­TIT CON, PEUT-ÊTRE UN PEU FOU, UN PEU PRÉ­TEN­TIEUX’. For­cé­ment. On est dans une bulle et on a l’im­pres­sion que tous les clubs fonc­tionnent de la même fa­çon. On peut ne pas se rendre compte de la chance qu’on a de jouer au Stade Tou­lou­sain, des in­fra­struc­tures mises à notre dis­po­si­tion, du fait de n’avoir à pen­ser qu’au rug­by, de pou­voir ar­ri­ver en te­nue ci­vile et de re­trou­ver toutes les af­faires prêtes. Il y a beau­coup de choses qu’on ne réa­lise pas quand on est jeune. Le fait d’être par­ti m’a per­mis de me rendre compte de cer­taines choses.

À votre re­tour, Guy No­vès a mis en avant votre men­tal. Vous en avez dé­jà par­lé avec lui? À sa ma­nière… Il sait qu’il peut comp­ter sur moi, qu’avec mon tem­pé­ra­ment, je vais ré­pondre pré­sent sur l’in­ves­tis­se­ment et sur beau­coup d’autres choses. J’ai cette forme de fier­té. Quand je suis re­ve­nu, je vou­lais lui mon­trer que je n’al­lais pas lâ­cher comme j’ai pu lâ­cher quand j’étais es­poir. Ce n’est pas lui qui est ve­nu me cher­cher à Bayonne: ce­la s’est fait via les agents, les re­cru­teurs et je l’ai vu quand je suis ar­ri­vé au stade le jour de la re­prise.

Vous avez le sen­ti­ment d’avoir croi­sé un grand per­son­nage du rug­by fran­çais? J’es­père que je le re­croi­se­rai en­core. Il y a beau­coup de joueurs qui spé­culent sur lui, qui se de­mandent com­ment il est. En équipe de France, on nous pose des ques­tions. Je pense que ceux qui ne le connaissent pas vont être ser­vis.

Il a quoi de fort par rap­port aux autres en­traî­neurs que vous avez croi­sés? Guy, c’est quel­qu’un qui teste le men­tal en per­ma­nence. Il a com­pris que le rug­by n’était pas qu’une ques­tion de phy­sique et de mus­cu­la­tion. Et que si ses joueurs sont à 110% men­ta­le­ment, il peut ga­gner n’im­porte quel match. Dans cette phase-là de pré­pa­ra­tion, il est au-des­sus de pas mal d’en­traî­neurs. Il ar­rive à trans­for­mer des joueurs. Il se sert de chaque pe­tit dé­tail pour te trans­cen­der. Je me sou­viens d’une se­maine avant un match contre Cler­mont au Sta­dium. Il faut im­pé­ra­ti­ve­ment ga­gner ce match, Cler­mont est ar­mé. Et toute la se­maine, il ré­pète: ‘Na­la­ga, c’est au-des­sus de tout le monde. Il est fort.’ Chaque jour, il par­lait de Na­la­ga. ‘Na­la­ga, on ne peut pas le pla­quer.’ ‘Na­la­ga, il marque tant d’es­sais par sai­son. Est-ce qu’il va aug­men­ter son to­tal?’ Tous les jours, une nou­velle phrase. Fi­na­le­ment, je n’ai pas eu Na­la­ga en face mais un autre qui a pris pour lui.

Pour­quoi ne pas avoir ré­pon­du à Ja­mie Cud­more qui, en fin de sai­son, a par­lé de vous comme d’un lâche après que vous avez mar­ché sur la tête du Bor­de­lais Jan­dré Ma­rais? Sur la vi­déo qui a été cou­pée, re­cou­pée et mon­tée en épingle, on voit juste le geste. Mais je suis al­lé voir Ma­rais juste après. Lui et moi, on sait très bien que c’est in­vo­lon­taire. Qu’il le sache lui, c’est l’es­sen­tiel. Je n’ai pas vou­lu lui faire mal, il n’est pas sor­ti sur sai­gne­ment, il a fi­ni le match et joué le week-end sui­vant. Je n’ai pas eu envie de ré­agir parce que ce qu’a dit Ja­mie Cud­more était in­in­té­res­sant et in­op­por­tun. C’était seule­ment in­té­res­sant pour lui parce qu’il n’al­lait pas jouer la de­mi-fi­nale contre nous. Il ne fal­lait pas que je ré­agisse.

Votre pre­mier match en Top 14, c’était en 2005 contre Cler­mont. Vous réa­li­sez que vous al­lez fê­ter vos dix ans en Top 14? J’avais eu droit à cinq mi­nutes à Mi­che­lin. C’était un ca­deau. Je ne me rends pas compte que c’était en 2005. Il y avait pro­ba­ble­ment eu une cas­cade de bles­sures ou les in­ter­na­tio­naux de­vaient être ab­sents. Tu ne sais pas où tu vas, tu n’as pas tes re­pères, tu tournes la tête à gauche, à droite et ce ne sont pas tes potes. On passe dans une autre di­men­sion. Dix ans, c’est énorme mais ça passe tel­le­ment vite! Il faut pro­fi­ter de chaque ins­tant. Je suis fier de cette lon­gé­vi­té, je ne pen­sais pas te­nir cette ca­dence. Là, je peux me re­tour­ner: je vois que j’ai dé­jà fait dix ans. Et que je m’éclate tou­jours à jouer, à prendre des coups, à me faire mal en pré­pa­ra­tion phy­sique, à en­chaî­ner les matchs et à goû­ter à cette adré­na­line.

Avec une mère Bré­si­lienne, vous avez dé­jà pen­sé aux Jeux olym­piques de Rio avec l’équipe de France à VII? C’est dif­fi­cile. Il y a des mecs qui ont fait le job pour se qua­li­fier, je ne peux pas en­vi­sa­ger de me poin­ter comme ça et de cas­ser la ligne. Sur le prin­cipe, ça m’au­rait plu et c’est un beau dé­fi. Mais ça me pa­raît dif­fi­cile de pos­tu­ler. Je ne me sen­ti­rais pas à ma place.

Cô­té fa­mille, votre épouse Fan­ny était ‘ga­fette’ au JUSTE PRIX pen­dant cinq ans. Avez-vous dé­jà été ce­lui qui pa­tiente pen­dant que l’autre signe des au­to­graphes? Bien sûr, ça ar­rive sou­vent. Sur­tout dans des en­droits qui sont un peu moins rug­by. Ce ne sont pas les mêmes per­sonnes qui re­gardent le rug­by et ces divertissements. Moi, je n’ai pas connu Fan­ny pour la pre­mière fois à la té­lé­vi­sion ; à l’heure de la dif­fu­sion, j’étais à l’en­traî­ne­ment… Donc on se passe le re­lais. Ça me fait mar­rer.

Vous n’avez ja­mais connu votre père, dé­cé­dé quelques mois avant votre pre­mière sé­lec­tion… Ça fait par­tie de ma vie. Il y a des hommes qui prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés, d’autres pas. Quel­qu’un les a prises pour lui, même si sa mort m’a af­fec­té sur le coup. Mais j’ai gar­dé en tête que j’avais eu quel­qu’un pour prendre le re­lais. Dans la vie, il faut avan­cer. Je re­garde tou­jours de­vant, quels que soient les obs­tacles. Par­fois, je n’avance pas mais je cherche des so­lu­tions. Je ne me ra­joute ja­mais de poids sup­plé­men­taires. Si à chaque ga­lère, j’avais dû bais­ser la tête, ça au­rait été dif­fi­cile. TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR GL.

“Guy, c’est quel­qu’un qui teste le men­tal en per­ma­nence. Il a com­pris que le rug­by n’était pas qu’une ques­tion de phy­sique et de mus­cu­la­tion. Dans cette phase-là de pré­pa­ra­tion, il est au-des­sus de pas mal d’en­traî­neurs”

Splash,

sai­son 2.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.