«HIER ? J’AI FAIT UNE BONNE GROSSE SIESTE ! »

Technikart - SuperCannes - - News - LÉO­NARD HAD­DAD

Comment s’est pas­sée la jour­née of­fi­cielle de Ok­ja ? Bong Joon-ho. J’ai sur­tout beau­coup dor­mi ! Pas de­vant le film ?

B.J. Non, à cause du dé­ca­lage ho­raire, et de la re­tom­bée du stress. Ça y est, c’est bon, le film a été mon­tré, on l’a vu tous en­semble avec les ac­teurs. J’ai pu me vi­der la tête. Et j’ai fait une bonne grosse sieste. Vous avez le sen­ti­ment que votre car­rière suit une pro­gres­sion rec­ti­ligne, ou plus chao­tique ?

B.J. Je n’ai pas l’ob­ses­sion de ré­pé­ter des mo­tifs ré­cur­rents d’un film à l’autre, si c’est ce que vous vou­lez dire. Je ne cherche pas à ap­po­ser ma si­gna­ture. Mais je n’ai pas l’ob­ses­sion in­verse non plus, il ne s’agit pas d’être dif­fé­rent à tout prix. Je pars d’une idée, d’une image, d’une his­toire qui me plaît. Et je fonce tête bais­sée. Faut-il né­ces­sai­re­ment que chaque film soit plus gros que le pré­cé­dent ?

B.J. Pas for­cé­ment, non. Mo­ther était moins gros que The Host. Ok­ja est de loin mon pro­jet le plus énorme jus­qu’ici, mais le sui­vant, qui s’ap­pelle Pa­ra­site, se­ra vrai­ment un tout pe­tit film, plus proche de Me­mo­ries

of Mur­der ou Mo­ther, au moins par son échelle. Les deux der­niers, Snow

pier­cer et Ok­ja, j’ai pu res­sen­tir le poids de leur dé­me­sure. Les deux, trois pro­chains se­ront plus conte­nus. Si­non, je vais y lais­ser ma peau. Il y a deux Bong Joon ho, ce­lui qui filme à la loupe et ce­lui qui voit tout en grand spec­tacle. C’est pos­sible de les réunir ?

B.J. C’est le but, en tout cas. Il est vrai que Mo­ther ou Sha­king To­kyo

(son sketch dans le film col­lec­tif

To­kyo) sont comme vus à tra­vers un mi­cro­scope. J’ai­me­rais que ma ca­mé­ra soit à la fois ca­pable d’en­re­gis­trer les mi­croor­ga­nismes et d’em­bras­ser la ga­laxie, de réuni­fier les deux échelles sous un seul et même re­gard, dans un seul et même film. Hum… plus fa­cile à dire qu’à faire. La sa­tire est un élé­ment consti­tu­tif de votre style…

B.J. La sa­tire, c’est l’arme du plus faible. Mes films sont peu­plés de do­mi­nés, des gens dé­ni­grés so­cia­le­ment. Quand j’adopte leur point de vue, la sa­tire s’im­pose comme la seule arme pos­sible, celle qui per­met de poi­gnar­der les hommes et femmes de pou­voir, l’au­to­ri­té. En­fin, s’il s’agis­sait d’un vrai poi­gnard, je se­rais en taule à l’heure qu’il est… Mais au ci­né­ma, elle est comme un sabre qui me per­met de tran­cher dans le lard. C’est l’un des pri­vi­lèges du met­teur en scène. Le film est tra­ver­sé de rup­tures de ton très bru­tales. B.J. Vous vou­lez dire qu’il est bor­dé­lique ? Non, mais qu’il va très loin dans des re­gistres très dif­fé­rents : l’émo­tion, l’ac­tion, la caricature po­li­tique, jus­qu’au re­cours à l’ima­ge­rie concen­tra­tion­naire pour faire pas­ser votre mes­sage…

B.J. Alors oui. C’était le but. Faire un film criard, presque as­sour­dis­sant. Ce qui m’a gui­dé, c’est le hur­le­ment du co­chon. « GROUIIIII !!!!!! » Même la mu­sique que j’ai choi­sie va dans ce sens, cette sorte de fan­fare su­per agres­sive. Je vou­lais que le film soit comme un co­chon groui­nant juste à cô­té de votre tym­pan. Dans notre jour­nal hier, on a ci­té To­to­ro, Babe 2 et CJ7 de Ste­phen Chow comme cou­sins pos­sibles de votre film. La­quelle de ces com­pa­rai­sons vous semble la plus juste ?

B.J. Babe 2, et de loin ! Si vous voyez une pa­ren­té, c’est pour moi un grand hon­neur. J’adore George Miller et ce film en par­ti­cu­lier. Les gens connaissent mieux le pre­mier, mais le 2 est un film fou, in­croya­ble­ment sous-es­ti­mé. D’ailleurs, mon pre­mier as­sis­tant P.J Voe­ten est le pre­mier as­sis­tant at­ti­tré de Miller. Sur presque tous ses films, dont Babe 2 et Mad

Max Fu­ry Road ! Vous avez dit en confé­rence de presse que vous aviez eu sur ce film une « to­tale li­ber­té ». Estce seule­ment une bonne chose ?

B.J. Non, c’est to­ta­le­ment ef­frayant. Quand on a le contrôle, on n’a plus au­cune ex­cuse, au­cun moyen de se ca­cher. Toute la res­pon­sa­bi­li­té in­combe au réa­li­sa­teur. Mais at­ten­tion, ils étaient très im­pli­qués, tout comme Plan B [la so­cié­té de Brad Pitt, ndlr]. Ils ont bos­sé comme des fous, fait des tas de com­men­taires, mais tou­jours dans le but de m’ac­com­pa­gner dans mes idées et ma vi­sion, puisque j’avais le fi­nal cut. Il y a une part de ver­tige, quand la dé­ci­sion ar­tis­tique vous re­vient à vous et à vous seul. La li­ber­té est tou­jours un poids. Après deux pro­jets de ci­né­ma mon­dia­li­sé, la fin de Ok­ja laisse en­tendre qu’il vous faut re­tour­ner vous res­sour­cer dans vos mon­tagnes co­réennes. On a bien com­pris l’idée ?

B.J. Oh oui. Là, oui, je crois bien qu’il est temps que je rentre chez moi.

Bong Joon-ho, jo­lie mous­tache Ara­mis, re­ce­vait au Carl­ton son fan club fran­çais, tout juste re­mis des émo­tions mon­tagnes-russes de sa pre­mière com­pé­ti­tion can­noise avec Ok­ja.

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