Af­freux, sales et ai­mants

A Ciam­bra de Jo­nas Car­pi­gna­no a mis le feu à la Quin­zaine, ré­cit ini­tia­tique sur­vol­té au coeur d’une fa­mille tzi­gane.

Technikart - SuperCannes - - News - MI­CHAEL PATIN

Ville de Gioia Tau­ro, Ca­labre, au­jourd’hui. Un im­meuble-bi­don­ville cou­pé du reste du monde, où vivent les quinze membres de la fa­mille Ama­to. Dans cette dy­nas­tie gi­tane, on fume à cinq ans, on pi­cole à dix et on est vo­leur de père en fils. Les gosses et les femmes dé­tournent ce qu’ils peuvent – va­lises, pièces de voi­tures, élec­tri­ci­té – tan­dis que les hommes s’ar­rangent avec la ma­fia pour vi­der des ap­par­te­ments. La pro­jec­tion dans ce monde hy­per mar­gi­nal s’opère en quelques se­condes grâce à la fièvre opé­ra­tique de Jo­nas Car­pi­gna­no (une ca­mé­ra à l’épaule vi­re­vol­tante, des mi­ni plans sé­quences ré­glés au pos­tillon près) et la jus­tesse « do­cu­men­taire » des per­son­nages (joués par une vraie fa­mille Rom). Un mael­ström sen­so­riel qui an­nule la pos­si­bi­li­té du mi­sé­ra­bi­lisme sans prendre la moindre dis­tance iro­nique, comme un re­flet in­ver­sé,

en po­si­tif, d’Af­freux, Sales et Mé­chants. Le film dé­vie pour­tant de sa voie cho­rale pour se fixer sur Pio, 13 ans, ac­cro à la clope et claus­tro­phobe, qui suit le pas de son frère et rêve de pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure. L’oc­ca­sion ar­ri­ve­ra vite – ré­gu­liè­re­ment, la po­lice dé­barque pour mettre un Ama­to en taule – et avec elle le coup d’en­voi du ri­tuel chao­tique qui fe­ra du gar­çon un homme. On par­donne les quelques ré­pé­ti­tions et tré­pi­gne­ments du film : ils ne font ja­mais le poids face à l’in­ten­si­té de l’iden­ti­fi­ca­tion (on ne lâche pas Pio d’une se­melle) et la com­plexi­té des émo­tions (voir cette scène où il dé­passe ses peurs xé­no­phobes sur un camp d’im­mi­grés gha­néens). Au-de­là du ré­cit ini­tia­tique, Car­pi­gna­no n’a pas son pa­reil pour par­ler d’amour : ce­lui qui lie cette fa­mille en­vers et contre tous, du plus pe­tit au plus mort, sen­sible dans chaque re­gard, in­jure, ba­garre, et qu’on ose même par­fois ap­pe­ler par son nom.

LA QUIN­ZAINE DES RÉA­LI­SA­TEURS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.