Les Re­ve­nants

Ro­bin Cam­pillo res­sus­cite dans 120 bat­te­ments par mi­nute les pion­niers du mou­ve­ment Act Up tom­bés au champ d’hon­neur, li­vrant la grande fresque qui man­quait sur le su­jet. Un re­quiem stu­pé­fiant.

Technikart - SuperCannes - - Fake News - FRÉ­DÉ­RIC FOUBERT

À me­sure qu’il a ces­sé d’être un su­jet de so­cié­té, le Si­da a ces­sé d’être un su­jet de ci­né­ma. Le der­nier film sur la ques­tion,

The Nor­mal Heart (tour­né par Ryan Mur­phy pour HBO, sur le fon­da­teur du Act Up amé­ri­cain) est glo­ba­le­ment pas­sé sous le ra­dar, mal­gré toutes ses no­mi­na­tions aux Em­my Awards. On y pense de­vant 120 bat­te­ments par mi

nute, à cause d’Act Up bien sûr, à cause de ces titres qui se font écho, mais sur­tout parce que Cam­pillo est dri­vé par la même vo­lon­té en­ra­gée que Mur­phy de dé­li­vrer la grande fresque ré­tros­pec­tive qui man­quait sur le su­jet, consi­gnant pour les mé­moires le temps d’avant les tri­thé­ra­pies, l’his­toire atroce de ce mal in­con­nu qui dé­ci­mait sur tout son pas­sage. Ce film-là n’exis­tait pas. Cam­pillo l’en­vi­sage comme un por­trait cho­ral sou­mis à un mou­ve­ment de ba­lan­cier, fai­sant l’al­ler-re­tour entre le groupe et l’in­di­vi­du, entre la vie et la mort, entre les scènes d’AG et les scènes de cul, entre le trop-plein des com­bats et ce vide qui ne cesse de gran­dir et va bien­tôt dé­vo­rer le ré­cit de l’in­té­rieur. D’une cer­taine fa­çon, c’est le film que Bo­nel­lo vou­lait faire avec Noc­tu­ra­ma, sur le be­soin de vivre en bande, la ten­ta­tion du ra­di­ca­lisme, l’amour et la vio­lence, la nuit qu’on ai­me­rait ne ja­mais voir fi­nir. Un film ga­gné par les té­nèbres, d’abord plein de vi­sages et de bruits, puis qui se dé­vide peu à peu. Avant de se re­peu­pler sou­dain, dans un der­nier mou­ve­ment in­ouï, quand les co­pains d’avant, les vieux com­pa­gnons de route, re­viennent dans le cadre, un à un, comme les morts-vi­vants des

Re­ve­nants (le pre­mier long de Cam­pillo) rap­pe­laient qu’à n’im­porte quel mo­ment, même quand on la croyait six pieds sous terre, l’His­toire peut re­ve­nir frap­per à la porte.

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