CANNAL HIS­TO­RIQUE

Et vous pen­siez tout sa­voir sur le fes­ti­val ?

Technikart - SuperCannes - - Welcome to Cannes - JO­NA­THAN BRODA

FRÈRES 200

Des Lu­mières au Coen, le ci­né­ma est sou­vent une af­faire de fra­te­ries. Re­tour sur plus d’un siècle de liens du sang alors que les frères Saf­die pré­sentent Good Time au­jourd’hui. Le ci­né­ma­to­graphe au­rait été in­ven­té par deux frères au nom hau­te­ment sym­bo­lique : les frères Lu­mière. A Cannes, la plus belle salle de pro­jec­tion s’ap­pelle l’Au­di­to­rium Louis Lu­mière, pour­quoi pas Au­guste ? Ou Louis et Au­guste Lu­mière ? La fra­trie et sa col­la­bo­ra­tion ar­tis­tique est donc une ques­tion on­to­lo­gique in­hé­rente au ci­né­ma et au fes­ti­val de Cannes.

D’autres frères ont d’ailleurs mar­qué l’his­toire du Ci­né­ma, des frères en­tre­pre­neurs : les frères Pa­thé en France, ou les frères War­ner aux Etats-Unis, pour ne prendre que deux cas exem­plaires.

En 2015, Thier­ry Fré­maux et son « frère de ci­né­ma » Ber­trand Ta­ver­nier ont pré­sen­té une belle compilation de films des frères Lu­mière qui a ra­vie les 3000 per­sonnes de l’Au­di­to­rium Louis Lu­mière. Cette an­née là, le(s) pré­sident(s) du Ju­ry étaient les frères Coen (Lau­réats de la Palme 1991 pour Bar­ton Fink). Thier­ry Fré­maux (et/ou Gilles Ja­cob, Le grand frère) avait ju­gé bon d’in­vi­ter à cette pro­jec­tion d’autres frères cé­lèbres du ci­né­ma et du Fes­ti­val. Les frères Ta­via­ni (Palme 1977 avec Padre Pa­drone) mais aus­si les frères Dar­denne (double Palmes avec Ro­set­ta, 1999, et L’en­fant, 2005). Au­jourd’hui, deux frères amé­ri­cains per­pé­tuent cette tra­di­tion de fra­tries can­noises : les frères Saf­die (Good Time, au­jourd’hui). Une his­toire de frères bra­queurs avec Ro­bert Pat­tin­son et Ben Saf­die lui-même, dou­ble­ment frère donc. Sou­hai­tons leur la même car­rière que leurs aî­nés, que ce soit les ré­sis­tants Ta­via­ni (toujours in­tègres), les ré­si­dents Dar­denne (toujours à Cannes) et les

ré­si­lients Coen (toujours en forme).

Ce­pen­dant deux ques­tions res­tent en sus­pens…

Mais ou sont les soeurs ? Elle existent aus­si au ci­né­ma, même si elles n’ont pas eu de palmes. Les soeurs de ci­né­ma sont sou­vent ac­trices : Oli­via de Ha­villand (pre­mière femme Pré­si­dente du Ju­ry à Cannes en 1965) et Joan Fon­taine qui se dé­tes­taient et ne tra­vaillaient ja­mais en­semble. Les de­moi­selles de Ro­che­fort ont im­mor­ta­li­sé Fran­çoise Dor­léac et Ca­the­rine De­neuve, quant aux soeurs Ar­quette, elles ont cha­cune eu leurs up and down, et conti­nuent à tra­vailler en­semble ou pas. Mais pas des Réa­lis­ta­rices… Pour­tant si. Au Ca­na­da, les ju­melles Sos­ka (Jen et Syl­via) font des films d’hor­reur. Comme Ame­ri­can Mary (2012) dont le suc­cès d’es­time dé­montre que la so­ro­ri­té fonc­tionne tout au­tant que la fra­ter­ni­té ! Nous lais­se­rons vo­lon­tai­re­ment de cô­té le cas des frères Wa­ckows­ki (Ma­trix) de­ve­nu soeur Wa­ckows­ki. Trop hors norme pour en ti­rer des conclu­sions.

Et, se­conde ques­tion, un au­teur peut-il être dual ?

Le fait que deux per­sonnes, frères ou soeurs ou juste com­plice de tra­vail, co­signent un film prouve que la no­tion d’au­teur in­di­vi­dua­li­sée est par­fois ré­duc­trice et peut être dé­pas­sée. La com­pli­ci­té ar­tis­tique est plus im­por­tante qu’une vi­sion du monde égoïste. A Cannes en 1951, deux hommes s’étaient partagés le « Prix spécial pour la trans­po­si­tion d’une oeuvre mu­si­cale au ci­né­ma » pour leur film : Les contes d’Hoff­mann. Ils co­si­gnaient leurs films du nom de The Ar­chers, se par­ta­geant le scé­na­rio, la réa­li­sa­tion et la pro­duc­tion… Il n’y avait au­cun lien de sang mais des liens du ci­né­ma, des af­fi­ni­tés élec­tives... Vive Mi­chael Po­well et Eme­ric Press­bur­ger, vive le Ci­né­ma.

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