Cor­dillère Blanche

UNE BLANCHE, SANS FAUX COLS

Trek - - EXPE TREK PEROU 2017 -

Il faut pour­tant bien un jour que les choses « sé­rieuses » com­mencent ? Ce soir, à Hua­raz, à por­tée de vue du Huas­ca­ran (6 768 m, et plus haut som­met du Pé­rou), l’acte II du grand voyage flotte dans les étoiles au-des­sus de nous. Sur le pa­pier : cinq jours chro­no pour se fau­fi­ler, via trois hauts cols au-des­sus de 5 000 mètres plus ou moins dé­les­tés de leurs gangues de glace et de neige par les grâces pa­ra­doxales du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, au ras des mous­taches de quelques so­lides som­mets de l’im­mense cor­dillère Blanche. En vingt-quatre heures, la tran­si­tion de monde est mas­sive ? Les am­biances de sables et de brumes claires de la côte pé­ru­vienne, en re­mon­tant plein nord de­puis Lima sur la Pa­na­mé­ri­caine. Puis le ser­pent de la route qui gri­gnote la val­lée de For­ta­le­za, vers les lu­mières d’al­ti­tude de la ré­gion de l’An­cash. La lu­mière du cou­chant et la di­men­sion réelle de ce qui nous at­ten­dait nous ont épin­glés un peu au-des­sus de 4 000 mètres. La plaine d’al­ti­tude, à l’est du col Co­no­co­cha, y sé­pa­rait très exac­te­ment les ho­ri­zons de Huayhuash à la cor­dillère Blanche, ro­sis­sant des der­nières lueurs ve­nues du Pa­ci­fique.

Le len­de­main, l’équipe est pa­rée pour le vrai décollage. Le bus qui stoppe net dans un champ, au bout de la piste, au-des­sus du pe­tit vil­lage de Jon­co­pam­pa. Les ar­rie­ros (mu­le­tiers) tout sou­rire face à d’an­ciens tom­beaux pré-in­cas. Un

pur ciel bleu en com­pa­gnon de marche, dans les fo­rêts de que­nuales tor­tu­rées, pour la re­mon­tée du long ca­nyon d’Akil­po. En quelques heures de beau­té simple, se glis­ser dé­jà sous les crêtes. Loin en­core au-des­sus de nous, la blan­cheur et les ver­ti­cales des ice flutes et des sé­racs com­mencent à s’em­pa­rer du dé­cor. Un cam- pe­ment po­sé sous la longue mo­raine, à 4 350 mètres d’al­ti­tude. Les se­condes d’éter­ni­té du pâ­lis­se­ment du som­met du To­cl­la­ra­ju (6 032 m), alors que le camp a dé­jà bas­cu­lé de­puis long­temps dans l’ombre, pré­cé­dent de peu le ca­deau noc­turne de la Croix du Sud et de la Voie lac­tée…

17 juin. Un bol de souffle court, en hom­mage à la beau­té et à la très lé­gère dé­me­sure de nos ho­ri­zons du jour : le col du To­cl­la­ra­ju, à 5 050 mètres, est der­rière nous. Un « pre­mier 5 000 » pour pas mal d’entre nous ? Cette marche vers une al­ti­tude en­fin ac­cep­table, face aux ca­ta­ractes de sé­racs qui dé­grin­golent l’Akil­po et l’élé­gant To­cl­la­ra­ju nous laisse (dé­jà) sans voix. La­gune et pe­tit hors-piste aux cairns trom­peurs à la mon­tée. Bon­bons et éblouis­se­ment d’al­ti­tude au col : il nous au­ra fal­lu un pas ou deux dans la neige avant d’en­ta­mer une vaste plon­gée entre dalles et pe­tits blocs noyés de vé­gé­ta­tion rase vers le poêle et le top 10 mu­si­cal (chan­son ita­lienne si­non rien…) du re­fuge Ishin­ca. Le len­de­main ? Un air d’Hi­ma­laya flotte presque sur notre nou­velle bam­bée au ras des mous­taches du gla­cier du Pal­ca­ra­ju. Le col épo­nyme signe la « grosse étape » de notre trek. Sous le pas­sage lui-même, notre pe­tite ca­ra­vane, pas à pas dans le blanc des né­vés, avait presque des airs d’expé an­dine. Après ? La dent blanche du Ne­va­do Ran­ra­pal­ca, les faces du Pal­ca­ra­ju ex­plosent sous le bleu. Nous tom­bons dans la Que­bra­da de Col­jup et ses im­menses al­pages. Nos mu­le­tiers, qui ont contour­né tout le sec­teur d’Urus et du Ran­ra­pal­ca ces deux der­niers jours, nous at­tendent. Le dix-neuf juin ? Nous sa­luons du re­gard les faces du Pal­ca­ra­ju, du Pu­ca­ran­ra et du Ran­ra­pal­ca de­puis le col Cho­co (5 020 m), avant de re­tom­ber sur les la­gunes, face au Chin­chey, au Tul­la­pa­ru et au Cho­pi­ra­ru. Mais au­tant que l’écrin d’al­ti­tude, sa­vou­rer en­core pas à pas les 1 000 mètres de des­cente sur la val­lée de Quil­cay­huan­ca. Des mondes « in­ter­mé­diaires », im­menses, tout de pâ­tu­rages et pla­teaux, de la­gu­nas et de zones hu­mides. Fra­cas de blocs et d’ébou­lis, puis mi­nus­cule sente : le che­min des bêtes convient par­fai­te­ment aux mar­cheurs. S’il ne de­vait res­ter qu’une mé­moire de ce jour, ce se­rait celle du très an­cien sen­tier d’al­page par­fait qui nous a ra­me­nés in fine jus­qu’au camp, en fond de val­lée. Un groupe heu­reux ? Demain, pas de col. La porte de sor­tie vers Hua­raz, via la Que­bra­da Quil­cay­huan­ca nous at­tend. Re­lâ­che­ment du corps et de l’es­prit sous la barre des 4 000, une fois pas­sées les ques­tions et les in­cer­ti­tudes du « là-haut » ? Après ces doses d’al­ti­tude, la fin de notre se­cond round (le re­tour aux trou­peaux, aux oi­seaux et aux cou­leurs des champs de lu­pins), ne de­vrait être qu’une (ma­gni­fique) for­ma­li­té, dans la den­si­té re­trou­vée de l’air et de la lu­mière.

Trois cols re­ti­rés. Une guir­lande de pas­sage à plus de 5 000 m pour « col­ler » au plus près des som­mets. Rien de mieux pour ap­pro­cher l’am­biance « ice flutes » et fra­cas gla­ciaires de la Blanche. Ici, le Pal­ca­ra­ju, vu du troi­sième bi­vouac (val­lée de Co­jup).

Re­mon­tée au pe­tit ma­tin, entre givre et lu­mière d’al­ti­tude, sous les der­niers pla­teaux de la Que­bra­da (val­lée) d’Ishin­ca.

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