Kris­ten Ste­wart

LA RE­BELLE REN­CONTRE AVEC L’AC­TRICE LA PLUS PUNK DE HOL­LY­WOOD

Vanity Fair (France) - - La Une -

Com­bien de gosses peuvent se van­ter d’avoir eu des chiens-loups comme ani­maux de com­pa­gnie ? C’est le cas de Kris­ten Ste­wart, pré­mo­ni­tion presque in­quié­tante pour celle qui de­vait être, dans la sé­rie des cinq Twi­light, Bel­la Swan, l’ado rin­garde

mais ro­man­tique, la ri­sée du ly­cée dont tombe amou­reux un vam­pire bo­dy­buil­dé dont le meilleur ami se trans­forme, à l’oc­ca­sion, en loup- ga­rou...

Les ac­trices qui ont le cou­rage de cas­ser le moule hol­ly­woo­dien ne poussent pas sur les arbres aux États-Unis. Quand on a la chance d’en croi­ser, mieux vaut se je­ter des­sus. En par­ti­cu­lier quand cette ac­trice a gran­di à Los An­geles, entre deux pa­rents forçats de l’industrie du ci­né­ma et de la té­lé­vi­sion – car c’est ain­si que Kris­ten Ste­wart a at­ter­ri sur le grand écran. Ce n’est pas une gosse de riches pro­té­gée par le co­con de la cé­lé­bri­té et/ou de la for­tune cla­que­mu­rée dans un ma­noir de Be­ver­ly Hills en­tou­ré de haies taillées à la per­fec­tion. L’en­fance de Kris­ten Ste­wart, dans la net­te­ment moins gla­mour San Fer­nan­do Val­ley, a été tout le contraire. Ses pa­rents, Jules Mann-Ste­wart et John Ste­wart, étaient des em­ployés, par des ve­dettes. Et ils étaient bien pla­cés pour sa­voir à quel point les stars peuvent vous pour­rir la vie.

Quand leur fille Kris­ten, qui s’ha­billait exac­te­ment comme son frère Ca­me­ron, c’est-à- dire comme un gar­çon, c’est-à- dire en sur­vê­te­ment, même en classe, a vou­lu pas­ser des au­di­tions, sa mère l’a pré­ve­nue : « Je bosse avec ces ga­mins – ils sont dingues. Tu n’es pas comme eux. » Mais comme elle ne ces­se­ra de le faire par la suite, Kris­ten s’est ac­cro­chée à son rêve, et, à 11 ans, elle a dé­cro­ché le rôle de la fille de Jo­die Fos­ter dans Pa­nic Room, le thril­ler de Da­vid Fin­cher. Un cas­ting ins­pi­ré. Ste­wart ne fait pas sem­blant d’être mi­gnonne, c’est plu­tôt le genre de pe­tite qu’on peut em­bar­quer dans une mis­sion dan­ge­reuse. J’ai par­lé de Kris­ten avec Jo­die Fos­ter – qui a elle-même sur­vé­cu aux pièges d’une cé­lé­bri­té pré­coce – il y a quelques an­nées, et elle l’a dé­fi­nie avec ces quelques mots : « Kris­ten n’a pas la per­son­na­li­té ha­bi­tuelle d’une ac­trice. Elle ne veut pas dan­ser sur la table de mémé avec un abat-jour sur la tête. »

Dire que les Twi­light ont été des cash-ma­chines est un eu­phé­misme [400 mil­lions de dol­lars de re­cettes dans le monde en­tier rien que pour le pre­mier vo­let]. Il n’em­pêche que ces films crai­gnaient. Mais Ste­wart ne les a ja­mais mé­pri­sés, pas plus que les mil­lions d’ad­mi­ra­teurs des livres. Ça au­rait été si fa­cile pour une hips­ter comme elle. Mais Ro­bert Pat­tin­son – son amou­reux à la ville comme à la scène à l’époque – et elle sem­blaient avoir un vrai res­pect pour les fans de Twi­light. Et l’un en­vers l’autre, aus­si.

Du coup, quand ont été pu­bliées les pho­tos de Ste­wart en train d’em­bras­ser Ru­pert San­ders, le réa­li­sa­teur (ma­rié à l’époque) de Blanche-Neige et le Chas­seur, à bouche que veux- tu, ça a été toute une his­toire. Con­trai­re­ment à la France, l’Amé­rique n’hé­site ja­mais à mon­ter sur les grands che­vaux de la mo­ra­li­té, mais c’est al­lé plus loin que ça. Le pu­blic a été dé­çu. Et je crois que le plus in­té­res­sant, c’est que Ste­wart elle-même était la plus dé­çue. Per­sonne n’au­rait ima­gi­né la re­trou­ver dans une si­tua­tion aus­si af­fli­geante de ba­na­li­té. Mais la vé­ri­té, c’est que c’est pré­ci­sé­ment cette hu­ma­ni­té de chair et de sang qui dis­tingue Ste­wart de cette co­horte d’ac­trices faus­se­ment guille­rettes et in­croya­ble­ment re­faites qui en­combrent les pages des ma­ga­zines. Même si Sur la route, l’adap­ta­tion du ro­man de Ke­rouac à la­quelle elle te­nait beau­coup, est sor­ti aux États-Unis à peu près au même mo­ment, elle a plus moins dis­pa­ru des ra­dars de­puis. Dans l’in­ter­view que vous al­lez lire, elle se sou­vient : « Je suis des­cen­due de cette vague géante et je me suis dit que j’al­lais me mettre un peu à l’abri. Que je re­vien­drais plus tard. »

Le mo­ment est ve­nu. Avec pas moins de cinq films dé­jà tour­nés qui sor­ti­ront au cours de l’an­née, à com­men­cer par Sils Ma­ria, la mé­di­ta­tion ma­ligne d’Olivier As­sayas sur l’industrie du ci­né­ma et l’ul­tra­mo­derne cé­lé­bri­té, l’ac­trice a été très oc­cu­pée. Dans le film d’As­sayas, elle prouve qu’elle sait rire d’elle-même. Le fait que le film soit fran­çais n’est pas un ha­sard. Comme bien des Amé­ri­cains avant elle – de Ger­trude Stein à James Bald­win en pas­sant par Ni­na Si­mone, qui ont choi­si la France pour trou­ver la voie de la li­ber­té –, Ste­wart a re­trou­vé la sienne de l’autre cô­té de l’At­lan­tique. À ce pro­pos, vous re­mar­que­rez peut- être quelque chose de dif­fé­rent dans cet ar­ticle : il s’agit d’une in­ter­view, dans la tra­di­tion de celles de Play­boy, ou des conver­sa­tions qui amu­saient tant An­dy Wa­rhol quand il a lan­cé le ma­ga­zine In­ter­view et qu’il vou­lait « tout te­nir de la bouche du che­val », comme il di­sait. C’est comme ça que j’ai ren­con­tré Kris­ten Ste­wart la pre­mière fois, elle avait à peine 12 ans, elle dé­bu­tait tout juste et j’étais ré­dac­trice en chef d’In­ter­view. Je me sou­viens avoir pen­sé : « Cette ga­mine a vrai­ment des

choses à dire. » Ça n’a pas chan­gé. Et bien que l’in­ter­view ne fasse pas par­tie des formes uti­li­sées par Va­ni­ty Fair France, les règles sont faites pour être en­freintes. Kris­ten Ste­wart est une vraie re­belle. Pour dé­crire sa ré­bel­lion, elle em­ploie une image que je trouve mar­rante : « Je mets mes gants de boxe avec “non” écrit des­sus. » Donc nous avons en­freint la règle, nous avons en­fi­lé nos gants avec “oui” mar­qué des­sus, et nous sommes mon­tées sur le ring pour croi­ser le fer, rire et par­ler.

Kris­ten Ste­wart : Quoi de neuf ? Va­ni­ty Fair : Toi d’abord ! Je sais à quel point tu aimes les ques­tions « red car­pet ». Qu’est- ce que tu portes pour cette in­ter­view ?

Je ne suis plus en py­ja­ma. Je suis fière de moi. Quelle heure il est, mi­di ? C’est l’heure de par­ler ! Tu sais que nous avons le­vé notre fat­wa contre les in­ter­views rien que pour toi ?

Co­ol. J’adore lire les in­ter­views de gens qui m’in­té­ressent. Quand ils jouent le jeu. Tu peux pas tri­cher. Je sais que tu aimes ça ! Vas-y, c’est ton truc. On ne t’a pas beau­coup vue ces deux der­nières an­nées. Mais tu vas faire pas mal de bruit avec tous ces films à ve­nir. J’ai vu le pre­mier hier, Sils Ma­ria d’Olivier As­sayas. Fran­che­ment, je ne pen­sais pas que ça me plai­rait à ce point. Je pen­sais m’en­nuyer. Et c’est tout le contraire, je suis em­bal­lée. C’est une vraie ré­flexion sur l’Art qui imite la Vie qui imite l’Art qui imite la Vie. Par­fois, je me suis même de­man­dée si tu avais ins­pi­ré le scé­na­rio.

C’est as­sez dingue. Par­fois, il faut al­ler cher­cher le per­son­nage vrai­ment loin. Ce­lui-là était sur mes genoux, je me suis beau­coup amu­sée à le jouer.

« En tant qu’ac­teur, on a ten­dance à se re­trou­ver iso­lé. ON EST SUR SES GARDES

et ça li­mite les échanges. »

Il y a aus­si un as­pect « Amé­rique contre Eu­rope » dans le film. Le pas­sé contre le pré­sent. Les va­leurs du Vieux Monde contre le Nou­veau Monde di­gi­tal, où tout fi­nit sur Twit­ter, Ins­ta­gram... Mais c’est la ma­nière dont le film re­flète la vraie vie qui est fas­ci­nante. Qu’est- ce que tu en as pen­sé quand tu as lu le scé­na­rio ?

J’étais ter­ro­ri­sée à l’idée de ne pas avoir le rôle, parce qu’Olivier l’avait dé­jà ré-at­tri­bué à quel­qu’un d’autre. Mais il n’était même pas ques­tion que je n’aie pas ce rôle. Heu­reu­se­ment, les pla­nètes se sont ali­gnées. C’est drôle, parce que le rôle de la jeune ac­trice re­belle [joué par Ch­loë Mo­retz] sem­blait fait pour toi, mais pour peu qu’on te connaisse vrai­ment, le per­son­nage de l’as­sis­tante bos­seuse que tu in­carnes te semble tout des­ti­né. Est- ce que ça s’est tout de suite bien pas­sé avec Olivier As­sayas ?

On s’est d’abord vus dans un res­tau­rant à Pa­ris. C’est la pre­mière fois qu’il évo­quait le projet, pas tout à fait en si­lence parce que le peu qu’il dit est plein de sens. Mais on n’a pas beau­coup par­lé. On est res­tés comme ça, as­sis, et je me suis tout de suite faite à l’idée qu’on al­lait tra­vailler en­semble sur ce film. On a échan­gé quelques mots et c’était par­ti. Parle-moi de ton per­son­nage...

Je joue Valentine, l’as­sis­tante per­son­nelle de Ma­ria En­ders, une ac­trice cé­lèbre [in­ter­pré­tée par Ju­liette Bi­noche]. Dans le film, ces deux femmes en sont à une étape ra­di­ca­le­ment dif­fé­rente dans leur vie. Leurs points de vue sont op­po­sés, pour­tant elles sont qua­si sem­blables et elles ont beau­coup à par­ta­ger. En même temps, tout ce qui les rap­proche les di­vise. C’est ce pu­tain de truc émo­tion­nel sur le­quel elles ne peuvent pas mettre le doigt. Elles ne sont pas amies. Elles ne sont pas col­lègues. Elles ne sont pas amantes. Elles ne sont pas mère et fille. Elles sont tout ça à la fois et c’est super bi­zarre. C’est pour ça que je vou­lais ce rôle. Je suis sa par­te­naire dans tous les sens du terme. Tout ce truc d’as­sis­tante per­son­nelle, c’est un champ de mines en puis­sance. Toi-même, tu as pu ob­ser­ver les re­la­tions entre les stars et leurs as­sis­tantes ?

En tant qu’ac­teur, on a ten­dance à se re­trou­ver iso­lé, on est sur ses gardes et ça li­mite les échanges. Il me semble nor­mal qu’on en­gage des amis ou des gens pour nous sou­te­nir. Mais la fron­tière peut être vrai­ment floue, parce qu’ils bossent pour toi. Tu les em­ploies, mais ce sont aus­si tes amis et tes par­te­naires créa­tifs. Après, tu peux de­ve­nir dé­pen­dant et ob­ses­sion­nel. C’est une re­la­tion vrai­ment dés­équi­li­brée et mal­saine, tout à fait unique et as­sez fré­quente. Je connais ça par coeur. Ju­liette Bi­noche et toi y al­lez vrai­ment à fond, et le film montre bien la com­pli­ca­tion de cette re­la­tion entre les gens cé­lèbres et leurs as­sis­tants. Parce qu’il n’y a pas de li­mites claires. Le show- bu­si­ness est un vé­ri­table bouillon de cul­ture pour ce genre de si­tua­tion, parce que c’est sou­vent 24 heures sur 24, loin de la mai­son, de la fa­mille et des amis.

C’est in­té­res­sant parce qu’il faut qu’une cer­taine per­sonne ait en­vie de se mettre au ser­vice d’une autre. Et quand les lignes sont brouillées, tu peux sen­tir qu’on s’est ser­vi de toi, ou que tu t’es lais­sé avoir trop fa­ci­le­ment. Dans le film, Valentine ar­rive au point de rup­ture. Le fait qu’on ne sache rien de sa vie m’a plu. Parce que le nar­cis­sisme in­hé­rent à cette re­la­tion fait qu’on sait tout de l’ac­trice cé­lèbre et rien de l’as­sis­tante ano­nyme ?

Exac­te­ment. C’était vou­lu. On sou­hai­tait vrai­ment que ça se passe comme ça.. Je vou­lais juste lâ­cher quelques in­dices sans don­ner suite, comme les ta­touages par exemple. Elle vient de quelque part, mais on ne sait pas d’où. Elle a des centres d’in­té­rêt, mais on ne les connaît pas. Et si­non, ça fait com­ment de jouer avec Ju­liette Bi­noche ? Tu étais in­ti­mi­dée ? Ex­ci­tée ? Rien de tout ça ?

J’étais au- de­là du stress à l’idée de la ren­con­trer la pre­mière fois. Elle a cette ca­pa­ci­té af­fo­lante à te pous­ser, à ré­vé­ler des

« Le style per­met de ré­vé­ler les

TRÉ­SORS CA­CHÉS

de ta per­son­na­li­té. »

« Ju­liette Bi­noche ne peut pas pro­non­cer une phrase aus­si simple que “J’ai faim.” Elle n’a pas faim. Elle “éprouve UN BE­SOIN PRO­FOND de se nour­rir”. »

choses de toi que tu ne soup­çon­nais même pas. Elle res­semble à ce que j’avais ima­gi­né, une sorte de pu­tain de pen­seuse ex­cen­trique, ou­verte, un peu per­chée. Genre Ju­liette Bi­noche, quoi. [Sou­dain on en­tend des chiens aboyer.] Qu’est- ce qui se passe, les gars ? Noms ?

Bear, Ber­nie et Cole. Ma vé­ri­table sé­cu­ri­té, c’est eux. Est- ce que tu viens bien d’em­ployer l’ad­jec­tif « per­chée » à pro­pos de Ju­liette Bi­noche à l’ins­tant ?

Ouais. Je ne crois pas que ce soit to­ta­le­ment lié au fait qu’elle est eu­ro­péenne, parce que ça se­rait di­mi­nuer l’im­mense mé­rite qu’elle a, mais elle est pile comme je vou­lais qu’elle soit. Au lieu de dire : « Pu­tain, je crève la dalle », qui est ce que je di­rais, elle te sort : « Je res­sens au plus pro­fond de moi ce be­soin de me nour­rir, au plus pro­fond de mon... » Tu vois ce que je veux dire ? Elle ne peut pas pro­non­cer une phrase aus­si simple que « j’ai faim ». Elle n’a pas faim. Elle éprouve un be­soin pro­fond. Par­lons de ta soif de bos­ser avec des poids lourds. Dès le dé­part, tu as tra­vaillé avec des réa­li­sa­teurs et des ac­teurs qui comptent, tu avais à peine 11 ans quand tu as tour­né avec Jo­die Fos­ter dans Pa­nic Room (2002), 16 ans quand Sean Penn t’a di­ri­gée dans In­to the Wild (2007) et 21 quand tu as fait Sur la route de Wal­ter Salles (2012)... Au dé­but, on peut pen­ser que c’est la chance, mais on voit bien qu’il y a une vraie ligne di­rec­trice et que ces choses-là n’ar­rivent pas par ac­ci­dent. Même dans les Twi­light, ton par­te­naire Ro­bert Pat­tin­son était un ac­teur dé­jà éta­bli, et plein d’his­toires cir­culent sur le fait que vous avez tous les deux lut­té contre le stu­dio pour gar­der au maxi­mum une part de risque, de mé­lan­co­lie, d’émo­tion et d’au­then­ti­ci­té dans l’his­toire. On di­rait que tu fais at­ten­tion à bien choi­sir tes en­ne­mis.

Oh oui. Tout à fait. Je ne suis pas le genre d’ac­trice qui peut jouer sans mi­roir. Tout le monde sait qu’on est bien meilleur avec des ac­teurs qui sont vrai­ment là, avec qui tu peux par­ta­ger, et se­lon que ça marche ou pas, ce­la me forge ou me dé­truit. Si je dois bos­ser avec quel­qu’un qui ne me fait pas vi­brer, ou avec qui je dois faire sem­blant, c’est triste et je joue mal. Ça t’est dé­jà ar­ri­vé ?

Ab­so­lu­ment. J’ai pas to­ta­le­ment mer­dé, mais j’ai dû me for­cer. Il fal­lait que je me dise : « Dieu mer­ci, on n’a que quelques scènes en­semble. » Comme tu l’as dit, j’ai eu beau­coup de chance et eu beau­coup plus de bonnes ex­pé­riences que de moins eu­pho­riques, mais oui, je connais la dif­fé­rence. Pu­tain, quand c’est bon, c’est comme une drogue. Qu’est- ce que tu fais quand c’est mau­vais ? Qu’est- ce qui t’ar­rive ?

C’est in­con­for­table. Ça prend plu­sieurs jours, ou plu­sieurs scènes. Au dé­but, tu te dis qu’on n’a pas trou­vé le bon rythme. Mais une fois que tu t’es épui­sée à es­sayer de le trou­ver, tu te mets en mode dé­faut et tu fais de la merde. C’est pas drôle. Et c’est pas bon. Quand je re­vois ces scènes, je fais beurk. J’aime pas voir ça. Ça me rap­pelle ce qu’Eli­za­beth Tay­lor m’a dit un jour. J’ai eu la chance de l’in­ter­vie­wer à plu­sieurs re­prises juste avant sa mort. On par­lait de But­ter­field 8 (1960), un film pour le­quel elle a re­çu l’os­car de la meilleure ac­trice, elle a dit un truc du genre : « Je pen­sais que ce réa­li­sa­teur était un tel cré­tin, et je le dé­tes­tais tel­le­ment qu’on a fi­ni par ne plus se par­ler et je me suis di­ri­gée moi-même. » Dingue, non ?

Genre, wow. Ça en dit tel­le­ment long. C’est dingue que ça se passe comme ça sur un tour­nage et que nous, le pu­blic, on n’y voie que du feu. Eli­za­beth était en­core tel­le­ment in­con­trô­lable. Les ac­trices d’au­jourd’hui sont des mo­nu­ments de calme à cô­té d’elle. À cause d’In­ter­net, le scan­dale a per­du tout gla­mour. Dans Sils Ma­ria, vous faites tous face à ça. En fait, tu dé­fends la jeune ac­trice dont la vie est une ca­tas­trophe que les gens ne peuvent s’em­pê­cher de re­gar­der, comme un ac­ci­dent de voi­ture. Ra­conte-nous ce per­son­nage joué par Ch­loë Mo­retz.

Ch­loë joue une jeune ac­trice, Jo-Ann Elis, au bord de quelque chose d’im­mense et aus­si en plein mi­lieu d’un scan­dale. Elle in­carne une fraî­cheur, un dé­sir et un cou­rage un peu naïfs qui at­tirent vrai­ment les gens. Il y a dans le per­son­nage de Ch­loë quelque chose de cru, une hon­nê­te­té ju­vé­nile. C’est une jeune fille avec un point de vue dif­fé­rent. Ce rôle n’est peut-être pas ba­sé sur une per­sonne en par­ti­cu­lier, mais il res­semble à une sorte de por­trait du pré­sent. Ce per­son­nage pour­rait être la syn­thèse de toutes ces jeunes ac­trices amé­ri­caines qui se re­trouvent dans l’oeil du cy­clone mé­dia­tique pour toutes sortes de rai­sons. Un des temps forts du film, c’est quand tu voles à son se­cours. Tu dis un truc du genre : « Elle est jeune, mais au moins elle a as­sez de cou­rage pour être elle-même. À son âge, c’est plu­tôt cou­ra­geux. Par les temps qui courent, pu­tain, c’est co­ol. Là, tout de suite, c’est mon ac­trice pré­fé­rée. » Moi qui suis amé­ri­caine et qui ai sui­vi tout ce qui t’est ar­ri­vé ces der­nières an­nées, je ne peux pas m’em­pê­cher de pen­ser que, d’une cer­taine ma­nière, ce dia­logue qu’As­sayas t’a don­né dé­crit ta car­rière. Pas de fa­çon suf­fi­sante et égo­cen­trique, mais comme un clin d’oeil adres­sé au pu­blic. Je veux dire, com­bien de fois on a en­ten­du dire « Oh, Kris­ten Ste­wart ne sou­rit ja­mais », ou « Kris­ten Ste­wart fait la tronche tout le temps ». Ça m’a fait rire de voir ces mots sor­tir de ta bouche. Je les ai tel­le­ment en­ten­dus à ton pro­pos !

Je dois bien avouer qu’il y a quelques pas­sages où j’étais obli­gée de cal­mer ma joie d’avoir à pro­non­cer ces mots. En fait, Olivier ne les a pas écrits pour moi. Mais c’était comme si la force du des­tin me pous­sait à jouer ce rôle. J’ai ré­agi à cette ma­tière de

fa­çon un peu plus fa­mi­lière qu’il au­rait fal­lu, mais c’est comme ça. C’est dingue. C’est une coïn­ci­dence bi­zarre et drôle. Ce qui nous ra­mène non seu­le­ment aux ru­meurs, qui ont tou­jours fait par­tie du star-sys­tem, mais aus­si à l’im­pact d’In­ter­net, des sites people, des blo­gueurs, de Twit­ter, les mil­lions de plu­mi­tifs au­to­pro­cla­més, du World Wide Web, quoi. Le film montre ce qui se passe quand tous ces dis­po­si­tifs s’em­mêlent, quand la jeune ac­trice se pointe dans un res­tau­rant avec un écri­vain ma­rié et que toi, l’as­sis­tante per­son­nelle qui en connaît un rayon, tu pré­dis que « quand ça se sau­ra, ça se­ra un tsu­na­mi ».

Le mieux c’est quand le per­son­nage de Ju­liette dit : « Ah ouais, sur quelle pla­nète ? » Et que je ré­ponds : « Cette pla­nète a un nom, ça s’ap­pelle la vraie vie. » Ça m’a fait du bien. Les gens disent que tout ça n’a au­cune im­por­tance, c’est fa­cile à dire. C’est ir­ré­sis­tible...

Per­sonne n’a en­vie d’en­tendre quel­qu’un comme moi ra­bâ­cher à quel point c’est dif­fi­cile. Tu veux dire ra­bâ­cher à quel point la cé­lé­bri­té est dure à vivre ?

Oui, voi­là. Oui, c’est vrai­ment pé­nible d’écou­ter les jé­ré­miades à ce su­jet. C’est pour ça que les gens de­viennent dingues quand Gwy­neth Pal­trow ra­conte à quel point c’est dif­fi­cile de conci­lier son bou­lot et la ma­ter­ni­té, parce que ça l’oblige à em­me­ner ses gosses sur les tour­nages. Pas évident de la plaindre quand on com­pare sa vie et celles de la plu­part des mères qui bossent.

Je sais bien. Crois­moi. Pas de pro­blème pour en par­ler avec lé­gè­re­té. Que les gens disent que ça n’a pas d’im­por­tance, que ça n’a rien à voir avec la réa­li­té, tout ça me va. Je suis bien d’ac­cord pour trou­ver que tous ces trucs des médias, quand tu es pris de­dans, ça ne de­vrait pas te tou­cher phy­si­que­ment ni t’af­fec­ter et tout ça. Pour­tant, tech­ni­que­ment, ça a un im­pact sur ta vie. Comme dans un rêve. Mais dans l’es­prit des autres, c’est juste dé­bile et c’est comme ça que ça de­vrait être per­çu. Tu as toi-même été de l’autre cô­té du tsu­na­mi à plu­sieurs re­prises. Je me sou­viens que la der­nière fois que je t’ai in­ter­viewée, on était à Pa­ris, chez Le Duc. Quand on a ou­vert la porte du res­tau­rant pour re­par­tir, merde alors. On était au comble de la fo­lie Twi­light, juste avant la sor­tie du 5e film, et un nombre in­croyable de pa­pa­raz­zis étaient pos­tés là. On est ren­trées illi­co dans le res­tau­rant. Ils étaient tou­jours là quelques heures plus tard. C’est comme une grosse vague qui s’abat sur toi. Et puis tu as aus­si connu le mo­ment où la ru­meur te tombe des­sus. Quand sont sor­ties ces pho­tos [avec Ru­pert San­ders, le réa­li­sa­teur de Blanche-Neige et le Chas­seur], ça a été la fo­lie. Donc tu es bien pla­cée pour sa­voir que ça touche vrai­ment.

Oui, c’est vrai. Je suis bien obli­gée d’en­tre­te­nir des rap­ports avec les médias parce que per­sonne ne m’a for­cée à de­ve­nir ac­trice. Mais il se­rait fou de nier que ce dé­mon-là est dif­fé­rent, per­sonne ne pour­rait si­gner pour vivre ça. C’est une bête qui n’a pas le même vi­sage que celle de l’époque, di­sons les an­nées 1930 ou 1940, quand les stu­dios contrô­laient la presse.

Je ne me suis ja­mais fixé de plan de car­rière. Je n’ai ja­mais es­sayé d’in­fluen­cer l’opi­nion que les gens ont de moi, ce que plein d’autres font. Il y a cer­tains ar­tistes, cer­tains ac­teurs, qui font tout pour col­ler à une image d’un cer­tain type d’ac­teur ou d’ar­tiste, et je ne suis vrai­ment pas comme ça. J’ai vé­cu à peu près toutes les si­tua­tions, toutes les ex­pé­riences plus ou moins créa­tives, à l’ins­tinct. Du coup, je ne peux me lais­ser bouf­fer par le re­gret.

Dans ce que les gens prennent de toi et re­tiennent pour se for­ger une opi­nion à ton su­jet, rien n’est ja­mais to­ta­le­ment faux. C’est une sorte d’as­sor­ti­ment de sa­veurs qu’ils ont cho­pées dans les kiosques, les salles de ci­né­ma ou sur In­ter­net. Ça n’est pas moi qui ai fabriqué ce mé­lange et ça ne me gêne pas plus que ça. Mais je ne veux pas en ra­jou­ter à ce tas de merde qui existe à mon corps dé­fen­dant et qui n’a rien à voir avec la réa­li­té. Se re­trou­ver au mi­lieu de tout ça est dé­jà suf­fi­sam­ment bi­zarre pour que je n’aie pas en plus à faire de com­men­taires. Mais étran­ge­ment, je me sens as­sez ca­pable de m’en ex­tir­per et de dire : « C’est pas un peu trop évident ? » Je veux dire, c’est « mar­rant », comme dit Valentine dans Sils Ma­ria, les his­toires sont mar­rantes, mais vous sa­vez que tout ça, c’est des gens qui jouent des rôles fa­bri­qués par les médias et les gens ont be­soin de leur ra­tion de ra­gots heb­do­ma­daire. Ce n’est rien de plus que du soap- ope­ra. J’es­saie de faire en sorte que ça ne m’at­teigne pas, de pré­ser­ver ma vraie vie. Les gens ont beau pen­ser qu’ils savent tout, mais, bor­del, qui connaît la vé­ri­té ? Per­sonne. Tu vas mou­rir. Tu se­ras al­lon­gée à cô­té de la per­sonne que tu connais le mieux au monde, la per­sonne avec qui tu vieilli­ras. Et tu se­ras à cô­té de cette per­sonne au mi­lieu de la nuit et tu te po­se­ras plein de ques­tions parce que, bor­del, per­sonne ne connaît ja­mais la pu­tain de vé­ri­té.

« Per­sonne n’a en­vie de m’en­tendre dire à quel point LA CÉ­LÉ­BRI­TÉ EST DURE À VIVRE. »

Ce que tu viens de dire me rap­pelle un pas­sage de Pas­to­rale amé­ri­caine de Phi­lip Roth. Le su­jet, c’est « les autres ». Il écrit : « On se trompe avant même de ren­con­trer les gens, quand on ima­gine la ren­contre avec eux ; on se trompe quand on est avec eux ; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on ra­conte la ren­contre à quel­qu’un d’autre, on se trompe de nou­veau. (...) Le fait est que com­prendre les autres n’est pas la règle, dans la vie. L’his­toire de la vie, c’est de se trom­per sur leur compte, en­core et en­core, en­core et tou­jours, avec achar­ne­ment et, après y avoir bien ré­flé­chi, se trom­per à nou­veau. C’est même comme ça qu’on sait qu’on est vi­vant : on se trompe. Peut-être que le mieux se­rait de re­non­cer à avoir tort ou rai­son sur au­trui, et conti­nuer rien que pour la ba­lade. » Mais re­ve­nons au mo­ment où tu as pas­sé tes pre­mières au­di­tions, en­fant, avec ta mère. Je me sou­viens que tu m’as ra­con­té, il y a quelques an­nées, que les gens qui te fai­saient pas­ser

les tests pour des pubs es­sayaient de te rendre toute sou­riante et que ça te pa­rais­sait très sur­joué. Ou bien qu’ils se plai­gnaient de tes airs de gar­çon man­qué. En quoi penses- tu que ces pre­mières ex­pé­riences t’ont for­mée ?

J’at­tri­bue mes dé­buts à ma ca­pa­ci­té à faire ce bou­lot. Ce­la de­mande d’être à l’aise mal­gré une at­ten­tion dé­me­su­rée. Si je n’avais pas com­men­cé si jeune, je ne crois pas que j’au­rais pu le faire par la suite. Ça n’est pas trop mon genre de res­ter de­bout au mi­lieu d’une pièce. Mais je vou­lais vrai­ment être ac­trice et je vou­lais tour­ner dans des films. Je vou­lais prendre exemple sur mes pa­rents. Ils étaient dans le ci­né­ma, c’est ça ? Ta mère était scripte et ton père ré­gis­seur, ils t’em­me­naient par­fois sur les tour­nages, si je me sou­viens bien.

Je les re­gar­dais et je me di­sais qu’ils fai­saient le truc le plus co­ol qu’on puisse faire de sa vie. Et comme je n’en­trais pas dans le moule de l’en­fant star, que je ne vou­lais pas être cé­lèbre ni sa­tis­faire le grand pu­blic, j’ai été cas­tée par une jeune réa­li­sa­trice in­croyable, Rose Troche, dans le film The Sa­fe­ty of Ob­jects, exac­te­ment pour ce que j’étais, un gar­çon man­qué. On pou­vait à peine me dis­tin­guer de mon frère.

En­fant, j’étais as­sez sûre de moi, mais à l’école, quand tu n’es pas ac­cep­tée comme une fille cen­sée res­sem­bler à une fille, c’est dif­fi­cile. Je dé­tes­tais qu’on me dise : « Euuuuh tu sais, tu res­sembles pas vrai­ment à... » On me trai­tait de mec et tout ça. Un bref ins­tant, ça m’a vrai­ment tou­chée. Puis ça s’est ar­rê­té parce que quand j’ai com­men­cé à tra­vailler, je n’étais plus du tout consi­dé­rée comme bi­zarre. J’étais co­ol. Je me plai­sais. Je trou­vais que j’avais vrai­ment de la chance d’avoir connu ce mi­lieu en­fant, parce que, pour peu que tu sois sur le bon che­min, c’est le mi­lieu le plus ou­vert et le plus ac­cueillant que je connaisse. C’est un champ ma­gné­tique qui at­tire les per­son­na­li­tés les plus di­verses. Des tas de pro­vo­ca­teurs pro­gres­sistes et sub­ver­sifs qui aiment po­ser des ques­tions et s’ex­pri­mer. Pu­tain, comme c’est beau. C’est in­croyable. J’adore ça. Je suis tel­le­ment heu­reuse et fière d’en faire par­tie. Les ac­teurs sont des gens étranges et de na­ture cu­rieuse. Ils veulent vivre d’autres vies que la leur, même si c’est dou­lou­reux, juste pour le plai­sir de ra­con­ter une his­toire. Pour­quoi crois-tu que le fait d’avoir com­men­cé en­fant a tant comp­té pour toi ?

La ra­cine de tout ça, comme j’ai dé­jà dit, c’est que j’ai­mais l’état dans le­quel je voyais mes pa­rents ren­trer après une jour­née de bou­lot de seize heures. Est- ce que tu ne m’as pas ra­con­té un jour que tu ai­mais les sen­tir ?

Ouais. Si je tombe sur un sac à dos que j’avais sur un cer­tain tour­nage et que je n’ai pas uti­li­sé de­puis, je re­trouve l’odeur de l’en­droit et l’odeur du plateau. Je peux lit­té­ra­le­ment sen­tir toutes les par­celles ol­fac­tives de cette ex­pé­rience. Ma mère est scripte et trim­balle ses scé­na­rios dans une sorte de pa­que­tage qui a tou­jours pué le tra­vail manuel, le ca­fé ren­ver­sé, et la fu­mée à cause des ef­fets spé­ciaux comme la pous­sière d’une ex­plo­sion. C’est ce qui m’a at­ti­ré au dé­part. C’est comme si tu avais mar­ché des ki­lo­mètres et des ki­lo­mètres toute la jour­née. Où es- tu al­lée, qu’est- ce qui t’a fait te le­ver et par­tir. Je sa­vais que c’était for­cé­ment in­té­res­sant. Je sa­vais que si mes pa­rents se le­vaient pour al­ler bos­ser seize heures, c’est que ça de­vait être co­ol et pas­sion­nant. Et puis j’ai sen­ti ce que ça fai­sait de le dé­cou­vrir et de le par­ta­ger. Ça ne se trouve pas comme ça, c’est un sen­ti­ment qu’il faut al­ler cher­cher loin, et après tu peux le par­ta­ger ; c’est un pu­tain de bou­lot et c’est un acte de foi. Il faut se rendre dis­po­nible pour quelque chose qui ne va pas for­cé­ment se pro­duire im­mé­dia­te­ment. Et quand ça ar­rive, c’est le truc le plus ex­ci­tant que je connaisse, et c’est à ça que je car­bure. Je n’ar­rê­te­rai ja­mais de cher­cher ça. J’aime cette quête. C’est ce que je pré­fère, cher­cher, trou­ver, creu­ser, creu­ser et creu­ser en­core. Ce qui est mar­rant, c’est que les gens qui tra­vaillent avec toi ne te dé­crivent ja­mais comme quel­qu’un de ner­veux qui ne fait que se le­ver et s’as­seoir. Mais la plu­part des por­traits de toi ra­content ça.

Les ac­teurs veulent vivre d’autres vies que la leur. MÊME SI C’EST DOU­LOU­REUX. »

Sur un plateau, il y a ef­fec­ti­ve­ment des mo­ments où je vibre, et j’aime ce sen­ti­ment. C’est une sen­sa­tion dif­fé­rente. Je suis à l’aise avec ce ma­laise. Tu n’as pas tra­vaillé pen­dant deux ans...

Oui, une éter­ni­té. Sils Ma­ria est ton pre­mier film après cette longue pause ?

Non, il y a d’abord eu Camp X-Ray [de Pe­ter Sat­tler, sor­tie pro­chai­ne­ment]. Et avant Camp X-Ray, tu avais fait quoi ?

Brea­king Dawn, Part 2 [der­nier vo­let de la sa­ga Twi­light, la deuxième par­tie du cha­pitre 5, Ré­vé­la­tion]. Pour­quoi est- ce qu’il t’a fal­lu deux ans pour re­com­men­cer à tour­ner ?

Je re­gar­dais au­tour de moi. Il y a un ou deux pro­jets qui de­vaient se faire, puis ils se sont ar­rê­tés et n’ont ja­mais re­dé­mar­ré, et j’ai consa­cré beau­coup de temps à ces pro­jets qui n’ont ja­mais vu le jour, ça ar­rive. Et après, et ça en dit long sur l’état dans le­quel j’étais, il a fal­lu qu’il se pro­duise une étin­celle. Qui sait ce qui se pas­se­rait si je re­gar­dais main­te­nant le tas de scé­na­rios que j’ai par­cou­rus à cette pé­riode ? Je me de­mande si je ne dé­cou­vri­rais pas des trucs où je me di­rais « com­ment j’ai pu lais­ser pas­ser ça ? » Sé­rieu­se­ment, je pense qu’après Twi­light et Blan­cheNeige et le Chas­seur, qui ont été des films tel­le­ment énormes, je n’ai pas vou­lu cou­rir après le pro­chain block­bus­ter. Les gens qui ont connu deux énormes suc­cès se disent que c’est leur truc dé­sor­mais : faire des mé­ga­suc­cès et sur­fer sur cette vague. Je suis des­cen­due de cette vague géante et je me suis dit que j’al­lais me mettre un peu à l’abri. Que je re­vien­drais plus tard. C’était une bonne chose fi­na­le­ment. J’avais be­soin de temps pour moi. De re­ve­nir à ma vie. De res­ter à la mai­son en­tou­rée de mon propre bor­del, de jouer de la gui­tare et d’écrire.

P H OTOG R A P H I E

S T Y L I SME

ROBE CHA­NEL

« Les filles de chez Cha­nel

re­pré­sen­ter la col­lec­tion

HAUTE COU­TURE

AU­TOMNE-HIVER 2014-2015

cher­chaient quel­qu’un pour

"Meuf, pour­quoi pas toi ?" »

Mé­tiers d’Art. Elles m’ont dit :

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