Ren­contre Ca­nal+, L’école du rire

L’avez-vous re­mar­qué ? Omar Sy, Guillaume Gal­lienne, Char­lotte Le Bon et la plu­part de ceux qui ré­in­ventent l’hu­mour fran­çais au ci­né­ma ont été for­més sur l’an­tenne de Ca­nal+. OLIVIER BOU­CHA­RA s’est pro­me­né en cou­lisse pour leur faire ra­con­ter les meilleu

Vanity Fair (France) - - Sommaire -

En trente ans de sketchs, pas­tilles et miss mé­téo, une gé­né­ra­tion de ta­lents a for­gé « l’es­prit Ca­nal » avant de ré­in­ven­ter . Tchi tcha...

la co­mé­die à la fran­çaise

La pe­tite an­nonce fi­gu­rait dans Té­lé Loi­sirs. Ou Té­lé 7 Jours. Elle ne se sou­vient plus très bien. On y ap­pre­nait que Ca­nal+ cher­chait des co­mé­diens pour l’émis­sion Gro­land, journal gen­ti­ment trash et pa­ro­dique d’une prin­ci­pau­té ima­gi­naire. « Je ne pou­vais pas lais­ser pas­ser cette oc­ca­sion, confie Gé­ral­dine Na­kache. Ca­nal+, c’était la chaîne dont par­lait sans ar­rêt mon grand frère Olivier. Et comme je cher­chais tou­jours à le co­pier... » Elle se pré­sente aux es­sais. Elle a 18 ans à peine, un bac lit­té­raire en poche et un nu­mé­ro d’imi­ta­tion de Cé­line Dion ré­pé­té dans le salon fa­mi­lial. En guise de book, un por­trait d’elle en maillot de bain pris par un pho­to­graphe sai­son­nier sur une plage de Cannes – « J’avais l’air d’une ba­leine échouée au mi­lieu du ri­vage. » Face à la di­rec­trice de cas­ting, elle de­vine que ses chances sont in­fimes. Mais elle a une ins­pi­ra­tion : « Si­non, vous n’au­riez pas be­soin d’une as­sis­tante ? Je peux avoir une conven­tion de stage. » Elle dé­bu­te­ra la se­maine sui­vante.

Gé­ral­dine Na­kache ra­conte cette anec­dote dans un ca­fé du Ma­rais. Elle po­tine, plai­sante, re­joue chaque dé­tail. À 34 ans, l’ac­trice ré­vé­lée dans Tout ce qui brille par­tage l’af­fiche de Sous les jupes des filles avec ses idoles, Isa­belle Ad­ja­ni et Va­nes­sa Pa­ra­dis. Le fran­gin ado­ré, lui, a réa­li­sé avec Éric To­lé­da­no l’un des plus grands suc­cès du ci­né­ma fran­çais : In­tou­chables. « Si Olivier avait fait den­taire, j’au­rais été den­tiste », as­sure- t- elle. À Gro­land, une par­tie de son tra­vail consis­tait à re­cru­ter des co­mé­diens dans les mai­sons de re­traite : « Je les contac­tais par té­lé­phone, se sou­vient- elle en mi­mant la scène : “Al­lô, Lu­cien, vous m’en­ten­dez ? Vous êtes d’ac­cord pour dire face à la ca­mé­ra que vous avez trois tes­ti­cules ?” » Après un pas­sage aux Guignols de l’in­fo, elle re­joint la chaîne Co­mé­die !, fi­liale du groupe Ca­nal. « Une ex­pé­rience dingue. On bos­sait dix-huit heures par jour. Il fal­lait écrire, tour­ner, pro­duire. » Son té­lé­phone vibre : un SMS de l’at­ta­chée de presse lui ap­prend que, pour son pre­mier jour en salles, Sous les jupes des filles en­re­gistre plus d’en­trées que le der­nier Tom Cruise. La jeune femme es­quisse un sou­rire : « Vous voyez ce que je dois à Ca­nal. Sans ces an­nées de for­ma­tion, je n’en se­rais ja­mais ar­ri­vée là. »

S’ils le disent avec d’autres mots, tous les ac­teurs réunis dans ces pages ra­content la même his­toire. Pour eux, Ca­nal+ n’est pas une simple chaîne avec des matchs de foot en­nuyeux et des films por­nos que plus per­sonne ne re­garde. C’est une école de ci­né­ma, gé­né­reuse et cruelle, qui dé­vore ses en­fants mais en fait par­fois des stars. Une fa­brique d’étoiles dis­si­mu­lée der­rière une

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