« ILS N’ONT PEUR DE RIEN »

Fan de l’étrange de­vant l’Éter­nel, Ma­ri­lyn Man­son ex­plique en quoi la vi­sion de l’art des réa­li­sa­teurs Ale­jan­dro Jo­do­rows­ky et Quen­tin Du­pieux est proche de la sienne.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - RECUEILLIS PAR CLÉ­MEN­TINE GOLD­SZAL PROPOS

Comme un en­fant, j’aime être constam­ment ou­vert à l’ins­pi­ra­tion. J’ai été éle­vé dans une fa­mille très ch­ré­tienne, et j’en re­viens tou­jours à la Bible, mon in­fluence ar­tis­tique prin­ci­pale. Ce­pen­dant, La Mon­tagne sa­crée (1973), le film d’ , est sans doute

Ale­jan­dro Jo­do­rows­ky l’autre oeuvre d’art la plus im­por­tante pour moi. Dans les an­nées 1990, au Chi­li, un fan m’a don­né une cassette vi­déo après un concert. C’était un en­re­gis­tre­ment de La Mon­tagne sa­crée. J’ai re­gar­dé le film, dé­fon­cé, mais fran­che­ment je n’avais pas be­soin de drogues pour hal­lu­ci­ner. En ren­trant chez moi, j’ai vou­lu louer San­ta Sangre (1989), mais je n’avais pas ma carte d’iden­ti­té sur moi et j’ai dû vo­ler la VHS dans le ma­ga­sin To­wer Re­cords de la Nou­velle-Or­léans. Je l’ai en­core quelque part ; c’est son film le plus réus­si com­mer­cia­le­ment je crois. Mais La Mon­tagne sa­crée tient une place es­sen­tielle dans ma vie.

Des an­nées plus tard, j’ai en­fin pu ren­con­trer Jo­do­rows­ky. J’avais lu une in­ter­view de lui dans la­quelle il di­sait qu’il ne fe­rait plus ja­mais de film à Hol­ly­wood, “à moins que ça ne soit avec Ma­ri­lyn Man­son”. Je l’ai contac­té et nous sommes de­ve­nus très proches. Il m’a ti­ré le ta­rot trois fois, et ne s’est ja­mais trom­pé. Il a même of­fi­cié comme prêtre al­chi­mique lors de mon ma­riage [avec ]

Di­ta Von Teese en Ir­lande, en 2005. Il por­tait le cos­tume blanc de l’Al­chi­miste dans La Mon­tagne sa­crée que j’avais fait re­pro­duire, et les bottes blanches fen­dues comme des sa­bots de chèvre que j’avais fait fa­bri­quer pour mon al­bum Me­cha­ni­cal Ani­mals. On s’est sé­pa­rés trois mois plus tard et Ale­jan­dro m’a confié qu’il avait su que le ma­riage se­rait un échec quand il a dit : “Vous pou­vez em­bras­ser la ma­riée”, et qu’elle a vé­ri­fié son rouge à lèvres. Il au­rait pu me le dire avant ! C’est un au­then­tique gé­nie, et puis

l’a ini­tié à la réa­li­sa­tion, Luis Buñuel John

a fi­nan­cé La Mon­tagne sa­crée... Len­non Moi qui suis fan de , Buñuel et Len

Dalí non, je me suis sen­ti ho­no­ré d’être ac­cep­té par­mi ces gé­nies que j’avais ad­mi­rés toute ma vie. Ce sont des pion­niers, des ar­tistes que rien n’ar­rête et je re­cherche la com­pa­gnie de gens comme ça. Même chose pour ,

Quen­tin Du­pieux que j’avais contac­té après avoir vu Rub­ber (2010) et qui m’a fait jouer dans son film Wrong Cops (2013). Il n’a peur de rien ; ses films sont ma­gni­fiques vi­suel­le­ment alors qu’ils ont par­fois été réa­li­sés avec un bud­get in­fé­rieur à cer­tains de mes clips. Il m’a confié un jour : “Je pré­fère faire un film avec un iP­hone que de ne pas en faire du tout”, et j’adhère com­plè­te­ment à sa vi­sion. D’ailleurs, j’ai mon­tré Rub­ber à mon ami , qui est de­ve­nu com­plè

John­ny Depp te­ment ob­sé­dé par l’idée de tra­vailler avec lui. Ça tombe bien, Quen­tin m’a en­voyé un mail hier en me de­man­dant de trans­mettre un scé­na­rio à mon “meilleur ami chô­meur John­ny Depp...” Quen­tin est drôle, il m’ap­pelle “Bunny” et moi je l’ap­pelle “Dir­ty San­ta” à cause de sa barbe.

Du­pieux et Jo­do­rows­ky ont des ta­lents au­then­tiques, sans ef­fets de manche. Je n’ai pas vu Ale­jan­dro de­puis un bout de temps, mais si vous le croi­sez, dites-lui que je suis prêt. Et que je le re­garde. » —

Ma­ri­lyn Man­son,

ob­sé­dé

par le ci­né­ma

d’Ale­jan­dro

Jo­do­rows­ky

et de Quen­tin

Du­pieux.

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