Mademoiselle SEY­DOUX

Les confi­dences d'une James Bond Girl

Vanity Fair (France) - - La Une -

« Le ci­né­ma, c’est l’art de faire faire de jo­lies choses à de jo­lies femmes. » — Fran­çois TRUF­FAUT

On lui re­proche d’être une fille bien née, elle n’en a que faire. Léa Sey­doux s’est construite à la force du poi­gnet. VIR­GI­NIE MOUZAT a dé­cou­vert en l’ac­trice un pur ins­tinct à l’oeuvre. Une rage de vaincre qui l’a conduite jus­qu’à Spectre, le pro­chain James Bond. Pour­tant, dans la vie, l’amour le plus ro­man­tique de­meure son ul­time re­li­gion.

« Elle n’était pas une en­fant mo­rose ou mé­lan­co­lique. c’était une pile élec­trique. » Ch­ris­tian Lou­bou­tin (créa­teur de sou­liers)

Ce soir-là, c’est la fête. La porte co­chère est res­tée ou­verte pour l’oc­ca­sion. Dans cette mi­nus­cule rue du VIe ar­ron­dis­se­ment, après avoir fran­chi l’en­trée, on se re­tourne sur le bâ­ti­ment et on se de­mande où l’on est.

« Chez la grand-mère de Léa, enfin, feue la grand-mère de Léa », me dit- on. Là, dans le jar­din de cette ma­gni­fique mai­son de fa­mille en plein Paris, à quelques mètres de la Seine, l’ex­pres­sion « Feu la grand-mère de Léa » prend une to­na­li­té fin de siècle. Le­quel ? Le XIXe bien sûr. Monde per­du, lam­beaux d’en­fance, chambre de liège. La vaste bâ­tisse ras­su­rante tient plu­tôt de la grande de­meure fa­mi­liale que d’un hô­tel par­ti­cu­lier ron­flant du Se­cond Em­pire sur la plaine Mon­ceau ou la butte Chaillot. L’in­té­rieur semble fi­gé, gra­cieux, sans os­ten­ta­tion. La so­no est à fond. Ça danse et ça trans­pire. Une chan­teuse s’épou­mone en live, le haut-par­leur est ré­glé trop fort, si­non on n’en­tend rien. Sa voix semble émer­ger des ar­bustes, sorte de jungle om­bra­gée, à mou­rir de charme.

On est le 3 juillet, c’est la soi­rée d’an­ni­ver­saire de Léa (elle est née le 1er). Elle a 30 ans. Elle est un peu grise comme le chan­tait une opé­rette d’Offenbach, ce mot désuet pour dire pom­pette, un peu pé­tée quoi, comme tout le monde ce soir-là car les mo­ji­tos pleuvent. Édouard Baer clau­dique sur une bé­quille. El­sa Zyl­ber­stein af­fiche une ma­nu­cure-pé­di­cure blanche. Elle part le len­de­main pour Los An­geles et n’a pas fait ses va­lises. On croise Louis Gar­rel dans l’en­trée. Et puis il y a les co­pines de Léa. Des filles fraîches, nor­males, sym­pa­thiques qui fument et qui dansent. On s’as­sied dans le jar­din au­tour de tables sur les­quelles on em­pile les verres vides, on pousse les cen­driers, on pioche dans un pla­teau de pe­tits fours vo­lé au buf­fet. Pas d’ar­ma­da de maîtres d’hô­tel. Pas de per­son­nel exo­tique en li­vrée. On fi­nit par terre, les fesses au frais dans une herbe plus proche d’une prai­rie cam­pa­gnarde que d’un ga­zon ur­bain. Un peu plus loin, la mère de Léa est as­sise à une table, chic avec rien, che­veux blancs, che­mise blanche, pan­ta­lon. Elle parle avec son ex-ma­ri, Hen­ri Sey­doux, le père de Léa. La femme de ce der­nier, Farida Khel­fa, est là aus­si. Les de­mi-soeurs et frères éga­le­ment. Il fait très chaud. Un oncle qui ha­bite une aile de la mai­son passe in­té­gra­le­ment nu de­vant une des fe­nêtres, vers 23 heures. Fa­çon de dire, peu m’im­porte cette boum de jeunes, moi, je me couche. En re­par­tant, de­vant le porche, on tombe sur un van noir qui dé­verse Ch­ris­tian Lou­bou­tin et une flo­pée d’in­vi­tés. Le chaus­seur est ici en fa­mille. Il a vu gran­dir Léa. Dans la presse, on a beau­coup re­pro­ché à la co­mé­dienne d’être cette fille de fa­mille for­cé­ment gâ­tée. Comme si être née Sey­doux For­nier de Clau­sonne (fille de Valérie Schlum­ber­ger – le gra­tin de l’in­tel­li­gent­sia pro­tes­tante – et de l’en­tre­pre­neur Hen­ri Sey­doux, pe­tite-fille de Jé­rôme Sey­doux, pré­sident de Pa­thé, et pe­tite-nièce de Ni­co­las Sey­doux, pré­sident de Gau­mont) four­nis­sait au­to­ma­ti­que­ment un blanc-seing pour fi­gu­rer en haut de l’af­fiche. Léa pré­cise cal­me­ment : « En vrai, je fais ce mé­tier parce que je n’avais rien à perdre, c’est peut- être fa­cile à dire puisque je viens d’une fa­mille as­sez pri­vi­lé­giée, mais j’ai tou­jours eu le sen­ti­ment d’être sans at­taches. Pour quel­qu’un à qui on n’a rien ap­pris, je trouve que ça va. »

Telle une mau­vaise herbe, Léa a éclos toute seule. Ch­ris­tian Lou­bou­tin qui, à 17 ans, ha­bi­tait à Paris, en par­tie chez le jeune couple for­mé par Hen­ri et Valérie Sey­doux, l’a vue gran­dir. « Ce n’était pas une en­fant mo­rose ou mé­lan­co­lique. C’était une pile élec­trique. Je la vois en­core, toute pe­tite, très blonde, qui tra­verse le champ vi­suel – c’est-à-dire la cui­sine qui don­nait sur le jar­din – en per­ma­nence, à toute al­lure, se ra­con­tant des his­toires in­com­pré­hen­sibles dans son

lan­gage d’en­fant mais qui, on le sen­tait, avaient un dé­but, un mi­lieu et une fin. Elle y met­tait du jeu, des ex­pres­sions, des at­ti­tudes. Elle était dé­jà très sin­gu­lière. Mais le ci­né­ma ? Là, je l’avoue, je n’ai rien vu ve­nir. Elle n’en a ja­mais par­lé. » Une fi­gure fé­mi­nine qui rentre et sort du cadre, for­cé­ment ce­la fait pen­ser, d’une cer­taine ma­nière, à Fran­çoise Dor­léac dont Truf­faut di­sait, lors­qu’il la di­ri­geait dans La Peau douce (1964), qu’il fal­lait la for­cer à ra­len­tir, la contraindre à res­ter dans le champ. « Sous sa peau de nacre, elle a le cuir épais, Léa, ex­plique le réa­li­sa­teur Be­noît Jac­quot. Der­rière une ap­pa­rente fa­ci­li­té, c’est une in­quiète. »

Cdu co­ca et des yaourts

e 3 juillet, elle sa­voure – in­cons­ciem­ment – presque sept ans de ré­flexion de­puis La Belle Per­sonne de Ch­ris­tophe Ho­no­ré en 2008. Ce film a mar­qué son émer­gence, un raz-de-ma­rée mé­dia­tique. En 2010, Belle épine de Re­bec­ca Zlo­tows­ki la confirme (pre­mière no­mi­na­tion aux Cé­sar), un che­min qui la mène jus­qu’à la Palme d’or, à Cannes, en 2013. Sur le plan per­son­nel, elle a dé­cla­ré haut et fort, dans un heb­do­ma­daire people, que son amou­reux se­ra le père de ses en­fants. « Mais je ne sais tou­jours pas ce que l’ave­nir me ré­serve et j’aime ça. »

Blon­deur sa­ge­ment cran­tée, coif­fée d’une raie sur le cô­té, elle cultive en ce soir d’été un style sur­an­né. Sa­muel Blu­men­feld, cri­tique de ci­né­ma au Monde, note qu’elle « est une des seules Fran­çaises à qui le film en cos­tume va comme un gant. Be­noît Jac­quot ne s’y est pas trom­pé : Léa, en sui­vante XVIIIe de Marie-An­toi­nette ( Les Adieux à la Reine, en 2012) ou en femme de chambre XIXe ( Les Confes­sions d’une femme de chambre, 2015) est to­ta­le­ment cré­dible. Qu’on se rap­pelle Kirs­ten Dunst en reine de France à Versailles, de­vant de la ca­mé­ra de Sofia Cop­po­la, on n’at­ten­dait qu’une chose, c’est qu’elle sorte son té­lé­phone por­table au mi­lieu de la scène. » Jac­quot confirme : « Léa fait im­mé­dia­te­ment croire à ce qu’elle joue. Avant même d’être fil­mée, elle s’ar­range pour que tout ce qui re­lève des ap­pa­rences, du cos­tume, de l’époque, soit to­ta­le­ment cré­dible. D’ailleurs, elle est très im­pli­quée à chaque pro­ces­sus des es­sayages de coiffure et de cos­tumes. » En même temps, pa­ral­lè­le­ment à sa fé­mi­ni­té old school, un peu fleur bleue, il y a chez elle un cô­té sys­tème D fa­çon Doi­nel dans Les Quatre cents coups. C’est le contre- em­ploi ab­so­lu à cette fé­mi­ni­té vin­tage qui lui a va­lu une Palme d’or (par­ta­gée avec Adèle Exar­cho­pou­los et le réa­li­sa­teur) pour La Vie d’Adèle, puis­sam­ment mise en scène en 2013 par Ab­del­la­tif Ke­chiche. Un rôle si éloi­gné d’elle qu’elle a ad­mis en avoir ba­vé pour y ar­ri­ver. Léa Sey­doux, lais­sée en friche, s’est orien­tée au dé­sir, à l’ins­tinct. « On peut com­prendre que la grande li­ber­té dans la­quelle elle a gran­di puisse être an­gois­sante pour un en­fant », ajoute Ch­ris­tian Lou­bou­tin. Cette au­to­di­dacte est d’ailleurs très loin d’être une ci­né­phile aver­tie. « C’est ma soeur Ca­mille qui m’a fait dé­cou­vrir Woo­dy Al­len et Ta­ran­ti­no. Per­sonne dans ma fa­mille ne m’a construit de culture ci­né­phile. » À 17 ans, elle com­mence à sen­tir ce dont elle a en­vie en ren­con­trant un jeune ac­teur. Son mode de vie l’ins­pire, « cette li­ber­té d’ac­tion, c’est ce que je vou­lais ». Mais par où com­men­cer ? « Quand j’étais pe­tite, je chan­tais tout le temps, c’était la seule fa­çon de pou­voir m’ex­pri­mer. Le dé­sir d’être ac­trice vient de là, c’est de­ve­nu la seule ma­nière de mettre en mots mes émo­tions. » Son ap­pa­ri­tion, en 2005, dans le clip de Ne par­tons pas fâ­chés du chan­teur Ra­phaël, per­met à Léa de prendre conscience de sa ci­né­gé­nie. Oli­vier Dahan, qui a réa­li­sé la vi­déo, lui de­mande sur-le- champ de faire des es­sais. S’ins­pi­rant

tou­jours de l’exemple de quel­qu’un, la jeune fille dé­cide de s’ins­crire dans l’agence Pro­fil – qui tourne et pro­duit des pu­bli­ci­tés – pour ap­prendre les ru­di­ments du mé­tier. Pro­mou­voir Co­ca-Co­la en Suède, des yaourts en Al­le­magne, les glaces La Lai­tière, Mars, Le­vi’s, Vo­da­fone... Ça marche. Léa a faim, elle va vite. En 2006, la co­mé­die té­lé Mes co­pines lui sert de ga­lop d’es­sai : « Là, j’ai ap­pris ce que c’était qu’un champ, un con­tre­champ, une marque au sol... Je me suis ac­cro­chée. La té­lé, par contre, ça ne mar­chait pas. »

Elle qui a dé­cou­vert Woo­dy Al­len sur le tard est une Ze­lig avant l’heure. Ce ca­mé­léon à la beau­té en­fan­tine et mé­lan­co­lique cache un res­sort vi­tal in­soup­çon­né. « J’étais li­vrée à moi-même. On peut s’en sor­tir ou pas. » Sa ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion la sauve. C’est une autre ren­contre amou­reuse avec un ac­teur qui, cette fois, la hisse vers une cer­taine exi­gence pro­fes­sion­nelle : « Les films qu’il tour­nait me fai­saient rê­ver. C’était son ci­né­ma qui m’in­té­res­sait, j’ai vou­lu en­trer dans la même agence que lui, il y avait un truc de re­con­nais­sance, c’était lui qu’on voyait à l’écran ; c’était ce que je cher­chais. » Pour La Vie d’Adèle, Ke­chiche l’a pous­sée loin d’elle-même : « Il a pu me re­pro­cher des trucs que j’avais plus de mal à ex­pri­mer alors que d’autres réa­li­sa­teurs sont da­van­tage en ac­cord avec qui je suis. » Fi­na­le­ment, elle ob­tient ce qu’elle cher­chait, Léa, lors­qu’elle af­firme, l’oeil brillant, « je suis ac­cro au fait d’avoir peur ». Sam Mendes, réa­li­sa­teur de Spectre, nouvel épi­sode des aven­tures de James Bond, a beau­coup ai­mé le film de Ke­chiche – « le fait d’avoir eu la Palme a sû­re­ment plai­dé en ma fa­veur », pré­cise- t- elle. Le jour de leur pre­mière ren­contre, autre mé­ta­mor­phose : « J’ai pris le pre­mier Eu­ros­tar, pas ma­quillée, ma brosse à che­veux et mes es­car­pins dans mon sac. Dans les toi­lettes du train, je me suis ma­quillée, coif­fée. Avant le ren­dez-vous j’ai mis mes ta­lons hauts, je vou­lais lui pré­sen­ter l’image d’une Fran­çaise, d’une Pa­ri­sienne. » Mendes est sé­duit. Jac­quot a rai­son, la co­mé­dienne fait im­mé­dia­te­ment croire à ce qu’elle joue. Mendes lui de­mande « a big im­pact » pour chaque scène. Le ca­mé­léon a en­core fait mouche. Ce qui n’em­pêche pas Léa d’avouer que ce qu’elle cherche, « c’est être vraie ». Vraie dans un rôle. Vraie dans le men­songe. D’ailleurs, elle a un tic ver­bal : l’ex­pres­sion « en vrai » ap­pa­raît à cha­cune de ses phrases.

Le soir de son an­ni­ver­saire, elle n’af­fiche rien d’une bir­th­day girl hys­té­rique. Elle s’est ha­billée d’une robe char­mante comme si « feue la grand-mère de Léa » lui avait conseillé de mettre quelque chose de « fé­mi­nin » en vrai. On com­prend alors que ce fé­mi­nin se loge quelque part entre Liz Tay­lor et la sé­duc­tion trouble d’un gar­çon man­qué. Sa soeur Ca­mille confie : « C’est co­ol de se pro­me­ner dans la rue avec Léa car per­sonne ne la re­con­naît. » Comme le jour où elle ar­rive sur le pla­teau de la séance de photo pour Va­ni­ty Fair. Elle dé­boule, bob sur la tête, en jean, sac à dos, bas­kets... un ga­vroche. Mais à la coif­feuse, elle de­mande de faire bouf­fer ses che­veux qu’elle vou­drait plus four­nis, plus ap­prê­tés, en­core plus so­phis­ti­qués. Son idéal du fé­mi­nin a quelque chose de da­té. C’est sans doute ce qui plaît tant à Miuc­cia Pra­da, créa­trice de la marque dont Léa est égé­rie de­puis 2011. Même si l’ac­trice mo­né­tise ain­si

sa blon­deur fran­çaise, Blu­men­feld s’étonne qu’elle ait dit oui à Mendes. « Elle a dé­jà fait Ro­bin des Bois de Rid­ley Scott et Mid­night in Paris de Woo­dy Al­len, Mis­sion : im­pos­sible – Pro­to­cole fan­tôme, The Grand Bu­da­pest Ho­tel de Wes An­der­son... Elle est donc dé­jà re­pé­rée en tant que jo­lie Fran­çaise dans pas mal de pro­duc­tions étran­gères. Quel be­soin de s’as­si­mi­ler avec les ac­trices je­tables qui se sont suc­cé­dé dans les James Bond ? » Mais Léa a tou­jours faim. C’est peut- être ce qui man­quait à celles pour qui un James Bond a suf­fi. Be­noît Jac­quot confirme : « Elle est loin d’être une ac­trice je­table. Elle pour­ra te­nir long­temps, elle est rare et sin­gu­lière. » Oli­vier Se­gu­ret, jour­na­liste culture et au­teur, re­place Léa au sein de la scène fran­çaise. « Avec son cha­risme na­tu­rel ex­trê­me­ment puis­sant – on pour­rait l’af­fi­lier à ce­lui d’une Bar­dot –, elle fait fi­gure de pa­ra­doxe par­mi les ac­teurs de l’Hexa­gone. Le ci­né­ma fran­çais, par contraste avec le chep­tel hol­ly­woo­dien, fa­brique des co­mé­diens qui ne tra­vaillent pas as­sez. La nature de Léa est tout autre. » D’ailleurs, elle va en­chaî­ner avec le pro­chain film de Xa­vier Do­lan. Et on sait com­bien Do­lan n’aime pas les tièdes.

Un mois avant son an­ni­ver­saire, dans son ap­par­te­ment, le re­gard fuyant vers la fe­nêtre, elle di­sait : « En vrai, faire ce mé­tier est vi­tal. J’en ai be­soin pour m’ex­pri­mer. » En ef­fet, on ne peut pas dire que Léa soit dans l’ora­li­té. Elle peine à trou­ver ses mots, à fi­nir ses phrases, à choi­sir l’ex­pres­sion juste. Avec son « en vrai » qui re­vient sans cesse, on fi­nit par com­prendre que l’ex­pé­rience d’être une autre à tra­vers ses rôles la conduit à elle-même, « en vrai ». Que là, sans doute, se tient la poutre maî­tresse de sa jeune car­rière. Son goût du risque et l’ap­pé­tit du texte qu’elle ne maî­trise pas lui donnent en­vie d’abor­der le théâtre, « mais comme je ne connais pas les textes, je ne sais pas quel rôle me convien­drait ». Le James Bond lui a per­mis de dé­cou­vrir un ci­né­ma de l’ef­fi­ca­ci­té « où chaque scène est at­ta­chée à une ac­tion, à un tour­nant. C’est un block­bus­ter, ce n’est pas comme le ci­né­ma fran­çais où on peut fil­mer le soleil sans qu’il ne se passe rien. » Au

« Elle est loin d’être une ac­trice je­table. Elle est rare et sin­gu­lière. » Be­noît Jac­quot (réa­li­sa­teur)

bout de deux heures d’en­tre­tien, elle ajoute que, dé­sor­mais, « elle se sent prête à jouer des rôles plus loin [d’elle-même], des rôles de lâches ». Et faire enfin son en­trée dans la co­mé­die ? En vrai.

Cà la re­cherche du temps per­du

e ma­tin-là, dans son ap­par­te­ment, on se de­mande si la su­ture ab­so­lue qui pour­rait faire col­ler la fic­tion au réel, l’en­fant li­vrée à elle-même et la « vraie » Léa ne se­rait pas l’amour. Là en­core, un truc qui sonne comme un fan­tasme de pe­tite fille, une concep­tion che­va­le­resque, à l’eau de rose. « Il n’y a que les his­toires d’amour qui me bou­le­versent. » Son film pré­fé­ré ? Une Place au soleil (réa­li­sé par George Ste­vens en 1951) qui lui tire des larmes. Une his­toire de pas­sion contra­riée, de sen­ti­ments par-de­là la mort, une hé­roïne, Liz Tay­lor, belle à tom­ber, la tec­to­nique des classes (Mont­go­me­ry Clift joue un cou­sin désar­gen­té), riches contre pauvres, l’amour éter­nel... Léa prise en fla­grant dé­lit de sen­ti­men­ta­lisme, chez elle, dans l’ap­par­te­ment en désordre qu’elle va quit­ter car elle dé­mé­nage. Il est mi­di, elle est dans une sorte de py­ja­ma, elle serre sa tasse de Ri­co­ré au lait de so­ja. Elle a des plaques rouges qui montent sur sa gorge, « c’est la ca­féine ». Elle a ce tic de mettre sa main de­vant le bas de son vi­sage. « Quand je suis ner­veuse, je tremble, c’est ma ma­nière de le ca­cher. » Lou­bou­tin se sou­vient : « On ou­blie de dire que Léa est une vraie fille, rou­gis­sante, char­meuse, sen­ti­men­tale. À 14 ans, elle était comme ses co­pines de 14 ans, avec les mêmes pré­oc­cu­pa­tions. » Même chose à 30 ans alors ?

Un bruit dans la ser­rure. Quel­qu’un entre. « C’est An­dré, mon amou­reux ». Il a en­le­vé ses chaus­sures, il entre en chaus­settes, lé­ger, dis­cret, bien éle­vé. Elle lui de­mande : « Ça va ? » Il ré­pond : « Ça va ». Elle fait les pré­sen­ta­tions et il dis­pa­raît comme un chat. Après l’in­ter­view, ils iront voir la mai­son que Léa a ache­tée. Elle montre des photos sur son iP­hone. Une mai­son fin XIXe, une époque où on di­sait « Feu la grand-mère d’une telle » et où on écou­tait Offenbach, où la vogue ja­po­niste croi­sait celle des pa­piers peints Li­ber­ty de William Mor­ris. Léa se fait un dé­cor de mai­son de fa­mille, d’une de­meure d’an­tan, tout comme elle dit « ci­né­ma de l’an­cien temps » pour dé­si­gner les films de Hit­ch­cock ou d’An­to­nio­ni. Elle ajoute qu’il y a une chose qu’elle adore dans sa fu­ture mai­son, ce sont les cris d’en­fants dans la cour de ré­créa­tion de l’école mi­toyenne. « J’ai gran­di dans une mai­son juste à cô­té du ly­cée Fénelon. » Voi­là, nous y sommes : les ré­mi­nis­cences. Alors, bien sûr, lorsque la co­mé­dienne fait dé­fi­ler les photos d’une mai­son que n’au­rait pas re­niée une néo-Odette de Crécy, on ne peut s’em­pê­cher de pen­ser au nom ri­di­cule de son per­son­nage dans le James Bond de Sam Mendes : Ma­de­leine Swan. Al­lu­sion lour­dis­sime à Proust. Il y a de quoi rire. Ça n’amuse pas du tout Sa­muel Blu­men­feld. « Pour­quoi se prê­ter à un rôle dont le nom ré­sonne comme une blague ? C’est éton­nant de la part de Sam Mendes qui vient du théâtre, du texte, de Sha­kes­peare... »

Et si c’était ça la vraie Léa ? Se faire une mai­son 1900 à la re­cherche d’un temps per­du, s’ha­biller de fa­çon fé­mi­nine flir­tant avec le kitsch mais avoir le cuir dur, culti­ver l’in­co­gni­to sous des airs de gar­çon man­qué et com­mer­cia­li­ser la ca­ri­ca­ture de la Fran­çaise / Pa­ri­sienne que le monde en­tier – et Hol­ly­wood en pre­mier – sa­voure comme une ma­de­leine qui fond dans une tasse de thé. Léa se rap­pelle ses dé­buts, lors­qu’elle n’avait en­core ja­mais mis les pieds sur un « vrai » tour­nage : « Dans l’avion, une des filles avec qui je tour­nais une pub m’a de­man­dé : “Et si ça ne marche pas, qu’est- ce que tu fais ?” Je lui ai ré­pon­du : “Ça mar­che­ra.” »

Spectre de sam mendes, avec da­niel Craig et mo­ni­ca bel­luc­ci (sor­tie le 11 no­vembre).

« Il n’y a que les his­toires d’amour qui m’in­té­ressent. »

p h oto g r a p h i e pau l w e t h e r e l l s t y l i sme o n d i n e a zou l ay

spectre

pour convaincre Sam Mendes

de la choi­sir pour le pro­chain

James Bond, Spectre, léa

Sey­doux a vou­lu lui « pré­sen­ter

l’image d’une Fran­çaise,

d’une pa­ri­sienne. »

Man­teau pra­da.

eS­car­pinS ro­ger vi­vier.

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la vie de léa (1) Léa Sey­doux avec Vincent Lin­don dans Jour­nal d’une femme de chambre de Be­noît Jac­quot, sor­ti en avril. (2) Avec son père Hen­ri Sey­doux lors de l’avant­pre­mière de La Belle et la Bête, à Paris, en 2014. (3) En 2013, elle in­carne Em­ma dans La Vie d’Adèle, film ti­ré du ro­man gra­phique Le bleu est une cou­leur chaude de Ju­lie Ma­roh. (4) Dans La Belle et la Bête de Ch­ris­tophe Gans. (5) Au Fes­ti­val de Cannes, en 2013, elle re­çoit la Palme d’or pour La Vie d’Adèle avec Adèle Exar­cho­pou­los et le réa­li­sa­teur Ab­del­la­tif Ke­chiche. (6) Dans Belle épine de Re­bec­ca Zlo­tows­ki en 2010. (7) Avec Jean Paul Gaul­tier et Farida Khel­fa. (8) Dans Spectre, le pro­chain James Bond qui sort le 11 no­vembre.

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les adieux à la reine « On ou­blie de dire que Léa

est une vraie fille, rou­gis­sante,

char­meuse, sen­ti­men­tale »,

avoue Ch­ris­tian Lou­bou­tin. puLL phi­lo­so­phy di lo­ren­zo se­ra­fi­ni .

jupe miu miu. bOuCLe d ’ OreiLLe

va­nes­sa s eward.

mOntre her­mès. bague ch­loé.

COiffure : vi sa­py­va­py

@ ma­na­ge­ment ar­tists.

ma­quiLLage : sandrine ca­no

@ marie- franCe tha­vO­ne­kham .

ma­nu­Cure : laura for­get @ art L ist.

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