JANE FON­DA

Ab­so­lu­ment FA­BU­LEUSE!

Vanity Fair (France) - - La Une -

«Je trouve MAR­RANT d'être une ICÔNE de Mode à 77 ANS.»

Par une belle soi­rée de prin­temps à Man­hat­tan, non loin du Lin­coln Cen­ter, Jane Fon­da me re­çoit dans une chambre d’hô­tel aux al­lures de pe­tit ap­par­te­ment car, pré­cise-t-elle,

elle « aime avoir une cui­sine ».

Vê­tue d’un en­semble chic en ca­che­mire gris, com­po­sé d’une tu­nique mou­lante à manches longues et d’un pan­ta­lon pattes d’élé­phant, elle porte une cas­quette as­sor­tie sur ses che­veux blonds et courts. Une longue chaîne en or et une grande bague géo­mé­trique res­sem­blant à une pe­tite pla­nète com­plètent son look va­gue­ment se­ven­ties. As­su­mant tran­quille­ment ses 77 ans, elle dé­clare : « Je trouve ça mar­rant d’être consi­dé­rée comme une icône de mode à mon âge. » L’ac­trice a beau me confier qu’elle souffre d’ar­throse, ce­la ne se voit pas le moins du monde. Peut- être est- ce dû à une vie de danse clas­sique et d’aé­ro­bic : elle se dé­place avec grâce et ap­pa­rem­ment sans cra­quer de par­tout. Son port de reine et sa fine sil­houette se­raient re­mar­quables à n’im­porte quel âge mais pour une femme bien­tôt oc­to­gé­naire, c’est pro­pre­ment stu­pé­fiant.

Et à son corps, la toi­lette sied ad­mi­ra­ble­ment : en fé­vrier 2015, lors des Gram­my Awards, Jane Fon­da a fou­lé le ta­pis rouge dans une com­bi­nai­son vert éme­raude Bal­main qui a fait tour­ner la tête du monde en­tier. Sa te­nue n’était pas seule­ment avant- gar­diste, elle était aus­si taille man­ne­quin. D’ailleurs, on au­rait dit que Jane Fon­da sor­tait tout droit du po­dium d’un dé­fi­lé pa­ri­sien. En la croi­sant dans les cou­lisses, Ri­han­na s’est écriée : « Oh mon Dieu ! Quand je se­rai grande, je veux être vous ! »

À ce sou­ve­nir, l’ac­trice rit : « N’est- ce pas bi­zarre ? À mon âge ! À vrai dire, ma re­la­tion à la mode a tou­jours été for­cée. Quand j’ai fait mes dé­buts d’ac­trice à Hol­ly­wood, je tra­vaillais comme man­ne­quin pour pou­voir payer mes cours de théâtre mais je n’avais pas ce qu’il faut pour faire ce mé­tier. Je dé­tes­tais qu’on s’ex­ta­sie sur mon al­lure et je ne prê­tais pas grande at­ten­tion aux vê­te­ments. » Pour­tant, à tra­vers ses trois ma­riages mé­dia­ti­sés avec des hommes très dif­fé­rents (le réa­li­sa­teur Ro­ger Va­dim, le mi­li­tant Tom Hayden et le mil­liar­daire Ted Tur­ner) et les rôles em­blé­ma­tiques qu’elle a joués sur le grand écran (Bar­ba­rel­la et Bree Da­niel dans Klute d’Alan J. Pa­ku­la, 1971), Jane Fon­da a tou­jours su se dé­mar­quer par son style. Bien avant Klute, elle por­tait les che­veux courts dé­gra­dés, une coupe de­ve­nue sa marque de fa­brique tout au long des an­nées 1970 et qui a été co­piée pen­dant des dé­cen­nies. Et même si, pour elle, tout le mé­rite de Bar­ba­rel­la re­vient à Pa­co Ra­banne, qui a créé les cos­tumes fu­tu­ristes et sexy, et à Va­dim, qui l’a réa­li­sé, c’est bien grâce à elle que ce film est en­tré dans les an­nales du style.

« Je sup­pose que j’ai tou­jours su ce qui m’al­lait bien, m’ex­plique- t- elle. Il m’a suf­fi d’un coup d’oeil sur cette com­bi­nai­son Bal­main pour sa­voir qu’elle se­rait par­faite. Je suis mieux quand je porte des vê­te­ments struc­tu­rés, sans fio­ri­tures ni frou­frous. Des vê­te­ments qui vont mettre en va­leur ma taille et mes fesses, parce que j’ai tou­jours eu de jo­lies fesses. » Elle me dé­signe ses bras. « Ceux-là, en re­vanche, ils ne sortent plus qu’à la lu­mière de la bou­gie à la fa­veur de nuits sans lune. » Elle marque une pause. « J’ai un cer­tain âge main­te­nant et je me dois d’être lu­cide. Quand on est jeune, on peut tout se per­mettre. J’ai tou­jours cru qu’il ne fal­lait pas avoir de com­plexes. Mais main­te­nant, je pense différemment. »

Le Ca­mé­léon

Jane Fon­da n’a pas tou­jours fait au­tant at­ten­tion à elle. Un jour, sur le pla­teau de La Mai­son du lac (Mark Ry­dell, 1982), qu’elle a co­pro­duit pour pou­voir jouer avec son père le lé­gen­daire Hen­ry Fon­da, elle était en train de se coif­fer lorsque Ka­tha­rine Hep­burn (qui jouait sa mère) lui a pin­cé la joue. « Elle m’a de­man­dé : “Que veux-tu que ce­la si­gni­fie ?” On était en 1981 et je n’avais au­cune idée de ce qu’elle en­ten­dait par là. À l’époque, je n’ac­cor­dais pas d’im­por­tance à mon al­lure, ce qui pré­oc­cu­pait Ka­tha­rine. Elle a ajou­té : “Ton ap­pa­rence, c’est ce que tu ren­voies au monde. Que veux-tu qu’elle dise de toi ?” Sa ques­tion s’est im­pri­mée dans mon es­prit et ne m’a plus quit­tée de­puis ce jour. Au­jourd’hui, je pense que Ka­tha­rine par­lait de conscience de soi. Elle vou­lait que je ré­flé­chisse à la fa­çon dont je vou­lais être per­çue. Main­te­nant, je fais at­ten­tion à mon image. Je me rends compte que c’est im­por­tant. »

L’iden­ti­té de Jane Fon­da – qui va de sa cou­leur de che­veux à sa sen­si­bi­li­té po­li­tique – a tou­jours été for­te­ment in­fluen­cée par les hommes. À l’aube de la soixan­taine, elle a dé­ci­dé de réa­li­ser un do­cu­men­taire au­to­bio­gra­phique. Quand elle a de­man­dé à sa fille, Va­nes­sa Va­dim, de l’ai­der, celle- ci lui a ré­pon­du : « Pour­quoi ne pas sim­ple­ment prendre un ca­mé­léon et le lais­ser ram­per à tra­vers l’écran ? » Jane a été pi­quée au vif par cette ré­ponse mais for­cée d’en re­con­naître la per­ti­nence. À chaque homme de sa vie, de son père à ses ma­ris (en pas­sant pro­ba­ble­ment par tous ses com­pa­gnons entre- temps), elle a tou­jours chan­gé de peau pour ré­vé­ler une nou­velle iden­ti­té.

L’ac­trice est une sur­vi­vante ; chaque « moi » suc­ces­sif a été l’oc­ca­sion d’une sorte de re­nais­sance. Son ava­tar du mo­ment, star de té­lé­vi­sion (sa série Grace and Fran­kie est dif­fu­sée de­puis le 8 mai sur Net­flix), phi­lan­thrope (l’as­so­cia­tion ca­ri­ta­tive qu’elle a fon­dée vient en aide aux mères ado­les­centes dé­fa­vo­ri­sées d’At­lan­ta), égé­rie de L’Oréal et gra­vure de mode – ab­so­lu­ment – est aus­si fort et en­ga­gé que les pré­cé­dents. « J’ai com­men­cé à ac­cor­der de l’im­por­tance à ce que les hommes pen­saient avec mon père, dé­clare- t- elle le plus na­tu­rel­le­ment du monde. Je me voyais en lui et je dé­si­rais ob­te­nir son ap­pro­ba­tion. » Elle a 12 ans quand sa mère se sui­cide. À ce mo­ment-là, la pe­tite Jane se ren­ferme. « Je de­ve­nais ce qu’il me sem­blait que les gens dont je dé­si­rais re­ce­voir l’amour et l’at­ten­tion at­ten­daient de moi, écrit- elle dans My Life So Far (Ran­dom House), son au­to­bio­gra­phie, en 2005. J’al­lais m’ef­for­cer d’être par­faite. »

« Oh mon Dieu, quand je se­rai grande, je veux être vous. »

Ri­han­na à Jane Fon­da

Mal­gré les ré­ti­cences de son père, Jane Fon­da a vou­lu de­ve­nir ac­trice. Son pre­mier bout d’es­sai a lieu en 1959, avec War­ren Beat­ty, pour La Soif de la jeu­nesse (Par­rish) de Del­mer Daves. Pour War­ren Beat­ty, c’était aus­si une pre­mière et il se rap­pelle

qu’ils « ont été je­tés sur le pla­teau comme deux lions dans une cage et qu’ils se sont em­bras­sés fu­rieu­se­ment, jus­qu’à pra­ti­que­ment se dé­vo­rer ». Jane Fon­da ne se sou­vient pas du tout de cet épi­sode, mais dit en plai­san­tant : « Je pen­sais que War­ren était gay. Il jouait du pia­no et tous ses amis étaient ho­mos. » En re­vanche, elle a été très at­ti­rée par Robert Red­ford, son par­te­naire dans le film Pieds nus dans le parc de Gene Saks en 1967. « J’étais tel­le­ment amou­reuse de Bob... avoue- t- elle. Il ne s’est ja­mais rien pas­sé entre nous mais il em­bras­sait fa­bu­leu­se­ment bien. »

Pieds nus dans le parc inau­gure sa car­rière de it- girl : avec ses bot­tines en daim, ses pan­ta­lons mou­lants en ve­lours cô­te­lé et son pe­tit man­teau beige, elle de­vient une icône du look bo­hème. À cette époque, elle est dé­jà sous la coupe de Va­dim, qui l’a di­ri­gée trois ans au­pa­ra­vant dans La Ronde. Le réa­li­sa­teur était connu pour ses conquêtes fé­mi­nines – par­mi les­quelles Bri­gitte Bar­dot, qu’il avait ré­vé­lée, et Ca­the­rine De­neuve. Jane Fon­da se laisse pous­ser les che­veux, les dé­co­lore en blond et s’ins­talle en France. Dé­bute alors le cha­pitre jet- set de sa vie. Avec Ro­ger Va­dim, épou­sé en 1965, c’était l’été à Saint-Tropez et l’hi­ver à Cha­mo­nix. Il n’était pas fi­dèle et ré­pé­tait à qui vou­lait l’en­tendre que la ja­lou­sie est un sen­ti­ment « bour­geois ». Pour être une bonne épouse, Jane Fon­da em­brasse ses pas­sions, par­mi les­quelles d’oc­ca­sion­nels plans à trois. « Par­fois, c’était même moi qui dra­guais pour nous, écri­telle dans son au­to­bio­gra­phie. J’étais si douée pour en­fouir mes vé­ri­tables sen­ti­ments que j’ai même réus­si à me convaincre que j’y pre­nais du plai­sir. »

Sreine du fit­ness ( et ac­ti­viste)

on réa­li­sa­teur de ma­ri di­rige éga­le­ment sa car­rière. C’est lui qui conseille à Jane Fon­da de jouer Bar­ba­rel­la, le per­son­nage prin­ci­pal du film adap­té d’une bande des­si­née fran­çaise de Jean-Claude Fo­rest. Sa fac­ture fan­tas­tique et fu­tu­riste kitsch est em­blé­ma­tique de l’es­prit des an­nées 1960. « Je n’ai ja­mais rien fait qui res­semble à ce film, ni avant ni après, m’as­sure- t- elle. Bar­ba­rel­la était ter­ri­fiant. Drôle. Sau­vage. Dans la scène d’ou­ver­ture, je suis com­plè­te­ment nue. J’étais si ten­due que je me suis soû­lée. D’ailleurs, j’étais ivre à peu près tout le temps. En­core un conseil de Va­dim ! » Pen­dant le tour­nage de Bar­ba­rel­la, l’ac­trice, qui a 30 ans, se dé­couvre en­ceinte de son pre­mier en­fant, Va­nes­sa. Lorsque le film sort, en 1968, Jane Fon­da est pré­sen­tée en cou­ver­ture du ma­ga­zine Life comme la femme la plus dé­si­rable du monde. Qu’elle ait di­gé­ré le rôle ou pas, Bar­ba­rel­la a fait d’elle un sex- sym­bol.

Elle bou­le­verse com­plè­te­ment cette image dans son film sui­vant. On achève bien les che­vaux (1969) de Syd­ney Pol­lack montre un « ma­ra­thon de danse » qui s’étire déses­pé­ré­ment pen­dant des se­maines. Pres­sen­tant que son ma­riage touche à sa fin, Jane Fon­da éprouve un be­soin de chan­ge­ment. Elle dé­mé­nage à Los An­geles. « Au­cun de nous ne vou­lait re­con­naître que notre ma­riage avait tour­né court, dit- elle. Mais j’ai sou­dain su avec cer­ti­tude que je ne vou­lais plus cou­cher avec les maî­tresses de Va­dim. J’ai dit à mon coif­feur : “Faites quelque chose ! Je veux me res­sem­bler à nou­veau.” » Sa nou­velle coupe, courte et brun fon­cé, mo­di­fie son état d’es­prit et lui ouvre de nou­velles pers­pec­tives. Elle ac­cepte le rôle de Bree Da­niel, une pros­ti­tuée, dans Klute. En dé­pit de ses ré­serves ini­tiales sur le per­son­nage (« trop froid, trop dur »), elle rem­porte l’os­car de la meilleure ac­trice et, à re­bours de son époque Bar­ba­rel­la, re­çoit son prix dans un élé­gant tailleur-pan­ta­lon en laine d’Yves Saint Laurent. « Je n’ar­ri­vais pas à croire que j’avais ga­gné un os­car alors que mon père n’en avait pas. C’était si étrange. Ce soir-là, je ne suis al­lée à au­cune fête. Je suis ren­trée di­rec­te­ment à la mai­son. »

Après sa rup­ture avec Ro­ger Va­dim, Jane Fon­da jure qu’elle ne vi­vra plus ja­mais avec un homme. Mais, en 1971, elle ren­contre Tom Hayden, un mi­li­tant po­li­tique dont les pas­sions épousent les siennes (en 1970, l’ac­trice a fait la « une » des mé­dias, ar­rê­tée à Cle­ve­land au retour d’une col­lecte de fonds contre la guerre du Viet­nam or­ga­ni­sée au Ca­na­da) et elle en tombe fol­le­ment amou­reuse. Du jour au len­de­main, Jane enterre sa per­son­na­li­té de la pé­riode Ro­ger Va­dim. Elle se dé­bar­rasse de son mo­bi­lier de style Bie­der­meier, de son ta­pis Roy Lich­ten­stein et opte pour des bo­bines de câble élec­trique en guise de tables, des fau­teuils poires et des ma­te­las sur le sol cou­verts de ten­tures in­diennes. Le couple se rend au Viêt­nam du Nord à plu­sieurs re­prises et s’ins­talle dans un coin alors as­sez mi­nable de San­ta Mo­ni­ca. Lorsque Troy, leur fils, naît en 1973, ils lui donnent le nom de jeune fille de la mère de Hayden – Ga­ri­ty – parce qu’ils trouvent, bi­zar­re­ment, que « Fon­da » et « Hayden », ce se­rait trop lourd à por­ter.

En 1978, Shir­lee, la belle-mère de Jane Fon­da, lui sug­gère de s’ins­crire à un cours d’aé­ro­bic. Elle de­vient ac­cro et avec son pro­fes­seur, Richard Sim­mons, ils créent une en­tre­prise. La cas­sette vi­déo de l’ac­trice, Jane Fon­da’s Ori­gi­nal Wor­kout, dans la­quelle elle se tré­mousse en jus­tau­corps, fu­seaux et guêtres, sort en 1982. Ven­due à 17 mil­lions d’exem­plaires – la meilleure vente de VHS de l’époque –, elle a lan­cé une vé­ri­table mode. Bien que Tom Hayden ait été élu à l’as­sem­blée lé­gis­la­tive de Ca­li­for­nie grâce à une campagne fi­nan­cée par l’en­tre­prise de son épouse, se­lon Jane Fon­da, leur ma­riage com­mence à se dé­li­ter parce qu’il vit mal son chan­ge­ment d’image, de mi­li­tante pa­ci­fiste ra­di­cale à reine du fit­ness. « Tom trou­vait que je fai­sais la pro­mo­tion de la va­ni­té. Les gens sont convain­cus que les stars de ci­né­ma sont riches. Mais moi, je n’avais pas d’ar­gent jus­qu’à ce que mon en­tre­prise d’aé­ro­bic dé­colle et je vou­lais sou­te­nir les causes aux­quelles je croyais. Pour ache­ter une mai­son, j’avais em­prun­té de l’ar­gent à mon père et, grâce à mon en­tre­prise, j’ai pu le rem­bour­ser au bout d’un an. Je te­nais beau­coup à ce que mon père ne me prenne pas pour un bou­let. Tout comme je trou­vais très im­por­tant d’être in­dé­pen­dante fi­nan­ciè­re­ment. »

Pour être une bonne épouse, Jane em­brasse les pas­sions de Ro­ger Va­dim, par­mi les­quelles d’oc­ca­sion­nels plans à trois.

Un genre de beau­té qui, de toute évi­dence, ne sé­duit pas vrai­ment Tom Hayden. Il en­tame une liai­son et fi­na­le­ment le couple di­vorce. « Quand Tom et moi, nous nous sommes sé­pa­rés, je vou­lais le tuer, ra­conte Jane Fon­da. Mais une femme pleine de sa­gesse m’a dit : “D’ici deux ans, vous se­rez amis.” “Im­pos­sible”, lui ai-je ré­pon­du. Pour­tant, elle avait rai­son. Quant à Va­dim, j’étais à son che­vet lors­qu’il est mort. Peu im­porte à quel point je peux me mettre en co­lère contre eux, j’es­saie de res­ter amie avec les hommes dont j’ai été proche. » Quand l’an­nonce du di­vorce de Jane et Tom a été ren­due pu­blique, Ted Tur­ner, le ma­gnat de la presse, ap­pelle l’ac­trice de fa­çon aus­si sou­daine qu’in­at­ten­due. « Le jour même ! pré­ci­set- elle en riant. J’étais en dé­pres­sion ner­veuse, in­ca­pable d’ar­ti­cu­ler plus qu’un chu­cho­te­ment. Je lui ai dit : “Rap­pe­lez dans six mois.” » Et six mois plus tard, jour pour jour, il a rap­pe­lé.

Se sou­vient- elle de ce qu’elle por­tait pour leur pre­mier ren­dez-vous ? « Vous plai­san­tez ? s’ex­clame- t- elle. Bien sûr ! J’avais mis une mi­ni­jupe Alaïa en cuir noir très courte et très mou­lante et un haut sug­ges­tif as­sor­ti. Une large cein­ture noire, des bas noirs et des ta­lons de 15 cm. Une vraie te­nue de do­mi­na­trice ! J’étais si ner­veuse. Je n’avais pas eu de ren­dez-vous de­puis dix­sept ans ! » Ted Tur­ner est sub­ju­gué. « On ne m’avait ja­mais re­gar­dée de cette fa­çon, se rap­pelle Jane. Il me dé­vo­rait des yeux. Ce­la fai­sait bien long­temps que per­sonne n’avait eu cette ré­ac­tion en face de moi. Dans ces vê­te­ments et avec Ted, j’étais très dif­fé­rente de la per­sonne que j’avais été avec Hayden ou Va­dim. Je me sen­tais bien avec lui. Très li­bé­rée. »

D« et main­te­nant ? »

e nou­veau, Jane Fon­da quitte sa vie pour se mettre à vivre celle de son com­pa­gnon. Elle re­nonce à son mé­tier d’ac­trice, re­de­vient blonde, se fait po­ser des im­plants mam­maires et com­mence à por­ter du Versace lors des évé­ne­ments pu­blics pour se pré­pa­rer à son nou­veau rôle : tro­phy wife de Ted Tur­ner. En 1991, après deux ans de re­la­tion, ils se ma­rient. Un mois plus tard, elle dé­couvre que son ma­ri a une maî­tresse. Elle le quitte mais re­vient presque aus­si­tôt après qu’il a pro­mis de lui être fi­dèle. « Ted et moi avons vé­cu d’ex­cel­lents mo­ments en­semble, in­siste- t- elle. Mais il a la bou­geotte. Il aime pas­ser d’une de ses mai­sons à une autre. Il vit la­té­ra­le­ment alors que moi, je vou­lais vivre verticalement. Je ne vou­lais pas par­tir sans cesse, mais lui, il était tou­jours sur le dé­part. » Ils di­vorcent en 2001. « J’avais 63 ans, dit- elle. Et ma vie était sur le point de re­com­men­cer. »

Elle est res­tée en contact avec bon nombre de ses amis à Hol­ly­wood. Pau­la Wein­stein, son an­cien agent, lui tend la main avant même que le di­vorce soit pro­non­cé et lui pro­pose de re­mettre un prix à la cé­ré­mo­nie des Os­car. Jane Fon­da n’a pas tour­né de­puis quinze ans mais Wein­stein in­siste. « Elle m’a dit : “Jane, tu vas le faire. Ve­ra Wang va te des­si­ner une robe et Sal­ly Her­sh­ber­ger te cou­per les che­veux”, se sou­vient l’ac­trice. Et lorsque je suis mon­tée sur scène avec ma nou­velle coupe et ma robe bus­tier de sa­tin grège, un mur­mure a par­cou­ru la salle. J’ai pen­sé : “Oh oh ! Ça, c’est nou­veau.” » Pe­tite pause. « J’étais si triste à cause de Ted, mais à ce mo­ment- là, j’ai com­pris à quel point les vê­te­ments sont im­por­tants. Ils ont le pou­voir de mo­di­fier votre hu­meur en un ins­tant. Alors, je me suis dit que je pour­rais le faire. »

Et c’est ain­si qu’a com­men­cé la phase ac­tuelle de la vie de Jane Fon­da. « J’ai réa­li­sé qu’il ne me res­tait pas beau­coup de temps et j’ai eu en­vie de faire plus at­ten­tion, ex­plique- t- elle. J’ai eu une vi­sion : je vou­lais of­frir un vi­sage mé­dia­tique aux femmes âgées. » Nou­velle pause. « J’ai fait de la chi­rur­gie es­thé­tique. Je n’en suis pas fière. Mais je me suis tel­le­ment construite à tra­vers le re­gard des autres. J’ai fi­ni par croire que, pour être ai­mée, il fal­lait que je sois mince et jo­lie. Ce­la crée beau­coup de pro­blèmes. » Peut- être qu’en dé­fi­ni­tive, sa plus grande fai­blesse est aus­si sa plus grande force : ja­mais Jane Fon­da n’a ces­sé de tra­vailler sur elle- même.

« De­puis que je suis vieille, j’ai en­vie de faire de la té­lé­vi­sion. C’est un mé­dia plus in­dul­gent avec les femmes mûres. »

Pour re­dé­mar­rer sa car­rière, elle est re­tour­née à Los An­geles où elle vit main­te­nant avec son pe­tit ami, Richard Per­ry, un pro­duc­teur de disques connu pour son tra­vail avec, entre autres, Car­ly Simon et Bar­bra Strei­sand. « Je suis de­ve­nue fin gour­met, ad­met celle qui a long­temps pré­ten­du être une piètre cui­si­nière. Mon chéri adore la bonne cui­sine et ça a dé­teint sur moi. »

Elle ac­cepte tou­jours des rôles au ci­né­ma – dans Youth, le der­nier film de Pao­lo Sor­ren­ti­no pré­sen­té en ou­ver­ture du fes­ti­val de Cannes en mai 2015, elle in­carne une di­va de 80 ans pas­sés – mais la té­lé l’at­tire ir­ré­sis­ti­ble­ment. « De­puis que je suis vieille, j’ai en­vie de faire de la té­lé­vi­sion, ex­plique- t- elle. C’est un mé­dia beau­coup plus in­dul­gent avec les femmes mûres. » Dans Grace and Fran­kie, Jane Fon­da et Li­ly Tom­lin jouent des femmes quit­tées par leurs ma­ris tom­bés amou­reux l’un de l’autre. « Mon per­son­nage se de­mande, comme tout un cha­cun le fait à dif­fé­rents mo­ments dans sa vie : “Et main­te­nant ?” Mais la seule chose à faire, c’est de conti­nuer. »

Voi­là peut- être la di­men­sion es­sen­tielle de sa vie : « Ce­la s’ap­pelle la ré­si­lience, dit- elle. C’est une chose très mys­té­rieuse. À mes dé­buts, je cour­rais les au­di­tions et je connais­sais la plu­part des autres filles. Les unes étaient bien plus belles que moi, les autres bien plus ta­len­tueuses. Je me suis donc de­man­dé pour­quoi j’avais réus­si et pas elles. Main­te­nant, je crois que ce­la a à voir avec ce noyau de ré­si­lience en moi. Je suis née comme ça et pas elles, tout sim­ple­ment. Dans mes mau­vais jours, je me dis : “Fon­da, tu es ré­si­liente et ja­mais tu ne re­non­ce­ras à t’amé­lio­rer.” C’est mon man­tra et ça m’a sau­vé de très nom­breuses fois. » �

Youth de Pao­lo Sor­ren­ti­no, en salles.

va­ni t y fai r. f r

« Les an­nées nous viennent sans bruit. »

— ovide

p h oto g r a p h i e

s t y l isme

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