LES PA­RI­SIENS SONT-ILS TOUS DES VIP ?

Pa­ris est plein de Pa­ri­siens ! Chaque mois, PIERRE LÉONFORTE ex­plore la Ville Lu­mière et dé­voile un nou­veau spé­ci­men de cet éco­sys­tème qui fait rê­ver le monde en­tier.

Vanity Fair (France) - - Fumoir -

G alas, grandes ex­po­si­tions, sa­lons pro­fes­sion­nels et grand pu­blic, foires à tout, bien­nales an­nuelles, fes­ti­vals, concerts, matchs, avant­pre­mières, pre­mières, der­nières, inau­gu­ra­tions : pre­mière ville d’Eu­rope à cet or­gueilleux titre, la ca­pi­tale fran­çaise draine chaque an­née sur in­vi­ta­tion un monde fou, dont ce Tout-Pa­ris que la pla­nète en­tière nous ja­louse. Du Grand Pa­lais à la Porte de Ver­sailles, du jardin des Tui­le­ries à Ro­land- Gar­ros et on en ou­blie, à des­sein, tels le gros bi­dule de Ber­cy et le che­min de croix de Ville­pinte, par­tout, chaque site, chaque lieu est do­té d’une ou de plu­sieurs en­trées nor­males par les­quelles entrent et sortent nor­ma­le­ment les gens nor­maux qui ont payé leur écot, et d’une en­trée spé­ciale pour les gens sub­nor­maux qui n’ont rien payé. En clair : les VIP. Vi- aï’-pizzz, en pho­né­tique bâ­clée. Au­tre­fois vieilles pies chères à Co­lette – l’écri­vain, pas le ma­ga­sin –, plus tard chan­tés par Fran­çoise Hardy, les VIP sont dé­sor­mais tel­le­ment nom­breux qu’on doit obli­ga­toi­re­ment faire la queue plus long­temps et avec plus de monde à ces fa­meux ac­cès sub­nor­maux tout à eux dé­diés. C’est bien simple, au vu des grappes hu­maines agi­tant fré­né­ti­que­ment car­tons, badges et autres passes, il est de­ve­nu évident que Pa­ris est plein à cra­quer de VIP qui en­tendent bien que ça se voit et que ça se sache. Connaître du monde ne suf­fit plus. Avoir le bras long ? Pfff ! On n’est plus sous Gis­card.

Po­pu­la­tion floue sa­chant se pres­ser gra­tui­te­ment à tout ce qui s’ouvre, même une en­ve­loppe, les VIP pa­ri­siens ou vi­pa­ri­siens sont comme les Grem­lins : ils se mul­ti­plient à chaque pluie. En 2016, il a plu qua­ran­te­deux jours à Pa­ris. Soit douze jours de plus que la nor­male. Du ja­mais vu / pleu­vu de­puis 1900. Cette Ve­ry mpor­tante Plu­vio­mé­trie ex­plique la sou­daine crois­sance lo­cale sur tous les fronts mon­dains du vo­lume de cette Ve­ry Im­por­tante Po­pu­la­tion. C’est bien simple : tout le monde en ville est dé­sor­mais VIP. Même ma concierge, grâce à son abon­ne­ment à Té­lé­ra­ma. Du Ve­ry Im­por­tant People, fran­che­ment ar­du à qua­li­fier et à quan­ti­fier, on est pas­sé, en vrac, au Ve­ry Im­por­tant Po­seur (on est cer­né), Ve­ry Im­por­tant Pâ­tis­sier (ça pul­lule), Ve­ry Im­por­tante Pin­tade (aus­si), Ve­ry Im­por­tant Pi­giste (moi), Ve­ry Im­por­tant P’ti­con (les autres), Ve­ry Im­por­tant Plouc (les autres autres), Ve­ry Im­por­tante Piz­za (mo­no­ma­nie conta­gieuse dans le IXe ar­ron­dis­se­ment), Ve­ry Im­por­tant Pal­mé (à Cannes), jus­qu’à Ve­ry Im­por­tant Pi­gnon, rapport au Dî­ner de cons su­per­la­tif.

In­sai­sis­sable et om­ni­pré­sent, le vi­pa­ri­sien, qui s’ar­roge une haute par­ti­ci­pa­tion – 31 % – dans la part du PIB na­tio­nal, est bi­zar­re­ment, obs­ti­né­ment, igno­ré des cam­pagnes de re­cen­se­ment, alors qu’il toise no­toi­re­ment de son im­por­tant éco­mé­pris les 12 mil­lions d’ha­bi­tants du Grand Pa­ris, qua­li­fiés de Ve­ry Im­por­tants Pol­lueurs et à qui il fau­drait in­ter­dire une fois pour toutes l’ac­cès à la ca­pi­tale. Bou­logne, Neuilly et Vin­cennes ne sont pas concer­nés par cet ou­kase, vu que ce sont des nids à VIP, mais étour­di et en pleine au­to­con­tra­dic­tion, le vi­pa­ri­sien ou­blie juste qu’il se cou­pe­rait là de Mon­treuil et de ses murs à pêches (me­na­cés par le pé­ril fon­cier) ou de Pan­tin qui a droit cette an­née à son « Ci­ty Guide Louis Vuit­ton ». Ve­ry Im­por­tant Pan­tin. Tchao Pan­tin, c’était en 1983...

Vrai­ment Im­bu de sa Per­sonne, le vi­pa­ri­sien ne vit que pour ses Ve­ry Im­por­tants Pri­vi­lèges au nombre des­quels les soldes de presse, les vi­sites d’ex­pos et de mu­sées la nuit, les ver­nis­sages hup­pés, les fi­nis­sages du­pés, l’ac­cès à Par­nasse en zap­pant la concier­ge­rie et les in­vi­ta­tions à ve­nir jouer des coudes avec plus pi­ran­ha que lui. Tech­ni­que­ment, son sta­tut de VIP a été ac­quis par une quel­conque sous­crip­tion à un ser­vice pre­mium en­car­té sous plas­tique ou par un co­mi­té d’en­tre­prise en­tre­pre­nant ne ju­rant que par Apple Store et Vente-pri­vee.com. Certes, on est là en­core bien loin de l’in­vi­ta­tion à dî­ner chez Guy Sa­voy pour la pré- ou­ver­ture so­lid- gold de la Bien­nale des an­ti­quaires mais, à ce stade, il faut sa­voir que le concept même du VIP est digne de ce­lui d’une VIPu­naise au ré­per­toire des pré­ten­tiards. Ve­ry Im­por­tant Ped­zouille. Man­que­rait plus qu’ils se mé­langent entre eux. �

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