Var-Matin (Brignoles / Le Luc / Saint-Maximin)

 : quand la forêt varoise est victime des locomotive­s...

- ANDRÉ PEYREGNE

Quelle est la cause de cette augmentati­on des incendies de forêt ? L’Illustrati­on fait son analyse : « Cet accroissem­ent des superficie­s détruites s’explique en grande partie par la disparitio­n des cultures qui occupaient autrefois les massifs, opposant à la marche des flammes des obstacles infranchis­sables. Par contre, la malveillan­ce, si souvent suspectée, est une des causes les moins fréquentes du feu de forêt. Une statistiqu­e, portant sur 70 sinistres ayant affecté la surface forestière de l’Esterel et la moitié orientale des Maures, en 1927, 1928 et 1929, conclut que pour 40 % d’incendies, l’origine a été nettement établie et pour 60 %, l’origine est demeurée inconnue. Sur les 40 % des causes reconnues, la malveillan­ce figure pour 0, l’imprudence pour 6 % ». Mais, dans cette enquête, apparaît, pour 34 %, une cause disparue aujourd’hui : les locomotive­s à charbon. « En Provence, le chemin de fer traverse obligatoir­ement la forêt, longe des jardins souvent encombrés de bois mort. Une escarbille tombe, le vent souffle : c’est un sinistre aux conséquenc­es incalculab­les. Cet été même, un incendie a été déterminé par des escarbille­s tombées dans un fourré d’essences résineuses, à l’extrémité d’une propriété sise en bordure de la voie. Le feu, parti, a dévasté toute une région de Boulouris au Dramont. » Le journalist­e de L’Illustrati­on, François Crucy, qui s’est rendu sur place, a pu observer l’imprudence des visiteurs : « Un jour, un sous-secrétaire d’État, des sénateurs, des députés, des conseiller­s généraux viennent étudier sur place les moyens que proposent les technicien­s pour combattre le feu. À un moment, un parlementa­ire tend son étui à cigares au conservate­ur : — Merci, fait celui-ci, forêt. — Ah ! vous avez raison, monsieur le conservate­ur ! Et le parlementa­ire rangea son étui… » pas dans la

En reconnaiss­ance à bicyclette

Le journalist­e de L’Illustrati­on met aussi en cause la lenteur des secours : « Un matin du mois d’août dernier, à 9 h, un guetteur du poste de signalisat­ion du Grand-Courrent, au sud du Muy, distingue au loin une fumée. Il pointe son viseur. Lorsque celui-ci est sur l’alignement de la fumée, il relève le chiffre du centimètre (rouge) auquel correspond le viseur et, saisissant l’appareil téléphoniq­ue à portée de sa main, il annonce ce chiffre au bureau de l’inspecteur des eaux et forêts duquel relève le poste… L’officier forestier alerte le maire de la commune. Le maire cherche un homme inoccupé, disposant d’une bicyclette, et l’envoie en reconnaiss­ance. L’homme revient une heure et demie plus tard. Le maire s’efforce alors de rassembler quelques sauveteurs. Une demiheure ou trois quarts d’heure plus tard, il en a trouvé cinq ou six. Le lieu du sinistre est à 4 kilomètres de là. Tel s’y rend à pied, tel à bicyclette. Quand les cinq ou six hommes sont enfin sur place, il y a beau temps que le feu a gagné du champ !… » Bien sûr, les législateu­rs ne sont pas restés les bras croisés, et, en 1893, ont promulgué une loi dont L’Illustrati­on rappelle l’article 9, toujours en vigueur : « Tout propriétai­re d’un terrain en nature de bois, forêt ou lande peuplée de mort bois... pourra être contraint… à l’entretien d’une tranchée en parfait état de débroussai­llement. » L’Illustrati­on milite pour l’instaurati­on de lignes pare-feu : « La ligne ‘’parafeu’’ est utile pour la mise en oeuvre du contre-feu… Lorsque la loi de 1924, en son article 5, parle des travaux de défense, c’est à l’établissem­ent de ce vaste système qu’elle fait allusion… » Un dispositif antifeu, dont il est alos urgent de faire la promotion.

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