Mel­ville: mort d’un troi­sième ligne de lé­gende

Ter­ras­sé par une crise car­diaque, l’immense Eric Mel­ville nous a quit­tés dans la nuit de di­manche à lun­di. Les mots nous manquent pour ex­pri­mer le vide qu’il va lais­ser dans la fa­mille du RCT et bien au-de­là...

Var-Matin (Brignoles / Le Luc / Saint-Maximin) - - La Une - PHI­LIPPE BERSIA

Gen­tillesse, gé­né­ro­si­té, par­tage, humilité, à la ville, la bien­veillance d’Eric Mel­ville n’avait pas de li­mite... En­ga­ge­ment, com­bat, vaillance, cou­rage, so­li­di­té, sur les ter­rains de rugby, son in­ves­tis­se­ment hors­norme sou­le­vait l’ad­mi­ra­tion de ses pairs et de tous les sup­por­ters. Eric Mel­ville était le pre­mier joueur Sud-Afri­cain à ve­nir jouer dès 1986 pour Tou­lon et il res­te­ra dans nos coeurs et nos mé­moires le plus grand... Une fois en­core la grande fau­cheuse a frap­pé sans dis­tinc­tion, et, cruelle, nous a pri­vés d’un homme aus­si ex­cep­tion­nel que mer­veilleux. A quelques jours de son 56e an­ni­ver­saire (le 27 juin), l’an­née des 30 ans de son pre­mier titre de cham­pion de France avec le RCT (1987) et des 25 ans du se­cond (1992). Une pe­tite se­maine avant que « Ba­rab­bas » comme le sur­nom­mait avec res­pect son grand pote Eric Champ, re­trouve tous ses amis Rouge et Noir à Por­que­rolles pour cé­lé­brer, en­core et tou­jours, une in­dé­fec­tible ami­tié. Le ren­dez-vous des amis à la vie va-t-il être main­te­nu ? Sous le choc de la ter­rible nou­velle, ses co­équi­piers de­vaient se réunir hier soir pour en dé­ci­der...

Tout droit au pa­ra­dis

Eric, vé­ri­table force de la na­ture que rien ne sem­blait pou­voir faire va­ciller est donc tom­bé tel un co­losse aux pieds d’ar­gile. Rap­pe­lé trop tôt par ce Dieu qu’il vé­né­rait au quo­ti­dien comme tant de Sud-Afri­cains. Avait-il au moins une mis­sion im­por­tante et ur­gente à lui confier pour nous pri­ver pré­ma­tu­ré­ment de lui? Au­jourd’hui, la peine de son épouse, Re­née, ses grandes filles Can­dice et Karine, et de son fils Da­niel doit être immense. Mais celle de ses amis, et no­tam­ment de tous ceux qui ont eu la chance de jouer à ses cô­tés au RCT, ne l’est pas moins... Per­sonne ne l’a sans doute ou­blié non plus du cô­té d’Ha­get­mau et de Mont-deMar­san, où, jeune homme épris de dé­cou­vertes et de ren­contres, il avait dé­bar­qué à 19 ans en pro­ve­nance de son Afrique du Sud na­tale avant de ral­lier Tou­lon. Ni à Ru­mil­ly, Di­jon ou Grasse où il a en­traî­né au terme de sa car­rière de joueur. Tous ceux qui l’ont un jour croi­sé peuvent té­moi­gner de son ex­trême gé­né­ro­si­té. D’un homme, to­ta­le­ment hors-norme... Na­tu­ra­li­sé fran­çais et ap­pe­lé à six re­prises par Jacques Fou­roux en équipe de France entre 1990 et 1991, le troi­sième ligne centre du RCT (1986-1992) fut aus­si le pre­mier joueur Sud-Afri­cain à por­ter fiè­re­ment le maillot de l’équipe de France, un rêve pour un homme pri­vé de com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale pour cause d’Apar­theid dans son pays. Tom­bé au Cap dans la mar­mite du rugby dès l’âge de 6 ans, Eric n’en n’est ja­mais vrai­ment res­sor­ti. Ces der­niers temps en­core, sou­riant comme tou­jours à la vie, il don­nait un coup de main à l’équipe na­tio­nale suisse entre deux sé­mi­naires et autres confé­rences sur le coa­ching en en­tre­prises. Heu­reux à Tou­lon, dans ce pays de fra­ter­ni­té et de li­ber­té qu’il n’a plus quit­té, il vi­vait sim­ple­ment au­près des siens qu’il ché­ris­sait dans sa villa au CapB­run et se ré­jouis­sait tou­jours du bon­heur des autres comme si c’était le sien. Pour sûr, s’il existe, Eric Mel­ville va fi­ler tout droit au pa­ra­dis ! Mais qu’est-ce qu’il va nous man­quer ici...

(Pho­tos D. Le­riche, F. Go­lé­si et DR)

Eric Mel­ville dit «Ba­rab­bas» : une lé­gende du rugby dou­blée d’un très grand homme est par­tie...

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