En fa­mille sur le First 210

Pour la plu­part des ma­rins, ce bout de terre pré­ser­vée sonne comme le Graal de la croi­sière, le top du top en ma­tière de ca­bo­tage. Eaux tur­quoise, pi­nèdes in­tactes, c’est la carte pos­tale de la Mé­di­ter­ra­née. Même en plein été ? C’est ce que nous avons vou

Voile Magazine - - L'édito - Texte et pho­tos : Em­ma­nuel Van Deth.

SACREE GRANDE BLEUE!

A peine en a-t-elle ter­mi­né avec le mis­tral – et de nom­breux in­cen­dies sur les côtes – qu’elle nous an­nonce de l’est. Certes, moins fort que la grosse car­touche d’ouest-nord-ouest des jours pré­cé­dents, mais 25 noeuds quand même. Coup de chance, ce n’est pas pour tout de suite… Pour l’heure, nous voi­là en plein dé­char­ge­ment de la voi­ture sur le port de Sa­na­ry. C’est dans ce char­mant port tout proche de Ban­dol que dé­marre notre aven­ture car le First 210 nous at­tend aux Em­biez, l’île ache­tée et amé­na­gée par Paul Ri­card. Vingt mi­nutes de na­vette plus tard, nous voi­là po­sés avec tous nos sacs au beau mi­lieu des deux bas­sins du port – 750 places tout de même. Bon, il est où le 210 Voile Mag ? La ca­pi­tai­ne­rie, qui a les clés du ba­teau, nous donne l’in­fo : « Il est juste en face, tri­bord de l’en­trée du port ». Ah oui, on la voit, la pe­tite coque blanche et rouge… à por­tée d’an­nexe. Un tra­jet su­per court sur l’eau mais quinze fois plus long à pied. Bon, nous sommes quatre, nous fai­sons des pauses à l’ombre des pal­miers et des lau­riers fleu­ris, et comme la ca­ni­cule est pres­qu’en place, nous pro­met­tons une bai­gnade aux en­fants. Ra­pide in­ven­taire (trop ra­pide, au fi­nal, on n’a pas tout trou­vé !) et mise en route du ba­teau pour com­men­cer. Je m’in­té­resse tout par­ti­cu­liè­re­ment au 6 ch Su­zu­ki, le­quel avait cau­sé quelques sou­cis au pré­cé­dent équi­page ; le mé­ca­no est pas­sé et le mo­teur semble tour­ner rond. On en­chaîne avec l’avi­taille­ment et nous voi­là presque prêts alors que le so­leil dis­pa­raît sous l’ho­ri­zon. J’ima­gine un ins­tant ap­pa­reiller de nuit car le vent d’est fai­blit… C’est que nous avons 20 milles en route di­recte avant de ral­lier Por­que­rolles – pile à l’est. Mais la mé­téo me convainc fi­na­le­ment de dé­col­ler un plus tard, dès po­tron-mi­net. Avant de se ren­for­cer pour de bon, le vent de­vrait en ef­fet être faible – d’est tou­jours – et même nous gra­ti­fier d’un peu de sud ma­niable dans l’après-mi­di. Pour dor­mir dans de bonnes condi­tions à quatre, nous adop­tons le conseil de FX (Fran­çois-Xa­vier, le ré­dac chef de Voile Mag) : tous les sacs à l’ar­rière du cock­pit, bien pro­té­gés par notre taud. Je peste un peu contre ces fou­tues bé­quilles qui ne servent plus à grand-chose de­puis La Ro­chelle, mais bon, je ne vais pas les aban­don­ner sur le quai ! Les amarres sont lar­guées un peu avant 6 heures. Mer d’huile, pas un ba­teau sur l’eau. Je me di­rige d’abord vers l’est-sud-est, au plus court, avant de réa­li­ser qu’il n’y a que 20 cm d’eau cô­té conti­nent. Mer­ci la car­to­gra­phie sur ta­blette ! Le temps par­ti­cu­liè­re­ment calme per­met de par­ta­ger un so­lide pe­tit-dé­jeu­ner.

La grand-voile est his­sée et le Su­zu­ki ron­ronne, c’est parti pour la croi­sière. Et pour mes deux équi­pières et mon équi­pier, c’est une pre­mière ! Mon idée est de dou­bler au plus vite le cap Si­cié ; la zone est bien connue pour être dif­fi­cile et ex­po­sée – cla­pot court et vent ac­cé­lé­ré. Les pre­miers re­vo­lins nous cueillent d’ailleurs sous l’im­po­sante fa­laise. Le gé­nois est dé­rou­lé ; nous en­chaî­nons les vi­re­ments de bord sur une eau en­core toute plate. Juste au pied du cap, nous avi­sons un cu­rieux bâ­ti­ment lit­té­ra­le­ment en­châs­sé dans la roche ; il s’agit d’Am­phi­tria, une sta­tion d’épu­ra­tion d’eaux usées ul­tra mo­derne – et dis­crète. Un tun­nel de 1 200 m per­met d’y ac­cé­der et l’usine est pro­té­gée de la chute de pierres par 30 000 pneus de ca­mions re­cy­clés…

NOTRE PE­TITE COQUE JOUE A SAUTE-MOU­TON

De­vant notre étrave, deux ai­guilles émergent à plus de 30 mètres de la sur­face : il s’agit des Ro­chers des Deux-Frères. Nous ra­sons les corps-morts (20 à 30 mètres de fond) qui per­mettent d’y faire un pe­tit stop. Sous le so­leil, Por­que­rolles se des­sine dé­jà. Tou­lon, sur bâ­bord, se dé­tache du re­lief. J’opte plu­tôt pour des bords vers la gauche du plan d’eau, cô­té terre, pour pro­fi­ter au mieux de l’abri de la pres­qu’île de Giens. Car le vent rentre et… le cla­pot aus­si ! Mon équi­page s’amuse plu­tôt des em­bruns (tièdes) et de notre pe­tite coque qui joue à saute-mou­ton, tant mieux. Pre­mier mouillage tout au nord-ouest de la pres­qu’île, entre l’île de la Re­donne et l’île Longue. Beau­coup de ba­teaux à l’ancre, mais en re­le­vant la quille, on par­vient à se frayer une pe­tite place dans un mètre d’eau. Notre mouillage est sto­cké dans une pa­nière en plas­tique, faute de baille ad hoc – le First 211 et ses suc­ces­seurs en ont une, eux ! L’eau est claire, mais ce n’est pas en­core le tur­quoise carte pos­tale pro­mis. Quelques plai­san­ciers nous sa­luent ; il est drô­le­ment connu, notre 210… Après une bai­gnade et un re­pas, nous re­met­tons le mo­teur en route et là, sur­prise, le Su­zu­ki s’em­balle alors qu’il est em­brayé en marche avant lente. Ver­dict : hé­lice dé­noyau­tée… Nous voi­là avec à peine 20% de la puis­sance dis­po­nible. Bien­ve­nue en mode dé­gra­dé, fa­mi­lier des pi­lotes d’avions… et des ma­rins ! Le vent prend de la droite et s’éta­blit à 12/13 noeuds. Des condi­tions par­faites pour ti­rer quelques bords à ra­ser les ca­lanques de la pres­qu’île et s’of­frir une in­cur­sion au port mi­nia­ture du Niel. Une heure plus tard, nous ap­pro­chons de la baie du Lan­gous­tier, tout à l’ouest de Por­que­rolles. Ici, l’eau est bien trans­lu­cide, mais les ba­teaux se comptent par cen­taines. Eh oui, nous sommes le 29 juillet ! Et la zone de bai­gnade, très éten­due, ne nous per­met pas de nous ap­pro­cher de la côte. Nous dé­cou­vrons éga­le­ment que l’île, in­té­grée au Parc na­tio­nal de Port-Cros, im­pose une ré­gle­men­ta­tion très stricte des mouillages – mo­teur ou pas, taille du ba­teau, ré­cu­pé­ra­tion des dé­chets –, et ce sur­tout pen­dant l’été. Nous pour­sui­vons donc notre route vers le cap Rous­set, moins fré­quen­té et bien abri­té. Pre­mier bain à Por­que­rolles. Je pro­fite de cette pause pour re­faire le plein de la nour­rice avec les deux bi­dons de se­cours – mal m’en a pris, le mo­teur, en plus de s’em­bal­ler dès qu’il prend des tours, ne cesse de ca­ler ! Sans doute l’es­sence a-t-elle tour­né… La mé­téo confirme que le vent d’est va souf­fler, et fort. Nous nous di­ri­geons donc, cahin-caha, vers le port. Nous sommes même sur le point d’être pris en re­morque par un des pneu­ma­tiques qui ac­cueillent les plai­san­ciers quand le Su­zu­ki a la bonne idée de re­prendre du ser­vice. Il est en­core as­sez tôt – 16h30 –, la ca­pi­tai­ne­rie nous pro­pose une place en bout de pon­ton, ce qui m’ar­range bien pour la ma­noeuvre avec un mo­teur ca­pri­cieux. Moins de 20 eu­ros avec eau (sous res­tric­tion, sé­che­resse oblige) et élec­tri­ci­té, c’est presque ca­deau. Et puis cette place pré­sente un avan­tage : elle est re­con­duc­tible plus qu’elle n’est pas une vraie place ! Se­cond bo­nus : le 210 si­glé Voile Mag est bien vi­sible, ce qui nous vaut deux vi­sites bien­veillantes… Celle de Thi­bault, qui tra­vaille à la ca­pi­tai­ne­rie. Ce jeune fan de l’aven­ture du 210 nous livre tous les se­crets de l’es­cale. Et puis une barge en alu – celles des plon­geurs qui bossent pour le port – nous fait un pe­tit cou­cou : aux ma­nettes, un grand gars dé­gar­ni suit la sa­ga 210 de près ; il nous re­com­mande de rendre vi­site à l’Ate­lier de Sa­bine – je com­pren­drai plus tard que ce conseil avi­sé est ce­lui du com­pa­gnon de l’ar­tiste. A terre, nous dé­cou­vrons le char­mant vil­lage de Por­que­rolles. C’est l’heure où les tou­ristes re­partent en ba­teau – ils sont 15 000 par jour en cette sai­son, à com­pa­rer aux 200 ha­bi­tants à l’an­née ! L’île re­trouve donc le soir un sem­blant de quié­tude au­tour de sa grande

place en terre bat­tue. Dans la soi­rée, le vent monte sans crier gare. Les drisses claquent – nous les écar­tons du mât – et les hau­bans sifflent. Sa­crée Mé­di­ter­ra­née ! Dans le mouillage de la plage de la Cour­tade, les voi­liers les plus proches de l’en­ro­che­ment du port sont contraints à trou­ver un meilleur abri. Pour notre part, nous sommes bien amar­rés face à l’est, et la nuit est pour nous confor­table. Le len­de­main, tou­jours 6 Beau­fort bien éta­blis. Va pour un tour à vé­lo, his­toire de re­con­naître les meilleurs mouillages quand le temps se­ra re­de­ve­nu clément. Je dé­couvre une rue où cinq des treize loueurs de bi­cy­clettes sont concen­trés. Cette al­lée pen­tue, ils l’au­to­pro­clament d’ailleurs « la rue de la pé­dale »… On vous laisse ima­gi­ner com­ment ils ap­pellent la rue per­pen­di­cu­laire qui ras­semble les gla­ciers !

NOUS TE­NONS NOTRE MOUILLAGE DE REVE

Me voi­là équi­pé d’un VTT pour la jour­née. Au cours de mes pé­ré­gri­na­tions, je re­tiens deux spots où il est pos­sible d’ap­pro­cher le 210 au plus près de la plage : l’anse du Par­fait, tout à l’ouest de l’île – c’est là que se trouve le fa­meux mas du Lan­gous­tier – et le nord de la baie d’Aly­castre. Sa­bine, qui connaît l’île comme sa poche, me confirme ces choix même si, pour elle, le plus beau mouillage est ce­lui de l’Ai­gua­don, sur la côte nord. Je les ai bien re­mar­quées, cette mi­ni-plage et son eau tur­quoise vif… mais elle me semble très cou­rue en cette pleine sai­son. Ce se­ra de toute fa­çon pour de­main : le vent fai­blit en­fin l’après-mi­di. Cette fois-ci, même s’il manque tou­jours cruel­le­ment de pêche, le mo­teur ne cale plus. De toute fa­çon, le gé­nois est dé­rou­lé fis­sa ; en­core quelques claques à 20 noeuds et quelques bords his­toire de s’amu­ser un peu et nous voi­là à un de­mi-mille du cap des Mèdes, zone où le mouillage est in­ter­dit – sauf aux ba­teaux de plon­gée. Quille re­le­vée – je re­des­cends 7/8 tours de ma­ni­velle, his­toire de ne pas res­ter tan­qué – et sa­frans re­le­vés, nous amor­çons une lente marche ar­rière jus­qu’à la plage de Notre-Dame. Le voi­là, notre mouillage de rêve ! Oui, il est pos­sible de goû­ter aux dé­lices de Por­que­rolles, même en plein été. Les en­fants, ar­més de masques, sont ra­vis de tra­quer les pois­sons. Et à l’heure du goû­ter, un ba­teau-glace (un Op­ti­mist équi­pé de gla­cières) a la bonne idée de nous rendre vi­site. Bref, une jour­née par­faite ! Il est temps de re­ga­gner Hyères, port où le 210 ac­cueille­ra son pro­chain équi­page pour de nou­velles aven­tures – après une ré­pa­ra­tion de son mo­teur. La tra­ver­sée com­mence par de jo­lis surfs grâce au fond de houle d’est, mais le vent fi­nit par nous lâ­cher au beau mi­lieu de la rade. Ar­ri­vés à Hyères, où le loueur Apa­ca nous a ré­ser­vé une place de ca­ta de 45 pieds, nous me­su­rons mieux les ef­fets de la ca­ni­cule - 28°C au plus frais de la nuit. Ah, la dou­ceur des îles…

Pour pro­fi­ter du ti­rant d’eau ré­duit du 210, il faut trou­ver un bout de côte sans zone de bai­gnade, comme ici au nord de la baie de l’Aly­castre, non loin du cap des Mèdes.

Même en pleine sai­son, on trouve son coin de pa­ra­dis en First 210.

L’Op­ti­mist au­ra vrai­ment ser­vi à tout, même à vendre des glaces en lon­geant la plage !

Avant de louer des vé­los, Joël Guillet était chef au Lan­gous­tier, la plus pres­ti­gieuse table de l’île !

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