A bord du Fi­ga­ro 3, et cinq autres es­sais : Skel­lig 5, Sh­rim­per 21, Tu­du­lut, Code 1, Sly­der 49

Le pro­to­type na­vigue de­puis un peu plus d’un an, mais à l’ou­ver­ture de la der­nière So­li­taire sur Fi­ga­ro 2, nous avons pu es­sayer le Fi­ga­ro dans sa ver­sion mo­no­type qua­si dé­fi­ni­tive. Place au Fi­ga­ro à mous­taches !

Voile Magazine - - Sommaire - Texte : F.-X. de Cré­cy. Pho­tos : Oli­vier Blan­chet.

IL NE PASSE PAS IN­APER­ÇU

à son pon­ton ven­déen, avec son étrave jouf­flue, sa del­phi­nière in­ter­mi­nable et ses im­po­sants foils orange. Le Fi­ga­ro 3 a dé­jà été vu dans quelques sa­lons l’an der­nier – no­tam­ment à La Ro­chelle et à Pa­ris – mais ici, à SaintGilles-Croix-de-Vie, les plai­san­ciers en es­cale avisent ce drôle d’oi­seau avec des yeux ronds. A chaque sor­tie sa sil­houette noire, tout en puis­sance re­te­nue, fait cou­rir un pe­tit fris­son sur le port. C’est là, au ber­ceau ven­déen du chan­tier Bé­né­teau, que nous avons pris ren­dez-vous avec un Fi­ga­ro 3 en­fin par­ve­nu à la phase fi­nale de sa mise au point et son lan­ce­ment en tant que mo­no­type of­fi­ciel de la So­li­taire Ur­go-Le Fi­ga­ro. Pour­quoi une si longue mise au point ? Tout sim­ple­ment parce que le Fi­ga­ro 3 n’est pas qu’un mo­no­type hau­tu­rier. C’est un pro­jet qui va bou­le­ver­ser à la fois le fonc­tion­ne­ment de la classe Fi­ga­ro, la ges­tion spor­tive de la So­li­taire et son image. Et cette pe­tite ré­vo­lu­tion fait l’ob­jet d’une consul­ta­tion per­ma­nente des cou­reurs, des pré­pa­ra­teurs, des spon­sors, de la FFV, de l’or­ga­ni­sa­tion de la course, des sous-trai­tants concer­nés par la quille, les foils, le mât... Un tra­vail de ti­tan qui né­ces­site de so­lides com­pé­tences

tech­niques sans doute, mais aus­si un sens ai­gu de la di­plo­ma­tie en mi­lieu nau­tique. Deux qua­li­tés très utiles à Luc Joës­sel, le nou­veau res­pon­sable de la gamme Per­for­mance du chan­tier Bé­né­teau – is­su de la voi­le­rie North. Quand nous le ren­con­trons lors de notre es­sai du Fi­ga­ro 3, il rentre tout juste d’une réunion cru­ciale au Havre sur l’achèvement de la nou­velle jauge et des règles de mo­no­ty­pie. Pas­sion­nant ! (voir en­ca­dré)

UNE JAUGE MUREMENT REFLECHIE

Mais nous ne sommes pas ve­nus là seule­ment pour par­ler po­li­tique et c’est un autre pe­tit nou­veau (il y en a beau­coup en ce mo­ment chez Bé­né­teau) qui guide notre pre­mière vi­site. Va­len­tin Mas­su, qui fut sta­giaire à la ré­dac­tion de Voile Ma­ga­zine avant de cou­rir la Mi­niT­ran­sat, est de pas­sage chez Bé­né­teau où il fait of­fice – entre autres – de « boat cap­tain » du Fi­ga­ro 3. Comme lui, j’uti­lise sans com­plexe le coude su­pé­rieur du foil pour me his­ser sur le pont du mo­no­type. Un pont qui im­pres­sionne im­mé­dia­te­ment par ses di­men­sions et la sen­sa­tion d’es­pace qui s’en dé­gage. Le choix d’un rouf ul­tra-étroit, simple dog-house al­lon­gé flan­qué de deux dé­flec­teurs dans les­quels cir­culent les drosses des foils, a li­bé­ré des pas­sa­vants énormes, vé­ri­tables bou­le­vards de ma­noeuvre. Même im­pres­sion dans le cock­pit, même si la bôme, for­cé­ment basse et longue, im­pose une cer­taine vi­gi­lance. Quant à l’in­té­rieur, il se passe d’une longue des­crip­tion : c’est une simple soute à voiles géante au mi­lieu de la­quelle trône un poste de na­vi­ga­tion spar­tiate. On sup­pose qu’il com­por­te­ra un pouf où pour­ra se ca­ler le na­vi­ga­teur, pour l’heure il n’y a là qu’une flo­pée d’écrans et le ta­bleau élec­trique. On l’a dit, le nou­veau Fi­ga­ro pro­cure un pre­mier choc quand on le voit. Mais il étonne en­core plus quand on l’en­tend ! Comme on pou­vait s’en dou­ter, l’iso­la­tion de la cale mo­teur n’a pas été la prio­ri­té du chan­tier et le doux chant du Nan­ni (21 ch) entre les pon­tons évoque da­van­tage le Mas­sey-Fer­gu­son en plein labour qu’un oi­seau du large prêt à prendre son en­vol. Anec­do­tique, mais pour ne plus l’en­tendre nous nous hâ­tons d’en­voyer la grand-voile dans le der­nier coude avant le che­nal de Port-la-Vie. La drisse mou­flée per­met de his­ser sans se mettre tout de suite dans le rouge, d’au­tant que cette voile mou­lée en com­po­site (North 3DI) est plu­tôt lé­gère. Il ne manque qu’un guide de ra­lingue pour rendre l’en­voi par­fai­te­ment fluide. Grand-voile haute, le Fi­ga­ro s’anime im­mé­dia­te­ment et on coupe le mo­teur avec plai­sir pour des­cendre le che­nal, ce qui nous donne lar­ge­ment le temps de sor­tir les foils. Les trois blo­queurs pla­cés à plat pont de part et d’autre des dé­flec­teurs orange du rouf leur sont dé­diés. Ne comp­tez pas les sor­tir à la vo­lée, c’est au winch qu’on sort et qu’on rentre ces foils en se fiant aux drosses soi­gneu­se­ment mar­quées. A prio­ri, on les sort une fois pour toutes, il n’y a pas de rai­son par­ti­cu­lière pour ren­trer le foil au vent. Sauf à consi­dé­rer l’aé­ro­dy­na­mique, mais une fois ren­tré, le foil au vent traîne un peu dans l’eau et porte moins son poids au vent ! La troi­sième drosse, qui re­vient à cô­té des sor­teurs-ren­treurs de foil, per­met de ré­gler le rake, c’est-à-dire l’an­gu­la­tion lon­gi­tu­di­nale.

On ne doute pas que les cou­reurs tra­vaille­ront le su­jet et se fe­ront une opi­nion. Pour l’ins­tant, on se contente de re­gar­der le sillage du foil et de le rendre le moins tur­bu­lent pos­sible à l’oeil, ce qui re­vient gé­né­ra­le­ment à l’avan­cer au maxi­mum. Le pre­mier bord de dé­bri­dé, né­ces­saire pour prendre un peu le large avant de ser­rer le vent, nous donne im­mé­dia­te­ment de bonnes sen­sa­tions. La barre est très lé­gère et ré­ac­tive, même dans les sur­ventes. Ses 2,50 m de ti­rant d’eau (contre 2,10 m pour le Fi­ga­ro 2, voir ta­bleau) lui confèrent une rai­deur à la toile que sentent tout de suite les fi­ga­ristes ha­bi­tués à ré­gu­ler sou­vent au cha­riot. Y com­pris avec 250 kg de lest en moins !

LES FOILS CHANGENT LA DONNE

De ce point de vue, de toute fa­çon, la sta­bi­li­té ap­por­tée par les foils change com­plè­te­ment la donne. Le ba­teau prend de la gîte jus­qu’à un cer­tain angle où le tra­vail du foil le bloque : il ne gî­te­ra ja­mais da­van­tage, et du coup, il reste doux comme un agneau à la barre… Nous avons pu le vé­ri­fier dans des condi­tions plu­tôt lé­gères (pas plus de 15 noeuds de vent), ce­la reste à va­li­der dans la brise, mais c’est tout à fait frap­pant. On l’a com­pris, le Fi­ga­ro 3 est un foi­ler mais pas un ba­teau volant comme peuvent l’être les der­niers Ul­times… ou a for­tio­ri comme un Moth à foils ! Même dans la brise, il dé­jau­ge­ra pro­ba­ble­ment moins qu’un IMO­CA af­fû­té comme l’était par exemple Hu­go Boss. Son foil est da­van­tage un ac­cé­lé­ra­teur de pla­ning et sur­tout un gros boos­ter de puis­sance, un peu dans la lo­gique d’un sta­bi­li­sa­teur dy­na­mique type DSS. En tout cas, son in­fluence sur le comportement du ba­teau est énorme, no­tam­ment au por­tant. Pour l’heure, il nous faut ser­rer le vent et si le rôle sta­bi­li­sa­teur du foil est évident, son in­fluence sur la per­for­mance est dif­fi­cile à éva­luer. Ce qui est hau­te­ment pro­bable, c’est qu’un Fi­ga­ro 2 irait au moins aus­si vite. Nous sommes à 6,5 noeuds dans 11 noeuds de vent, à 25° du vent ap­pa­rent, mais at­ten­tion à ne pas trop faire ta­per l’étrave dans les vagues... Le bar­reur est bien ca­lé, les pieds dans le cadre en inox ré­glable, mais son as­sise est per­pen­di­cu­laire à la route, là où cer­tains ba­teaux IRC (JPK, Of­cet…) pro­posent sou­vent une as­sise à 45° de la route pour moins sol­li­ci­ter les cer­vi­cales sur un long bord. Le cir­cuit d’écoute de GV, lui, ne souffre au­cune cri­tique. Pa­lan di­rect, pa­lan fin, cha­riot : tout tombe sous la main. Le gé­nois, quant à lui, se règle à son winch sous le vent, mais un ren­voi à plat pont per­met aus­si d’uti­li­ser le winch au vent si né­ces­saire. Quant au point de tire en 3D – avec pe­tit rail trans­ver­sal –, il se règle au pia­no. Tout ce­la reste as­sez simple, et si on a par­fois l’im­pres­sion de crou­ler sous les cor­dages, c’est que leur lon­gueur n’a pas en­core été op­ti­mi­sée. La plu­part pour­ront être écour­tés. Un « dé­tail » à ne pas ou­blier dans les ma­noeuvres ce­pen­dant : les bas­taques. Elles sont mon­tées sur une patte-d’oie de fa­çon à re­prendre la tête de mât en deux points, au ni­veau du deuxième étage de barres de flèche et au ni­veau du ca­pe­lage de l’étai. L’an­gu­la­tion des barres de flèche ne les rend pas in­dis­pen­sables à la te­nue du mât au re­pos ou dans les pe­tits airs, mais il est quand même conseillé de ne pas les ou­blier, no­tam­ment au por­tant.

Des bou­le­vards de chaque cô­té du rouf.

Du reste, il est grand temps pour nous d’abattre après un long bord vers le nord. Va­len­tin a pré­pa­ré le spi qu’il en­voie à la vo­lée. Pas la peine de re­prendre le mou dans le cock­pit, un pe­tit blo­queur de drisse est mon­té sur le mât, juste en des­sous de la lu­mière cor­res­pon­dante… et le grand spi de ca­pe­lage (105 m2 !) est en tête en un tour­ne­main. Je lofe d’abord pru­dem­ment, puis plus fran­che­ment pour char­ger le ba­teau et tes­ter ses réactions : le contrôle reste par­fait, la barre lé­gère et le ba­teau ac­cé­lère bien. Evi­dem­ment, on au­rait es­pé­ré 5 ou 10 noeuds de vent en plus pour que le ba­teau s’ex­prime et s’ap­puie da­van­tage sur ses foils.

QUAND LE FOIL ENTRE EN CHARGE...

Mais sur cer­tains surfs, nous sen­tons que l’étrave monte d’un cran tan­dis que le ba­teau ac­cé­lère : le foil est en­tré en charge alors que le spee­do­mètre ti­tillait les 9 noeuds. Pro­met­teur, d’au­tant que le ba­teau reste par­fai­te­ment ras­su­rant dans ces ac­cé­lé­ra­tions. A l’af­fa­lage, on ap­pré­cie l’er­go­no­mie très sé­cu­ri­sante du plan de pont avec ses cale-pieds, au mi­lieu de la plage avant et le long du pa­vois. Avant de ren­trer, nous es­sayons en­fin le code 5 de chez North ré­cem­ment li­vré : une mer­veille pour le rea­ching, et une vraie nou­veau­té pour les fi­ga­ristes qui, jus­qu’alors, n’avaient rien entre le gé­nois et le spi. Faut-il pré­ci­ser qu’on rentre avec la ba­nane d’une sor­tie en Fi­ga­ro 3, même dans 12 noeuds de vent ? De toute évi­dence le ba­teau est bien né, c’est main­te­nant aux cou­reurs d’écrire son his­toire. Ils ont dé­jà ré­pon­du pré­sents avec qua­rante ba­teaux ven­dus aux cou­reurs, dont six à des skip­pers étran­gers. A l’heure où nous écri­vons ces lignes, trente de ces Fi­ga­ro 3 sont dé­jà construits et sa­ge­ment ali­gnés sur le par­king de l’ate­lier de Che­vi­ré (Nantes), dont les 2 500 m2 et les vingt-trois tech­ni­ciens sont en­tiè­re­ment dé­vo­lus au Fi­ga­ro 3. Mais la pro­duc­tion se pour­suit au rythme d’un ba­teau tous les quatre jours, et on de­vrait ra­pi­de­ment ar­ri­ver au lot de cin­quante uni­tés ré­ser­vées à la Classe Fi­ga­ro. Ces ba­teaux se­ront ti­rés au sort pen­dant le Nau­tic et li­vrés à par­tir de jan­vier 2019, dans l’ordre de réception des com­mandes, en vue d’une course inau­gu­rale qui doit avoir lieu fin mars (la Sar­din­ha Cup Saint-Gilles-Lis­bonne en double). Pour­quoi ce ti­rage au sort ? Pour évi­ter toute polémique quant à la mo­no­ty­pie (voir en­ca­dré) et aux pré­ten­dus bons et mau­vais nu­mé­ros. Le Fi­ga­ro 3 peut aus­si être ven­du à des par­ti­cu­liers, tou­jours en pas­sant par le ré­seau Bé­né­teau. Mais c’est sen­si­ble­ment plus cher, et le pro­gramme du ba­teau hors mo­no­ty­pie ne va pas de soi. Sur­tout quand on sait que le Fi­ga­ro 3 a, en gros, le ra­ting IRC d’un 45 pieds. Son truc à lui, c’est la ré­gate à armes égales !

Ré­glage du rake (an­gu­la­tion lon­gi­tu­di­nale). Ren­treur du foil. Sor­teur du foil.

Les fi­ga­ristes passent beau­coup de temps à la barre, l’er­go­no­mie du poste est donc es­sen­tielle.

12 0 c m 245 cm 275 cm 60 cm 75 c m 10 5 c m 445 cm

Plus dé­pouillé, tu meurs ! Peut-être fau­dra-t-il pré­voir un poste de na­vi­ga­tion, a mi­ni­ma un pouf. En at­ten­dant, l’élec­tro­nique et les bat­te­ries ont été cen­trées au maxi­mum.

Au près, le Fi­ga­ro 3 en­voie 4 m2 de plus que le 2. Une dif­fé­rence qui ré­side sur­tout dans la grand-voile.

Pas de bout-de­hors, mais une del­phi­nière per­ma­nente pour amu­rer le spi asy­mé­trique.

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