G 44, UN SA­CRÉ NU­MÉ­RO !

Les sta­tis­ti­ciens à Gran Ca­na­ria en juillet ont eu du chiffre à dé­cor­ti­quer sur la PWA de vagues : en par­tant du plus pe­tit, 0,9, la taille des vagues, à 10 au surf, puis 20 en sauts, voi­ci la ra­dio­gra­phie chif­frée d’une édi­tion folle. Une de plus. Et c’e

Wind Magazine - - PWA VAGUES POZO - Texte : Franck Ro­guet - Pho­tos : PWA/John Car­ter

Comme d’hab’, le spot de Po­zo a su ac­cueillir les wa­ve­ri­deurs de la PWA avec un vent à dé­cor­ner un boeuf cet été : en 3.4, 3.0 par­fois, l’idéal pour se sa­tel­li­ser. Sauf que pour bien mon­ter, un mi­ni­mum de rampe est re­quis, et sur l’édi­tion 2017, il faut dire que les vagues ont été aux abon­nés ab­sents. C’est chaque an­née la même chose, disent cer­tains. « C’est Po­zo ! » Mais cette an­née, les vagues étaient si pe­tites et si éparses que sou­vent in­vi­sibles. Il fal­lait être un vi­sion­naire ex­pert du spot pour com­prendre son fonc­tion­ne­ment et sa­voir où an­ti­ci­per la sor­tie d’une vague de nulle part. Il fal­lait de­vi­ner qu’une mi­nus­cule on­du­la­tion com­mu­né­ment ap­pe­lée cla­pot al­lait de­ve­nir un em­bryon de pente pour y pla­cer sa ca­rène au surf. Un com­men­taire pris à la vo­lée entre Dun­can Coombs, le chef juge, et Ben Wood, li­fe­guard à Na­mo­tu, maître

wa­ve­ri­deur, illustre les condi­tions : « J’en­chaine les al­ler-re­tour à vide à la re­cherche de quelque chose à sur­fer. J’ai l’im­pres­sion de pas­ser la ton­deuse dans le jar­din ! Pen­dant ce temps, Vic­tor Fernandez tour­billonne au­tour de moi dans tout les sens. Com­ment font-ils ? Ce que ces gars­là sont ca­pables de faire dans ces condi­tions est hal­lu­ci­nant ! » Oui, les pros ont un ni­veau hors norme, en d’autres temps, un sla­lom au­rait été lan­cé à Po­zo…

MAUX COMPTENT TRIPLE

Avec un vent si violent et des ma­noeuvres pé­rilleuses, de belles ga­melles ont ra­vi le par­terre de spec­ta­teurs. Les lâ­chers de voiles et les boites sont mon­naie cou­rante, mais vu la vi­ru­lence du vent, la mai­trise des airs des wa­ve­ri­deurs pros reste fas­ci­nante. Leon Ja­maer est de­ve­nu un ex­pert en

sauts, et de­puis son ap­pa­ri­tion dans la Storm Chase, l’Al­le­mand se dé­lecte du vent fort et des prises de risques. Dans sa manche contre Browne, Éole s’énerve en­core plus et pousse une co­lère en plein heat : Leon et Mar­cillio ne peuvent plus bor­der, et même s’ils posent un mi­ni­mum de moves, c’est mis­sion sur­vie. À la rue dans une ten­ta­tive de double ro­ta­tion, Ja­maer ne peut qu’ac­ti­ver le bou­ton d’éjec­tion. Ma­tos per­du, Leon ef­fec­tue­ra une triple pi­rouette à dix mètres de haut avant de prendre une bonne baffe à l’im­pact sur l’eau. Ce se­ra la plus belle ga­melle du con­test. Mal­gré une belle col­lec­tion de boites, les pe­tites vagues de Po­zo ne se sont pas mon­trées trop agres­sives en­vers le ma­tos. Une seule casse est à dé­plo­rer, un mât, en ré­cep­tion de saut.

CONTRÔLE F3

Mal­gré les pe­tits ki­ckers, le plan de vol des meilleurs ne semble pas être mo­di­fié outre me­sure. Si les pre­miers tours sont égayés des clas­siques Back et Push loops de hau­teur mé­diane, le top 16 monte d’un cran. Et que dire du top 5, par­mi les­quels fi­gurent quatre monstres du jump, Browne, Fernandez, Cam­pel­lo et Kös­ter ? À ce ni­veau, à cette al­ti­tude, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment voir double : ce ne sont que double for­wards et push for­wards. Un in­trus vient se gref­fer dans le pe­lo­ton des échap­pés, même s’il se lâche avec ses armes dans les airs, c’est sur­tout par ses surfs et sa constance que Tho­mas Tra­ver­sa se fau­file dans l’élite à Gran Ca­na­ria. Tho­mas dé­joue les plans de Cam­pel­lo en fi­nale, per­dant pour s’ad­ju­ger la 3e place. Une po­si­tion dont l’Au­ba­gnais se sa­tis­fait lar­ge­ment. Cam­pel­lo 4e est vert.

DE 9.5 À 1

Jae­ger Stone est le spé­cia­liste du wa­ve­ri­ding, ce­lui que tout le monde ad­mire et en­vie par la flui­di­té et la pré­ci­sion de ses carves, et le re­lâ­che­ment de son tail. Stone s’est mon­tré bien convain­cant en sauts à l’en­trai­ne­ment, et c’est cu­rieu­se­ment ce qui lui per­met d’éli­mi­ner Loïck Le­sau­vage. Pa­ra­doxe : Loïck réa­lise un meilleur score en surf que la ré­fé­rence aus­tra­lienne. Et s’il perd pré­ma­tu­ré­ment dans la double éli­mi­na­tion, l’es­poir fran­çais entre ce­pen­dant dans la cour des grands en sco­rant un 9,5 en double loop, fai­sant du jeune Va­rois le meilleur jum­per tri­co­lore à Po­zo en 2017. Manque de bol, c’est un autre chiffre qui mar­que­ra la com­pé­ti­tion de Loïck, le 1. Le­sau­vage est l’unique com­pé­ti­teur à s’être bles­sé du­rant une semaine de cas­cades à se rompre le cou à chaque ins­tant. Le pire de tout, Loïck s’est frac­tu­ré le pied dans les in­fâmes ga­lets de Po­zo, sim­ple­ment en chan­geant de ma­té­riel !

IT’S A TEN !

Grosse sur­prise, An­toine Mar­tin monte sur la plus haute marche du po­dium du wa­ve­ri­ding avec le pre­mier 10 du con­test ! An­toine par­tage cette pre­mière place avec Vic­tor Fernandez dans un style bien dif­fé­rent : si le score de l’Es­pa­gnol est le fruit d’un long tra­vail de la vague et d’un car­ving bien pla­cé et tou­jours sty­lé, le Gua­de­lou­péen a construit sa note d’un seul gros move sur une bonne sec­tion, un klei (360 en­chai­né d’une ro­ta­tion op­po­sée type ta­ka). L’ana­lyse du clas­se­ment des meilleurs surfs montre une po­pu­la­tion as­sez hé­té­ro­clite, mais Fernandez et le jeune lo­cal Mauch ap­pa­raissent tous deux à deux re­prises dans ce top 10. Du bon surf, du bon saut, Fernandez est com­plet, propre et ap­pli­qué, c’est ce qui le condui­ra jus­qu’en fi­nale.

À DÉ­GUS­TER COMME UN BON VINGT

Avec son ta­lent mul­tiple, Phi­lip Kös­ter n’est pas seule­ment le maître du double for­ward. Tout ce qui va haut et tourne est à sa por­tée avec une mai­trise des airs ren­ver­sante. Phi­lip em­ma­ga­sine quatre des dix meilleurs scores tous jumps confon­dus, alors que son op­po­sant en fi­nale, Vic­tor Fernandez, n’entre que de jus­tesse à la 9e place de ce clas­se­ment. Évi­dem­ment, les membres du Big Four (Kös­ter, Cam­pel­lo, Browne, Fernandez) sont om­ni­pré­sents dans ce sec­teur. Un autre ri­deur-ma­chine à jumps fra­casse tout, Cam­pel­lo. Chaque run du Vé­né­zué­lien est un ré­gal pour les yeux. Tout peut ar­ri­ver, et sou­vent ce­la res­semble à une ex­pé­rience de Ja­ckass, ça passe, ça pique ou ça casse. Ri­car­do est ca­pable de se lan­cer dans un for­ward à un pied une main, au har­nais donc, à 8-9

mètres, ima­gi­nez le risque ! Si forts, Cam­pel­lo et Kös­ter s’offrent le luxe de blo­quer les comp­teurs des sauts avec un 20 sur 20 cha­cun : un push for­ward à 10 et un double for­ward à 10. Du ja­mais vu.

SEPT

Sor­ti « tôt », Mar­ci­lio Browne est à nouveau le plus ra­di­cal à l’en­trai­ne­ment, et en des­sous en con­test. BRA 105 tombe en 1/8ème de fi­nale dans la simple éli­mi­na­tion contre son pote Cam­pel­lo. La double est sy­no­nyme de re­mon­ta­da pour Braw­zin­ho, mais celle-ci est stop­pée par le manque

de vagues après cinq heats de re­con­quête. BRA 105 s’ar­rête à nouveau au pied du mur Cam­pel­lo, son bour­reau du pre­mier round, cette fois pour rai­son tech­nique. Mal­gré la bonne vo­lon­té (ou le déses­poir) des deux la­ti­nos de concou­rir sans vagues, le con­test s’ar­rête à leurs pieds. Sur l’en­semble de la com­pé­ti­tion, Browne se montre le plus ré­gu­lier en double For­wards avec 4 des 10 meilleures réa­li­sa­tions. Il vole la ve­dette sur ce cri­tère à Phi­lip Kös­ter qui, pour­tant, semble in­éga­lable dans l’exer­cice. Le Ca­na­rien ne score que deux 10 sur ce saut. NB : En rem­por­tant la fi­nale de la simple éli­mi­na­tion, G 44 at­ten­dait sa­ge­ment dans son fau­teuil de lea­der la re­mon­tée de ses op­po­sants. Kös­ter n’a dis­pu­té que 5 heats. Browne et Mauch en étant sor­tis pré­ma­tu­ré­ment dans la simple éli­mi­na­tion sont les com­pé­ti­teurs ayant le plus na­vi­gué : 7 heats à leur comp­teur.

80 %

Dans le do­maine du push for­ward, les sta­tis­tiques sont ul­tra do­mi­nées par Kös­ter et Cam­pel­lo. Les deux monstres du saut se par­tagent les 8 meilleurs scores dans cette ma­noeuvre si spé­ciale in­cluant deux ro­ta­tions op­po­sées. Ils ne sont qu’une poi­gnée de ri­deurs à ten­ter la pé­rilleuse cas­cade : en ad­di­tion de Kös­ter et Cam­pel­lo, Browne, Swift et Ja­maer re­joignent la liste des in­tré­pides. Il faut dire qu’il faut des condi­tions bien spé­ci­fiques de vent fort et de rampe, et sur­tout de grosses co­jones ! La preuve, seuls 8 push for­ward ont été dé­cem­ment po­sés mal­gré de mul­tiples ten­ta­tives sui­ci­daires. Kös­ter, 10 mois après une li­ga­men­to­plas­tie du ge­nou, n’est qu’à 80 % de son po­ten­tiel mus­cu­laire et avec un gref­fon tou­jours en phase d’as­si­mi­la­tion. « Cette an­née, j’y

vais dou­ce­ment, je n’ai pas en­core plei­ne­ment ré­cu­pé­ré », an­nonce Phi­lip aux ins­crip­tions. Heu­reu­se­ment pour la concur­rence ! Kös­ter fait l’una­ni­mi­té, et il se dit même que G 44 montre une telle mai­trise et dé­con­trac­tion, qu’il se re­trouve sous­no­té. Kös­ter gagne à Po­zo pour la 5e fois.

TWINS

Chez les de­moi­selles, le con­test est en sens unique. Dai­da Rua­no Mo­re­no pos­sède une telle avance en sauts que le com­bat est – qua­si — ga­gné d’avance. Dai­da squatte les 5 pre­mières places des stats de jumps, avec du late for­ward, du table for­ward bien twea­ké, et du backloop à une main ! La fi­nale fé­mi­nine de Po­zo est à nouveau un Clas­si­co Mo­re­no-Mo­re­no, Dai­da-Ibal­la, au pro­fit de Dai­da. La mul­tiple cham­pionne du monde de freestyle Sa­rah Qui­ta Of­frin­ga mai­trise elle aus­si les sauts, mais un dé­tail la pé­na­lise : la Ca­ri­béenne choi­sit l’op­tion go big or go home et tente des ma­noeuvres trop ex­trêmes au re­gard des pauvres condi­tions. En pous­sant trop ses push tweak, SQO manque ses ré­cep­tions. Of­frin­ga laisse ain­si toute la place à Snia­dy et Er­pen­stein pour la de­van­cer.

Ci-des­sus : mal­gré un ge­nou en­core conva­les­cent, Phi­lip Kös­ter a sur­vo­lé l'épreuve de Po­zo.

Ci-des­sus : avant de se bles­ser au pied, Loick Le­sau­vage a en­core une fois mon­tré de bonnes choses à Po­zo. ça pro­met pour le fu­tur!

Ci-des­sus : tou­jours aus­si spec­ta­cu­laire, Ri­car­do Cam­pel­lo a été ce­lui qui a le plus concur­ren­cé Phi­lip Kös­ter en saut grâce à ses doubles for­ward mais aus­si des Pu­sh­loop for­ward ma­gis­traux.

Ci-des­sous : on ne se lasse pas du pu­sh­loop for­ward du maitre de Po­zo. A le voir, ça a l'air tel­le­ment fa­cile !

Im­pres­sion­nant en free-ses­sion à Po­zo, Braw­zin­ho n'a cette fois en­core pas réus­si à concré­ti­ser ce­la du­rant la com­pé­ti­tion.

Dai­da Mo­re­no confirme s'il en était be­soin qu'elle est bien la meilleure jum­peuse du monde!

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