Spot de France

Mar­seille

Wind Magazine - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos : Jean Sou­ville

PAROLES DE MAR­SEILLAIS

Ils sont nom­breux les Mar­seillais qui font de la planche toute l’an­née. Qu’ils sillonnent les spots free­ride, en foil, en sla­lom, en vagues ou en RS:X, ils ont tous les ni­veaux, de­puis l’ex­cel­lence avec des pros qui pro­fitent de la fré­quence des vents aux dé­bu­tants mor­dus prêts à tout pour ne pas ra­ter une ses­sion. Voi­là une sé­lec­tion de quelques ac­ti­vistes mar­seillais qui vont vous don­ner une idée de leur ville, de leurs spots et de leur vie.

POUR­QUOI JE SUIS À MAR­SEILLE PAR CÉ­DRIC BORDES

À 33 ans, Cé­dric Bordes est une bête de tra­vail. Il sillonne la Pro­vence en wind­surf pour s’en­traî­ner, tes­ter, mettre au point et se faire plai­sir. Quand une grosse ses­sion de vagues est an­non­cée, il n’hé­site pas à char­ger. Il sillonne aus­si la France pour le compte de Ta­bou et GA. Et il sillonne le monde pour mon­trer ce dont il est ca­pable dans le gra­tin du sla­lom mon­dial. S’il ha­bite la ci­té pho­céenne, ce n’est pas par ha­sard. «Je trouve que Mar­seille est un spot em­blé­ma­tique. Il y a peu d’en­droits où tu peux faire du wind­surf vrai­ment dans la ville. On peut voir du monde qui na­vigue tout le temps même quand il n’y a pas de coup de vent, même quand il fait froid. À la Poin­teRouge, les clubs donnent des cours aux dé­bu­tants, mais cer­tains prennent aus­si en charge les en­fants pour leur faire faire de la Tech­no ou de la RS:X. Au pôle nau­tique, il y a aus­si du monde en RS:X et en wind­surf. Le plan d’eau en lui-même est as­sez tech­nique, on prend tous les vents, mais il y a souvent du res­sac, car la baie est fer­mée. Dès que l’on veut al­ler vite, il faut an­ti­ci­per les mou­ve­ments de houle et de cla­pot. Il y a peu de plans d’eau comme ça. Même pour les JO les gars vont de­voir pas­ser des heures dans la baie pour se fa­mi­lia­ri­ser avec le spot. Si tu na­vigues bien à Mar­seille, for­cé­ment tu na­vigues bien à Fos ou à l’Al­ma­narre. C’est mieux de s’en­traî­ner à Mar­seille pour être ef­fi­cace, après pour tes­ter du ma­tos, je n’aime pas trop, car c’est plus les aptitudes du ri­deur qui vont faire la dif­fé­rence. En vague, ce n’est pas le spot le plus ra­di­cal de la ré­gion, mais c’est souvent mar­rant. Il y a une bonne am­biance à l’eau et souvent plus de vagues qu’à Car­ro par mis­tral. C’est un spot ou à chaque fois on s’amuse. Tous les vents rentrent à Mar­seille, ça va tou­jours plus ou moins marcher. Mais l’avan­tage aus­si c’est qu’en moins d’une heure de voi­ture, on peut al­ler cher­cher les spots à l’ouest ou à l’est. Sui­vant l’orien­ta­tion du vent, on peut en­core trou­ver du vent à Fos ou à la Cou­dou, quand c’est mort sur Mar­seille.»

UN PEU D’HIS­TOIRE PAR PAS­CAL JOLY, 51 ANS

Il tra­verse les dé­cen­nies comme vous tra­ver­sez une rue pié­tonne. Son ni­veau est comme son vi­sage, il n’a ja­mais pris une ride. Non seule­ment Joly a tou­jours été dans la place, mais son style et son agi­li­té ont de tout temps éba­hi ses nom­breux fans à Mar­seille. Il a ac­com­pa­gné toutes les évo­lu­tions du sport et as­sis­té au ré­amé­na­ge­ment du bord de mer dans les an­nées80. En 2017, il conti­nue d’of­fi­cier tou­jours avide de nou­velles sensations, il est le par­fait ri­deur pour nous par­ler un peu de l’his­toire du spot. «J’avais 14 ans quand mon père a ache­té ma pre­mière Wind­sur­feur à Charles Da­her, l’im­por­ta­teur des pre­mières planches à voile dans le sud. Charles a joué un rôle im­por­tant dans le wind­surf, il a en­suite créé Pa­ci­fique Pa­lis­sade, l’un des pre­miers clubs de wind­surf de France. Per­so, j’ai vite ar­rê­té l’école pour ne faire que de la planche, je glan­dais à la mer toute la jour­née et ma pro­gres­sion a été su­per ra­pide. Quand j’ai com­men­cé, il y avait dé­jà quelques cham­pions à Mar­seille. Les hé­ros en Wind­sur­feur s’ap­pe­laient Fred Gau­tier, Fran­çois Gei­ger ou en­core Gilles Cal­vet, moi j’étais der­rière eux. Quand le fun est ar­ri­vé au dé­but des an­nées 80, ce sont Jean-Ma­rie Fabre ou Phi­lippe Bo­ghos­sian, le show­man, qui sont sor­tis du lot. En­suite, il y a eu les frères Le­quer­tier, Lou Gre­met puis Yann Bou­vier qui est ve­nu un peu après. Der­niè­re­ment, ce sont les frères Mous­sil­ma­ni qui ont mar­qué le spot. Pa­trick Vi­gou­roux est de­ve­nu très fort en vagues, mais il n’a ja­mais trop fait de com­pé­ti­tion. J’ai vu gran­dir Tho­mas Tra­ver­sa, on sen­tait vrai­ment qu’il était doué, comme An­tho­ny Ruenes. Au­jourd’hui, je pense être le seul à avoir goû­té à toutes les pra­tiques et à conti­nuer à na­vi­guer, j’ai fait de la Wind­sur­feur, du fun, du kite, du free­style en fun, du foil… Pour la pe­tite his­toire, je me sou­viens très bien du jour où l’on a bap­ti­sé la plage du Pra­do Éplu­chures Beach. C’est An­dré Hocq qui sor­tait de l’eau un jour où l’Hu­veaune avait dé­gueu­lé. C’était pour­ri, il est sor­ti en nous di­sant que l’on de­vrait ap­pe­ler la plage Éplu­chures Beach, de­puis c’est res­té.»

ÉPLU­CHURES BEACH PAR PA­TRICK VI­GOU­ROUX

L’in­fir­mier vo­lant dit « Pat le Ba­lei­neau » s’est cal­mé. À 39 ans, il ne tente plus de fi­gures nou­velles, mais il mas­teu­rise tou­jours au­tant dans le clas­sique, si pos­sible haut, et tou­jours sty­lé mal­gré ses chaus­sons. Quand il ne pique pas les fesses, il joue à saute-rocks dans les col­lines avec son vé­lo ou à saute-mou­ton sur son pro­to Tia­ki made in Mar­seille. Son spot de pré­di­lec­tion, c’est Da­vid plus connu sous le nom du Pra­do ou en­core d’Éplu­chures Beach. Il en connaît les coins et re­coins et vous livre même quelques se­crets. «Avec l’illustre mis­tral, le Pra­do c’est beau, on di­rait du veau… Le nord-ouest est l’orien­ta­tion la plus at­ten­due et pra­ti­quée par les wa­ve­ri­deurs. Le vent est alors si­de­shore, et les vagues en gé­né­ral pré­sentes dès qu’il dé­passe 20 noeuds. Les dé­bu­tants peuvent fuir le spot, mais le ri­deur qui sou­haite se faire la main dans les vagues trouve en gé­né­ral un beau ter­rain pour pro­gres­ser. Pas de dan­ger par­ti­cu­lier, même si la na­vi­ga­tion entre les deux digues peut être in­ti­mi­dante dans un pre­mier temps. Le risque de retrouver son ma­té­riel com­pos­té des­sus est faible, le back wash ai­dant ce der­nier à res­ter à dis­tance (mais ne jouez pas avec le feu quand même). N’es­pé­rez pas des vagues puis­santes et tu­bu­laires, mais vous pour­rez ai­sé­ment trou­ver de quoi sur­fer et jum­per à vo­lon­té, d’au­tant plus si la tra­mon­tane souffle éga­le­ment dans l’Aude et l’Hé­rault, fac­teur in­dis­pen­sable pour voir une vraie jo­lie houle en­trer dans le bas­sin de Mar­seille. Pe­tit con­seil, le vent a souvent ten­dance à tour­ner plus au nord en soi­rée, de­ve­nant plus ir­ré­gu­lier et les vagues plus pe­tites. Pri­vi­lé­giez au­tant que pos­sible le cré­neau 11 h/14 h qui est souvent le meilleur. Par vent d’ouest, des trains de houles plus puis­sants rentrent fa­ci­le­ment d’un bout à l’autre du spot. La na­vi­ga­tion, qui est alors on­shore, de­vient beau­coup plus pé­rilleuse entre les deux digues. La barre à pas­ser est vite im­po­sante, mais si le vent est sou­te­nu on peut s’amu­ser, sur­tout en jump. Quelle que soit l’orien­ta­tion du vent, sa force est va­riable, mais il peut par­fois souf­fler vrai­ment fort, donc n’ou­bliez pas d’em­me­ner vos pe­tites voiles. Avec les vents de sec­teurs sud-est, fi­ni les vagues, et place aux sla­lo­meurs adeptes de plans d’eau ir­ré­mé­dia­ble­ment plats ! Par ces orien­ta­tions les vents sont net­te­ment plus ir­ré­gu­liers et ra­fa­leux. Une voile à cam­bers se­ra alors un précieux atout si vous ne

vou­lez pas mar­quer des “stops and go” tous les 20 mètres… At­ten­tion, ces vents peuvent vous pous­ser vers le large. En cas de pé­pin, le pro­chain ar­rêt est le Frioul ou Car­ro ! Autre pe­tit désa­gré­ment de ce sec­teur de vent : il est par­fois ac­com­pa­gné de pluies. Outre le sym­pa­thique ef­fet bru­mi­sa­teur, les averses abon­dantes en­gendrent très ré­gu­liè­re­ment une pol­lu­tion ma­jeure des eaux du spot. La digue nord de la plage étant éga­le­ment l’em­bou­chure de l’Hu­veaune. Nor­ma­le­ment, rien ne sort sauf quand la cen­trale de trai­te­ment des eaux se trouve dé­pas­sée par les pluies. Les eaux usées de Mar­seille ar­rivent alors di­rec­te­ment sur le spot. Vous n’ima­gi­nez pas ce que l’on peut alors voir ou sen­tir flot­ter ou s’échouer sur la plage…»

LE VENT PAR DA­VID BEN­SUS­SAN, 31 ANS

Quand ce jeune of­fi­cier de la ma­rine mar­chande n’est pas sur l’eau dans la rade, c’est souvent parce qu’il est en mer quelque part sur un océan loin­tain. Da­vid est un ma­rin, un vrai, pen­dant des an­nées il a tra­vaillé à la pose de câbles sous-ma­rins. Un job qui l’en­voyait en mer en­vi­ron six mois par an. Mais de­puis peu, il tra­vaille sur­tout à terre ce qui lui laisse un peu plus d’op­por­tu­ni­tés pour la­cé­rer les spots mar­seillais et peau­fi­ner ses vi­déos sur la ville. Son truc à lui, c’est la vague, mais il ne re­chigne pas à par­tir avec du ma­tos de sla­lom his­toire de na­vi­guer dans la rade pour se faire plai­sir les jour­nées sa­ge­ment ven­tées. Il nous ex­plique le fonc­tion­ne­ment du vent et des vagues dans la rade de Mar­seille : «Les condi­tions sur la ré­gion sont très va­riées, on al­terne la pé­tole et les gros coups de vent. Lors des grandes tem­pêtes comme celle de Zeus l’hi­ver der­nier, les vagues peuvent dé­pas­ser une taille de mât, les re­le­vés de houle sur Pla­nier don­naient plus de cinq mètres moyens et le vent dé­pas­sait al­lè­gre­ment 60 noeuds, mais ça ar­rive une ou deux fois par an. En fait, si on est mo­ti­vé on peut être tout le temps sur l’eau, s’il y a pé­tole, on sort en SUP, dès qu’il y a de la brise on sort en foil, après il y a un cré­neau avec une ving­taine de noeuds pour le free­ride et le sla­lom. Quand il y a bas­ton, on peut faire de la vague ou du free­style s’il y a peu de vagues… Le vent le plus présent à Mar­seille, c’est le mis­tral. Le top, c’est quand il est nor­douest: les spots du Pra­do et de la Poin­teRouge marchent alors très bien. Ceux qui veulent des vagues vont au Pra­do, les autres choi­sissent la Pointe-Rouge plus ras­su­rante même si l’on peut aus­si faire de la vague. La mise à l’eau du glis­sant per­met un ac­cès di­rect à la mer et la sen­sa­tion d’être dé­jà au large. La plage elle-même a une par­tie à l’abri des vagues. Si le mis­tral est très nord, le vent de­vient très ir­ré­gu­lier, avec de la houle ça passe, on peut se faire une bonne ses­sion wa­ve­sai­ling, si­non, il faut na­vi­guer au large au risque de ren­trer à la nage ou chan­ger de coin. Le Jaï de­vient une bonne al­ter­na­tive bump and jump s’il ne fait pas trop froid. Lorsque le vent se cale vert l’ouest, il y a de la houle qui rentre sur les spots, mais le vent est on­shore et les spots peuvent sa­tu­rer si c’est fort. Cette di­rec­tion de vent a souvent un peu de mal à bien s’ins­tal­ler. Beau­coup de ri­deurs vont cher­cher plus de vent dans le Var. Avec le sec­teur sud-est, le vent des­cend des col­lines. Il peut être ac­cé­lé­ré, mais sur­tout

très ir­ré­gu­lier. En gé­né­ral, la mer est plate. Ce­la fait de bonnes condi­tions pour le sla­lom et le free­ride. Pour cher­cher les vagues, di­rec­tion Car­ro ou La Cio­tat ! Le coup de La­bé est as­sez rare, il est sy­no­nyme de tem­pête de su­douest au large, les vagues sont bien plus grosses qu’en temps nor­mal ! Pas évident de trou­ver un spot de wind­surf qui fonc­tionne, les spots sont dé­mon­tés. Par contre, ces coups mettent en émoi le monde du surf. Si le vent n’est pas as­sez fort pour sor­tir le ma­tos de vagues ou bien si la houle n’est pas là, rien de mieux que de se faire une sor­tie free­ride pour pro­fi­ter de la baie et de ses pay­sages ma­gni­fiques. Par vent d’ouest, en par­tant de la Pointe Rouge, ti­rer un bord en lon­geant la Cor­niche Ken­ne­dy jus­qu’aux îles d’En­doume, un autre vers les Goudes puis en­core un jus­qu’au Frioul pour ad­mi­rer le Châ­teau d’If. Par nord ou nord-ouest, si on part à plu­sieurs et bien équi­pés (GPS, té­lé­phone, eau et bout de re­change en cas de casse…), di­rec­tion le large pour al­ler voir le phare du Pla­nier de plus près ! C’est un raid de 15 bornes loin de tout et pas sans dan­ger. Par sud-est mo­dé­ré, on peut par­tir des Goudes et se ba­la­der au­tour des îles face aux Ca­lanques (Maïre, Jarre, Riou, Cal­se­raigne) le dé­cor est pa­ra­di­siaque. Ça de­mande un peu plus d’or­ga­ni­sa­tion, mais ça fait du bien de na­vi­guer loin de l’agi­ta­tion, mais là en­core il faut être pré­voyant avant de par­tir, le moindre in­ci­dent se trans­forme en ga­lère XXL.»

LA NOU­VELLE VAGUE PAR TOM AR­NOUX

Il n’a que 17 ans, mais son ar­moire à tro­phées se rem­plit de titres et de mé­dailles ra­pi­de­ment. Tom Ar­noux s’im­pose dé­jà comme un grand com­pé­ti­teur. Au ni­veau na­tio­nal, eu­ro­péen et mon­dial, il fait tou­jours par­tie des meilleurs dans sa ca­té­go­rie que ce soit en Bic il y a peu ou au­jourd’hui en RS:X. Il fait par­tie d’une gé­né­ra­tion de jeunes ri­deurs mar­seillais aux dents longues qui col­lectent les titres et s’an­noncent comme des grands du wind­surf fran­çais. Ils se re­trouvent très ré­gu­liè­re­ment à la base nau­tique du Rou­cas Blanc pour des en­traî­ne­ments tous temps. « J’ai in­té­gré le pôle es­poir de Mar­seille dé­but 2016, on est coa­ché par Lise Vi­dal et par­fois Ni­co­las Hu­guet. Avec le pôle es­poir, on est bien re­pré­sen­té, on re­çoit pas mal de sou­tien. Pour nos en­traî­ne­ments, je trouve que le coin est su­per. On a vrai­ment un plan d’eau po­ly­va­lent avec toutes sortes de condi­tions. Au­jourd’hui, on est un bon groupe à Mar­seille avec Ma­this et Ro­main Ghio, Ambre Pa­pa­zian et Thaïs de Ve­ri­court et Ni­co­lin Ma­dier qui est en­core pe­tit pour la RS:X, mais il est vrai­ment su­per fort dans d’autres dis­ci­plines, je le vois bien car­bu­rer en foil plus tard. À terre, on s’en­tend su­per bien, on est amis, mais dès que l’on est en mer, même pour les en­traî­ne­ments, c’est plus sé­rieux, on a tous un gros es­prit de com­pé­ti­tion. J’at­taque la RS:X en 9,5 m cette an­née et j’es­père pou­voir faire par­tie des meilleurs en RS:X. Au­jourd’hui, je suis étu­diant en STAPS, ça me per­met de conti­nuer les en­traî­ne­ments et les com­pé­ti­tions. J’ai­me­rais que le wind­surf de­vienne mon mé­tier. Comme on au­ra les JO à Mar­seille en 2024, j’es­père être de la par­tie, c’est mon ob­jec­tif en tout cas, et j’au­rai le bon

âge à ce mo­ment-là… On ver­ra bien. Ce qui est bien c’est que l’on est sur place, les équipes na­tio­nales vont ve­nir sur Mar­seille pour s’en­traî­ner, donc ça de­vrait bou­ger de plus en plus à la base nau­tique.»

LA POINTE-ROUGE PAR CY­RIL MOUS­SIL­MA­NI.

Cham­pion de France à trois re­prises, vi­ce­cham­pion du monde de sla­lom et de su­per X. Cy­ril rode dans le top10 du sla­lom mon­dial de­puis plus d’une dé­cen­nie. Cy­ril ne rate pas une ses­sion de mis­tral s’il n’est pas sur le cir­cuit ou en déplacement pour la mise au point ou des tests. On le connaît doué en sla­lom, mais en vagues il a tout d’un grand aus­si. Au­jourd’hui âgé de 37 ans, Cy­ril a gran­di à La Pointe-Rouge, il connaît le spot par coeur et y vient dès que pos­sible. « On peut tout faire à la Pointe-Rouge ! De la vague par nord-ouest et par nord, du sla­lom quelle que soit l’orien­ta­tion du vent, du free­style… Je pense qu’au­jourd’hui avec le foil, on pour­rait sor­tir en­vi­ron 300 fois dans une an­née. En sla­lom, il n’y a que par sud ou c’est un peu plus dif­fi­cile, car il faut faire des contre-bords pour ren­trer si­non ça marche pas mal. Le plan d’eau n’est ja­mais simple. Par mis­tral, un res­sac se forme sur les digues, la mer est très cla­po­teuse. Et par vent de sud-est, c’est plat, mais ce­la reste as­sez cla­po­teux mal­gré tout. En vagues quand c’est nord-ouest, c’est as­sez bump and jump. C’est pas mal, on peut sau­ter et sur­fer, mais je pré­fère tout de même le Pra­do. C’est souvent un peu plus fort là­bas. En re­vanche, par nord très fort, la Pointe-Rouge de­vient vrai­ment bien. Le vent rentre souvent mieux. Quand il y a de la vraie houle qui rentre, on peut vrai­ment plus sau­ter, car le vent est plus de mer, ça laisse plus d’es­pace entre les vagues qu’au Pra­do. Dans les dan­gers, il faut faire at­ten­tion aux ro­chers au fond de la baie et aux digues les grosses jour­nées. »

LA VILLE ET LES WIND­SUR­FEURS PAR RE­NAUD MA­DIER, 47 ANS

Ri­deur doué pour toutes les glisses, Re­naud tra­vail pour la ville de Mar­seille, il est di­rec­teur ad­joint à la di­rec­tion de la mer et chef de pro­jet Pa­ris2024 à Mar­seille. Son bu­reau a les pieds dans l’eau, ce qui lui laisse quelques fe­nêtres de tirs pour al­ler la­cé­rer la rade per­ché sur son foil ou dans les vagues. Ta­len­tueux, créa­tif et po­ly­va­lent Re­naud a tout du vrai wa­ter­man et sait dé­gus­ter les eaux à la moindre ri­sée. «On a à Mar­seille une spé­ci­fi­ci­té à gé­rer, il faut faire co­ha­bi­ter un nombre gran­dis­sant d’usa­gers de la mer sur un es­pace ré­duit qui n’évo­lue plus de­puis des dé­cen­nies. Les plan­chistes font par­tie des usa­gers des plages. His­to­ri­que­ment, la planche à voile était l’un des pre­miers sports nau­tiques à évo­luer dans la rade. On a te­nu compte des exi­gences des pra­tiques et des clubs, du coup, on est l’une des seules com­munes de France, où dans cer­taines zones les en­gins de plage comme le kite, le wind­surf peuvent al­ler à plus de 5 noeuds dans les 300 mètres. On a au Pra­do un spot où la co­ha­bi­ta­tion entre wind­sur­feurs et sur­feurs est de­ve­nue pro­blé­ma­tique.

Les sur­feurs sont de plus en plus nom­breux, comme les bai­gneurs ils pensent qu’ils ont plus de droits que les plan­chistes, ce qui est faux sur cette zone. Alors pour évi­ter un ac­ci­dent à terme, soit on ré­gle­mente ce qui re­vien­drait à sé­pa­rer la plage en plu­sieurs zones, soit on fait des re­com­man­da­tions pour que les ac­teurs ar­rivent à s’en­tendre. L’autre zone qui pose pro­blème, c’est la Pointe-Rouge. La plage est très fré­quen­tée, par les bai­gneurs, il y a les écoles de voile, la sor­tie du port. Il va fal­loir mieux ré­gle­men­ter l’es­pace pour trou­ver un meilleur équi­libre entre les usa­gers. En gé­né­ral, il y a un manque de connais­sance des règles de conduite et de prio­ri­té, il va fal­loir que les clubs et as­so­cia­tions fassent un tra­vail d’ex­pli­ca­tion. Avec l’ar­ri­vée de Jeux olym­piques en 2024, il y a une grosse mo­bi­li­sa­tion au­tour de l’évé­ne­ment. Il va y avoir pas mal de bou­lot à faire en com­mu­ni­ca­tion et en in­fra­struc­tures. Il va fal­loir faire une ex­ten­sion et un ré­amé­na­ge­ment de la base du Rou­cas. On doit créer un vil­lage olym­pique dès 2018 et faire des com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales pour ro­der un peu les équipes avant les Jeux. Mais c’est dé­jà une belle aven­ture qui com­mence pour la ville. »

LES PLANS BIS DE THIER­RY JAN­NOT

Thier­ry est gra­phiste/de­si­gner free­lance pour Arôme-Gra­phique et en pa­ral­lèle as­so­cié pour la marque ALL-IN spé­cia­liste du pon­cho. En gé­né­ral, quand le vent ba­laye la rade, il se trouve un mo­ment pour al­ler plan­ter quelques gros ba­ck­loops ou des aé­rials ka­mi­kazes dans le shore break de la ville. Chaque an­née, le mis­tral offre plus de 70 jours de vents dits vio­lents, sans comp­ter les coups modérés et autres orien­ta­tions na­vi­gables. Les sta­tis­tiques parlent d’elles-mêmes, le plan­chiste mar­seillais est gâ­té et pour peu qu’il soit dis­po­nible et bien équi­pé il pour­ra ser­rer son wi­sh­bone plus de 200 fois par an. Reste donc à com­bler 165 jours. Le mis­tral souffle, mais pas as­sez pour se mettre à l’eau, il fait un peu froid, le mieux est d’op­ter plu­tôt pour une ses­sion de grimpe abri­tée du vent, mais en­so­leillée. La par­ti­cu­la­ri­té de notre chère mé­tro­pole est qu’elle est en­ca­drée par la na­ture, bor­dée par la mer et les Ca­lanques. Mas­sif incontournable, beau, ver­ti­gi­neux et à quelques poi­gnées de mi­nutes de la ville. Donc ac­tion, les Ca­lanques offrent quelques 2 500 voies d’es­ca­lade spor­tives, en fa­laise, au-des­sus de l’eau, au­tant dire qu’il y a du choix. Un ren­dez­vous fait faux bon, pas grave avec un bike dans le ca­mion. Pa­ré pour une ses­sion free­ride sur le spot du Roy d’Es­pagne qui re­gorge de pe­tits tra­cés amé­na­gés avec quelques bosses bien sha­pées, par­fait pour la dose d’adré­na­line du jour. Et pour­quoi pas une séance orien­tée car­dio, c’est par­ti pour du trail run­ning, as­cen­sion de la croix de Mar­seille­veyre, le point culmi­nant de Mar­seille (432m). À l’ar­ri­vée, vue im­pre­nable à 360° sur la ci­té pho­céenne d’un cô­té et la par­tie sau­vage de l’autre, su­blime! Pour les plus mo­ti­vés, ceux qui veulent se mettre du dé­ni­ve­lé dans les bas­kets, alors lan­cez-vous dans la tra­ver­sée des Ca­lanques, usure de se­melle ga­ran­tie. L’été, il fait trop chaud pour tout, mais

comment re­fu­ser une pe­tite ses­sion de SUP au sun­set, op­tion pêche à la traîne. Sous la sur­face, la re­nom­mée des sites de plon­gée n’est plus à faire. Fonds ro­cheux, tom­bants ou épaves, de 5 à 50 à mètres de pro­fon­deur, ici pas d’autres choix que de dé­com­pres­ser. Pen­dant ce temps, à la sur­face, le sillon du ba­teau fend le mi­roir de l’eau, im­mé­dia­te­ment sui­vi par la gerbe d’un wake, au bout du pa­lon­nier. En­core un plan­chiste pri­vi­lé­gié, chan­ceux de tuer le temps. Si vrai­ment la ca­ni­cule frappe trop fort, il n’est pas rare de se retrouver les pieds tan­qués, quelques boules en mains pour se me­su­rer entre potes, bien sûr en pré­am­bule d’un apé­ro dé­tente au ca­ba­non.

Coup de mis­tral clas­sique sur la Poin­teRouge. Cy­ril Mous­sil­ma­ni n’a pas be­soin d’as­cen­seur pour prendre de la hau­teur.

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Quand les condi­tions de­viennent tem­pé­tueuses, seuls des ri­deurs hors norme comme Tho­mas Tra­ver­sa par­viennent à ex­ploi­ter les condi­tions.

En haut : Cé­dric Bordes sa­voure une bonne jour­née d’été dans les blanches écumes d’Éplu­chures.

Ci-des­sus : Pas­cal Joly en ses­sion free-style old style à la Pointe-Rouge.

Ci-des­sus : le Pra­do offre de quoi jouer en surf et en saut. Pa­trick Vi­gou­roux se dé­tend entre deux ren­dez-vous.

Ci-contre : vue aé­rienne des plages du Pra­do. seule Eplu­chures Beach au centre n'a pas été mo­di­fiée. Les autres plages ont été ré­amé­na­gées dans les an­nées 80 avec des en­di­gue­ments im­por­tants.

En haut : fin de mis­tral ga­gnant pour le foil. Re­naud Ma­dier et Ni­co­las Hu­guet en crui­sing au pied de la Cor­niche.

Ci-des­sus : ses­sion d’en­traî­ne­ment pour Tom Ar­noux à quelques en­ca­blures du Châ­teau d’If.

Thier­ry Jan­not plante un bon back-loop lors d'un gros coup de Mis­tral hi­ver­nal.

En haut : Ni­co­las Hu­guet one hand sur Éplu­chures Beach, la vague peu puis­sante est idéale pour se lâ­cher.

Ci-des­sus : pour faire du sla­lom du cô­té de la Poin­teRouge, le glis­sant offre une mise à l’eau fa­cile pour Cy­ril Mous­sil­ma­ni.

Ci-contre : quand le La­bé rentre, le jog­geur ne de­vrait pas sor­tir. Au-des­sous : aé­rial chic et sous contrôle à Éplu­chures Beach pour Da­vid Ben­sus­san.

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