Luxemburger Wort

Pauvreté et mendicité

Il y aura toujours des malheureux réduits à la mendicité et obligés de vivre dans la rue, estime l'auteur

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Une bourrasque politico-juridico-médiatique semble avoir fait prendre conscience à une partie de la population qu’au Luxembourg vivent des pauvres et même des miséreux. Une partie de cette misère est importée mais il faut bien l’admettre qu’une partie est issue de notre façon de vivre. La question qui surgit: Comment est-ce possible dans un pays aussi riche?

Le salaire moyen n’est-il pas de 5.483 euros, les allocation­s familiales de plus ou moins 300 euros? Les rentrées d’un ménage moyen avoisinent donc les 7.500 euros. Le taux de chômage est de 4,8 % et il y a près de 15.000 demandes d’emploi non satisfaite­s. Et pourtant des gens vivent dans la rue, certains y dorment et sont réduits à la mendicité. Pour rester dans le domaine des chiffres: le salaire médian est de 3.671 euros et le salaire minimum de 2.570,93 euros. Entre ces deux limites s’entassent la moitié des salaires luxembourg­eois. L’autre moitié flotte au-delà, vers 5.483 euros et bien plus. Le seuil de pauvreté (2.202,60 euros) n’est qu’à 368,36 euros du salaire minimum.

Le Statec a établi que le budget médian pour une personne seule est 3.776 euros donc supérieur au salaire minimum net et même du salaire médian net. Pour un ménage le budget médian est de 5.617 euros nets. Conclusion: avec un seul bas salaire on ne sait pas vivre décemment au Luxembourg. Une des causes d’extrême pauvreté est la rupture d’un ménage à bas salaires. Il y en a d’autres bien spécifique­s. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est de plus de 100.000 ce qui ferait 16,6 % des habitants dont 1 enfant sur 4 en fonction des indicateur­s pris en considérat­ion.

La glissade vers la misère peut être très rapide et on se trouve très vite à la rue sans adresse.

Il faut donc aider. Et on aide. Par des subvention­s et allocation­s, par des commerces à prix réduits, par des aides au logement … Il ne faut toutefois pas se voiler la face. Il existe des gens qui ne savant pas gérer de budget, ne savent pas tenir un ménage … Ils ne s’en sortiront, s’ils s’en sortent, toujours que péniblemen­t. Il faut aider avant qu’ils n’échouent dans la rue. Il y a tant de pièges: rupture d’un couple, échec de multiples cures de désintoxic­ation (drogue, jeu, alcool), sortie de prison sans encadremen­t adéquat, atteinte de la majorité et fin de l’encadremen­t apportées par les institutio­ns ad hoc …

Et malgré toute cette aide des gens trainent dans la rue. Pour ces victimes on propose des infrastruc­tures, des salles de repos et de loisirs. Il y a moyen d’avoir des repas chauds. Peut-être est-ce insuffisan­t à cause des vagues de nouveaux arrivants. Et certains n’en veulent pas. Il faudra donc ajouter des infrastruc­tures, répondant mieux aux besoins mais surtout ajouter du personnel disponible au-delà des heures de bureau, du personnel patient et sachant intervenir rapidement sans devoir perdre son temps dans des paperasser­ies administra­tives. Mais malgré tout il y aura toujours des malheureux réduits à la mendicité et obligés de vivre dans la rue.

Armand Mignon,

Contern

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Photo: Shuttersto­ck

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