Un trau­ma­tisme tou­jours pré­sent

Dans la nuit du 3 au 4 oc­tobre 2015, leurs des­tins bas­cu­laient. Re­tour sur un drame qui a bou­le­ver­sé du­ra­ble­ment notre ré­gion

Monaco-Matin - - La Une - Dos­sier : Gré­go­ry LE­CLERC, Eric GAL­LIA­NO, Ch­ris­tophe CIRONE Pho­tos : Franz CHA­VA­ROCHE, Frantz BOU­TON, Sé­bas­tien BOTTELLA, Eric OT­TI­NO, Pa­trice LAPOIRIE

Un an de­main. Dans la nuit du 3 au 4 oc­tobre 2015, un dé­luge meur­trier, d’une vio­lence in­édite, s’abat­tait sur la Côte d’Azur. Plus les heures pas­saient, plus le dé­par­te­ment s’en­fon­çait dans le drame, au même rythme que la mon­tée des eaux. Jus­qu’à dé­cou­vrir au pe­tit ma­tin du 4 oc­tobre et dans les jours qui ont sui­vi le tra­gique bi­lan de vingt morts. Des gens noyés dans leurs voi­tures, leur mai­son, leur par­king et même, aus­si in­con­ce­vable que ce­la puisse être, trois morts dans une mai­son de re­traite. Une alerte dé­faillante, comme à Biot, a vrai­sem­bla­ble­ment alour­di le bi­lan. Man­de­lieu-la-Na­poule, Biot, Cannes, Val­bonne, An­tibes, Golfe-Juan : par­tout des drames, la dé­so­la­tion. Des éten­dues d’eau sub­mer­geant les de­meures, Ma­ri­ne­land, une grosse cen­taine d’en­tre­prises. Le bi­lan est ter­rible : 65 000 si­nis­trés, plus de 600 mil­lions d’eu­ros de dé­gâts ma­té­riels. Et tel­le­ment de sou­ve­nirs per­son­nels em­por­tés, dé­truits par les flots et la boue. Les images du dé­sastre avaient fait le tour du monde. Le pré­sident Hol­lande s’était dé­pla­cé sur les lieux le ma­tin du drame. L’émo­tion, consi­dé­rable, avait en­traî­né une so­li­da­ri­té sans li­mites, for­çant le res­pect et l’ad­mi­ra­tion. Pour les sapeurs-pom­piers, la Sé­cu­ri­té ci­vile, les hommes et femmes d’EDF, des Te­le­coms, entre autres. Et aus­si pour ces cen­taines de vo­lon­taires, ar­més de pelles et de seaux, qui se sont bous­cu­lés pour ai­der des vies de guin­gois à se re­mettre dans le bon sens. Qui pro­po­sant un lo­ge­ment, qui des vê­te­ments, qui des af­faires de classe, qui pro­po­sant gra­tui­te­ment ses ta­lents d’élec­tri­cien ou de plom­bier. Que de beaux mo­ments, suc­cé­dant à l’hor­reur de cette nuit d’oc­tobre. Des dons ont af­flué. Votre quo­ti­dien a, dès le len­de­main du drame, cher­ché à fé­dé­rer ces bonnes vo­lon­tés se ma­ni­fes­tant dans le monde en­tier. Au­jourd’hui, un tou­riste au­rait du mal à re­pé­rer les ci­ca­trices du drame. Pas les Azu­réens. L’État s’est por­té au se­cours de la ré­gion si­nis­trée, les as­su­rances ont fonc­tion­né à plein ré­gime, les chan­tiers ont suc­cé­dé aux chan­tiers. Cer­taines mai­sons ne pour­ront hé­las ja­mais être re­cons­truites, car trop ex­po­sées, comme dans le « ha­meau fan­tôme » du Ca­ri­maï au Can­net. Des en­tre­prises ont dé­po­sé la clé sous la porte. D’autres s’in­quiètent d’un clas­se­ment en zone in­cons­truc­tible. Mais au bout du bout, res­tent ces âmes in­con­so­lables. La dou­leur in­fi­nie de ceux qui ont per­du leurs proches. Un an après, des le­çons ont-elles été ti­rées de ce drame ? Ces en­sei­gne­ments ont-ils dé­jà per­mis de me­ner les tra­vaux per­met­tant d’évi­ter qu’une telle tra­gé­die hu­maine ne se re­pro­duise de­main? Les dons sont-ils par­ve­nus là où ils étaient le plus at­ten­dus? Le bi­lan est contras­té.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.