Ils es­croquent  eu­ros de je­tons: unan ferme

Monaco-Matin - - Monaco - JEAN- MA­RIE FIORUCCI

La roue tourne au Ca­si­no de Monte-Car­lo. Au ni­veau des tables de jeu, comme pour les es­crocs. La preuve! Deux quin­qua­gé­naires ita­liens étaient ve­nus ten­ter leur chance en mars 2009 sur les ta­pis verts du cé­lèbre éta­blis­se­ment de la SBM. Quand il s’est agi d’ache­ter les je­tons, beau-fils et beau-père tentent une ma­noeuvre frau­du­leuse qui ne re­quiert au­cun­ma­té­riel so­phis­ti­qué. Elle exige tou­te­fois aplomb, au­dace et tou­pet.

Au­tour des chèques

Ils se pré­sentent à tour de rôle au cais­sier et an­noncent leur in­ten­tion de jouer gros et de s’ap­pro­vi­sion­ner suc­ces­si­ve­ment en plaques… Cha­cun re­met alors un chèque en blanc. Ce se­ra plus com­mode pour ins­crire le mon­tant de la somme glo­bale due à la fin des par­ties. La vi­déo­sur­veillance, en ef­fet, sai­sit les images où les deuxT­ran­sal­pins ont leur ordre de paie­ment à la main. Entre les dif­fé­rents al­lers et re­tours rou­lette-caisse pour s’ap­pro­vi­sion­ner en je­tons, ils cu­mulent une dette de 100000 eu­ros pour l’un et 70000 eu­ros pour l’autre. Quand vient l’heure du rè­gle­ment, à quelques mi­nutes d’in­ter­valle, ils rem­plissent leur chèque res­pec­tif. Mal­heur! Cha­cun a fait une er­reur dans le li­bel­lé. Quoi de plus nor­mal de tout dé­chi­rer pour en re­faire un autre en rec­ti­fiant le mon­tant… On ar­rive à la sub­ti­li­té pour frau­der la SFE (So­cié­té ano­nyme mo­né­gasque fi­nan­cière et d’en­cais­se­ment), cette fi­liale de la SBM avec entre autres fonc­tions celle de pro­po­ser des prêts aux joueurs. Comme par ha­sard, c’était la der­nière for­mule… Leurs ché­quiers res­pec­tifs sont vides…

Les pré­ve­nus ab­sents à l’au­dience

« Les em­ployés, pour­suit le pré­sident Flo­res­tan Bel­lin­zo­na, font si­gner à cha­cun une re­con­nais­sance de dette. Les deux com­pères font la pro­messe que l’ar­gent se­ra en­voyé dès leur re­tour en Ita­lie. Un stra­ta­gème pour ob­te­nir la confiance de la SFE. Comme les paie­ments n’ar­rivent pas, la so­cié­té dé­pose plainte. Les deux es­crocs sont en­ten­dus sur com­mis­sion ro­ga­toire où ils dé­clarent ne rien de­voir. C’est le Ca­si­no qui a es­sayé de les es­cro­quer, pré­tex­te­ront-ils: “Il nous a for­cés à jouer et on va por­ter plainte contre la SBM… ” D’autre part, les pré­ve­nus n’ont ja­mais ré­pon­du aux convo­ca- tions et ils sont ab­sents à l’au­dience… » Pour la par­tie ci­vile, pa­reille at­ti­tude ne tient pas d’un concours de cir­cons­tance for­tuit. « Ils pro­cèdent de la même ma­nière! C’est une vé­ri­table mise en scène au mo­ment de la pé­riode du Grand Prix de F1, cer­ti­fie Me Tho­mas Giac­car­di, où les cais­siers sont dé­bor­dés. Une peine sé­vère s’im­pose comme le rem­bour­se­ment des sommes dues. » La mau­vaise foi des deux fau­tifs ne fait éga­le­ment au­cun doute pour le pro­cu­reur Alexia Brian­ti. « Ce pe­tit stra­ta­gème per­met de se dé­bar­ras­ser des chèques de ga­ran­tie sans rien dé­bour­ser. Tout a été bien ré­flé­chi pour s’en sor­tir: de la dé­li­vrance des chèques « om­ni­bus » au titre de la re­con­nais­sance de dette, jus­qu’à at­tendre le chan­ge­ment de cais­sier pour ne pas ins­pi­rer d’in­quié­tude. Neuf mois de pri­son ferme. » La dé­fense de­man­de­ra le mi­ni­mum de la peine as­sor­tie du sur­sis. Après avoir amoin­dri leur res­pon­sa­bi­li­té, l’avo­cat fe­ra res­sor­tir le manque de condam­na­tion pour un d’entre eux… Le tri­bu­nal condam­ne­ra res­pec­ti­ve­ment les deux es­crocs à une peine d’un an de pri­son ferme avec man­dat d’ar­rêt et le paie­ment de 180000 eu­ros à la SFE.

(Pho­to Mi­chael Ale­si)

Le mode opé­ra­toire des pré­ve­nus re­po­sait sur des chèques.

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