Fran­çois etMa­nuel

Monaco-Matin - - Détente - Le billet de Phi­lippe Bou­vard

Ils for­maient l’un de ces gen­tils pe­tits couples ma­riés par la loi Tau­bi­ra. Fran­çois, l’in­tel­lo cor­ré­zien et Ma­nuel, l’Es­pa­gnol mi­gré de Bar­ce­lone à Pa­ris. Ils s’en­ten­daient si bien qu’ils sem­blaient avoir mis au ran­cart leurs épouses d’un pre­mier lit, Ju­lie la pe­tite co­mé­dienne et Anne la grande vio­lo­niste. On les voyait le mer­cre­di ma­tin prendre leur pe­tit- dé­jeu­ner tête- à-tête avant de re­trou­ver trois dou­zaines de co­pains de tous les sexes. Ma­nuel en­cou­ra­geait Fran­çois : « Voyage! Je te garde la place ». En toutes oc­ca­sions, ils fai­saient équipe. Pour dé­co­rer un pé­tro­lier Qa­ta­ri par ailleurs fi­nan­cier de dji­ha­distes; pour po­ser la pre­mière pierre d’un logement so­cial des­ti­né à des re­trai­tés pas en­core nés. Avec des tics de lan­gage com­muns. L’un di­sait « J’en ap­pelle à la res­pon­sa­bi­li­té de tous » tan­dis que l’autre ren­ché­ris­sait « C’est le de­voir de cha­cun » . Fran­çois avait pro­mis à Ma­nuel que son CDD ne pren­drait fin qu’avec le quin­quen­nat. Ma­nuel ne pre­nait ja­mais la pa­role sans re­mer­cier son bien­fai­teur. Et puis, la co­mé­die dé­mo­cra­tique a re­com­men­cé, pro­gram­mée par un ca­len­drier fai­sant bon marché des ami­tiés ré­pu­bli­caines. Ma­nuel a lâ­ché Fran­çois comme les autres avec l’es­poir de moins en moins dé­gui­sé de prendre sa place. De­puis, Fran­çois hé­site à quit­ter son bu­reau de peur d’y re­trou­ver Ma­nuel ra­meu­tant grâce à « l’in­ter­mi­nis­té­riel » tous les can­di­dats à l’aban­don en rase cam­pagne élec­to­rale.

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