Pour­quoi Trump

Monaco-Matin - - Elections Américaines - A New York DE­NIS JEAMBAR

Mais qui est Do­nald Trump, le nou­veau Pré­sident des Etats-Unis? Estce ce can­di­dat po­pu­liste, bra­vache, d’une vio­lence rare, af­fir­mant que l’on de­vrait en­voyer Hilla­ry Clin­ton en pri­son, sou­hai­tant­même sa mort, ou ce vain­queur ma­gna­nime qui, après des heures d’at­tente avant que sa vic­toire ne soit ac­quise, rend cha­leu­reu­se­ment hom­mage à son ad­ver­saire, la re­mer­cie pour les im­por­tants ser­vices qu’elle a ren­dus au­pays tout au long de sa car­rière po­li­tique et la fait ap­plau­dir par ses sup­por­ters? Est-ce l’homme bru­tal, vul­gaire, ex­tré- miste, an­non­çant une chasse aux im­mi­grés ou ce nou­veauP­ré­sident pro­met­tant la réus­site et du tra­vail pour tous, s’en­ga­geant à ras­sem­bler le pays et à en­tre­te­nir des re­la­tions cor­diales avec tous les Etats du monde? L’ave­nir nous le di­ra mais, d’ores et dé­jà, cette vic­toire est por­teuse d’en­sei­gne­ments pour tous les autres pays dé­mo­cra­tiques. Nul ne de­vrait les igno­rer. C’est une Amé­rique ré­vol­tée qui porte Trump au pou­voir, un élec­to­rat po­pu­laire en voie de dé­clas­se­ment, vic­time d’une mon­dia­li­sa­tion qui l’ap­pau­vrit. Certes, les classes moyennes ont de nou­veau­du tra­vail outre-At­lan­tique mais leurs re­ve­nus sont in­fé­rieurs à ceux dont elles dis­po­saient il y a  ans! Il existe aux Etats-Unis, comme en Eu­rope, un­peuple de la mon­dia­li­sa­tion mal­heu­reuse dont les rêves sont bri­sés, vi­vant dans la peur de l’ave­nir, mi­né par un sen­ti­ment d’aban­don. C’est lui qui vient de por­ter Do­nald Trump au pou­voir car il ne croit plus aux par­tis et aux hommes qui le di­rigent de­puis tant d’an­nées. Certes, la vic­toire de Trump n’est pas écra­sante en voix, mais elle ré­vèle une frac­ture pro­fonde au seinde cette na­tion. D’un cô­té, cet élec­to­rat Trump, en­ma­jo­ri­té blanc, ac­cul­tu­ré, à la dé­rive; de l’autre, l’élec­to­rat d’Hilla­ry Clin­ton, di­vers, sou­vent pros­père, culti­vé, in­car­na­tion de la mon­dia­li­sa­tion heu­reuse. Cette fê­lure est même géo­gra­phique: der­rière Trump, l’Amé­rique de la terre, re­pliée sur elle-même, lais­sée sur le bord de la route de la glo­ba­li­sa­tion, qu’on ap­pelle l’Amé­rique pro­fonde; der­rière Clin­ton, l’Amé­rique des océans, ou­verte, qui vit sur les côtes est et ouest et re­garde vers le large. Cette faille n’est pas qu’amé­ri­caine. C’est elle qui éclaire aus­si le Brexit, le mou­ve­ment cinq étoiles en Ita­lie, le Front na­tio­nal en France. N’ima­gi­nons pas que l’Eu­rope est une île à l’abri de ce mou­ve­ment de fond­qui gagne toute la pla­nète. En France, les par­tis dits de gou­ver­ne­ment, de gauche et de droite, mis en échec sur le

chô­mage et les ques­tions mi­gra­toires, de­vraient prendre garde: ils sont sous la­même me­nace. Le  avril  en fut le pre­mier signe chez nous! De toute évi­dence, cette nou­velle tec­to­nique des plaques po­li­tiques est dif­fi­cile à ap­pré­hen­der par les son­dages. Pas plus qu’ils n’avaient an­non­cé le Brexit, ils n’ont an­ti­ci­pé la vic­toire de Trump, les pro­grès constants du FN, la per­cée de l’AFD, la droite ex­trême en Al­le­magne. Les­mé­dias et les élites ont som­bré avec eux. La pri­maire de la droite fran­çaise se­ra en France le pre­mier test pour cette dé­mo­cra­tie d’opi­nion qui vient d’être mise cruel­le­ment en échec aux Etats-Unis. Vien­dra en­suite notre pré­si­den­tielle. Les peuples ne font plus la ré­vo­lu­tion­dans la rue. Mais ils peuvent pro­vo­quer dans les urnes des séismes aux consé­quences im­pré­vi­sibles! Pre­nons garde et ré­veillons-nous.

« C’est une Amé­rique ré­vol­tée qui porte Trump au pou­voir, un élec­to­rat po­pu­laire en voie de dé­clas­se­ment... »

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